PARTICULIÈREMENT LES MISSIONS DE LA SYRIE
Cette pensée est une des plus pressantes qu'ils aient , d'autantque le zèle regarde les enfants de la foi, avant que de se tourner vers les étrangers; or, les Grecs qui ont un même christianisme avec nous , bien qu'ils soient séparés de nous , ne laissent pas d'être les enfants de la foi , tandis que l'hérésie n'infecte point leurs esprits. Ainsi l'ordre de la charité inspire aux Papes ce premier soin , et d'ailleurs la conservation de la Terre-Sainte , qui ne peut subsister que par la piété de ses habitants , les oMige à leur envoyer des secours spirituels avant que de penser aux temporels.
i. Écoutons les oracles et les sentences qu'ils ont prononcés sur ce sujet *. Nous portons ce trait dans notre cœur justement blessé , de ce que Jésus-Christ est outragé par les impies , où il est mort pour eux , et notre ministère nous oblige à le faire honorer là même où il s'est anéanti.
2. CaHste III, dans sa bulle , Licet pv nostra, proteste qu'il aime particulièrement les missionnaires de la Terre-Sainte , parce qu'ils demeurent au milieu des plus grands ennemis de Jésus-Christ, les Turcs, les
* In ter graves officii nostri curas hanc pr» cseteris in visceribns gerimus. Paulus V, in buUa : Gœlestis régis.
Arabes et les Juifs ; et partant ils sont exposés à de continuels dangers , dit ce pontife ; ils reçoivent les coups que ces nations portent contre le Sauveur , qu'elles ne peuvent pas atteindre dans son être glorieux ; ils souffrent les outrages qu'on lui veut faire ; ils lui sont substitués en la Passion y dont son immortalité le garantit. Certes , il ne faut pas douter que Jésus-Christ ne les chérisse d'un amour particulier , puisqu'ils sont ses particulières victimes et ses martyrs. Les opprobres de vos ennemis sont tombés sur moi * , disait Jésus-Christ à son Père et disent encore les imitateurs de Jésus à Jésus même. Que ces injures sont belles? Que ces affronts sont glorieux, et que cette haine nous doit être aimable, puisqu'on ne nous hait qu'en considération de Jésus qui est haï en nous et pour lequel nous sommes persécutés?
3. Innocent III , dans le sermon qu'il fit au concile de Latran , nomme le trajet de la mer et le voyage de la Terre-Sainte une Pâque très-souhaitable et le véritable passage du Seigneur , que ce Pape désirait ardemment pour la défense de la foi catholique ; ensuite il témoigne qu'il ne désire point de passer à la Terre-Sainte , pour aucune gloire temporelle , mais pour la seule réformation de l'Église universelle, qui est le terme de ce voyage, le but de toutes les conquêtes des chrétiens et Tunique fin des missionnaires dans ces provinces. Il ajoute que ce beau trajet de la mer est comme un sentier et un chemin abrégé pour parvenir au repos ".