‹ La SyrieChapitre 30 sur 49 · I.I-: I.UÎAN Ai: MX*" SIKCI.K · texte numérisé non relu

I.I-: I.UÎAN Ai: MX*" SIKCI.K

perpétuer la guerre civile.

Jusque-là les Libanais avaient été dirigés par leurs lieikhs ; à eux ils payaient leurs redevances fiscales. L'autonomie libanaise supposait précisément cette organisation ; .'lie les soustrayait au contact direct, à l'arbitraire des pachas [uon parlait maintenant de lui substituer. Les impatiences le Omar-pacha, le mécontentement soulevé par lui, forcèrent la Porte à le rappeler, sur les représentations des Puissances. Mais à aucun prix, elle ne voulut accepter le j)rojet d'un émirat unique, coniié aux (^hihàb, projet auxquel les Druses eux-mêmes avaient fini par adhérer.

La trop notoire incapacité de ceux qu'on avait sid)slilués au grand émir Bachîr contribua puissamment à le faire regretter. Moins de deux ans après son exil, sa cause était devenue «nationale», écrivait le contemporain Eugène Bore (1), Dans l'exaltation de leurs regrets, « quelques-uns allaient Jusqu'à ériger la maison de l'émir en dynastie consacrée [)ar un règne de plusieurs siècles ».

Double qâimaqàmat. Alors surgit le déplorable expédient du double qâimaqàmat. La Porte en profitera pour assujetir sul)repticement le Liban aux pachas de Saidà et de Beyrouth. Ce dualisme se maintiendra, pendant ])rès de 20 ans (1842-1 8G0), pour aboutir à la catastrophe de bSGO. Il s'inspira de la supposition chiméricjue (ju'au Nord de la route de Damas-Beyrouth, le Lii)an était complètement chrétien, exclusivement druse au Sud de cette ligne. La première de ces sections, découpées d'après cette conception arbitraire, allait être confiée à un qàimaqàm, maronite, celle du Sud, à un gouNcrneur druse. C'était perdre de vue que le Ma tu comprenait d'importants groui)es druses et que, depuis les Ma'n, les

(1) Cot oi'ioataliste devint plus tard suporiour-général des Lazaristes.

chrétiens avaient essaimé dans le Liban niéridÎGnal (v. p„ cS2).

Les événements de 1845 forcèrent à reconnaître cette réalité. Chrétiens et Dr.uses se groupèrent en vue d'une krtleprochaine. Prenant au sérieux son rôle de protectrice des inir niunités libanaises, la France réussit à mettre en discussion une atténuation appréciable à la malheureuse combinaison du double gouvernement. Pour les villages à population mixte, elle proposa l'institution de wakil, relevant chacun de leur qàimaqàm respectif. L'Angleterre et la Porte s'opposèrent à l'adoption de cette mesure. Leur hostilité causa une effervescence, qui amena les massacres de 1845. Les Druses tombèrent sur leurs voisins chrétiens. De nombreux villages furent ruinés, sans que leurs adversaires, toujours divisés, réussissent à s'organiser pour se défendre efïicacement (1),

« Règlement » de Chakîb-effendi. La Porte, désireuse de dégager sa responsabilité devant l'Europe, envoya au Liban son ministre des affaires étrangères, Chakîlj-efïendi. vSon intervention prétendit corriger l'anarchic^ue expédient du double qàimaqàmat par l'adjonction d'un conseil (madjlis)' élu, établi auprès de chaque qàimaqàm. Les confessions Ubanaises s'y trouvaient assez équitablement représentées. Beaucoup plus suspect parut le zèle, mis par Chakîb à désigner lui-raêjne les nouveaux conseillers,' à assujettir leur renouvellement à l'approbation des représentants turcs ; sans pai'ler d'autres conditions qui restreignaient la liberté des électeurs indigènes (2). Dans sa pensée, ce premier et timide essai du régime représentatif au Liban devait devenir une machine de guerre, dressée contre l'influence des anciennes familles, jusque-là gardiennes traditionnelles de l'autono-

Xl) Sur la connivence des Turcs, cf. Rabbath, IL, IL 163-66. (2) Cf. JoupJain, Question du Liban, 359 (Voir la Bibliographie).

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mu' locale donl on avait juré la luinc.

Anarchie. A partir de 'Omar-pacha, c'est en donnanl les coudées IVaiiches aux animosités qu'ils sauront provociuer, attiser sous main, en les laissant bien se développer, bien s'envenimer par le libre jeu des représailles, de façon à n'intervenir ({u'au dernier moment et pour asséner le coup de grâce aux partis, que tous les pachas et les commissaires impériaux procéderont, jusqu'à la veille de la catastrophe de lN(i(>.

In peu partout, surtout dans les districts mixtes, les chrétiens commencèrent à s'organiser autour de ceux qu'on appela « chefs de la jeunesse ». C'étaient des hommes nouveaux, des plébéiens, n'appartenant pas à la féodalité. Par sa droiture, par la dignité de sa- vie, le qàimaqàm chrétien, l'émir Haidar Bellama' réussit pourtant à s'imposer. Après sa mort (1854), le désordre éclata. Préparé par les représentants de la Porte, il sera savamment, méthodiquement entretenu par leurs intrigues dans le i)ut de supprimer ce qui su])sistait encore de l'autonomie libanaise.

Révolte des paysans. Dans la Montagne, le fellàli cultivait la terre [)Our le compte des cheikhs et des émirs. Une réforme agraire s'imposait, si l'on voulait permettre aux paysans de vivre sur un sol, souvent ingrat, eux et leurs familles, généralement nombreuses. Les seigneurs féodaux ne le comprirent pas. Leur obstination poussa leurs fermiers à la révolte. Parti du Kasrawcàn, le mouvement gagna bientôt le Matn. Un maréchal-ferrant, Tannoùs Chahîn, en prit la direction, i^artout les cheikhs maronites se virent brutalement dépossédés. De regrettables excès furent commis^ Dans les districts druses du Sud, le servage des cultivateurs chrétiens se maintiendra jusque vers 1864 (v. p. 174). C'est le « Règlement organique » du Liban qui le supprimera avec les privilèges des féodaux druses.

l^lus déplorables encore seront les ferments de discorde

déposés dans les esprits par ces désordres agraires et qui produiront, avant un an, les plus tristes résultats. L'ancienne orgfinisation du Liban chrétien se trouva brusquement détruite. Le temps fera défaut pour lui en substituer une nouvelle, pour permettre aux « chefs de la jeunesse » (1) de s'assurer une autorité dont on avait violemment dépouillé les cheikhs. Dans d'aussi lamentables conditions, les chrétiens allaient à u\i désastre, si leurs adversaires s'avisaient de les attaquer. Ceux-ci avaient conservé leurs cadres traditionnels, La population agricole, la gent taillable et corvéable des cantons druses se recrutait presque exclusivement parmi les anciens immigrés chrétiens (v. p. cS2). Quant aux Druses des classes inférieures, ils se rangeaient autour des grandes familles féodales (2), comme clients et gardes-du-corps, presque toujours sur le pied de guerre, comme au temps de l'émir Bachîr, où ils formaient le noyau principal des contingents li))anais. Cette organisation leur assurait une incontestable supériorité militaire.

Khourchid-pacha représentait alors la Porte à Beyrouth.. Ce triste personnage — nous apprendrons bientôt à le connaître de plus près — devina aussitôt le parti à tirer de cette jacquerie. Il attisa sous main les fureurs paysannes. II fallait désorganiser le Liban, mettre aux prises Druses et chrétiens, envenimer leurs différends, montrer à l'Europe l'incapacité des Libanais à se gouverner, l'amener à demander elle-même la révision des dernières restrictions, mises à L'ingérence turque. En 1859, Khourchid poussera les populations exaspérées à réclamer le gouvernement direct de la Porte, « seul moyen qui leur permettrait de jouir de la tranquillité » (3). Pour achever de les affoler, enlever les dernières

(1) Voir plus haut iip, 166, 177.

'(2) Comp. p. 95.

(§) Testa, Recueil, VI. 57. (V. la Bibliogr.).

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