‹ La SyrieChapitre 13 sur 49 · II. Djazzah · texte numérisé non relu

II. Djazzah

Après l'évacuation de Saidà par Dinkizlî, ce dernier y avait )été aussitôt remplacé par Djazzàr, accouru de Beyrouth (v. p. 110). Il est temps de faire connaissance avec ce personnage, dont la fortune va bientôt balancer celle de Bonaparte, et pendant 30 ans terroriser la S5'rie et le Liban.

Son origine ; ses débuts. Bosniaque d'origine (3), après des débuts laborieux à Stamboul, Djazzàr était venu offrir ses services à 'Alî-bey d'Egypte. Il remplit auprès de lui un métier qui lui assurera le surnom historique de Djazzàr, boucher. Il acceptait de débarrasser le régent mamloùk des ennemis qui le gênaient. Un jour pourtant, le Bosniaque éprouva un remords, une hésitation, les seuls peut-être qu'il

(1) Le 16 Août 1775 ; Yie man. de Dâhir, p. 98.

(2) Une partie, confiée aux Franciscains, fut restituée à la Porte ; Rabbath, I, 624.

(3) Il serait né vers 1735. Sa langue maternelle était Vesclavonqu'il aimera à parler jusqu'à la fin de sa vie ; Yolney, op. cit., I, 452,

l'hégémonie d'acuk 113

ait sentis au cours de sa cairièic mouveuientée. Il refusa d'assassiner un de ses amis. Redoutant Ja vengeance de son maître, il s'exila, pérégrina à travers l'Empire ottoman sans trouver un emploi à son ambition, à son énergie exubérantes. Il se décida à revoir momentanément l'Egypte, s'y glissa sous un déguisement arménien, pour recueillir les trésors qu'il y avait ai)andonnés (1). D'Egypte il passe à Dairalqamar, où l'émir Yôùsof lui réserve un accueil empressé ; ensuite au service du pacha de Damas. Quand, après le bombardement russe de Beyrouth (v. p. 110), il fallut réoccuper la ville, l'émir Yoûsof se souvint de ses relations avec le Bosniaque. « A'oulant se montrer désagréable à son oncle, l'émir Mansoùr » (2), il permit à la Porte d'installer Djazzâr à Beyrouth. A peine dans la place, ce dernier s'occupa d'en relever les fortifications. Afin d'aller plus vite en besogne, il emprunta les matériaux de construction aux édifices élevés par les Chihàb. Pour pourvoir aux frais de l'entreprise, il confisqua dans le port un navire, appartenant à des marchands de Beyrouth, dont la cargaison lui rapporta 2,00. 000 dirhems (3). Sommé de se retirer, il prétendit ne relever que de lui-même.

Second bombardement de Beyrouth. L'émir Yoûsof dut alors recourir aux bons olhces de son ancien ennemi Dàhir. Avec raison, le chef bédouin redoutait pour sa ville de Saidà le voisinage de Djazzàr. Il se rappela l'assistance prêtée par l'escadre russe, à ce moment-là même mouillée dans les eaux de Chypre. Il pria l'amiral (4) de se présenter devant Beyrouth. Cette démarche vaudra -à la cité l'épreuve d'un second bombardement (1773). En dépit de sa violence, malgré les 6.000 boulets lancés sur les remparts, les projectiles n'arrivèrent pas à entamer les murailles construites en

(1) Vie de Djazzâr, msc. p. 9. {Bibl. orient.).

(2) Haidar, 812.

(3) Monayyar, man. cit., 67.

(4) Contre le paiement de 600 bourses ; Voluey, op. cit., I, 454.

pierres sablonneuses (ramli). Il fallut débarquer, entreprendre un siège qui dura quatre mois et ruina une partie de la cité. Seule la famine força la garnison à se rendre. Le cheikh Dàhir s'interposa de nouveau et donna asile à Djazzàr. L'émir Yoùsof s'empressa de désarmer les musulmans de Beyrouth et hissa sur la forteresse « le pavillon de la croix » (1), celui du Liban (v. I, 131).

Djazzàr à Saidà et à Acre. Trompant Dàhir à son tour, Djazzàr lui enleva un convoi de munitions et alla se réfugier à Damas. Cette déloyauté lui ouvrit la porte des faveurs ottomanes. Sa récompense fut le pachalik de Saidà. Il l'obtint du capitan-pacha qu'il avait accompagné au siège d'Acre (v. p. 111). Cette nomination le rendait suzerain, surveillant officiel de la Montagne. On jugera de l'inquiétude de l'émir Yoùsof. Celui-ci fournit un autre motif de ressentiment à Djazzàr, en lui dressant une embuscade au Dàmoùr, quand ce dernier partit installer son lieutenant à Beyrouth. En réponse, il conlisqua les biens des émirs Chihàb en cette ville, au moment précis, où la Porte confirmait Yoùsof dans la possession de Beyrouth et de la Bqà' (2).

Maître de la côte libanaise, le Bosniaque devenait de jour en jour plus redoutable. Après la chute de Dàhir, (v. p. 112), il se résolut à transporter le centre de son autorité à Acre. Il commença par achever la restauration des anciennes fortifications. Les habitants des villages voisins se virent contraints d'y venir travailler en corvée, trois jours par se^ maine (3). Ces transformations firent d'Acre la plus forte place de la Syrie. Il sacrifia à sa nouvelle capitale la prospérité de Beyrouth, réduite pour lors à G. 001) habitants (4). Il

(1) Haidai-, 815.

(2) Vie manusc. de Djazzdr. p. 27.

(3) Jbid., p. 33.

(4) Voluey, op. cit., II, 82.

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