‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 77 sur 159 · IV. — Les sept portes de Jérusalem · texte numérisé non relu

IV. — Les sept portes de Jérusalem

11 fallait que Jérusalem fût souvent ruinée pour être mieux bâtie, ses murailles étant aujourd'hui même composées de sanctuaires et de pierres tirées des ruines des autels et des temples. Ainsi la profanation même a servi à la consécration, et Selim faisant rebâtir ses murailles lui a donné un nouveau lustre de majesté, et si je l'ose dire, de sainteté, par de si nobles matériaux qu'il y a employés. Entrons donc dans cette religieuse ville, par sept portes que j'y considère, comprenant la basse ville de Jérusalem et la haute cité de David, qui s'étendait de la porte de Rama jusqu'au temple de la Présentation.

Les quatre principales sont la porte de Notre-Dame, tournée vers l'orient du côté de l'église de Gethsémani , où la Vierge fut enterrée. Cette première porte était encore appelée de Sain t-É tienne, et par les Sarrazins, la

* Montes in circuitu ejus. Psal, cxxiv, 2.

porte du Zèle, à cause du mémorable combat que rendit saint Etienne, martyr, contre les savants de la loi, jaloux de la gloire de Jésus-Christ. La même était surnommée Porta gregû, d'autant que c'était par là qu'entrait le bétail destiné aux sacrifices.

La seconde porte, qui est à l'occident, avait autrefois divers noms, de Jaffa, de Rama, du Château et des Poissons, parce que le poisson qu'on portait de la mer Méditerranée entrait de ce même côté.

La troisième , qui regarde le septentrion , porte le nom de Damas et autrefois d'Ephraïm, qui avait son quartier dans cet endroit.

Il faut ajouter pour la cinquième la Porte Dorée, par laquelle Jésus-Christ entra le jour de son triomphe : elle est proche du temple de Salomon et regarde l'orient , porte heureusement fatale aux conquérants. En effet, les Turcs croient que le prince qui doit prendre Jérusa* lem entrera par là, c'est ce qui les oblige à la tenir murée. C'est par cette même porte que l'an 622, Héraclius, portant la Sainte-Croix qu'il avait arrachée des mains des Persans, ne put jamais avancer avec toute la pompe de ses habits impériaux ; il fallut que suivant le conseil de Zacharie, patriarche de Jérusalem , il se dépouillât de sa couronne impériale, de sa pourpre et de ses sandales, et qu'ayant la tête et les pieds nus sans aucun appareil, il portât sur ses épaules le sceptre de douleur jusqu'au haut du Calvaire.

Il y a une autre porte tournée vers le midi, qu'on appelle Sterquilinia, ou la porte des égoûts de la ville, qui se déchargeaient dans le torrent de Cedron. Par celle-ci Jésus^hrist, suivant le sentiment de quelques

auteurs, fut mené en Jérusalem le soir de saPassioo; bien qu'elle ait été la plus nécessaire aux hommes, et la voie de notre salut établie sur la Passion de Jésus- Christ, je ne la mets pas néanmoins au nombre des portes ordinaires.

La sixième qui était vers le Septentrion était ceBe d'Hérode , dont le palais était bâti de ce côté-là.

La septième, qui est à l'Occident, est la porte judiciaire , enfermée à présent dans la ville , et presque bouchée. Auguste porte, de laquelle parle saint Paul * . Comme au jour de l'expiation générale du peuple, les corps des victimes publiques étaient brûlés hors du camp ; ainsi Jésus qui a été offert pour sanctifier tous les hommes souillés de crimes , que lui seul pouvait effacer, se voulut bannir lui-même delà ville de Jérusalem , et mourir hors de l'enceinte de ses murailles , éloigné de tout commerce , comme le rebut des hommes. II faut remarquer que la porte Judiciaire est l'une des plus anciennes de Jérusalem, ce que j'infère de deux colonnes qui passent pour des antiquités des siècles très-éloignés , et soutiennent ce vieux monument.

Quant à ce nom de Judiciaire, il est tiré de la justice qui se rendait autrefois à la porte des villes. Quelques autres le font venir du lieu destiné aux exécutions publiques, qui en est proche. Les Jébuséens la nommaient la porte Jebus , comme l'assure Adrichomins.

Je ne dis rien de la porte nommée Ferrea , d'autant qu'elle sert , dans la ville même , de passage pour aUer

* Propier quod et Jesul, ut sanctifîcarel per suum sanguinem populum, extra porlam passus est. Ad lleb., xiii, 12.

d'une rue à l'autre,. ni de celles que quelques-uns ouvrent aux marchandises de contrebande , appelée foramen Acus , basse et étroite en son entrée. C'est pourquoi quelques interprètes, suivant la glose , assurent que Jésus-Christ disait , qu'un chameau entrerait plutôt par cette porte du troii de l'éguille, qu'un homme riche dans le ciel.

Voilà les sept portes de l'ancienne ville , qu'on peut découvrir encore en ce temps dans la nouvelle Jérusalem. Ce qui nous oblige d*admirer la Providence, à qui les pierres mêmes de Jérusalem sont précieuses ; et qui ayant abandonné les antiquités profanes à la fureur des guerres et au changement des temps, a voulu conserver particulièrement les antiquités saintes , pour justifier toujours cette grande proposition , que Jérusalem est entière et ruinée ; et que parmi les débris de tant de superbes bâtiments, il n'y a que les monuments, marqués de quelques-uns de nos mystères, qui demeurent sur pied. En effet la porte de l'Égoût que Jésus consacra par son passage la nuit de la Passion ; la porte Dorée qu'il honora le jour de son triomphe entrant en Jérusalem ; la Judiciaire par laquelle il monta au Calvaire, et où l'arrêt de sa mort fut affiché à une colonne; et la porte de Fer que saint Pierre rendit si célèbre par sa délivrance , sont aujourd'hui bâties presque des mêmes pierres qu'on employa en leur première construction.

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