‹ La Syrie et la Terre Sainte au XVIIe siècleChapitre 94 sur 159 · XXIII. — Jésus sort du prétoire, et passî: a coté du · texte numérisé non relu

XXIII. — Jésus sort du prétoire, et passî: a coté du

PALAIS d'hÉRODE.

Après cette sanglante boucherie de la flagellation qui épuisa tout le corps de Jésus-Christ de son sang, on le

ramena au prétoire, où l'impie soldatesque, sollicitée à prix d'argent par les Juifs, le dépouilla et le fit asseoir sur une pierre de marbre, qui a quelque forme de colonne , et qu'on garde à présent , dit Adrichomius , à Rome, dans l'église de Sainte-Croix de Jérusalem.

Sur ce trône, le souverain monarque, par une cérémonie également cruelle et outrageuse, fut reconnu roi de douleur; sa pourpre, son sceptre, les hommages qu^on lui rendait, et sa couronne contribuant à la grandeur de son supplice, qui n'en eut jamais de pareil. Aussi fallait-il, suivant la grande parole de saint Grégoire de Nazianze, que l'Homme -Dieu surpassât les autres hommes en toutes choses et nommément en souffrances. Certes, au point de son couronnement, il fît de grands efforts ; il souffrit en géant, dit le bienheureux Laurent Justinien, d'une posture ferme et d'un esprit immuable^ il porta le cercle de douleur, il produisit toute la patience d'un Dieu*. On n'ouït jamais parler d'un tbur^ ment composé d'une souveraine douleur et d'un souverain mépris. Il était de l'invention des démons, qui persécutaient avec ces deux sortes d'armes, la vérité, comme me l'apprend saint Bernard*. Plus de soixante -dix épines percèrent cette divine tête, descendant jusque sur le milieu du front, faisant couler le sang tout à l'entour sur les oreilles et sur les yeux, tellement que Jésus ne pouvait discerner aucun objet par la vue, sans presser les paupières et les essuyer. Il usa de cet effort sur

* Tamquam Gigas forlissimusimperterritus stetit et coronationis pœoam immutala mente sustinuil. De triunphali agone, c. li

' Qui oderant verilatem , non solum opprobriuni illius requirant , sed eliam suppliciuro. Tractât, de passione, c. 39.

la croix, dit sainte Brigitte, pour reconnaître sa mère. Si nous regardons de près ce martyre , nous compterons beaucoup plus de blessures que d'épines. En efifet, les saints Pères m'assurent que la tête de Jésus fût blessée en mille endroits, d'autant que la couronne lui fut mise plusieurs fois. précieuse tête de notre Chef, le siège de tous les sens, l'arbitre de toutes les fonctions, l'âme et le principe en laquelle tout le corps fut tourmentél L'enfer trouva ce martyre , inconnu aux hommes , et Jésus le dédia en sa personne, voulant qu'il fût incommunicable aux autres, à la réserve des prêtres qui portent en leur couronne la figure de ce couronnement.

Je ne dis rien du roseau dont on fit un soaptre à ce nouveau et ancien roi ; en vérité ce sceptre fut léger à la main du Sauveur, mais extrêmement pesant sur sa tête, lorsqu'on s'en servait pour y enfoncer ces épines; Jésus le porta en sa main comme un trophée d'humilité, et en sa tête comme un trophée de patience.

Quant à la pourpre, je me persuade aisément que cette pièce de drap était toute usée et avait déjàperdu cette haute couleur de l'écarlate, parce qu'il la fallait reteindre dans le sang de Jésus-Christ, dont elle tirait son lustre pour le communiquer à la pourpre des pontifes et des rois.

Mais sortons de ce prétoire, au moins avec compassion pour Jésus, qui en sort en suite de sa condamnation, pour le grand supplice de la croix. L'agneau porte sur ses épaules le couteau dont il doit être égorgé, et le roi porte son sceptre sur ses épaules, parce qu'il est roi de patience et de douleur. Une branche de la croix tombant sur le dos, et l'autre pressant le haut des épaules.

le Sauveur est déjà comme crucifié : il unit toutes ses forces pour se soutenir, et par la violence qu'il se fait, il étend toutes ses plaies, et nommément celle des reins, que le poids et le mouvement du bois ouvrent toujours davantage.

Il passe à côté du palais d'Hérode, devant lequel il faut un peu arrêter nos esprits sur les mystères qui y ont été accomplis. C'est merveille qu'après tant de ruines de Tancienne Jérusalem , cette maison, qui n'est qu'à un jet de pierres du prétoire, vers le septentrion, soit restée si commode et si belle, ainsi qu'on le voit; mais il y a une providence particulière qui conserve les lieux où Jésus a opéré noire salut. Le Sauveur fut maltraité à l'entrée de ce palais par les gardes du roi et par les courtisans qui font , dit saint Grégoire le théologien , d'un roi un Dieu et de Dieu un fantôme. Il fut encore plus méprisé dans la salle d'Hérode, qui avait fait son apprentissage de fureur contre les prophètes, en la personne de saint Jean, et devait déployer toute son impudence contre l'Homme-Dieu, qui fut beaucoup plus outragé en la sortie de cette maison, et au retour chez Pilate, par les soldats et par les juifs, qui craignaient que le président ne voulût pas plus que le roi Hérode condamner Jésus, et avaient résolu cependant de s'assurer de sa mort. C'est pourquoi à force d'outrages et de coups, ils le mirent en état de ne pouvoir plus vivre que quelques heures, comme ils l'espéraient. Avant de laisser le palais d'Hérode , remarquons que Jésus, depuis qu'il y a été si fort méprisé, en a fait une école d'humilité. Certes, durant plusieurs siècles, les chrétiens n'y sont jamais entrés qu'on ne les ait maltraités avec des termes

d'outrage, par une permission et une secrète conduite de la Providence qui veut qu'ils apprennent à leurs dépens la vertu de Jésus, et qu'ils aient quelque part à sa passion, comme le père Quaresmius nous l'enseigne.

Au reste, ce palais bâti de grandes pierres carrées, blanches et noires, est fort beau et fort élevé, embelli de grands fenêtrages dont les croisées sont entières. On y voit au plus haut appartement , une salle dans laquelle Jésus fut présenté à Hérode, et que les chrétiens changèrent autrefois en église, pour honorer les affronts qu'y reçut le Sauveur.

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