IV. Mouvement des n)ÉES
Activité littéraire. (Test un phénomène surprenant de constater comment, au milieu (?<? ces bouleversements, l'activité littéraire ne chôma jamais complètement en Syrie. Les habitants de ce pays ont-ils cherché dans le culte des lettres une diversion aux malheurs de leur patrie ? On n'en saurait toutefois attribuer le mérite aux aventuriers illettrés, qui occupèrent le trône du Caire. Contre toute attente, la vie littéraire se trouva favorisée par les invasions mongoles. La ruine de Bagdad, la chute du califat, transférèrent à l'Occident de l'Euphrate le centre du monde musulman. C'est en Syrie et en Egypte que les lettres aral)es trouveront désormais un asile, par ailleurs précaire. ,
Absence d'originalité. Elles- y déploieront une vie factice, dépourvue de toute originalité. En philologie, dans le droit, les sciences coraniques, c'est l'âge des abréviateurs, des compilateurs, des glossateurs. En histoire, en géographie, dans les disciplines naturelles, celui des compendiateurs, des encyclopédistes et des auteurs de dictionnaires biographi- (pies. Nous en possédons, pour la période précédente, un remarquable spécimen dans la monumentale collection du damasquin Ibn 'Asàkir, fré(}uemment citée plus haut. A l'encontre des opinions reçues avant lui, cet auteur ne craint pas d'invoquer la tradition historique syrienne, de réhabiliter à l'occasion les héros de son pays, les Mo'àwia, les Yazîd, les Khàlid al-Qasrî (v. I, 93), calomniés par l'historiographie olïicielle. Après lui, cette liberté ne tarde pas à disparaître. Qu'on ne s'en laisse pas imposer par Ibn Khaldoùn et sa fameuse M()({(tdd(im(i, où l'on démontre, très magistralement
d'ailleurs, la radicale incapacité des Arabes à fonder un régime politique vitahle. Ces Prolégomènes grandiloquents, — pour lesquels on lui a complaisamment décerné le titre : de Tacite arabe — n'ont pas tenu leurs promesses. Ils servent d'introduction à une compilation historique, où cet auteur déploie encore moins de sens critique qu'un Ibn al-Athîr.
Encyclopédies et monographies. Parmi ces écrivains, 'les mieux inspirés se borneront à composer des monographies, des chroniques locales, à relater les événements de leur temps, à l'imitation d'Al-Qalànisî de Damas et de l'émir Ibn Monqidh de Chaizar, au temps des Croisades (v.^1. 155). Sous ce rapport, leurs élucubrations méritent d'être consultées.^ Quant aux encyclopédistes (1), aux compendiateurs, aux auteurs de chroniques universelles, certains nous ont du moins rendu le service de sauver de l'oubli nombre d'œu- , vres anciennes, aujourd'hui perdues. Ils les ont transcrHes, | abrégées, parfois aussi sommairement démarquées. Maqrîzî, né en Egypte, d'une famille originaire de Balbek et, après lui, l'Egyptien Soyoùlî demeurent les types les plus achevés de ces inconfusibles travailleurs, ne reculant pas devant le plagiat.
Pour l'histoire et la géographie, citons AboiVl fidà, prince ayyoùbite, né à Damas et rétabli dans son gouvernement de Hamà par les Mamloùks (1273-1331). Son contemporain, lui aussi originaire de Damas, Chamsaddîn ad-Dimachqî (f 1327), atteste en géographie encore moins d'origi" nalité qu'Aboû'l fidà, chez lequel l'histoire se traîne dans l'ornière traditionnelle. Aboù'l fidà serait sans doute demeuré dans l'oubli, si, après Barhebraeus, il n'avait compté parmi les premiers auteurs arabes, publiés et traduits en
(1) Sur l'encyclopédiste damasquin. Al-'Omarî, cf. nos Corresp. diplomatiques, p. 4. (V. la BibliOijr.).
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Europe. Diiiiacliciî inarque un énorme recul sur son [)ré(lécesseur, le grand géogra[)lie syrien Maqdisî (v. I, 158). Un autre [)olygrai)he liistorien, I)haiiai)î, né en Mésopotamie, vécut et mourut à Damas (liJô.'i), après y avoir longtemjwi enseigné. Il s'est principalement occupé de l'histoire et de la crititjue du Juidith. Sur ces matières, il a laissé de volumineuses compositions, où il émet fréquemment un jugement indépendant. Ibn 'Arabchàh, né à Damas (1392), fut avec les siens déjiorté à Samarqand sous Tamerlan, dont il écrivit l'histoire. Il revint, après avoir parcouru l'Asie centrale et l'Anatolie, mourir dans sa ville natale.
Ibn Taimyya oftVe une des plus originales figures de cette période. D'une activité désordonnée, infatigable flaireur d'hérésies, cet adhérent de l'école réactionnaire d'Ibn Hanbal (v. I, 1()7) — elle prédominait en Syrie — passa sa vie à dénoncer les abus, les hétérodoxies, à pousser ses coreligion- Haires dans la voie du fanatisme. Précurseur des Wahhàbiles, (v. I, 185), il se proposa, lui aussi, de ramener l'islam à sa })ureté primitive ; il proscrivit le culte des tombeaux et du Prophète. « Il avait, assure Ibn Balloùta (I, 215), le cerveau dérangé ». Aussi consuma-t-il la majeure partie de sa vie en prison, en discussions polémiques de vive voix ou par écrit (-f 1328). Une de ses j'dtwas décida au commencement du 14*^ siècle l'expédition contre le Kasrawàn (v. p. 15). Pour l'histoire, citons encore Safadî, né à Safad (1296), mort à Damas ' en 1383, auteur d'un volumineux dictionnaire biographique, ensuite Al-Kotobi d'Alep (f 13()3).
Sàlih ibn Yahyà. Accordons une mention spéciale au très méritant Sàlih ibn Yahyà, si copieusement utilisé par nous (y 1436). Dans la monographie des émirs du Gharb, il a soigneusement recueilli les souvenirs de ses contemporains, en les contrôlant sur les documents de famille auxquels il recourt incessamment. C'est la meilleure contribution que nous possédions à l'histoire du Liban, durant le dernier quart
du Moyen-Age, un complément non moins précieux pour celle des Etats latins de Svrie.