‹ La SyrieChapitre 19 sur 49 · I.K I.IIÎAN AT MX'' SIKCI.K · texte numérisé non relu

I.K I.IIÎAN AT MX'' SIKCI.K

nous liansclivons voloiiliers les lignes que consacre à cet ancien nianiloùk de Djazzàr rémir chronogiaphe Haidar Chihàh (1) : « Ce fut un vi/.ir bienveillant et juste. De son temps, la tranquillité régna dans toute l'étendue de son gouvernement)). Il ne faudrait pas surfaire la valeur de ce panégyrique. Dans sa forme absolue, il ne vaut (|ue jiour le Liban. Solaimàn afin de se niaintenir eut trop besoin de Hachîr pour songer à le molester. Mais, il aimait, on l'a vu (v. [). 133), l'argent. C'est à prix dor qu'il relâcha le fils et les parents de Bachîr retenus en otages dans les prisons de Djazzàr (2). A Damas, « le bon Solimàn-pacha )), comme l'appelle l'ancien consul Guys, ne montra pas plus de répugnance que ses prédécesseurs pour se défaire de ses ennemis par la violence (3), 'Abdallali-paclia. Second exil de Bachîr. Solaimàn lut remplacé à Acre par 'Abdallah. L'humeur fantasque et frivole du jeune pacha (4) allait soumettre à de rudes épreuves la lidélité de Bachîr. Il émettra bientôt de telles exigences (jue l'émir préférera s'effacer un instant pour chercher un refuge au Hauràn (1820). Ses rivaux politiques au Liban n'eurent pas le temps de profiter de son absence. La situation politi(]ue ne fit qu'empirer dans la Montagne, si bien que le pacha de Damas et 'Abdallali d Acre permirent à l'asseml^lée populaire de Somcjànyya de le rappeler. Son retour allait le placer de nouveau dans une position critique ; cette fois entre les pachas de Damas et d'Acre. A la suite d'une ténébreuse intrigue, suscitée par la famille des banquiers juifs Ilàyîm, lesquels administraient les finances des pachas de Damas et d'.Xcre (5), Darwîch et 'Abdallah se déclarèrent la guerre.

(1) Op. cit., 945 : Cf. Mich. do Damas, 72.

[■2) Voir plus haut p. 131 : cf. Mich. de Damas, 74.

(3) Mich. de Damas, 36.

(4) Jijîd. 92, 94.

•5) rnd.. 92.

'Abdallah somma l'émir de lui envoyer ses contingents.

Bachîr entre Darwich et 'Abdallah. Bachîr, mécontent de Darwich, lequel avait envahi les territoires de la Bqâ',. relevant du Liban, se déclara pour 'Abdallah. Ce dernier aurait, semble-t-il, fabriqué un firman impérial (1), lui transmettant le poste de Damas. Dan,vîch fut battu près du Jourdain, grâce à l'appui des troupes libanaises. Il essuj'a une nouvelle et plus grave défaite aux portes de Damas où Bachîr parut de nouveau à Ja tète des Libanais. C'est l'éternel spectacle de l'anarchie ottomane (2). Cette fois la Porte prêta l'oreille aux doléances de Darwich. Un firman sultanien lui transféra tous les gouvernements de son rival : Acre, Jaffa. Saidà, Tripoli. 'Abdallah prétendit les garder. Il y ajouta même les titres « de wàli de Damas, président du pèlerinage » (3).

Nouvel exil de Bachir (1821-1822). Le cauteleux Bachîr avait mal calculé, en misant, comme au temps de Bonaparte, sur la fortune du pacha d'Acre. Le présomptueux successeur et imitateur de Djazzàr, 'Abdallah pensa pouvoir se reposer sur la valeur de ses Albanais, de ses mamloùks, disciplinés et formés par Bosio, un médecin piémontais à son service. Le rebelle fut mis au ban de l'Empire. Cependant les pachas d'Alep et de Damas partaient pour assiéger Acre. Le remuant e^ versatile cheikh Djonblàt fit proclamer l'émir 'Abbàs Chihàb gouverneur du Liban. A cette nouvelle, Bachîr, suivi de quelques fidèles, prit pour la troisième fois la route de l'exil. Ce fut en Egj'pte, près de Méhémet- 'Alî (4) qu'il alla chercher asile, en cette extrémité.

(1) Mich. de Damas, 44, 94. '

(2) L'an 1825 une révolte de Bethlémi tains expulse le pacha de Jérusalem ; Cf. Rabbath, II, 120, 122.

.,(3) Haidar, 993.

(4) Transcription vulgarisée de Mohammad 'Ali : nous la conserverons.

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Méhémet-'Alî et Bachîr. L'altenlion coininençait alors à se fixer sur ce soldat parvenu, fondateur de la dynastie khédiviale. L'Occident applaudissait, la France surtout, aux audacieuses initiatives de ce des[)ole oriental. Sous sa main de fer, lEgypte parut se transformer ; il en avait tiré de Ibrce une armée nombreuse, disciplinée à l'européenne. Il l'avait déjà envoyée à l'essai en Arabie contre les A\'ahhàbites, (v. p. 133), maîtres du Hidjàz. Il entendait bien ne pas en rester là, utiliser pour de plus vastes desseinscette organisation militaire. Comme tous ses prédécesseurs dans la vallée du Xil, il subit, lui aussi, l'attraction de la Syrie ; complément naturel, croyait-il, de l'Egypte, réserve de soldats, bien supérieurs au médiocre recrutement de ses fellàbs. Les bois du Liban, ceux de l'Amanus lui permettraient de renforcer de nouvelles unités sa flotte, celle ([ui devait être incendiée, avec les vaisseaux turcs, à Navarin (1827). En battant les Wabhàbites, Méhémet-'Ali avait sauvé le prestige de la Porte. En retour de ce service et de celui qu'il s'apprêtait à rendre, en aidant son suzerain débordé à, réprimer la rébellion grecque, le vice-roi pensa pouvoir compter sur une compensation, hujuelle ne serait rien moins ([ue le gouvernement de la Syrie. 'Ai)dallah et Bacbîr lui parurent des auxiliaires éventuels pour la réalisation de cette pofitique. Il réserva donc le meilleur accueil à l'émir fugitif, comme il l'avait fait précédemment pour Yoùsof-pacha (\ . p. 137).

Intervention de Méhémet-'Ali. A 'Abdallah, il offrit sous main son concours militaire contre la cession du pachalik de Damas. La proposition ayant été déclinée, Méhémet se flatta qu'en intervenant en faveur de ses deux alliés syriens, il les enchaînerait à sa cause (1). Il négocia donc pour obtenir leur grâce. Après de longues tergiversations, Stamboul

(1) Tel fut le but secret de ses négociations précédentes en faveui' de Yoûsof-pacha.

consentit à toul oublier. Elle préféra laisser le rebelle 'Abdallah dans le poste d'Acre pour n'avoir pas à refuser la place au trop envahissant vassal du Caire dont elle ne pouvait plus Ignorer les convoitises.

Au cours des entretiens secrets avec Bachîr, au palais de Choubra, Méhéniet s'ouvrit sur ses projets d'avenir. Il suggéra la formation d'un corps de 4.000 Libanais, mobilisés pour rejoindre la division égyptienne que son fils Ibrahimpacha s'apprêtait à conduire en Grèce. Cette combinaison éviterait d'éveiller prématurément les soupçons de la Porte. De son côté, Méhémet-'Alî écrira bientôt à 'Abdallah-pacha de lever K).OÎ)0 hommes de troupes libanaises.

Retour de Bachlr. De retour à Acre (1822), l'émir y fut reçu avec les plus grands honneurs. Dans toutes ces négociations, Méhémet-'Alî avait parlé en maître, dicté ses volontés à la Porte, réduite à l'impuissance par l'opiniâtre résistance de 'Abdallah (1), que les armées de trois pachas n'arrivèrent pas à réduire.

Stiimboul obtint toutefois que 'Abdallah acquitterait l'arriéré considérable du miri de sa province. Le Liban dut naturellement y contribuer pour une large part.

Bachîr et Djonblât. Bachu- profita de la répartition de cet impôt pour se débarrassci' d'un ancien auxiliaire, devenu son ennemi (v. p. 137), le trop influent Bachîr Djonblàl, le plus grand seigneur terrien du Liban, plus riche que son suzerain. Jusqu'en 1820, les deux Bachîr avaient marché d'accord. Le cheikh figurait dans toutes les entreprises importantes à côté de son chef, au point que Michel de Damas (2) l'appelle son frère. L'émir lui réclama l'énorme

(1) Cf. Mich. de Damas. G6-97.

(•2) Op. cit., 28. Il figure, près de l'émir, pendant Tentrce triqmplîale à Damas : voii" plus haut p. 137. Il le suit en exil au Hauràn; V. p. 14:3.

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quote-part do 1.000 bourses. Se sentant trop compromis el connaissant lémir, Djonblàt préféra se jeter dans la révolte. Grâce aux artilleurs, accourus d'Acre, les Druses, groupés autour de Djonblàt, furent écrasés à Mokhtàra (182.")). Iahuchef, tombé au pouvoir de 'Abdallab-pacba, fut étranglé sur la prière de l'émir, lequel expédia à Conslantinople « i)lusieurs charges de tètes, écorclièes et salées » (1).

Prestige de Bachîr. Tout aussi féroces et moins excusables, ses vengeances n'épargnèrent pas davantage les émirs de sa propre famille, qui s'étaient laissés entraîner dans le camp des re!)elles. Il faut constater avec quel empressement, avant toute demande, les pachas de Damas et de Tripoli se mettent, en cette occasion, à sa disposition, lui olï'rcnt l'envoi de secours. Cette démarche rendait hommage à l'inlluence qu'il exerçait sur la politique syrienne. Elle soulignait la place prépondérante conquise par le Liban et non moins les inquiétudes de la Porte, désireuse de soustraire Bachîr à la dangereuse emprise de Méhémet-'Alî. (^elui-ci lui j)roposa l'envoi de 10.000 hommes pour écraser les rebelles.

Méîiémet-Alî convoite la Syrie. On voit à quel point les événements de .Syrie l'intéressaient et combien, depuis les temps de Yoùsof-pacha (v. p. 137), il cherchait une occasion d'y intervenir. A un moment donné, comme il \oyait la poursuite des derniers rebelles, réfugiés dans le pachalik de Damas, traîner en longueur, il envoya une mission spéciale au Liban. Elle devait olïrir à l'émir un corps de 2.000 cavaliers, 4.000 fantassi'ns de troupes régulières (ni-àm), sous le commandement de Toûf>oùn-pacha, le vainqueur des Wahhàbites. Hanté par les souvenirs des'MamloidvS et des Eàtimites, l'Albanais, devenu le maître de l'Egypte, mûrissait le plan qu'il mettrait bientôt à exécution. On devine la place qu'il y réservait à Hacliîr et par ([uels moyens il cherchait d'avance

(1) Rabbath, II. 116. 121,

à le compromettre en sa faveur. La Porte s'en rendit compte et stimula sans doute le zèle des pachas syriens. Dès 1825, le consul français (1) d'Acre signale la politique du vice-roi d!Egypte, qui « paraît avoir pour but, sinon la conquête, du moins l'établissement de son autorité en Syrie )>.

Gouvernement intérieur de Bachîr. Le pouvoir ([u'il venait de consolider par sa sanglante répression, Bachir sut du moins l'utiliser pour le bien du paj'S. Il assura la sécurité de la Montagne. En excellentes relations avec les représentants de la Porte, se croyant désormais à l'abri des invasions turques, il put songer à améliorer la viabilité du Liban. On lui doit le tracé des premières routes à gradins, qu'il substitua aux pistes muletières, aux sentiers de chevriers. On put désormais y circuler sans crainte. Bachîr était un justicier implacable. Le peuple lui sut gré d'avoir mis fin « à l'oppression, aux abus de pouvoir des féodaux druses, à leurs incessantes dissentions. La plupart furent mis à mort ou exilés et l'émir prit en main la direction des affaires » (2).

Aussi le Liban demeura-t-il un lieu de refuge où les exilés politiques, les victimes des discordes religieuses — nommons les Melkites catholiques — trouvaient auprès de lémir la plus large hospitalité. Cette sécurité contribua efficacement à assurer la prospérité dont commença alors à bénéficier l'Echelle de Beyrouth. Nous avons vu, sous Djazzàr, la décadence de son port (v. p. 114), ruiné au profit d'Acre, le sort précaire des chrétiens établis en cette ville, sans en excepter les étrangers, insuffisamment couverts par la protection consulaire (v. p. 116). A la première alerte, la Montagne s'ouvrait maintenant aux fugitifs, et Bachîr tint à faire respecter son droit séculaire de terre d'asile. « L'inviolabité de cet asile n'a été violée que par les Egyptiens », après 1831 (H. Guys).

(1) Cf. Rabbath. II, 118.

(2) Micli. de Damas, 106.

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