LE VOYAGE DES LIEUX SAINTS SUR LES TRACES DE JÉSUS-CHRIST
Après avoir traité des missions de la Compagnie de Jésus en Syrie^ j'entre dans le général de la mission de toute la Terre-Sainte , pour dire quelque chose des lieux que nous cultivons. Nous avons cet avantage par dessus tous les autres ouvriers , (qu'ils ne sauraient presque rien dire , que de profane, des contrées où ils exercent leur ministère, et nous, aucontraire, nous n'avons rien à dire de la nôtre qui ne soit plein d'intérêt pour les chrétiens.
Je divise cette seconde partie en trois traités ; dans le premier, je fais voir une Providence paternelle de Dieu, sur ceux qui le vont servir parmi les pays étrangers, pour montrer aux missionnaires que l'espérance et la confiance sont leur fort, et que s'il y a du péril, le secours est plus fort pour notre défense que les attaques de nos ennemis.
Dans le deuxième, je fais quelques remarques pieuses sur les Lieu^ Saints consacrés par le sang et la mort de Jésus-Christ en la ville de Jérusalem.
Dans le troisième , je parle de tous les lieux de la Palestine , et je ne fais pas seulement une simple narration comme plusieurs Font fait utilement; mais je veux donner une science accomplie des Lieux-Saints , fondée sur les preuves les plus certaines qu'on puisse donner pour appuyer une vérité.
Ainsi Jérusalem, si souvent ruinée, paraîtra sur ce théâtre toute entière et les sanctuaires si honteusement profanés conserveront leur première sainteté , et celui qui est invisible en son essence deviendra presque sensible en ses mystères.
J'avoue qu'il y a plusieurs traits de perfection à désirer en mon ouvrage, et que je n'ai pu former étant pressé d'aller en Perse ; mais j'espère que je ne serai pas blàmé d'avoir préféré une bonne action à de belles paroles, et que la charité, qui met à couvert toutes les fautes, vous fera pardonner à mon zèle les défauts de quelque*s syllabes, vu nommément, que j'ai mis au jour cette production pendant les chaleurs de la canicule, qui sont presque insupportables en Syrie, et que je soumets volontiers le tout à la correction du lecteur et à la censure de l'Eglise.
TRAITE PREMIER
LA PROTECTION PATERNELLE ET VISIBLE DE LA PROVIDENCE DIVINE SUR LE VOYAGE DES PÈLERINS ET DES MISSIONNAIRES EN LA TERRE SAINTE.
Celui qui autrefois a donné aux Hébreux une colonne de feu et de nuée, pour les introduire sûrement dans la terre de promission , et qui a fait des prodiges visibles pour rompre tous les obstacles qui leur en empêchaient la jouissance, n'a pas un bras moins fort, ni un cœur moins tendre, ni une protection moins favorable pour les chrétiens, qui passent dans la même terre sous ses auspices.
J'entreprendrais trop, si pour donner une parfaite preuve de cette vérité, j'apportais une induction générale de tant de preuves d'une providence spéciale , sur tous ceux qui entreprennent ce voyage, soit pour contenter leur dévotion particulière, soit pour annoncer l'Évangile à ceux qui l'ont perdu. Je me contenterai de dire que depuis trente à quarante ans, que plusieurs de notre Compagnie vont et viennent en Syrie, et quoique la mer soit célèbre par ses naufrages , comme elle est périlleuse par les corsaires , et la terre par son brigandage , néanmoins de tous ceux qui ont essuyé tant de
dangers, pas un n'est tombé dans le mal dont la crainte était quasi continue.
Je dois à celui qui m'en a délivré, de me donner moimême pour exemple, afin que si je n'en ai pas assez de reconnaissance , ceux qui me feront la grâce de lire mon écrit en louent Dieu pour moi et le remercient : et ceux qui entreprendront de servir Jésus-Christ dans sa patrie , ne soient point détournés par la crainte du danger, quand ils seront persuadés que la protection d'un Dieu est une puissante escorte.