‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 53 sur 159 · V. — Les Turcs · texte numérisé non relu

V. — Les Turcs

Le plus grand bien qu'on puisse faire avec les Turcs, n'est pas de traiter avec eux de la religion, car nous avons ordre des saints Pontifes de ne pas violer la loi politique des Ottomans , qui le défend , mais d'empêcher qu'ils ne pervertissent les chrétiens. Ce fruit n'est pas peu considérable et conserve à la religion chrétienne ses anciens sujets, desquels la condition est pitoyable dans ces provinces qui dépendent des pachas, dont la violence est d'autant plus grande, qu'ils sont plus éloignés de la Porte. J'ai lu avec douleur, dans les mémoires de nos missionnaires , qu'un chrétien courut dernièrement à l'un de nos Pères, et le pria avec des larmes de prendre son enfant , de peur qu'il ne tombât entre les mains des Mahométans.

Je trouve aussi dans les mêmes notes , qu'un jeune Grec sollicité et déjà presque ébloui par les fausses raisons d'un Turc assez habile en sa loi, chercha quelqu'un qui fortifia son esprit et le confirma dans la foi ; si fort il commençait à douter , mais la charité chrétienne est ici comme perdue. L'appréhension lie les langues , de sorte qu'il ne trouva point de secours jusqu'à ce qu'il se fût adressé à ce même missionnaire qui lui parla hardiment et lui montra la beauté de la religion chrétienne, ce qui le consola et le maintint contre les attaques de

cette tentation ; mais ces exemples sont ordinaires et se voient tous les jours.

N'oublions pas la généreuse résistance que fit une jeune demoiselle Maronite , qui avait épousé un Grec catholique de la ville de Damas. Après l'apostasie de son père, lequel préférant un intérêt temporel à sa religion, se fit turc; on voulut contraindre la fille âgée de douze ans, de quitter son mari et d'épouser un seigneur mahométan ; mais comme elle avait été trèsbien instruite par sa mère, pénitente du Père Jean Amieu , elle se moqua de la proposition qu'on lui fit, des soufflets qu'on lui donna et même de plusieurs autres outrages qu'elle reçut : bien qu'elle fût éloignée de son époux et comme arrachée de sa maison , elle persista néanmoins si constamment dans son premier dessein , que les tentateurs furent contraints de la laisser vivre à sa mode et d'admirer cette vertu chrétienne.

Finissons ce chapitre par un autre exemple qui mérite un souvenir éternel et fournit aux femmes ujn beau modèle de confiance et de reUgion. L'an 1651, Abououhnes, du rite Grec, suivant la doctrine pernicieuse de quelques Grecs , qui enseignent qu'on peut feindre d'être Turc , pourvu qu'on garde la foi dans le cœur , s'était fait mahométan , pour avoir l'administration des biens d'un neveu. Il avait pourtant mis cette condition à son crime de déserteur , qu'on ne le mènerait point par la ville de Seyde, à cheval, avec un javelot à la main, suivant la coutume, ce qui lui fut accordé; ainsi il ne laissait pas de vivre avec sa femme , et de conduire , comme auparavant, sa famille composée de huit enfants. Cependant les Turcs , après avoir perdu le mari ,

Toolnrent corrompre la foi de cette fenime , qu'ils trou- Térenl plus ferme qu'on diamant. Ils employèrent les menaces et puis le feu , mais inutilement. On lui arracha la guirlande de cuivre argentée faite en pyramide ronde , que les femmes de ce pays portent sur leurs têtes, et après l'avoir mise dans le feu, jusqu'à ce qu'elle fût toute rouge , on la lui appliqua. Cet effroyable ornement de tête ne blessa p«iint sa Qdélité. Elle parut inviolable et se maintint toujours dans le souvenir des bons discours que lui avait fait le P. Jean Amieu ; enfin la coumnne de feu la rendit digne d'une couronne immortelle. Heureuse mère, deux fois mère de huit enfants , à qui elle voulut , par son exemple , conserver la vie de l'âme , en conservant sa religion.

TRAITE HUITIEME

Page 1