‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 71 sur 159 · DE PALESTINE · texte numérisé non relu

DE PALESTINE

Ébloui des lumières de l'Écriture sainte qui se présentèrent à moi comme du milieu des ruines de cette ancienne cité de Dieu, je remarquai en sortant que Dieu qui est en lui-même le fondateur, a mis en ses dehors, presqu'en un même endroit pour contenir ses sujets dans leur devoir, quatre grandes images de la mort , du jugement , de l'enfer et du paradis ; la mort se voit dans les sépulcres qui environnent presque la ville,

* Verus est sermo quem audivi in terra mea, etc. Et probavi quod média pars niihi nnntiata non fuerit. 3 Reg., x, C-7.

et dans ce vaste cimetière de la vallée de Josaphat , où le jugement n'est pas moins dépeint en ce grand théâtre de montagnes qui attend le juge des vivants et des morts.

L'enfer est à côté, vers le Midi, dans la vallée de Géhennon et du Tophet, où les Juifs, durant les fureurs de leur cruelle idolâtrie , immolaient leurs enfants à l'idole Moloc. Quant au paradis , il est marqué sur la montagne des Oliviers , au lieu de l'Ascension de Jésus-Christ.

Rempli de semhlables images, je m'en allai à Rama, où l'un de ces Révérends Pères de Jérusalem , qui m'avaient déjà donné toutes les preuves de la charité séraphique de leur ordre, me pria, en la visite des Saints Lieux, avec de grands témoignages d'amour, de faire quelque prédication à nos Français , qui demeurent en ce lieu pour le commerce , ce que je ne peux refuser à une personne si obligeante et pour des auditeurs à qui la parole de Dieu , parmi des Arabes , est si précieuse et si nécessaire.

De Rama où j'avais été obligé de quitter la compagnie de quelques Anglais , dont le dessein était de traverser la Samarie , je m'en allai à Jaffa , avec beaucoup de déplaisir de la perte que J'avais faite dans un pays si dangereux. Je suppliais néanmoins cette adorable Providence qui m'avait conduit en Jérusalem , de me ramener comme par la main et de couronner ses premières grâces;'*|fi[a requête fut si promptement exaucée , qu'au moment où j'arrivais au port de Jafla , je retrouvais ces Messieurs, après lesquels je soupirais, sur le point de démarrer une seconde fois, après avoir été quelques heures auparavant repoussés au port par un Corsaire ;

ce qui contribua au bonheur de mon retour, en me renvoyant ceux qui me servaient de sauvegarde J

Je vois en passant les ruines de Tancienne Césarée , la ville des Saints, l'amphithéâtre des martyrs, le séjour des grands hommes et nommément des apôtres. Elle fut autrefois bâtie sur les ruines de la tour de Straton , appelée de l'auguste nom de César , par Hérode , grand flatteur et adorateur de la puissance romaine. Elle était également forte et riche, et ce beau marbre blanc qu'Hérode son fondateur employa , tant pour ses palais que pour la plus grande partie de ses autres bâtiments , la faisaient paraître comme la reine des villes. On ne vit jamais rien de mieux fortifié que le port, ni de plus commode. Il était flanqué de plusieurs grandes tours et orné d'un rang de superbes édifices qui en rendaient la vue belle à merveille; de sorte qu'on lui donnait justement le nom d'Auguste. On dit même que comme l'ancienne Rome avait des conduits souterrains d'une admirable structure, afin que jusqu'aux égoûts tout y fût magnifique , suivant l'éloge que Cassiodore en fait , Césarée pareillement avait encore en ce genre des marques bien extraordinaires de magnificence. Elle a néanmoins tiré une plus haute gloire et plus solide des mystères de notre religion, du baptême que saint Pierre donna à Cornélius, capitaine de cent hommes, et de la maison de saint Philippe , diacre , qui y demeurait avec ses quatre filles vierges , douées de l'esprit de prophétie ; des mérites de cet homme divinement inspiré , Agabus, qui par une cérémonie prophétique se lia les reins avec la ceinture de saint Paul ; de l'emprisonnement du même apôtre , des chaînes qu'il y porta durant deux ans , et

enfin de ses réponses admirables devant le roi Agrippa et le président Félix. Ce fut là qu'il en appela à César, et. qu'avec une liberté digne d'un homme descendu du paradis, il marcha comme en triomphe jusqu'à Rome. Je ne parle pas du sang des martyrs qui ont changé le tnarbre blanc de Césarée en jaspe et l'ont beaucoup plus çnnoblie pendant les siècles de la persécution , qu'Hérode durant les douze ans qu'il mit à ce chef-d'œuvre de l'art.

Mais, ô caducité des villes aussi bien que des hommes ! Toute cette splendeur est aujourd'hui ensevelie sous un vaste monceau de pierres et de sable !

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