I.K I.IHAN Al \l.\'" SIÈCLE 1 J
Bachir et Beyrouth. Il n'en demeura pas là. La populace musulmane des villes était tentée de considérer les chrétiens comme des otages contre les entreprises des Puissances étrangères. On lavait vu aux temps de l'émir Molham et de Bonaparte (v. p. 1(K)). L'an 1827, l'attaque d'une flottille de corsaires grecs souleva les musulmans de Beyrouth. Les maisons des chrétiens furent i)illées et plusieurs incarcérés. Bachîr, lidèle aux traditions des émirs, ses prédécesseurs, s'interposa eflicacement, obtint leur élargissement, la restitulion des biens volés (1). Aussi Beyrouth devint dès lors un centre d'immigration pour toute la Syrie (2). Elle s'achemina graduellement vers la prépondérance, dont elle jouit aujourd'hui et que les avantages du site géographique ne suffisent pas à expli([uer.
Son luxe, ses financss. A l'égal de Fakhraddîn, Bachîr avait le goût de la magnificence. Le luxe de ses écuries et de sa vénerie était devenu légendaire. Il se fii construire à Baitaddîn un palais princier et y amena l'eau par un aqueduc, long de trois lieues. Comme tous ses prédécesseurs, il s'entendit également à grossir son trésor; il réussira à quadrupler les impôts au Liban. « Il aimait la piastre », jjyù\ 1^ écrit un contemporain, Michel de Damas (3), fréquemment cité par nous. C'est que, observe le même témoin, « de la part de Stamboul et des pachas les demandes d'argent étaient incessantes ».
Cupidité, arrogance de 'Abdallah-pacha. De l'entente avec 'Abdallah-pacha, Bachîr avait fait le pivot de son gouvernement. L'entretien de la i)onne harmonie ne laissa pas de lui coûter cher. Le pacha ne cessait de le harceler avec ses
(1) Chidiâq, 559-560.
(2) Sur l'alerte de 1825, causée par la rapacité de 'Abdallah-pacha, cf. Rabbath, II, 123.
(3) Op. cit., 06, 106.
exigences d'argent. Ces contributions, parfois déguisées sous prétexte d'un emprunt, atteignaient d'ordinaire un montant considérable. C'était forcer l'émir à en faire retomber le poids sur ses administrés (1).
La région de Naplouse n'avait cessé par son insoumission de causer des soucis à l'administration turque (2). Les rebelles s'appuyaient sur la forteresse de Sànoûr (3). Ne pou-, vaut réduire ce repaire, 'Abdallah dut s'adresser à Bachîr (1830). Les Libanais arrivèrent assez à temps pour empêcher l'artillerie d'Acre de tomber aux mains de l'ennemi. Après plusieurs mois d'attaques infructueuses, les rebelles pensèrent seulement à se rendre, quand ils virent l'émir Bachîr se mettre méthodiquement à brûler les villages de la région. Ce service lui donnait le droit d'escompter" la reconnaissance du pacha. 'Abdallah refusa à ses troupes victorieuses l'entrée d'Acre, sous prétexte que la peste y régnait.
Le vaniteux personnage — les Libanais le comprirent — voulait triompher tout seul. Lorsque, quelques mois après, Ibrahîm-pacha d'Egypte parut en Syrie (1831), Bachîr se trouva virtuellement engagé dans son parti. C'était le résultat de la politique dans laquelle Méhémet-'Alî travaillait, .depuis dix ans, à entortiller son protégé libanais. '