‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 60 sur 159 · DANS LA TERRE-SAINTE · texte numérisé non relu

DANS LA TERRE-SAINTE

Si c'est une chose souhaitable de mourir dans le lieu de sa naissance , la Terre-Sainte étant notre patrie , de laquelle nous avons reçu l'être de chrétien , nous devons souhaiter d'y vivre et d'y mourir. S'il est doux de reposer avec ses pères, combien est-il plus doux de reposer avec Jésus-Christ; un homme qui a fait de grands voyages est bien aise de retourner au lieu où il a marqué son tombeau ; les peuples et les villes ont leur cimetière ; le grand cimetière des chrétiens, c'est la terre que Jésus-Christ a arrosée de son sang ; de plus , il vaut mieux prévenir le jugement que d'être prévenu; nous le préviendrons, si nous sortons de Babylone pour nous approcher de Jérusalem et de la vallée de Josaphat , d'où nous lèverons la tête avec plus d'assurance au son de la trompeté de l'ange. Quel bonheur d'être trouvé au jour du jugement, citoyen des saints et domestique de Dieu, et non pas étranger! Qu'il nous est important d'acheter une portion de cette terre , par le moyen des bonnes œuvres , et d'y acquérir un sépulcre ? Ces pensées sont tirées de Marinus Sanutus, dans ce beau livre qu'il intitule : Des secrets des fidèles de la Croix, La raison du pape Eugène IV, dans la bulle , Pastor boniLs , est admirable. Ceux , dit-il , qui travaillent à la conquête des âmes et meurent dans des terres étrangères , ont le partage des apôtres, qui furent dispersés par tout le monde, et y laissèrent leur sang comme un germe glorieux du

christianisme ; mais ceux qui travaillent et meurent dans la Terre-Sainte ont le partage de Jésus-Christ, à qui le Père éternel assigna cette terre pour le lieu de sa naissance , de sa vie , de sa prédication et de sa mort. Les apôtres ont couru à des brebis étrangères pour les mener dans le bercail. Jésus a travaillé nommément pour ses ouailles et pour la maison d'Israël; il est descendu du haut des cieux pour venir à ce troupeau , poursuit le même Pontife, et a borné ses soins à la culture de cette vigne *. Ne regrettons donc pas notre partage, notre sort est l'héritage d'un Dieu ; ne craignons pas d'expirer pour lui , comme lui , avec lui , qu'il nous soit doux de mourir pour Jésus dans cette terre où Jésus est mort pour nous', dit Urbain II.

Que si nous regardons les devoirs de notre Compagnie, nous avons, ce me semble, quelque obligation de souhaiter ces travaux et cette mort. En effet , un fils qui aime la mémoire de son père, veut accomplir les vœux qu'il avait faits e( mettre ses desseins à exécution. Nous n'ignorons pas que saint Ignace et nos premiers Pères firent vœu, dans l'Église de Mont-Martre , de venir sacrifier leurs vies dans la Terre-Sainte , et qu'ils attendirent une année entière à Venise la commodité du trajet. Ils ne purent pas exécuter leur dessein , le Pape leur imposa une autre sorte d'emploi plus étendu. Faisons ce qu'ils avaient voulu et que la Mission de Syrie ne soit

* Ad oves qusB perierant dorous Israël, personaliter ipse proveniens, cum haberel alias oves, quae de illo ovili non erant..., Apostoios suos per universum direxit mundum.

* Pulchrum sit nobis in illa civitate mori pro Christo , in qua pro nobit Christus roortuus est. In serm. 3. de expeditione in Terra Sancta.

pas la dernière de nos pensées , puisqu'elle a été la première de saint Ignace et de sa Compagnie naissante.

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