V. Le commerce. Relations avec l'Europe
Reprise des reiations. Le départ des Francs, les croi- Mères de leur marine de guerre dans la Méditerranée orientale, ensuite le duel engagé avec les Mongols d'Hoùlàgoû et dt? Ghàzàn, avaient d'abord bouleversé les relations commerciales avec l'Europe. En définitive, ils contribuèrent seulement à les déplacer. Capitalistes et trafiquants latins avaient -^itinsféré leurs factoreries dans les ports de la Petite Arménie (Cilicie\ deméiirée indépendante. Les musulmans de Syrie allèrent y écouler leur coton, troquer les produits de leur sol, de leur industrie contre ceux de l'Europe. Dans le tourbillon des affaires, les Syriens essayaient d'oublier leur liberté perdue, de gagner les ressources qui leur permettraient de satisfaire la cupidité de leurs oppresseurs touraniens. C'était la seule issue laissée ouverte à leur activité. Malik an-Nàsit raii. fin à l'indépendance du royaume cilicien. Ayàs, le dernier port arménien, fut pris définitivement en 1347. La ruine de l'Etat arménien, allié aux Lusignan, ^gouverné par leurs descendants, terminait définitivement sur le continent asiatique l'épisode des Croisades. Les deux partis, sans rien sacrifier de leurs préventions, cherchent à adopter un modiis vivendi, à conclure un accoixi sauvegardant les intérêts matériels.
Supériorité de la marine européenne. L'islam, sorti vainqueur de la lutte, en a conservé un souvenir ineffaçable. Il vit sous la menace de la voir reprendre ; contrepoids salutaire aux réveils toujours possibles du fanatisme que venaient surexciter les déclamations d'un Ibn Taimyya et de ses disciples hanbalites (v. p. 27). Si les expéditions armées ont échoué, si la chrétienté n'a pu maintenir les colonies militaires du Levant, en revanche l'Europe a énormément appris
PKHionr: des ma.mlouks 20
pendant ces deux siècles d'héroïques avenlures : elle connaît les points vulnéraliles du pays et aussi ses ressources économiques. Elle s'est habituée aux produits orientaux au point de ne pouvoir s'en passer. Sur mer les Francs : Italiens, Catalans, Provençaux, Chj'priotes des Lusignan, Uhodiens de l'Hôpital, demeurent les maîtres incontestés (1). L'îlot de Rhodes devint leur Malte et leur Cîibraltar. Chyj)re menaçait à la lois la côte de Syrie et les.-boudies du Nil ; une constatation ([ue les Anglais n'oublieront plus.
On peut observer des réveils soudains de l'esprit des Croisades chez ces commerçants audacieux. Se transformant en écumeurs de mer, ils saccagent les rives de Syrie et d'Egypte, mettent au pillage Alexandrie, Sidon, Beyrouth. Ces cités les voient apparaître, s'installer pour plusieurs jours dans l^'ur enceinte, puis re])artir avec la même soudaineté sur leurs galères, chargées de butin et de captifs à en couler. Les régents du Caire, affaiblis par leurs discordes, amollis par le luxe, privés d'une marine de guerre, n'ont plus la force de réagir pour venger l'huniiJiation.
Le commerce européen. Et puis comment se passer de celte Europe ? Elle était demeurée la ptincipale consoinmatrice des produits indigènes, ensuite des épices, des essences rares, des étoffes diaprées, des soies exotiques que les caravanes orientales allaient chercher jusque dans l'Asie centrale, recueillaient sur les bords du Golfe I^ersique et de la Mer Erythrée. Ce riche client, payeur toujours exact, fournissait de son côté à l'Egypte les matières premières qui lui manquaient : le bois, le fer ouvragé. Ses vaisseaux importaient du Caucase, de la Russie méridionale les cargaisons xl'esclaves
(1) Au 13 siècle pour Alexamb'ie, comp. la liste dos nations eurrpéennes dans Benj. de Tudela, TP ; Normandie, Flandre, Bourgogne. Angleterre, etc.
parmi lesquels se recrutaient les Mamloùks, Les Papes travaillèrent vainement à arrêter ces importations, cette « contrebande de guerre » dont l'interruption eût réduit l'Egypte aux abois (1).
Ménagements envers l'Europe. La monnaie d'or, la seule en cours pour les transactions commerciales, non seulement en Syrie, mais au Hidjàz et dans leYémen, cette monnaie sortait des ateliers européens. C'était « le ducat franc, jjyMi v^i!l , couvert des emblèmes de rinfidélité que proscrit la loi mahométane ». L'an 829 H. (1424), Bars-bay essaiera enfin de lui substituer des pièces de « frappe islamique » (2). Le Caire estima sans doute que le client européen méritait d'être ménagé. Mieux valait négocier avec ces Francs impétueux, qui savaient menacer et qu'on connaissait capables d'exécuter leurs menaces (3), les attirer dans les centres commerçants par l'appât de privilèges. C'était répondre aux vœux des populations syriennes, qui aspiraient à reprendre d'aussi fructueuses relations. Dans cet Occident où, depuis les Croisades, le luxe, le bien-être avaient augmenté, on s'était habitué aux articles orientaux, on comprenait non moins bien l'utilité de ces relations pacifiques. Elles alimentaient la fortune des cités et des nations, rivées au commerce du Levant par une nécessité plus impérieuse que les querelles de religion, les différends de politique. L'intérêt de la chrétienté passe au second plan. Au sein de la bourgeoisie des pays méditerranéens, enrichie par le trafic oriental, un esprit réaliste se manifeste. A travers le 14*" siècle, il préparera l'aurore de la Renaissance. '
On adopte un modus vivendi. Voilà comment les intérêts matériels inaugurèrent un modiis vivendi sur la base de
(1) Cf. Lammens, Correspoadances diplomatiques. (V. la Biblcogr.).
(2) Aboû'l Mahâsin, 596 ; cf. 537.
(3) Ibid., 682-683.
PÉRIODE DKS MAMr.OlKS 31
concessions réciproques. L'islam consenlail à oul)lier un passé encore récent, ses terreurs, ainsi que les coups reçus. Il s'^apprèlail à devenir plus acconiuiodant. De son côté, le commerce occidental fermera les yeux sur certains dénis de justice, sur la fréquence des avanies ; effets inhérents au régime chaoti(iue dont il avait accepté la tutelle. Pour la i)remière fois, il s'essayera à peser dans la même balance les intérêts privés et ceux de la grande {prnille 'chrétienne. L'Europe méditerranéenne se disputera àprement les faveurs de l'anarchique gouvernement égyptien.
VL Beyrouth et le Lh^an AU XV'' sn";ci.E.
Renaissance de Beyrouth. La ruine d'Acre, de Tyr, de Tripoli, des autres ports syro-palestiniens, la chute de la Petite Arménie devaient porter bonheur à Beyrouth. Elles supprimèrent une concurrence I'l?doutable à son expansion économique, (|ue la prospérité de ces rivales avait comprimée pendant les Croisades (v. I, pp. 253-254). Voisine de Damas, située en face de Chypre où s'étaient retirés les barons francs, suivis par de nombreux chrétiens de Syrie : Maronites et Arméniens, où les villes commerçantes de l'Italie, du Midi de la Erance, de la Catalogne avaient étai)li leurs comptoirs, Beyrouth s'assura bientôt, note Al- Omarî, «pour la Syrie l'importance qu'Alexandrie possédait en Egypte ». Depuis la décadence irrémédiable de l'Empire grec, la Syrie et l'Egypte étaient demeurées les seuls chemins par où l'Europe pouvait atteindre les marchés de l'Inde. Sur la côte de Syrie, dans le voisinage de^Damas, il ne restait plus que le port de Beyrouth, à défaut de lyr, (jue lesMamloùks avaient commis l'imprudence de détruire, et de Tripoli, dont la population avait été violemment déportée dans l'intérieur des
terres et dont la prospérité reprendra seulement au siècle suivant.
Mouvement du port. Pour rassurer les indigènes et le commerce étranger, oii avait hâtivement réparé les remparts démantelés de Beyrouth (v. pp. 2,5), sur les débris de la citadelle franque élevé une tour, tendu une chaîne à l'entrée du port (1), La darse se trouvait insuOisamment protégée contre les vents du Nord, dont la violence rendait souvent périlleuses l'entrée ou la sortie du port. Mais les navires, les « caravaniers » d'Europe — comme on disait — n'arrivaient pas avant la belle saison. Ils repartaient vers la fin de l'automne (v. I, 254). Ainsi le stipulaient les règlements maritimes des républiques italiennes (2). De Chypre, les Lusignan guettèrent impatiemment la reprise des relations pacifiques. Les navires chypriotes se présentèrent les premiers avec leurs cargaisons et celles de leurs commettants et correspondants européens. Depuis le début du 14*^ siècle, l'île était devenue le rende?-vous des hommes d'affaires occidentaux. Les Lusignan ne se contentèrent pa^ de traiter avec le Caire ; ils travaillèrent à se concilier les émirs tanoûkhites, chargés de la défense de Beyrouth. A ces émirs, grands chasseurs, ils envoient des faucons, cadeau princier à cette époque (3). Les Mamioùks, intéressés à cette reprise, finirent par se montrer conciliants. Ils avaient commencé par traiter durement, non seulement les hétérodoxes musulmans, mais les chrétiens indigènes, «Les pèlerins de Jérusalem devaient acquitter un tribut déterminé au profit des musulmans, subir des humiliations pénibles à leur amour-propre », (4) note avec une
(1) Sâlih, 61 : Tobler, op. cit.. 259, 266.
(2) Cf. Relazioni dei consoli veneti nella Stria, (v. la Bihliogr.) p. 36 et passim.
•(3) Cf. Lammens, Corresp. diplomat.. p. 40. (4) Comp. Rohricht, op. cit., 98.
l>l':i\I()nK DKS MAMI.OIKS 1)3
visible satisfaction Ibn Halloùla (I, 124). Les commerçants européens ri'fiisèrenl de s'y soumettre pour leur part. I/intcrvention de l'Occident réussira même à taire rapporter les plus odieuses de ces mesures.
Les pavillons francs à Beyrouth. Les Lusignan obtinrent à Beyrouth jxjur leurs sujets la propriété de plusieurs églises avec des khans et des bains. « Graduellement, observe Sàlili (p. 54^, les navires des autres Francs se remirent à fréquenter le port de Beyrouth. Le roi de Chypre commença j)ar affréter deux de ses galères pour transborder à chaque voyage les marchandises de ses commettants européens. Puis les navires des diverses nations franques multiplièrent leurs visites ». On les a[)[)ela « les galères de Baruth » (1),
Les droits d'entrée et de sortie, perçus à Beyrouth, formaient un revenu considérable, u II fallut établir à l'entrée du port un service douanier avec des inspecteurs et un nombreux personnel. Ils étaient à la nomination du nâib de Damas le- (fuel prélevait le surplus des recettes ». Parmi ces « nations Jranques », que Sàlih se contente>de désigner globalement, nous devons mentionner les Vénitiens, les Pisans, les Florentins, les Provençaux, les Catalans», les marins du Midi de la France. Jacques Ojcur y déi)ar([ua en 1432 pour se rendre à Damas. Devenu argentier du roi Charles VII, « il possédait sept galères dont le port d'attache était Montpellier... Longtemps encore, on vit des galères parties de cette ville, mais armées au nom du roi de France et équipées à ses frais, pro-* mener dans les mers du Levant leur pavillon aux armes royales » (2).
Les vice-rois de Damas ne cessèrent de rogner sur les revenus de la douane pour se les approprier et partager avec
(1) Cf. Re/ozioni.
(2) Cl. Huart, H/s', des Arah. II. 115
le Caire (1). Ces « mangeries » les détenninaient d'autre part à s'intéresser au développement du commerce syrien. Rien que sur le poivre, la douane prélevait des droits considérables. Les Vénitiens semblent avoir cberché à monopoliser l'exportation de cet article. Le chiffre de 10.000 dinars (v. I, 263) de poivre que contenaient leurs dépôts de Beyrouth donne une idée des transactions qu'on concluait eiv cette ville»^ « opulent issima civitas », comme la qualifiait déjà Jean de Wirzbourg au temps des Croisades (2).
Les consulats. Les républiques italiennes se disputèrent, parfois les armes à la main, l'exploitation exclusive du marché syrien. Ennemis acharnés des Vénitiens, les Génoisn'en voulaient pas moins aux Catalans. Ils réduisirent longtemps les Provençaux à passer par leur intermédi?\ire intéressé. C'est tout au plus s'ils leur abandonnaient le transport des pèlerins. Les marchandises des pays transalpins, les « draps de Flandre », devaient passer par les ports et les navires italiens, acquitter des surtaxes spéciales. Dès le 14'' siècle nous voyons l'institution consulaire, déjà connue sous le régime franc, régir ces colonies marchandes. Les Catalans entretiennent d'excellents rapports avec les Mamloidvs et, à l'occasion, les utilisent en faveur des chrétiens indigènes. Ils obtiennent l'ouverture d'églises melkites et même jacobites (3). Leurs vaisseaux abordent à Beyrouth, d'où leurs marchands vont établir un consulat à Damas (4). Outre leur consulat en cette ville, les Vénitiens, ainsi que les Chevaliers de l'Hôpital (v. I, 257), en ouvrent d'autres à Jérusalem, à Ramla, principalement pour la protection des pèlerins. Les consulats vénitiens de Syrie comptaient parmi les maggiori.
(1) Sâlih, 60-62.
(2) Tobler, op. cit., 183.
' (3) Corresp. diplom., 16.
(4) Sàlili, 138, 149, 167.
PKUIODK ni:S MAMLOIKS .'i.')
les consulats de première classe ou consulats généraux. Ils nétaienl conférés qu'à des membres du palricial, (jui s'étaient distingués par des services antérieurs (1). In chapelain, un j)]iysicien ou médecin, un pharmacien, étaient altacliés aux consulats pour le service de la colonie marchande. 1 outes les nations IVanques engagées dans le commerce du Levant étaient représentées par des consuls à lîeyroutli. Montpellier en aurait même établi à Acre et Tripoli (2).
Les Mamloûks et les consulats. La politique égyptienne consentit à leur allouer une dotation annuelle s'çlevant jusqu'à 200 ducats d'or, (^ette pension, api)elée djània- Ixijija (3), « dont les gouvernements étrangers, alïirme M. Huart, n'auraient dû jamais accepter le principe, était pourtant iormellement stipulée par les traités... Ce versement avait l'inconvénient de mettre encore plus les agents des nations européennes sous la cou[)e de l'autorité locale, qui les considérait comme des sortes d'otages ». Effectivement les consuls furent souvent rendus responsables des actes d'hostilité commis contre l'Egypte, par les corsaires qui sillonnaient la Méditerranée. Il leur arriva d'être emprisonnés ou même bàtonnés. Mais alors il suffira de la menace de déserter les ])orts levantins pour obtenir réi)arati>)n des avanies, la restitution des sommes prélevées arbitrairement, entin l'octroi de nouveaux privilèges. Dès cette époque, en voit s'élaborer lentement la législation réglementant la juridiction (4), la compétence des tribunaux consulaires, laquelle aboutira à établir l'exterritorialité. Tellement les Mamloùks comprennent la nécessité de retenir le commerce européen. Aux époques de
(1) Relazio/ii, 2\ .
12) Corresp. 28, 43 ; Huart, op. cit., II, 117.
(3) Cf. Relaziom, 13.
(4) Dès la fin du 13« siècle, en Egypte, les consuls connaissent dos procès ontro Sarrasins et Francs.
crise, de tension diplomatique, Ibn Ayàs signalera l'inquiétude causée par l'absence des marchandises franques. Ce qui achève de démontrer l'impéritie du régime mamioûk, c'est que dans un pays, où l'élevage du mouton est remarquablement développé, presque tous les draps étaient importés d'Europe.
Relations diplomatiques. Le damasquin Al-'Omarî (v. p. 2()) nous a laissé un traité intitulé ^>i)i rOk-aib ^ii^i. Guide pour le style diplomatique, k l'usage des fonctionnaires de la chancellerie égyptienne, chargés de rédiger les dépèches olïicielles. J'ai traité ailleurs des « Correspondances diplomatiques entre les sultans inamloûks d'Egyi)te et les Puissances chrétiennes », ainsi que de leurs « Relations olïicielles avec la Cour Romaine » (1). Les exploits de leurs croisières contre la côte syrienne n'empêchent pas la « (Commune » des Génois d'obtenir les concessions commerciales et consulaires les plus étendues. La chrétienté continue à traiter d'égaLà égal avec rinconsistant régime installé en Egypte (2).
Ainsi quand les trafiquants latins de Beyrouth demandèrent à relever de ses ruines la belle petite église du Sauveur, le Caire s'empressa d'entériner leur requête. Cette église, entretenue par les dons des marchands et une taxe prélevée sur les navires européens fréquentant le port, était desservie par les Franciscains établis dans le couvent contigu. Os Pères s'occupaient également d'héberger les pélerins^ qui abordaient, à l'aller ou au retour de la Terre Sainte» dans « ce port de Damas, l'antique et noble cité de Beyrouth » (3).
Animation de Beyrouth. Au cours du 1,V siècle, sur-
(1) Voir la Bibliographie.
(2) Cf. Cone.->jiond. diplcmat.. 2ij-2().
» (3) Lo pèlerin Poloner, cité dans ïoblei-, op. cit., 259.
l'KlUODi; l)i:S MAMl.Ol KS 37
toul aprc's k' (k''|)ail dos lioidi's (k' rami'ilaii. Ik'\ loiilli dvviiil k' rciuk'z-voiis ck' louU's k's populations inédiU'naïU't'uiics. Sur le j)oiil (k's gak'ros, (k's caravoMes, (les clu'hecs, des .mahomu's cl (k's feloiujues, entassés dans hi darse, à l'abri delà cliaiiu' (pii k'rnu' le j)orl, et de la massive tour fVanque restaurée, le lon^ du (|uai construit par les (Croisés, dans les bazars tortueux el étroits, ou rencontrait un inélaiige indescrij)lii)le lie turbans, de bonnets, de kcfjics de soie, de t(jrses bronzés, de burnous multicolores, de robes l'ourrées, d'armures damas(|uinées. Riches négociants el jjortel'aix, seij^neurs et iiupiins, métis i-t courtiers, foule i)ariolée d'aventuriers, de Ibrbans, épiciers et marchands d'esclaves, ([ui s'enlremettenl entre l'Asie musulmane el i'iùirope chrétienne, éj^alemenl prêts à tra(i(|uer de U-ur accord el de leur discorde. lOules les lanj^ues de la Méditerranée, toutes les rac'es, depuis le nèf^re de Nui)ie juscju'au j)àle (iéorgien du (Caucase, du (irec insinuant au Bédouin impassible, du Juif obséipiieux à l'Espagnol hautain, toule la descendanci' d l lysse et tle Pvgmalion, toule l'écume, toute la fleur des ci\ ilisations livales, est poussée sur ce coin du rivage phénicien par des nécessités plus impérieuses que les divergences de race el de religion. "^
Rhodiens et Italiens. Par (k'ssus celle lourbe grouillante daclixilé, parmi ces enlremetteurs du Levant el du Ponanl. on voit surgir le cascjne empanaché des chevaliers de Riiodes, le piolil insaisissable des réj)ubli(|ues italiennes. Caéatures charmantes, êtres ambigus et amphibies, vivant sur la terre el sur l'onde, ^dles conlbndent dans leurs grâces de sirènes el les j)rocédés de leur polili(jue tortueuse, les ùcoups de leurs colères et de leurs avances, les traits de l'Iùirope el de l'Asie. Personne ne s'entendra mieux à ex()loiter la faiblesse, l'inexpérience, l'anarchie de l'aristocratie servile, installée en Egypte. Elallerie, violence, leur .souple diplomatie ne reculera devant aucune mami'uvre pour s'assurer le
monopole du marché oriental, en écarter les rivaux de Catalogne et de Provence.
Les Maronites. Esquissons pendant celte période la situation du Liban chrétien. L'extermination des dissidents islamites au début du 14" siècle devait, nous l'avons dit (v. p. 15), favoriser l'expansion des Maronites. Ils n'avaient pas encore franchi le Nahr Ibrahim. Leur émigration s'était portée de préférence vers Rhodes et Chypre. Leur nombre devait avoir augmenté au Liban septentrional, puisqu'un voyageur contemporain le dit « couvert de quantité de bourgs et de \'inages, tous habités par une immense multitude de chré- tiens » (1).
Le patriarche résidait à Qanoûbîn. Au teuiporel, ils obéissaient à des chefs portant le titre de moqaddam et relevant officiellement de la niàba, la régence de Tripoli. Le principal de ces moqaddam, celui de Becharré, semble avoir profité de la période anarchique que traversa l'Egypte \^endant la seconde moitié du 15" siècle pour s'assurer une semiindépendance. Les émirs du Gharb étendirent également leur autorité, au dire d'ibn Sabàt (2), « depuis Tripoli jusqu'à Safad », expression qu'il faut éviter de prendre à la lettre et dont les émirs ma'nides feront les premiers une réalité
Descendus de leurs montagnes, les Maronites s'établissent à Djobail et dans la région voisine. Ils relèvent Batroùn que Poloner, en 1422, trouva « complètement ruinée », fiinditus destriicta. Ce voyageur énumère parmi les communautés chrétiennes de Tripoli les Moranitœ (comp. l'arabe Moràni). Adonnés eux-mêmes à la culture du mûrier, ils y étaient attirés par l'industrie de la soie, très florissante en cette ville. Dès lors, de nombreux couvents occupaient la vallée de la
(1) Lammens, Gryphoa. 16.
(2) Dans Sàlih. 260.
PKKlODK t)i:S MAMLOrKS Vi*.'^
Qatlic'hn ou Xnhr AI)où 'AU (1).
Le syriaque. Dcniier refuge des populations aramécnlîcs (ic Syrie, la Montagne opposa la plus tenace résistanca aux envahissements de l'arabe, lequel éliminait graduellement le syriaque. Kn certains districts du Liban septentrional, cette dernière langue avait pu st? maintenir comme idiome parlé. Cependant que dans le centre et le midi de la MonlTgne — l'histoire de Sàlili ibri Yahyà en témoigne — l'arabe l'a emporté, grâce à l'invasion des Bédouins (v. p. 8) et des sectes islamites. Les émirs du Gharb cultivent la [)oésie et s'entourent de poètes arabes. Les écrivains maronites de cette époque emploient de préférence le vieux dialecte national ; si bien qu'un des grands missionnaires du LV" siècle, le franciscain thimand Ciryphon se vit obligé d'apprentke le syriaque (2). Lorsque, comme Gabriel Al-Qalà'î, les Libanais s'essaient- en arabe, leur style rude et populaire décèle une véritable inexpérience de la langue du (^oran. Mais alors, même, ils continuaient à employer les caractères araméens. Dans tout le Liban, vocabulaire .et prononciation, — sans parler de la toponomastique foncièrement syriaque — conservaient d'importants vestiges de 1,'idiome condamné à disparaître.
Les Druses à Rome. Depuis les Croisades, l'union religieuse avec l'Occident n'avait cessé de se resserrer parmi les Maronites. En 1441, une députation de Druses et de Maronites arrive à Rome (3). On ignore si dès lors lespremiei-s étaient considérés comme descendants des anciens (Croisés ( 1). Quant aux Maronites, ils avaient adopté plusieurs coutumes latines : chez les })rélats, le port de l'anneau, de la
n i Tobloi", op. cit. 261
(2; Cf. Gryphon, 17.
(3) Cryphon, 10-U.
(4i Cï. Relaz-ioni, 90.
CHAPITPfE XII
mitre, de la crosse, l'usage des cloches. Les différences rituelles n'en demeuraient pas moins notables au 15^ siècle. Ainsi la confirmation était conférée immédiatement après le baptême et le peuple libanais continua à communier sous les deux espèces.
Les Melkites. Du style diplomatique en usage à la chancellerie des Mamloùks, an 14" et l.V siècles, nous croyons pouvoir inférer que la ruplure entre les Latins et les ^felkites de Syrie n'était pas consommée. Dans les diplômes d'investiture octroyés par les sultans d'Egypte aux patriarches melkites, un cnrietrx jeu de mots rappelle à ces prélats qu'ils sont « la porte, bâb, (menant) an Pape». Le formulaire otïiciel d'al-'Omari, le Ta'rtf (v. p. 36\ affirme que u le Pape est le supérieur hiérarchique des ]^Ielkites ». Les autres recueils ou gnides de correspondance diplomatique recommandent de conférer au Pape les titres de « chef des Melkites, refuge des patriarches ». C'était traduire en style de chan'cellerie.la suprématie romaine sur l'Eglise melkite. Cette primatie, les Mamloùks n'avaient aucun intérêt à l'établir ou à la consacrer. Depuis les Croisades surtout, ils n'auraient pas demandé mieux que de détacher de l'Occident leurs sujets chrétiens, en faveur desquels les régents européens, souverains d'Espagne, de Sicile, doges de Venise, de Gènes, lirands-Maitres de Rhodes ne cessaient d'intervenir. S'ils ne l'ont pas osé, c'est autant par respect pour une situation fondée en droit que par crainte de violenter les consciences melkites (1).
(1) Lammens, Relations ofjicielles ; Cf. Gryphon^ 22.
l'KlUOÏ)!-: HKS MAMI.OIKS 41
Synchuo\ismi;s phincipaix.
Bataille des Eperons d'or à Courtrai (1302;.
Débuts do la confédération helvétique (1308).
Translation du Saint-Siège à Avignon (1300).
Concile de Yionno ; suppression dos Templiers (1312).
Prise do Brousse par les Ottomans (1326).
Extinction des Capétiens. Avènement des Valois (1328).
Commencement de la guerre de Cent Ams (1337).
Etienne Douchan. erapere^ir des Serbes. Premier emploi du canou (1346).
Les Ottomans à Gallipoli (1354). Ils établissent leur capitale à Andrinople. Milice des janissaires. Pierre de Lusignan, roi de Chypre, s'empare d'Alexandrie, sans pouvoir s'y maintenir (1365).
Croisade do Niôopolis (1396).
Batailles d'Angora (1402) et d'Azincourt (1415j.
Premier siège de Constantinople par les Ottomans (1422).
Mission de S'« Jeanne d'Arc (1429) : son supplice (1431).
Avènement de Mahomet II (1451) : il conquiert JaCaramanie (1464).
Les Portugais doublent le Cap de Bonne-Espérance (1486).
Siège de Rhodes par les Ottomans (1487).
Fin du royaume arabe de Grenade. Découverte de l'Amérique par Christophe Colomb (1492).
Vasco de Gama découvre la route des Indes (1498),
Victoire de François I à Marignan (1515).
^Iamlouks.
1) Bahriles
Chadjar ad-dorr 'sultane) 1250
Al-
Malik
al-
Mo'izz Aibek
Mansoûr 'Alî
MozafFar Qoutouz
Yl
Zâhir Baibars
Sa'id Baraka-khàu
'Adil Salâmich
Mansoûr Qalâoûn
Achraf Khalîl
Nâsir Mohammad
'Adil Katboghâ
Mansoûr Ladjîn
Nâsir Mohammad (2= fois)
Mozaffar Baibars
42 CHAlMTllt: MI
AI-Malik al- Nâ^ir (.3<^ fois) 1300
>) » » Mausoûr Aboû Bakr 1340
» n » Achvaf Qoûdjoûq 1341
» » » Nâsir Ahmad 1342
» » » Sâlih Isma'il 1342
» » » Kàmil Cha'bàn 1345
» » ») Mozaffar Hâdji 1346
» » » Nâsir Hasan 1347
1) » » Sâlih Salâli ad-dîn 1351
■>> » » Nà?;ii' Hasan (2^ fois) 1356
)> » » Mansoûr Mohammad 1361
» » » Achraf ChaMjân 1363
» » » Mansoûi- 'Alâ ad-din 'Alî 13T6
» » » Sâlih Hâdji 13S1
2) Bordjites
AI-Malik al-Zâhir Barqoûq 13S2
» » )) Nâssir Faradj 1392
i> » » Man^oûr 'AbdaTaziz 1405
» » » Nâsir Faradj (2e fois) 1406
» » » 'Adil Mosta'in (calife 'abbâside) 1412
» » » Moayyad Chaikh 1412
» » » Mozatfar Ahmad 1421
» » » Zâhir Tatar 1421
» » » Sâlih Mohammad 1421
» » » Achraf Bars-bây 1422
» » » 'Azîz Yoûsof 1438
» » » Zâhir Djaqmaq 1438
» » » Mansoûr 'Othmàn 1453
» » » Achi'af Inâl 1453
» » » Moayyad Ahmad 1460
» » » Zâhir Khochqadam 1461
» » « Zâhir Yilbây . 1467
» » » Zâhir Timoûrboghâ 1468
» » » Achraf Qâit-bây ' 1468
» » » Nâsir Mohammad 1496
» » » Zâhir Qânsoû • 1498
» » » Achraf Djânboûlâd 1500
» » » 'Adil Toûmân 1501
» »* » » Achraf Qânsoû al-Ghoûri 1501
» » » Achraf Toûmân-bây 1516
Chapituk XIII.