‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 81 sur 159 · X. — Jérusalem commode pour le commerce · texte numérisé non relu

X. — Jérusalem commode pour le commerce

DES peuples et SOLITAIRE.

Platon donnant l'idée d'une république, veut que sa ville capitale soit éloignée de la mer , d'aumoins dix milles; et qu'elle ait néanmoins un port voisin d'où eUe

puisse tirer les avantages des provinces les plus éloignées, sans s'infecter des mœurs étrangères. Telle est la ville de Jérusalem, maîtresse de la religion ancienne; et telle est encore Rome, le siège de la religion dans la loi nouvelle. Certes, les villes qui sont bâties sur les côtes des mers , qui ont la commodité et les fortifications d'un port, pour entretenir le commerce et le garantir de surprise, sont sujettes aux passions dominantes de l'orgueil et de l'avarice , et se trouvant ouvertes aux étrangers , reçoivent leurs vices et leurs erreurs. Or Jérusalem étant une ville que le Ciel avait formée pour la religion et la sainteté *, dit Isaïe, elle a dû être exempte de ce double danger et placée un peu à l'écart des autres , sans perdre leur communication , d'où j'infère la vérité de la proposition que j'ai avancée.

Il est certain que Jérusalem est solitaire entre les villes , d'autant qu'elle est la première d'un État, séparé de tous les autres : du côté de l'occident par la mer Méditerranée, du côté de l'orient par les deux Arabies, la pierreuse et la déserte , vers le septentrion par l'anti-Liban qui borne la Terre-Sainte , vers le midi par le désert de Pharan. D'ailleurs, comme Jérusalem renferme des montagnes ( elle en est renfermée ) et toute environnée de vallées entrecoupées qui rendaient la circonvallation fort difficile, selon que l'assure Josèphe. Cette solitaire pourtant pouvait communiquer avec tous les peuples du monde*, dit le Prophète-Roi , et présentement elle est l'abord de toutes les nations qui vien-

* Prsparatus mons domus Domini. Isa., ii, 2.

* Fundalur exullationo univers» terra) mons Sion. Psal., XLVII, 3.

nent reconnaître Jésus-Christ dans ses sanctuaires. Elle est, dit Génébrard , le cœur du monde qui en lie toutes les parties , joignant les peuples d'Orient à ceux d'occident par la Méditerranée , les Septentrionaux à ceux du Midi par la même mer , et par la mer Rouge, avancée vers le midi. Sur les paroles du prophète Ezéchiel*, saint Jérôme l'appelle le centre de la terre. Inférons de ce raisonnement qu'il n'appartient qu'à Dieu , fondateur , législateur et roi de Jérusalem , de tracer dans ses divines idées le plan des villes et de leur donner ensemble les avantages de la solitude et de la société des hommes.

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