Les motifs de ce voyage
Que la Terre-Sainte soit proftmée ; que la patrie du vrai Dieu soit son bannissement, que Théritage promis aux patriarches soit arraché des mains de leurs enfants légitimes , que les campagnes consacrées par les voyages de Jésus-Christ et marquées du sceau de ses vestiges soient occupées par ses ennemis; c'est un mystère qui mérite bien qu'un missionnaire tâche d'en pénétrer le secret pour le faire connaître aux autres.
C'est ce qui m'a fait entreprendre ce voyage en alîant aux confins de l'Asie, à dessein de ramener toute la terre, si je pouvais, à Jésus-Christ. J'en ai été prendre le centre pour réduire à ce point toutes les lignes de sa circonférence. Je me suis fortifié dans ma foi, en appliquant les vérités de l'Écriture aux lieux désignés sur ce théâtre de notre rédemption ; j'ai repassé ces vestiges adorables pour revêtir son esprit, et
faire naître dans moi l'envie de Finiiter dans ces emplois apostoliques.
Saint Jérôme a couru avant moi cette carrière , et devant lui, comme il Tassure, dix mille illustres héros des premiers siècles de l'Église , qui savaient qu'une contemplation religieuse des saints lieux est un puissant secours 4l 1^ ^^i , un doux appât à la dévotion et un éperon piquant pour hâter le zèle.
Saint Ignace , fondateur de notre compagnie , tira de ces lieux sacrés les plus illustres traits de sa perfection, et les plus charmants attraits de cette ardente charité, qui l'attachait si tendrement à Dieu et le poussait si fortement à l'aide du prochain.
Saint Xavier, ouvrant son cœur dans ses lettres, dit qu'il pensait souvent à revenir de l'extrémité des Indes, pour visiter celte Terre arrosée du sang de Jésus-Christ, et pour puiser à celte source de nouvelles forces pour l'accomplissement de son ministère * . Certes les pas qu'on fait en ce voyage sont précieux, puisque on les compte par les indulgences que l'on y gagne, et qu'on les marque par les trésors spirituels que l'on y découvre. J'avoue qu'il faut passer des mers, soutenir des orages, repousser des pirates, esquiver quantité d'écueils ; mais, si aux termes de la marine, la poupe est un demi-port et si on y repose plus doucement que dans aucune autre partie du vaisseau , toute la mer , bien qu'elle soit irritée, nous paraîtra un port à la vue d'une si aimable Terre, que nous contemplons dans le» dangers et dont nous animons nos espérances.
' Epist. 6, lib. i.
En un mot, le pèlerinage de la Terre sainte, entrepris par un mouvement d'amour divin, sera toujours heureux, soit que nous y arrivions, ou que nous n'y puissions pas atteindre, disait Urbain II , si nous y arrivons, nous verrons la Jérusalem des souffrances de Jésus-Christ , et si nous ne touchons point le terme , nous contemplerons celle de son repos et^e sa gloire *.
IL — La sortie de frange et les premiers jours