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I. La conquête ottomane

Décadence militaire des Mamloûks. Des Autrichiens on a (lit qu'ils lurent souvent en retard d'une année et d'une armée. A la veille de la lutte qui va s'engager, l'organisatiou militaire des Mamloûks retardait d'un siècle. Pendant que les Ottomans constituaient la redoutable infanterie des janissaires, ceux-là continuèrent à ne s'intéresser qu'à leur cava^ lerie. Les succès foudroyants de la marine franque sur les côtes et dans les eaux syriennes auraient dû leur révéler la puissance irrésistible des armes à feu (v. p. 19). Les Bordjttes négligèrent d'imiter les Ottomans, qui n'avaient pas tardé à adopter la nouvelle artillerie. L'anarchie acheva de disloquer la cohésion de leur armée (1), comme elle avait faussé les rouages du gouvernement. Les émirs spéculaient sur la solde, sur la subsistance des soldats. Escomptant la fin du régime, les plus qualifiés parmi les nàib de Syrie négocient

(1) Réduite à une force de police, elle n'avait plus combattu depuis les temps de Taraerlan ; comp. les réflexious d'Aboù'I MaJiàsin, G8S.

déjà sous main avec les Ottomans. Partout règne la désaffection. Leurs vexations, leurs avanies inquiètent le commerce européen, qui se trouve abandonné sans protection aux pil- Jages de la populace, aux attaques des Bédouins.

Le commerce. La découverte du Cap de Bonne Espérance (1486) l'avait bouleversé, en détournant vers le Midi la route des Indes. L'impéritie des Mamloùks menaçait de lui porter le coup de grâce. Dès la fin du 15" siècle, on ne trouve plus à Venise de candidats pour le consulat de Damas, lequel primait alors celui de Beyrouth. La Sèrênissime République dut désigner d'office les titulaires du poste, stipuler, en cas de ^ refus ou de retard non justifié, des amendes qui s'élevaient à 500 ducats d'or contre les fonctionnaires récalcitrants ; 1\

Le sultan Qànsoû Ghoûri. Le chroniqueur égyptien Ibn Ayàs a noté au jour le jour les progrès de cette décrépitude, dont il fut le spectateur attristé. Contentons-nous de résumer le jugement qu'il porte sur Qànsoù Ghoûri (2). Le tableau, poussé au noir, atteste du moins que les contemporains éprouvaient Timpression d'assister à la lin d'un régime, dont son texte récapitule sommairement les taues^ Qânsoù, qui devait finir tragiquement dans la plaine de Dàbiq, avait dépassé la soixantaine quand il monta sur le trône. L'âge n'avait en rien diminué chez lui la vigueur du caractère, qu'il déploya principalement pour dépouiller ses sujets. « Il gouverna quinze ans et six mois. Chacun des jours de son règne parut aussi long que mille ans. Souverain énergique, il iinposaiit le respect, lorsqu'il figurait dans les cérémonies olficielîes. Quant à ses vices, inutile d'en essayer le dénombrement. A lui seul, il commit plus d'injustices que tous ses pi'édécesseurs. Il adultéra la monnaie d'or et d'argent, la rendant ânutilisable pour les transactions commerciales ». De son

(1) Cf. Relazioni, 13-14, 18, 19, 28.

(2) Ibn Avâs, op. cit., III, 58-60.

temps rarniée perdit ce (jui lui restait encore d'énergie et de discipline.

Il écrasa d'impôts les pro\ inces syriennes. Ses réprésentants s'empressèrent d'en augmenter le montant et les prélevaient de vive force (1). Aussi les contribuables ne songeaientils qu'à (juitter le pays pour se dérober à leurs violences. Dans certains i)orts, les droits de dauane avaient été décuplés. Aussi le commerce étranger commencajt-il à les déserter. Bientôt les marchandises importées d'Europe devinrent introuvables. Les hommes les moins recommandables s'insinuèrent dans la faveur du souverain, en lui suggérant de nouvelles sources d'exactions, les ^jU», les jo»», que détaillent les chroniques du temps. Il lit expirer dans les tortures les ibnctionnaires hors d'état de satisfaire sa cupidité effrénée. Il supprima les pensions des veuves, des orphelins. A mesure qu'il avançait en âge, sa soif de l'or augmentait. Il finit par imposer des taxes aux collecteurs de bouse de vache. «Ayant pris en main la surveillance des deniers publics, il les dépensa en constructions inutiles, s'obstinant à couvrir de dorures les murailles et les plafonds des bâtisses qu'il élevait ».

Sa cupidité. Voilà sous quel régime (2) se trouvait placée la Syrie dans la première décade du IG*" siècle. Rien d'étonnant si, au témoignage du consul vénitien de Damas, les S} mpathies de la population se tournaient du côté des Turcs, (îhoùri se donna du moins le mérite de gouverner. Il réussit à imposer son autorité. A quel point ses exactions devaient avoir épuisé la Syrie, on arrive à se le figurer, en lisant le détail du butin, recueilli par les Ottomans dans la citadelle d'Alep : un million de dinars en espèces, des monceaux de selles brodées, d'épées ciselées, d'armures incrustées d'or. Ces

(1) L'an 1513, il supprima pourtant uno taxe sur les tisserands de Homs. Voir les inscriptions do la grande mosquée de cette ville.

{2) Cf. Yorga, Gesch. des osman. Reiches, II, 336. (Cf. Bihliogr.).

trésors que « jamais ne posséda un autocrate grec, Cîhoûri les avait extorqués par la violence ». Au (2aire, Selim I trou- A'era dans le trésor privé de Ghoùri « cent millions, SOO.OfK) dinars » (1), produit des exactions, commises en Syrie aussi bien qu'en Egypte. Non moins que la cupidité du souverain le pays redoutait ses soldats mamloùks. Mal payés, livrés à l'indiscipline, leur présence devenait un lléau. Pour économiser sur leur entretien, Ghoùri les logea chez l'habitant. Ces soudards s'y abandonnaient à leurs plus mauvais instincts, au pillage, aux vices les plus honteux.

Entre Ottomans et Mamloùks. La morgue des Bordjites ne manqua pas une occasion de provoquer les sultans de Stamboul, Dans leurs relations diplomatiques, ils s'obstinèrent à leur refuser les titres souverains, ne leur concédant que celui d'émir (2). Ces motifs ne pouvaient qu'aiguillonner l'ambition ottomane, démesurément exaltée par la conquête de Constantinople (1453). La barrière du Taurus séparait encore les deux Etats rivaux. Le belliqueux sultan Selim I se résolut à la franchir. Il voulut reconstituer à son profit l'ancien empire du califat, rétablir l'unité religieuse de l'islam.

Quels prétextes mettre en avant ? Mamloùks et Ottomans étaient orthodoxes. Ceux-ci accuseront les Circassiens du Caire de sympathies pour les Persans chî'ites. Ils se désintéressaient, ajoutait-on, de la protection des Lieux-Saints, des routes du pèlerinage. L'accusation était spécieuse. Rarement une décade s'écoulait sans quq les Arabes du désert ne missent à mal les pèlerins de la Mecque. Quand ils avaient échappé aux Bédouins, ils se voyaient rançonnés par les Chérifs dominant dans les villes saintes, dont la rapacité allait jusqu'à

1,1) Ibn Ayàs, III, 50, 101, 285.

(2) Ibid., 49, 237.

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piller les trésors de la Ka'ba, dépouiller le lombeau de Mahomet (v. I, 1 4()V Cette situation ne datait pas du teni|)s des Mainloùks. Sous les Seldjoùcides, l'an ôlô II. [ = ll')^^» "'i^' caravane de pèlerins, composée de personnages de distinction : ulémas, qàdis, faqîh, de khàtonii, dames de haut rang, i'emnies d'émirs, avait été complètement pillée, beaucoup de pèlerins tués, les femmes dépouillées. Un petit nombre échappa à la mortel fut recueilli à Damas (1).

Les Ottomans et l'Arabie. La conquête ottomane n'apportera aucun remède à ce mal endémique. Il durera aussi longtemps que les nomades domineront les routes du Hidjà/,. Pendant les quatre années que se prolongea le règne de Selim, les Bédouins s'attaqueront périodiquement à la caravane des pèlerins [2). Jamais danger plus grand n'aura menacé les sanctuaires de l'islam, même aux temps de Renaud de (^hàiillon (v. I, 225). Les croisières des Portugais dans la Mer Rouge et devant Djedda jetteront la terreur dans les \'illes Saintes. C'est alors qu'ils réussiront à prendre pied dans le Golfe Persique. Dans la Méditerranée, les corsaires chrétiens captureront, couleront à coups de canon les vaisseaux qui mettaient l'Egypte en communication avec Stamboul. Comme iUix plus mauvais jours des Mamioùks, les Francs, l'an 926 H. (^1519), s'empareront de Beyrouth et s'y installeront pendant trois jours ^3). On jugera si Selim I était bien venu de mettre en cause la tiédeur de ses adversaires dans la défense de l'islam. Principalement depuis Mohammad II, les sultans ottomans avaient affecté de tourner leurs libéralités du côté de la Mecque. C'était d'avance s'assurer l'appui des Chérifs l)esogneux, les sympathies du monde musulman dans, la lutte qu'ils méditaient d'entreprendre contre les Mamioùks. Du

(1) Qalânisi, 310.

(2) Ibn Ayâs, III, 181, 190, 311.

(3) Ibid. ; 169, 188, 202, 204, 233, 28L

cupide Ghoùri, il ne fallait pas attendre qu^il cherchât à contrebalancer l'effet de ces générosités intéressées. Les exactions de ses représentants à Djedda avaient ruiné ce port, chassé les riches marchands indiens, qui y aiïluaient jadis.

L'autre prétexte paraissait à peine plus sérieux. En réalité, Qànsoù s'était borné à entretenir des relations secrètes avec le Chah de Perse, qui s'était laissé battre par les Ottomans (1). Nous verrons avec quelle désinvolture ceux-ci traiteront le calife-fantôme, véritable prisonnier d'Etat — il s'appelait Motawakkil — successeur des califes 'abbàsides que les Mamloûks avaient recueillis et internés au Caire, après la ruine de Bagdad par les Mongols (v. I, 232). Ghoùri se prépara pourtant à soutenir une lutte qu'il devinait imminente. Il devenait évident que Selim I, tranquille du côté de la Perse, se tournerait contre la SjTie. La mobilisation du corps expéditionnaire mamloûk n'en fut pas moins laborieuse.

Les Mamloûks mobilisent. Le vieux Ghoùri voulut de nouveau économiser sur la solde des troupes. Il prétendit obliger les émirs, commandants militaires, à la compléter sur les gains illicites qu'il leur reprochait d'avoir réalisés les années précédentes. Le calife Motawakkil, forcé d'accompagner l'expédition, dut se contenter dune gratification dérisoire pour ses frais de voyage. Encore fallut-il l'intervention de Toùmàn-bà^^ Les quatre grands-juges ne reçurent aucune indemnité de déplacement (2).

Mécontente, travaillée par l'indiscipline, l'armée égyptienne atteignit Damas. Nous connaissons les sentiments des Syriens à l'égard du régime mamloùk. La cité n'en dut pas moins pavoiser, illuminer d'office à l'occasion de l'entrée

(1) Ibn Ayâs, 23, 60.

«(2) Ibid.^ III, 22, 23. C'étaient les chefs des quatre rites orthodoxes (v. I, 167).

olTiciclle. Devant la monluTc du vieux souxeralu, « la C()T[>o. ration des marchands européens répandit des écus d'or el d'argent (1). Les nianiloùks de l'escorte sullanienne se précipitèrent pour les ramasser et manquèrent de désarçonner leur maître. Aussi ordonna-t-il aux Francs d'arrêter leurs démonstrations ».

Bataille de Dàbiq. De Damas, l'armée gagna Alep, renforcée par des contingents syrien*; d'une fidélité douteuse. Glioùri y apprit les traitements ignominieux infligés à son envoyé au camp de Selim" I. Ce dernier lui donnait rendezvous à Dàbiq. Il avait rasé l'ambassadeur égyptien, l'avait condamné à ramasser le fumier de son cheval. Ghoùri comprit (jue les armes seules décideraient entre eux. Il alla camper dans la plaine de Dàbiq, près d'Alep (v. I, 90). Il y était à peine arrivé qu'il se heurta à l'avant-garde des Ottomans. Dans l'armée mamloùk figuraient le calife, les grands-qàdis des quatre rites, les cheikhs principaux des soùfis d'Egypte et de Syrie. On portait devant Ghoùri le fameux Coran du calife 'Othmàn (2). L'avantage appartint d'abord aux Egj'ptiens. Ils possédaient une cavalerie, admiral)lement montée. « Chacun de leurs cavaliers, assuré le chroniqueur patriote Ibn Ayàs ^III, 58), valait mille cavaliers ottomans ». Tous savaient le sultan mécontent de l'apathie montrée par ses émirs dans la mobilisation de leurs contingents. Le bruit se répandit alors, on ignore comment, ([ue Ghoùri aurait recommandé à sa garde particulière de demeurer l'arme au bras, pour laisser combattre et décimer les autres mamloûks. C'en fut assez pour briser le premier élan.

Défaite et mort de Qânsoû. Enfin Khàir-bey, nàib d'Alep, secrètement d'accord avec Selim I, battit précipitam-

(1) C'était l'usage ; cf. Ibn Ayâs, III, 35, 350.

(2) Ibid., 45-47

ment en rétraite, entraînant l'aile gauche dans sa fuite. Bientôt Ghoùri se vit seul avec une modeste escorte de gardes. L'étendard sultanien fut replié. Le vieux souverain, s^apprètant à fuir, essaya de tourner bride sur sa monture, lorsque, en cette heure critique, il esquissa un faux mouvement ou se sentit frappé d'un coup d'apoplexie. Mort ou vivant, il fut écrasé sous la charge irrésistible de la cavalerie ottomane. « Il est certain que personne ne découvrit ni ne reconnut son cadavre. On eût dit que la terre l'avait englouti ». « Ample matière à méditation ! ajoute sentencieusement Ibn Ayàs (1). 11 ne trouva pas de tombeau, celui qui avait prodigué 100.000 dinars pour la madrasa, où il comptait reposer au sein de la gloire et de la paix ! ».

L'indiscipline, la démoralisation des mamloùks, la trahison des émirs expliquent suffisamment la débâcle de Dàbiq. Dans sa chronique, Ibn Ayàs oublie de mentionner les ravages de l'artillerie, dont il ne semble pas plus avoir çleviué le rôle que ses informateurs circassiens, les survivants de la grande déroule. C'était le 24 Août 1516. L'action avait été menée rondement. Commencée au lever du soleil, elle se termina dans les premières heures de la soirée. Au milieu du désordre général, on perdit le précieux Coran de 'Othmàn.

Selim I à Alep. Selim I pénélra dans Alep sans coup férir. La population sortit à sa rencontre, précédée de ses ulémas et portant processionnellement les exemplaires du Coran (2). Après la défaite, elle s'était opposée à l'entrée des mamloùks qui tentèrent de s'y réfugier. Les habitants firent main basse sur les biens des émirs, sur les valeurs reçues en dépôt. C'était leur revanche pour les excès commis par leurs

(1) Loc. cit.

(2) Ar-Roûmî, Al-'^Ailam, (manuiîc. Bibl. oient.).

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liordes indiscipliiiéi's. Il ne resta aux vaincus que la ressource de gagner Damas, à travers un pays soulevé. Ils y entrè- 'rent à pied ou montés sur des ânes. Selini accueillit favorablement rinotïeusii' Motawakkil, le calife 'al)l)àside. Il avait ses vues sur ce prisonnier de marque et lui assigna une garde, chargée de prévenir son évasion. Aux juges suprêmes qui l'accompagnaient, il reprocha leurs exactions, et aussi leur lâcheté vis-à-vis de leur ancien souverain et de ses excès de pouvoir. Le gouverneur de la citadelle d'Alep s'était enfui, sans se soucier d'en fermer les portes. Les Ottomans n'eurent (jue la peine de recueillir les trésors, les munitions abandonnées. Le soir de leur entrée, les Alepins illuminèrent. Au traître Khàir-bey, le sultan octroya une pelisse d'honneur, ainsi que « le siunom de Khàin-bey, parce (|u'il avait trahi {khàn) son souverain ». (1).

Reddition des villes syriennes. Hàmà. Homs n'opposèrent pas plus de résistance qu'Alep. L'intervention de Khàir-bey finit par décider la reddition de Damas. On avait vainement essayé de protéger les abords de la cité au moyen de linondation, en détournant les canaux d'irrigation et les eaux du Baradà. La cavalerie turque commença par s'y enliser et perdit du monde. A l'intérieur la populace s'était soulevée. Elle profita de ces journées d'anarchie pour piller les magasins et surtout les dépôts des négociants européens. Selini lit à Damas une entrée solennelle. « .Jamais, atieste un témoin européen, on n'assista à une Porte (réunion offîcielle) aussi brillante ». Les autres villes, Tripoli, Safad, Naplouse, Jérusalem se rendirent à la première sommation. Cependant les débris de l'armée vaincue, après un simulacre de résistance devant Gaza, essayèrent de gagner la frontière égyptienne. En route, ils se virent assaillis, eux et les commerçants qui

(1) Ibn Avâs. III, 50.

les accompagnaient, par les Bédouins. Ces brigands « les traitèrent comme n'avaient pas fait les Ottomans » (1).

Toûmàn-bày et Ghazàli. Pendant l'absence de son souverain, le loyal émir Toùmàn-bày avait assumé la régence en Egj^pte. Son énergie y avait maintenu l'ordre, réprimé les violences des Bédouins, qui s'étaient jetés sur les terrains de culture. Il devait être le dernier et aussi « le meilleur de la dynastie circassienne ». En cette heure d'angoisse, il accepta, à son corps défendant, le titre de sultan et la mission de protéger l'Egypte. Il se trouvait condamné à échouer, avec un trésor à sec et des troupes démoralisées, sans élan pour la guerre.

En Syrie, l'envahisseur s'était comporté avec modération. Nulle part, la population n'avait opposé de résistance. Selim quitta Damas, après un séjour de trois mois (2), dans les dernières semaines de 1516, A Gaza, son lieutenant Sinàn-pacha avait repoussé une avant-garde de l'armée que Toùmàn-bày réunissait laborieusement pour l'opposer à l'invasion. L'avance de Sinàn se trouva retardée par le. transport de sa pesante artillerie. Toùmàn dut lui laisser le temps de traverser en dix jours, sans être inquiété, le désert du Sinaï, pendant ({ue lui-même parlementait avec ses mamloùks. A l'imitation de Khàir-bey, son collègue d'Alep, Djànbardi GhazàU, le dernier nàib de Damas sous Ghoùri, avait t,rahi pour passer aux Ottomans.

Mort de Toûmàn. Toùmàn se décida à couvrir sa capitale par une longue ligne de retranchements, s'étendant jusqu'au village de Mataryya. A l'abri de ce rempart, il accumula les provisions et y appuya les vieux mortiers, tirés de l'arsenal, ainsi que les bouches à feu qu'il venait d'acheter

(1) Ibn Ayâs. 54, 71.

(2) Roûmi, ms. cité, 405.

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aux Vénitiens. Sei-\ies par des artilleurs improvisés, ces pièces ne parvinrent pas à dominer le leu de l'ennemi. Celui-ci réussit à tourner la position. Le 22. Janvier \7A7, à Hîdànyya, il inlligea à Toùmàn une défaite décisive. Bientôt capturé dans le Sa'îd, amené au vainciueur, il ne tarda pas à être exécuté. La dynastie des Mamloùks (jui avait régné 207 ans sur la Syrie (12(i()-ir)16) était éteinte. Nous aurons à mentionner un essai de restauration, dans le milieu du IS*^ siècle, à propos de Dàhir al-'Omar.

Selim F' et MotawakkiL Selim reçut en Egypte l'hommage du Chérit" de la Mecque et les clefs des villes saintes. Il montra (jue, moins encore que les Mamloùks, il entendait subordonner la politique à la religion. Après avoir traîné à sa suite, en otage, le calife Motawakkil, il le dépouilla des revenus qu'il retirait du sanctuaire dé Sayyda Nafîsa au Caire. Puis il l'expédia à Stamboul. Le malheureux s'y vit accusé par ses neveux d'injustices commises à leur détriment, de détournement de valeurs, de dépôts appartenant aux familles des émirs circassiens morts à la guerre. Selim profita de l'accusation pour achever de déconsidérer le représentant olTîciel de l'islam. Motawakkil se donna le tort de provoquer de nouvelles interventions. Pour distraire les loisirs forcés de son exil, il acheta des esclaves musiciennes « et mena joyeuse, très joyeuse vie », .itiJi xa» ^i^^vi^ Ja-iU J >ii:y. Mécontent, le sultan le déporta loin de Stamboul «à sept journées de la capitale ». Il ne revint de sa déportation qu'après Ja mort de Selim (1). Motawakkil, on l'a prétendu, lui aurait cédé ses droits au califat (2).

Prétendue cession du califat. La cession eut été frappée de nullité. Le Padichah ottoman n'appartenait pas à la

(1) Ibn Ayàs, III, 120, 125, 205, 229, 237.

(2) Comme nous l'avions d'abord admis ; cf. Revue du monde >nusuimin, T. XL, p. 148.

tribu de Qoraich (1), Un calife peut bien abdiquer, mais non en faveur d'un candidat. L'usage lui avait accordé la faculté de désigner, avant sa mort, un successeur, sous la réserve que cette désignation serait ratifiée par une baVa, reconnaissance de la communauté musulmane. Abstraction faite de la question de droit, « d'un événement aussi capital, il ne se rencontre aucune mention dans les volumineuses chroniques arabes et turques de l'époque, aucune allusion dans les histoires officielles ou non, composées postérieurement par les Arabes et les Turcs » (C. Nallino). Le contemporain Ibn Ayâs a consacré trois cents pages de texte serré aux dernières années de Selim. Ce chroniqueur loquace n'en a aucune connaissance. Il note au jour le jour les moindres événements dont il fut témoin, les bruits arrivant de Stamboul ; il détaille avec indignation les humiliations infligées à Motawakkil par les Turcs qu'il n'aime point. Il se contente de gémir sur l'éloignement du califat, mais ignore sa prétendue cession aux Ottomans (2).

Manœuvres pour l'accréditer. Ils n'en essaieront pas moins d'établir la confusion en la matière. Ainsi le sultan Solaimàn, dans une inscription de la mosquée de Médine (1566), se laissera donner la qualiiication ambiguë de jii ïi-u jui j , « vicaire d'Allah en ce monde », qu'avaient déjà adoptée, avant lui, certains Seldjoùcides. Ballon d'essai, formule intermédiaire (3). Elle voudrait sanctionner une fausse équivalence avec le titre officiel « ,:n>'^i ^«l , commandeur des croyants », réservé aux califes légitimes ; en attendant les audacieuses prétentions inscrites par Midhat-pacha dans la Constitution de 1876. Au début du 19'' siècle, Corancez, l'au-

(1} Voir vol. I. p. 178.

(2) Ibn Ayâs, III, 120.

^3) Dans la théocratie musulmane, l'expression À\ oll»U ,« pouvoir d'Allah», désigne le gouvernement.

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leur bien inronné (rime « Histoire des Waliahis », ol)serve justeiiienl (jue, dans la solennelle prière duVendredi, « le seul titre (|u'ail le Grand-Seigneur est celui de Serviteur des deux sublimes Ilarams », cî*>-.!i ^:.ii- , à savoir la Mecciue etMédine. Ce titre avait déjà figuré dans la titulalure olïicielle des sultans mamloidvs.

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