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se créa iino inarino de guerre (1) avec les l)ois, rournis par la forêt des I*ins. Elle se composait d'une frégate, de deux galiotes, plus un chébek qu'il enleva aux Maltais. Pour son armée, il enrôla, parmi ses compatriotes, 900 cavaliers, l^osniaques et Albanais, ainsi qu'un millier de Barbaresques à pied.
Pacha de Damas, arbitre de la Syrie. Bientôt son ambition aspira au vilayet de Damas. Il l'obtint l'an 119() H. (1780) avec la direction du pèlerinage, qui s'y trouvait adjointe. A la suite des plaintes soulevées contre son administration (2), il n'y séjourna cette fois qu'une année pour céder la place à Mobauîmad-pacha 'Adm ('Azm), auquel il venait de succéder. Rentré momentanément à Acre, il retournera dans la suite à trois reprises au gouvernement de Damas. Sa carrière représente désormais une série ininterrompue de succès. Exemple unique dans les annales de la Syrie ottomane ; il demeurera plus d'un quart de siècle au pouvoir, en désaccord, parfois en lutte armée, avec les pachas voisins, se dispensant d'expédier à Stamboul les revenus du miri ou plutôt l'excédant souvent considérable des impôts de son vaste gouvernement. Ses cruautés, sa cupi'dité effrénée révoltent l'opinion. Il brise toutes les oppositions, étouffe par la terreur toutes les protestations. La Porte n'intervient que pour l'envoyer à Damas ou l'en rappeler, sans toucher au ressort de ses autres pachaliks. Djazzàr représente le fonctionnaire selon son cœur. Il lui avait rendu le service de ruiner la famille de Dàhir. Il avait châtié l'insolence des Bédouins ijalestiniens, abaissé les Libanais, réduit à l'impuissance les Métoualis. Ces considérations méritaient qu'on fermât les yeux sur sa tyrannie, ses exactions, sur l'énorme écart entre les L500 bourses de tribut qu'il acquittait et les dix millions de francs
(1) D'autres pachas ont possédé leur marine do guerre ; 'CL H. Gujs, Relation d'un séjour à Beyrout, II, 212.
(2) Cf. Michel do Damas, ^'^1 oil^- p. 4. (V. Bibliojr.).
([u'il réalisait pour son compte personnel. Par ailleurs la politique du Divan possédait le secret de soulever au moment voulu un incident qui « amènerait à Constantinople le coffrefort ou la tête » (Volney) de l'incommode Bosniaque.
Révolte militaire ; démêlés avec la France* Un jour, il se voit assiégé dans le sérail d'Acre par ses mamloûks, ses soldats révoltés. L'artillerie de la forteresse est retournée contre sa demeure. Le pacha tient tète à l'émeute. Tout ce que les mutins peuvent obtenir, c'est de quitter Acre. Ils reviennent en plus grand nombre (l), conduits par Salîm-pacha, son mamloùk (2) garde-du-corps, qui ne l'a pas abandonné depuis sa sortie d'Egypte. Les révoltés s'emparent de Saidà, de Tyr, viennent mettre le sièg? devant Acre. Djazzàr ne conserve autour de lui qu'une poignée de fidèles. A leur tète, il opère une sortie et surprend le camp des rebelles, qui, com])tant le tenir, avaient négligé de se garder.
Exalté par le succès, par son impunité, finalement « atteint par la manie de la persécution, il foula aux pieds • toutes les lois ». Pour avoir concentré entre ses mains le commerce du blé et du coton, il entra en démêlés avec l'agent français de sa résidence. « Le consul donna ordre à son collègue de Saidà, à tous les sujets français de quitter le territoire du pacha. A Stamboul, l'ambassade royale arracha des ordres, imposant le retour des Français. Djazzàr refusa d'y obtempérer et exigea le changement des consuls. En cet incident, il obtint encore gain de cause » (3).
Chute de Pémir Yoûsof. L'émir Yoùsof avait commis l'imprudence d'appuyer la révolte des mamloûks. Tort plus grave ; forcé de satisfaire aux exigences cupides du tyran
(1) Comp. ihid. 62.
(2) .'Et Solaimân-paclia. un da ses autres esclaves et sou futur successeui* à Acre ; voir le chap. XVI.
(3) Ms. cité, 41-43.
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d'Acre, lequel lui soutirera en « l'espace de cinq années environ 4. ()()(). 000 de France » (Volney), il accablait les Libanais d'impôts et les exaspéra par ses cruautés (1). Vaincu par les mécontents près de Qabbeliàs, ensuite dans leMardj 'oyoûn, il se vit contraint de se retirer devant un jeune homme de 21 ans (2), le iils de Qàsim ibn 'Omar, celui que les Libanais appellent le grand Bachîr.
Jeunesse, débuts de Bachir II. Ses débuts furent modestes. Il était né à Ghazîr, le () Janv. 1767, Son père, l'émir Qàsim, converti depuis peu au christianisme (v. p. 101), le lit baptiser. Orphelin de bonne heure, demeuré sans ressources, il vint chercher fortune à Baitaddîn et à Dairalqamar, résidences d'été des Chihàbides, foyers d'intrigues, où ces émirs achesèrent de compromettre leur autorité. Accueilli avec intérêt par l'émir Yoùsof et ses parents, le jeune Baphîr prit part à leurs querelles intestines. Le jour vint, où l'ambition le poussa à desservir son bienfaiteur, l'émir Yoùsof (3). Conscient de sa propre valeur, il voulut prendre sa place et l'obtiendra en manœuvrant à Acre (1788), auprès du Bosniaque.
Djazzàr et Bachir. Djazzàr demeurait l'arbitre du Liban. Bachîr accepta la triste besogne de pourchasser l'émir Yoùsof, réfugié dans le territoire de Djobail. Le malheureux
(1) Chidiâq, 416.
(2) Pour sa généalogie comp. ce tableau
Haidar (t 1732)
Molham (abdique 1754) *Omar
Qàsim Qàsim (1767)
Bachîr III (1840-41) Bachîr II le Grand
(3) Michel de Damas, op. cit., GO.
fugitif réussit à apaiser Djazzâr, qui lui vendit encore une fois l'investiture, afin de forcer son compétiteur à une suren^ chère. Sur une dénonciation de Bachîr, Yoûsof fut étranglé avec son ministre Sa'd Ghandoùr dans les prisons d'Acre (1790). Djazzàr s'amusa alors à révolutionner le Liban. Il soutint les émirs révoltés contre Bachîr, mit en avant ensuite la candidature des fils du malheureux Yoûsof; enfin se réconcilia, en lui imposant de lourds sacrifices d'argent, avec Bachîr (1794-95). Ce dernier attira à Baitaddin dans un guetapens les Banoû Nakad et les fit étrangler.
Portrait de Bachîr. Tels furent les débuts de l'émir qui allait tenter de reconstituer l'Etat du grand Fakhraddîn. Il y travaillera pendant un demi-siècle avec des fortunes très diverses. Forcé par quatre fois à quitter le Liban, il y rentrera chaque fois, entouré d'un nouveau prestige. « Tour à tour brutal et souple, cruel et rusé, toujours prudent et souA-ent peu scrupuleux » (liistelhueber), il offrira l'image du parfait souverain oriental, imposant le respect par son habileté et son faste. Il parviendra en ménageant les partis, en les usant l'un contre l'autre, à s'assurer en Syrie une situation prépondérante. Une légende se formera autour de son nom, comme autour de la mémoire de son prédécesseur ma'nide, dont sa carrière et sa chute rappellent la vie mouvementée.
Bachîr comptait une trentaine d'années, lorsque l'arrivée de Bonaparte en Syrie suspendit pour un temps ces scènes sanglantes et détourna de la Montagne l'attention de Djazzàr.
Décadence de la Syrie. Trois siècles de régime turc avaient hâté la ruine de la Syrie. La dépopulation du pays (v. p. 62) prenait des proportions inquiétantes. Sur les 3.200 villages du pachalik d'Alep, inscrits jadis au rôle des impôts, on n'en comptait plus que 400. Les paysans avaient fui dans les villes ou dans les montagnes. A cet égard, rien d'instructif comme les chiffres statistiques réunis à cette époque par
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N'olney (1). L'àpre Kasiiuvàn y compte le double des hai)ilants de la Palestine propreinenl dite. La même densité de population se retrouvait dans les autres districts du Liban (v. p. 97), dans ceux du Wàdittaim, de Na])louse, de 'Adjloùn, dans tous ceux que Volney appelle les «pays abonnés», à savoir les provinces semi-autonomes, soustraites à l'administration directe de la Porte.