‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 78 sur 159 · V. — Les sept palais de Jérusalem · texte numérisé non relu

V. — Les sept palais de Jérusalem

Comment trouverons-nous sept palais dans la Jérusalem de Jésus-Christ , toute ruinée où , selon roracle de Notre-Seigneur , il ne devait pas rester pierre sur pierre. L'année de Jésus-Christ 72 , l'empereur Tite commanda à son armée de renverser cette grande cité avec son temple, à la réserve des trois plus hautes tours appelées Phaselus , Hippicus et Mariamné , et de la partie des murailles qui regardait l'Occident, où il laissa une garnison romaine , l'autre partie de la ville fut entière* ment rasée ; de sorte que ceux qui la voyaient ne pouvaient se persuader qu'elle eût été autrefois habitée , comme l'assure Joseph. Mais l'année 134, l'empereur Adrien fit abattre ces superbes tours que Tite avait laissées pour marquer la grandeur de sa victoire et du courage des Romains en la destruction d'une si puissante ville , dont les restes étaient si glorieux. Il démolit encore la muraille qui mettait à couvert la garnison , et fit à la suite de ce dernier coup de fureur et de justice semer du sel sur le sol où Jérusalem avait été. Cela étant comme il est , la parole de Jésus a reçu son dernier accomplissement ; il ne faut plus rien chercher de l'ancienne Jérusalem, qui n'est pas même aujourd'hui l'ombre de ce grand corps composé de palais , de tours , de remparts , d'arcs de triomphe , de théâtres et de maisons d'une magnificence royale.

Je suis pourtant du sentiment de cet illustre inconnu et ancien auteur , qui a donné ce titre à son ouvrage ,

Gesla Dei per Francos ; y estime avec lui , qu'après tant de ruines, la Jérusalem moderne conserve plusieurs anciens monuments , et divins sanctuaires qui la rendent la plus célèbre ville du monde et la plus magnifique '. D'où je conclus qu'elle est entière et ruinée. En effet, j'y remarque encore à présent les beaux restes de sept anciens palais, que la sainteté de nos mystères avait consacrés.

Les deux premiers sont le palais d'Hérode et le prétoire de Pilate, dont je. parlerai; les deux autres sont les maisons des deux pontifes Anne et Caïphe, où j'espère aussi entrer : la tour de David où ce prince pleura son péché et composa le plus célèbre psaume de sa pénitence , fait une partie du château Pisan , qui est bâti sur ce qui en est resté, et dont les grandes pierres carrées , d'une construction bien différente de celle qui fait l'autre partie , montrent l'antiquité du cinquième palais. Quant au sixième , je considère le saint Cénacle , où les derniers et les plus importants mystères de notre religion furent accomplis, et où nous distinguerons plusieurs églises, comme un palais sacré, ancien en sa forme , qui est la même que du temps de Jésus- Christ , ancien et moderne en ses matériaux , qui ne sont pas entièrement les mêmes, ce qu'il faudra expliquer plus au long. La maison de Marie, mère de Jean-Marc, l'un des soixante-douze disciples de Jésus-Christ, bâtie sur le mont Sion , étant encore sur pied , peut bien être comptée pour un septième palais, puisque tous les an-

* Temporis iliius adhuc monumenta obtinet, quilms el faino8a,et illustris , et prae cunctis clarior civitalibus in tolo orbe terrarum esse débet. Gesta, c. Si.

ciens fidèles de Jérusalem avaient coutume de s'y assembler ; et après le martyr de saint Jacques , et Femprisonnement de saint Pierre, par Hérode Agrippa, les prières de l'Église s'y faisaient pour la délivrance de ce prince des apôtres , après laquelle il vint lui-même frapper à la porte et y fut reçu avec une extrême joie de ces chrétiens : on y voit une belle église qu'Adrichomius appelle la première et plus ancienne église des Grecs , et le siège de leurs premiers évêques *.

Voilà les sept Palais que tant de siècles ont révérés, que tous les temps ont épargnés , que la fureur des conquérants n'a pas touchés ; ou certes , si elle en a démoli quelques parties , il en reste des- masures qui montrent toute la masse des bâtiments , et même toute la forme de quelques-uns. Cependant que sont devenus les Palais de Salomon et de la reine son épouse? Et la maison de la forêt du Liban , que l'empereur Titus fit abattre , et qu'Adrien fit rebâtir? tirant des ruines qu'il avait faites, en mettant tout en poudre , une nouvelle Jérusalem appelée de son nom ^lia ? Où est la superbe maison du pontife Ananias ? Et le lieu de la course des chevaux nommé Hyppodromus , qui se trouvait en même ligne vers le midi avec les premières maisons royales , à l'entrée de la cité basse, nommée la fille de Sion? Où est le palais d'Hélène bâti sur le mont Acra , vers l'occident ? Et celui des Machabées vers la porte du Temple qui regardait le couchant ? Et celui de la reine Bérénice, qui était du même côté? Et le château des Assyriens sur le mont Bezeta vers le septentrion? Et plusieurs autres

* Adrichom. in descript. Jeras., n. 127.

maisons royales , qui étaient les hôtels des souverains devenus citoyens de Jérusalem , lorsqu'elle était en sa première splendeur? Où est enfin ce Temple, le huitième miracle du monde , qui faisait une grande partie de Jérusalem vers Torient? Nous cherchons ces superbes édifices dans les cendres de leur embrasement, et il n'en reste que le souvenir dans les esprits , et les noms, dans les livres. Mais les sanctuaires de Jésus-Christ paraîtront jusqu'à la fin des siècles, et seront la preuve de cette proposition , que Jérusalem ruinée est encore entière.

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