I.i; I.IMAN Al \I.\'' SliX.I.K
Guerre au Ladjà. l^iis sous la conduiU' de (Lliiblî al- 'Ariàu, ils allèioiil s'établir au Sud-Kst de Dauias, dans le désert du Ladjà. Dans cette retraite, ne possédant que de rares points d'eau, couverte de déjections volcanicpies (v. I, ]). 2), véritable labyrinthe tle sentiers, impralicul>les à la cavalerie, où l'on ne circulait cpi'à la lile indienne, les Insoumis demeuraient insaisissables (1). Ils inlligèrent des pertes douloureuses aux troupes égyptiennes ou albanaises qu'on voulut successivement y engager. Solaimàn-pacha (Sèves) eut enfin raison de l'insurrection. Au lieu de s'aventurer dans ce déilale, il organisa le blocus de cette forteresse naturelle. La soit", la iaim chassèrent bientôt les Druses de leurs repaires. Solaimàn les refoula dans ce désert brûlé et les força à capituler. Ibrahim se décida à les amnistier. Précédemment (183(5), les Libanais avaient* dû donner la chasse aux Bédouins dans rhorri!)le solitude du Safà, à l'Est du Hauràn. L'expédition fut couronnée de succès, mais, au retour, 50 hommes périrent de froid (2).
Echec d'Ibrahîm. Devant ces révoltes incessantes, Ibrahim commença à se sentir débordé. L'ol)stination des Syriens (déconcerta ce soldat, habitué à la passivité, à la résignation des fellahs égyptiens. Il inclina à la clémence. Elle ne devait pas mieux réussir que la manière forte. II était trop tard ; irop de fautes avaient été accumulées. Il serait pourtant injuste de méconnaître l'habileté d'Ibrahim comme administrateur, les talents qu'il déploya, les progrès qu'il réalisa pendant son court passage en Syrie. Plusieurs de ses réformes lui survivront. La Turquie se verra forcée de les incorporer dans le Hattichèrifde 1839. Il établit l'égalité devant l'impôt (v. p. 157), une sécurité inconnue, depuis le temps des Omayya-
(1) En 1816, les Bédouins y battirent les troupes de Damas; cf. jMich. de Damas, 37-38.
(2) Chidiàq, 588.
<::^]fUENS, SYRIE, II. — ()
des. Le commerce lui aussi commença à reprendre. Le futur général Beaufort d'Hautpoul (1), qui servit sous ses ordres, en a fait la remarque. Ce sont les révoltes incessantes — ajoutons les intrigues turques — qui ne permirent pas au fils de i Méhémet-'Alî de donner toute sa mesure comme homme de gouvernement.
Intervention de Mahmoud. Le sultan ne s'était jamais résigné à l'abandon de la Syrie. Il jugea le moment venu d'y intervenir directement. La lutte devait s'aggraver par le caractère des chefs qui allaient s'affronter. D'une part, Mahmoud, despote impérieux, emporté et sanguinaire, d'autant plus jaloux de la gloire de Méhémet-'Alî que lui aussi avait tenté, mais, sans aucun succès, de réformer, de ranimer ses Etats, humilié dans son orgueil de sultan ottoman d'avoir subi la loi d'un aventurier albanais. D'autre part, Méhémet- 'Alî plus fin, plus contenu, plus dissimulé ; mais fier de ses succès, confiant dans ses forces et son étoile, d'une ambition sans limites et sans scrupules (2).
Entre Stamboul et le ('aire une rupture se préparait. Dans leurs craintes de voir se rouvrir la question d'Orient, tous les cabinets européens s'employèrent à la prévenir. Décidé à jouer son dernier atout, Mahmoud s'empressa de provoquer la crise. Demeuré maître de lui-même, protestant de son loyalisme de vassal, Méhémet-'Alî voulut attendre une déclaration de guerre. Son fils Ibrahim était prêt à affronter la lutte. Il avait sous la main des troupes, inférieures peutêtre en nombre aux forces turques, mais mieux entraînées, familiarisées avec la tactique européenne. De plus, après la dure répression de la révolte druse, il pensait moins avoir à redouter une nouvelle insurrection. Il ignorait que le mécon-
(1) Voir plus bas la section IV do ce chapitre. L'année 18G0. ' (2) Thureau-Dangiu, II si . de la Monarch.e de Juillet. lY. 4. (V. ia BMiogrophie).