‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 80 sur 159 · IX. — Jérusalem riche et pauvre · texte numérisé non relu

IX. — Jérusalem riche et pauvre

Il faut que Jérusalem sôit riche , puisqu'elle est appelée la cité du grand roi * ; il y avait son temple et ses anges tutélaires , il l'a consacrée même par sa présence , et par les mystères de sa vie et de sa mort. Jérusalem est riche , puisqu'elle a aujourd'hui ce même terroir qui nourrissait autrefois des millions de personnes , et qui faisait en partie subsister de si puissantes armées. La terre voisine de Jérusalem est si heureuse , et comblée des bénédictions du ciel, que du côté deBethléhem elle est toute parfumée ; l'odeur qu'elle répand est si douce , qu'il semble qu'elle est toute couverte d'œillets. Outre l'expérience que j'ai eue de ce parfum naturel , Adrichomius m'en assure et remarque que cette senteur de baume se trouve particulièrement dans une campagne de deux mille , que la sainte Vierge a consacrée de ses pas , allant en Bethléhem, et de Bethléhem en Jérusalem. C'est le tribut, dit cet auteur, qu'elle reçut de la terre de son domaine. Les arbres lui rendirent un même hommage , témoin le térébinthe qui se courba devant elle sur son passage , et duquel nous parlons ailleurs. J'avoue qu'on voit aux environs de Jérusalem quelques montagnes ou de peu de rapport , ou toutes stériles , mais d'ailleurs il y a de beaux endroits dans ses campagnes , il y a des

* Civitas régis magni. Psalm., XLVU, 3.

vallées extrêmement riches et également agréables, qu'on découvre , nommément à quelques milles de la porte de Rama. Il y a une plaine qui s'étend bien loin du côté de la porte de Damas, et qui a ses beautés et ses délices.

Jérusalem est donc riche , et pourtant elle est pauvre en son terroir même , d'autant qu'elle est privée de la bénédiction du ciel, et engagée dans le malheur de toute la Palestine , notablement changée par la malice de ses habitants infidèles, a malitia inhabitaniium in ea. L'eau qui est la source de l'abondance est tarie en plusieurs lieux , et les sources se sèchent visiblement d'un siècle à l'autre. En effet, Adrichomius marque dans sa charte entre Ptolémaïde et le cap du Carmel, quatre rivières, dont il ne paraît aujourd'hui qu'un ruisseau du côté^le Ptolémaïde ou d'Acre , et le cison vers Caïpha. Enfin où est cette excellente odeur que toute la Terre- Sainte envoyait autrefois jusqu'à plusieurs milles, et que les mariniers prenaient pour une marque infaillible de ses côtes? Le péché qui a ruiné le monde a désolé une contrée si heureuse , et le déicide l'a dépouillée des biens de la nature et de la grâce.

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