XX. — La flagellation de jésus dans la maison
DE CAIPHE.
Que ces termes de saint Luc sont considérables : Pilate leur abandonna Jésus *. Qu'ils ont coûté d'outrages et de souffrances à Jésus-Christ ! Ce peu de syllabes est infini en mystères , et les peines qui y sont comprises arrivent jusqu'à la dernière exinanition d'un Dieu. Mais que ces paroles du même n'ont pas moins coûté à l'Homme-Dieu : ils hlasphémaieiit contre lui. Je ne toucherai pourtant , après de graves auteurs , qu'un de ces outrages inconnus , que la nuit couvrit et que le dernier jour déclarera , suivant ces paroles du prophète Nahum : Ostendam gentibus nuditatem tuant et regnis igtunniniam tuam. Le bienheureux Laurent Justinien , saint Anselme , Lansperge et saint Bernard même , estiment qu'ensuite des paroles prononcées par Caïphe contre Jésus: rctis est mortis^ cet adorable Sauveur fut attaché à une colonne et cruellement déchiré à coups de fouets. Certes, saint Grégoire de Nazianze parle de deux colonnes toutes couvertes de sang , œlumnnscniorisplenas. En effet, on en montre deux qui ont sem à ce sanglant ministère. Rome garde l'un de ces trésors dans l'église
* Jesum vero tradidit Tolantati eonim. Luc , xxui , 25.
du Vatican, où il fut porté de Constantinople : Jérusalem a l'autre. Je ne veux pas disputer laquelle des deux est celle de la flagellation ordonnée par Pilate; je dirai seulement que celle de Jérusalem que nous avons vue est encore teinte de la couleur de sang. Fallait-il que le grain de sénevé fût si souvent broyé, et qu'il crût à force de tourments, dit le bienheureux Pierre Damien? Il fallait qu'un Dieu souffrit plusieurs fois à la colonne, avant que de se mesurer à la croix; castigaiio mea in maiutinis. Dès le grand matin, avant le soleil levé, Jésus fut noyé dans son sang , avant que de paraître aux yeux du peuple.
Pour fortifier ce sentiment de dévotion touchant les deux flagellations, Eckius dans son traité de la Passion, nous assure que c'est la commune opinion des docteurs que Jésus fut deux fois attaché à la colonne et outragé de coups de fouets , d'autant que c'était la coutume des Romains, après la sentence de mort prononcée, de fouetter par main de bourreau ceux qui devaient être crucifiés. Mais quant à ce dernier point , il y a plus d'apparence que le Sauveur ne fut condamné par Pilate qu'à une flagellation ; vu nommément qu'elle fut si rigoureuse, avant l'arrêt prononcé, et que. d'ailleurs on l'avait si cruellement traité dans la maison de Caïphe.