II. Les Egyptiens en Svuie
Politique égyptienne. Le clairvoyant émir devait être le dernier à s'illusionner sur le but de ces manœuvres enveloppantes, après les ouverturfs reçues pendant son séjour en
(1) Chidiàq. 5(31.
(2) Comp. précédemment pp. 57, 131. u Le peuple le plus indépendant de la Svric )) Ach. Laurent, Relation histor. des affaires de Stjrie, Paris, 1S4G.
(3) Entre Naplouse et Djinîn.
LK I.IIJAN AT MX'" SIKC.I.K 17)1
Egypte. I)ei)iiis 1810 (v. p. l.'î<S), Méhémet-^\li clierchait une occasion j)oui- réaliser son programme ambitieux. Croyant pouvoir compter sur la reconnaissance de 'Abdallah-pacha, il avait commencé par le sonder au sujet d'un [lartage éventuel de la Syrie. Repoussé de ce côté, il osa demander au sultan, en récompense de ses sacrifices militaires en Arabie et en Grèce, le pachalik de Damas. Econduit à Stamboul, il abandonna son suzerain aux prises avec la Russie, pendant la guerre de 1829, laquelle aboutit au traité humiliant d'Andrinople (14 Sept. 1829). Sachant la Turquie épuisée, plus moribonde que jamais, au sortir de dix années de guerre, de douloureuses amputations en Europe et en Asie, le vice-roi pensa n'avoir plus rien à ménager.
Mahmoud et Méhémet. Le prestige et les allures indépendantes du vassal égyptien, le secret trahi de ses négociations avec le pacha d'Acre, finirent par exaspérer le sultan. Le farouche ^lahmoùd avait pu exterminer les janissaires, comme Méhémet les mamloùks. l\ n'était pas pourtant de taille à afiVonter le pacha. Capable d'un accès de violence, non d'une volonté persistante, cet autocrate, qui devait sombrer dans l'épilepsie et la folie, avait détruit la vieille organisation turque, sans lui rien substituer. Il ne trouvait donc pour résister à l'aggression de son vassal ni force matérielle ni prestige moral. A l'intérieur, les réformes du Tanzimàt n'avaient donné que de médiocres résultats. Le temps, l'effort continu, avaient manqué pour créer une armée, un corps d'officiers, formés aux méthodes modernes. Aussi l'opinion musulmane, bousculée dans son apathie, continuait-elle à bouder les tentatives réformatrices du sultan. En Egypte au contraire, la volonté de fer de Méhémet-'Ali, aidée, à défaut de culture, par des dons d'intuition vraiment surprenants chez cet aventurier heureux, avait renouvelé l'armée et tous les services de guerre, confiés à des instructeurs européens. Méhémet chercha en Syrie des compensations aux déceptions
de son intervention en Morée. Il ne pouvait plus longtempslaisser sans emploi et jugea le moment venu d'essayer contre l'impuissance turque l'instrument militaire qu'il avait si laborieusement façonné.
Prétextes d'intervention. Son obligé, 'Abdallah, se chargea de les lui fournir. Pour se remettre dans la faveur de la Porte, il avait commencé par dénoncer au sultan les projets ambitieux de son protecteur (v. p. 151). 'Abdallah ne tarda pas à le provoquer gratuitement en refusant de restituer les 11.000 bourses qu'il lui avait empruntées, ensuite de renvoyer les milliers de fellahs qui s'étaient, sur les terres d'Acre, mis à l'abri contre les vexations, l'arbitraire du fisc égyptien.
Situation troublée en Syrie. Le sort se déclarait en fa- .veur du inaitre de l'Egypte. Les troupes d'Alep combattaient en Mésopotamie, Encouragés par leur absence, excités sous main par 'Abdallah-pacha, les Damasquins s'étaient soulevés contre leur gouverneur Salîm-pacha (1831) et l'avaient sauvagement assassiné (1). La Syrie se trouva donc dégarnie et 'Abdallah exposé seul aux coups que s'apprêtait à lui porter le vice-roi. Prise au dépourvu, la Porte ne songea pas d'abord à le secourir et considéra le conflit comme une de ces querelles qui s'élevaient périodiquement entre pachas voisins. Elle se contenta d'adresser des observations au Caire sur la concentration de troupes à la frontière palestinienne, ensuite sur la violation de cette frontière.
Ibraliîm-pacha d'Egypte. Méhémet chargea son fils Ibrahîin-pacha de diriger l'expédition de Syrie. Agé de 40 ans, robuste, énergique et dur, le vainqueur des Wahhàbites possédait les qualités requises pour mener à bonne fin l'entreprise. Il était secondé par Solaimàn-pacha (2), (le colonel Sèves).
(1) Mich. de Damas, 51-52.
(2) Homonyme du « bon SoJiman-pacha » d'Acre ; t. p. 143.