‹ La SyrieChapitre 32 sur 49 · IV. L'annkk 1.S · texte numérisé non relu

IV. L'annkk 1.S

I>K (iOrX KIÎNHMKNT Al iONOME DU LlHAX.

I^éiiéficiant d'une organisation religieuse secrète (v. I, 183, 185), les Druses du Liban avaient, au début de cette année, dressé dans le plus grand mystère, leur plan de campagne, scellé leur entente avec ceux du Wàdittaim et du Hauràn, juré la ruine de Hàsbayya, Zahlé et Dairalqamar. Ils se trouvaient prêts à marcher, à obéir aux perfides suggestions de Khourchid-pacha.

Les premières rixes éclatèrent au printemps de 1860. Elles prirent au dépourvu les chrétiens, sans cadres, sans chefs, plus divisés que jamais, au sortir de la guerre civile, qui avait abattu l'influence des cheikhs (v. p. 177). Ces bagarres permirent aux Druses de se faire la main, de tàter leurs adversaires, de constater chez ces derniers le manque total d'organisation, de juger jusqu'à quel point ils pouvaient compter sur la complicité turque. Le 20 Mai, débuta la grande offensive. Elle se développa avec un ensemble trop rare pour n'avoir pas été préméditée.

Massacres au Liban, au Wàdittaim. L'attaque commença par le village mixte de Baitmeri dans le Matn. L'intervention du jeune chef Joseph Karam et de la poignée de braves sous ses ordres ne put arrêter l'œuvre de mort, pas plus que la diversion tentée par les gens de Zahlé. Mal combinée, elle aboutit à un échec. Ces désastres ne réussirent pas à restîturer l'entente parmi les chrétiens. Ils se laissèrent leurrer par les feintes promesses des Druses ou même désarmer par les Turcs, lescjucls répondaient de l'ordre. Bientôt la tuerie s'étendit dans le Matn et se propagea au Liban méridional.

Khourchid, affectant la surprise, alla bivouaquer au pied de la Montagne, d'où il contempla sans bouger l'incendie des villages chrétiens. Sous la conduite d'Isma'il al-Atrach, les Druses du Haurân accoururent au rendez-vous avec une précision, qui dénotait une mobilisation étudiée d'avance. Leurs étapes furent Hàsbayya et Ràchaj''ya. Les chrétiens, réfugiés au sérail de ces bourgades, se laissèrent désarmer par les commandants turcs. Après quoi, ceux-ci les livrèrent aux assaillants et permirent à leurs propres soldats de s'associer à la tuerie. Du Wàdittaim, les massacreurs coururent à Zahlé ; c'était avec Dairalqamar, le principal bastion du Liban chrétien. Zahlé devait expier la protection que sa courageuse population accordait aux paysans de la Bqà', rançonnés par les cheikhs druses.

Cette ville, peuplée de chrétiens de rite grec, fut pillée, incendiée, des missionnaires jésuites furent égorgés. Du 20 au 21 Juin, les Druses renouvelèrent leurs tristes exploits contre la ville de Dairalqamar (1). Là encore, les chrétiens acceptèrent l'asile que leur offrit le commandant turc. Il les désarma, puis, quand ils furent parqués dans la cour de la caserne, cet officier ouvrit la porte aux exécuteurs druses.

A Damas. Du Liban, l'effervescence antichrétienne gagna Damas. « Les musulmans y apprirent que l'heure de la revanche venait de sonner » (Yorga). Elle couvait depuis les jours de l'occupation égyptienne. Les décevantes promesses d'égalité, données aux chrétiens par les liait sultaniens, lui avaient fourni un aliment nouveau (v. p. 180). Dès 1847, le consul H. Guys (2) écrivait : « La Montagne est depuis longtemps un objet d'envie pour Damas... au point d'envisager l'abaissement de ce pays ». Les 25.000 chrétiens de cette ville

(\) Cf. Réminiscences of Daniel Blùs, mùsionnary and educator. p. 142 etc.

(2) Op. cit.. II, 150.

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