‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 82 sur 159 · XI. — Une maison de Jérusalem vaut un monde · texte numérisé non relu

XI. — Une maison de Jérusalem vaut un monde

Il la faut choisir en un bel endroit , puisque nous n'en prenons qu'une. Il faut donc la marquer sur la montagne de Sion , qui est le plus célèbre quartier de la ville y comme la source de la ville basse , qu'on appelait la Fille de Sion , le siège de la ville haute , et le centre des mystères. Sion a donné son nom à toute l'Église catholique, et par communication à la société des saints , si haute est sa noblesse. C'est de la montagne de Sion que les Machabées chassèrent les Macédoniens. C'est là même où David porta l'Arche , et la logea avec grande pompe dans sa cité. De sorte que cette montagne fut le théâtre de la guerre et le séjour de la paix. La

* Ista est Jérusalem, in medio gentiuro posui eam. Ezech., v, 5.

gloire de Dieu y entra avec l'arche ; et la gloire de Dieu en sortit lorque la loi nouvelle fut publiée *.

Au bout de cette sainte montagne, du côté du midi , vis-à-vis d'une porte de la sainte cité , appelée porte de Sion , on voit le saint Cénacle , dont il ne faut pas raisonner légèrement , puisque dans ce grand sanctuaire on trouve l'accomplissement des plus grands mystères; la cérémonie de l'Agneau pascal, l'institution du saint Sacrement, la mission du Saint-Esprit, et cette glorieuse descente de langues de feu sur les têtes des apôtres , l'apparition de Jésus à ses disciples , en l'absence de saint Thomas, le jour de sa résurrection ,et l'apparition du même sauveur à saint Thomas , en présence des disciples , huit jours après la résurrection ; le sacre de saint Jacques appelé le frère du Seigneur, et nommé évêque de Jérusalem, comme l'assure Nicéphore ; la mission des apôtres qui se répandirent par tout le monde , quelque temps après l'Ascension de Jésus- Christ ; la tenue du premier concile, l'institution du sacrement de Confirmation, au rapport de saint Cyprien et du pape Fabien •. Enfin l'élection de saint Mathias et la retraite de la Vierge dans cette divine Église avec les disciples de Jésus , sont les mystères et les embellissements de l'église de Sion appelée l'Église des Saints Apôtres , et la Mère de toutes les Églises. D'où je tire cette conséquence , que le saint Cénacle, qui suivant le témoignage de saint Jean Chrysostôme, fut la maison d'un disciple caché de Jésus-Christ, vaut plus qu'une ville , qu'une province, et que le monde

* De Sion exibit lex et verbum Domini de Jérusalem. Is., ii, 3.

* Jésus poslquam caenaTit cum discipuli» suis el lavit eorum pedes , chrisma conficere docuit. In serai, de unctione chrismalis.

mérne, qu'il a sanctifié par tant de clie&-d*cefnrre de li ç^ce. Au reste cette maison subsista longtemps en soa premier état ; l*empereur Adrien qui trcova la lille ruinée , et le Temple de Dieu renversé . admira cet aogusle liâtiment encore sur pied . coomie dit saint Epî(rfiaoeei s*jn li>Te d*rs mesures ; et sainte Hélène, -qoi observait t«>ute§ les mesures des anciens sanctuaires en réparant quelques ruines, la refit, mais n'en changea pas la forme. La reine de Sicile Sancia, qui fut une seconde Hélène, la fit renouveler < comme nous rapprend Clément duquiéme dans une bulle) ' , toujours soosla même fignre et les mêmes matériaux qui se trouvèrent sur le lien. Voilà donc un vieil édifice que tant de sèdes ont respecté, où chaque chambre est une église auguste et capable comme le Ciel , puisque le Fils de Dieu y a logé en Tétat de sa gloire après sa résurrection. Mais voyons phis particulièrement cette vérité.

La maison du saint Cénacle est divisée en deux parties. Tune haute et Fautre basse. La l»asse en contient deux , séparée par une muraille qu'on a tirée au milieu du bâtiment. Dans Tune qui est la première , de la longnenr de 24 pas , de la largeur de seize , dont la voûte de pierre est soutenue sur deux colonnes carrées, Jésus lava les pieds à ses apôtres , et leur apparut après sa résurrection, les portes étant fermées. Dans Fautre qui est derrière , et opposée à celle que nous avons décrite , et qui communique avec la première par une petite porte pratiquée dans la séparation, on compte iO pas de longueur et quatorze de largeur; elle est fermée en haut

* Ad geaeraleai ordînis minor.

par une voûte de même forme que l'autre, et on l'appelle le sépulcre de David. En effet Ton y voit un coffre de pierre , élevé sur la terre , et attaché à. la muraille que les Turcs ont en vénération , comme le tombeau du plus religieux de tous les rois, Salomon y fut encore enseveli, Manassès , et quelques autres.

Quant à l'appartement d'en haut, il est encore divisé en deux longues salles (au-dessus des deux basses) divisées aussi par une longue muraille, et les deux communiquent par une fenêtre. Dans la première se voit la chapelle de la Vierge , des Saints Apôtres , des disciples de Jésus, et des femmes pieuses, qui par leurs ardentes prières attirèrent le Saint-Esprit. Cette chapelle est couverte d'une demi-voûte revêtue de plomb. La dernière partie est celle , où les mystères que nous avons touchés au commencement de ce chapitre furent accomplis, nommément l'institution du Saint Sacrement; et les quatre ensemble , deux basses et deux hautes , sont un corps de logis, dont elles mesurent toute la longueur.

Mais pourquo'i les mystères les plus secrets de l'institution du Saint-Sacrement, et de la descente du Saint- Esprit , ont-ils été accomplis dans les plus hautes chapelles? Ce fut sans doute parce que la coutume des Juifs était de prier Dieu en des lieux élevés. Ainsi saint Pierre monta au haut de la maison pour prier Dieu sur le midi * . Et saint Paul fit la communion, dans la Troade, au haut du logis. En effet Tychicus, auditeur de l'apôtre, tomba du troisième Cénacle ; et saint Luc marque cette

* Ascendit in superiora ut oraret circa horam sextam. Act., x, 9.

vérité ' . Adainnanus donne les mémoires de tonte la rome de ce liâtiment suivant Fidée de saint Arculphe, qai aflb en pèlerinage à Jérusalem , Tan de Notre-Seigneor 690 : ces paroles appuient la vérité des nôtres *. Au reste il a fallu entrer dans cet admirable sanctuaire , avec les plus fidèles auteurs et voir de loin un lieu où V(m ne peut entrer aujourd'hui qu'avec de grandes sommes d'argent.

Parmi tant de trésors et de célèbres monnroeiits n'ooblions pas la maison de la sainte Vierge , inséparable de la maison de Dieu son fils, que je décrirai ailleurs, comme aussi la chapelle où elle communiait de la main de saint Jean. Révérons ici ces trois tabernacles stir le mont de Sion, bien plus aimables que les trois, souhaités par saint Pierre sur le mont de Thabor. Ces trois maisons n'en font qu'une qui vaut plus qu'un monde.

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