II. Lk ukvkii. nationaliste
Les nationalistes syriens. Pendant que la guerre halkani(pie (1912-1913) atYaihlissait, démembrait l'Empire ottoman, les nationalistes syriens, chrétiens et musulmans, s'accordèrent sur un programme commun et sur une action collective.
Ils surent se montrer modérés. Très sagement ils évitèrent de se compromettre avec un groupe d'agitateurs qui réclamaient l'indépendance complète, visaient à la constitution d'une puissante monarchie ou d'une ConfédératicKi .d'Etats arabes. Parmi ces actinistes, les plus avancés ne parlaient de rien moins que de transférer de Stamboul à la Mecque le siège du calife (2). Des réformes administratives, l'autonomie provinciale auraient donné satisfaction aux nationalistes syriens. C'est l'obstination de la Turquie qui les transformera en séparatistes.
Arrivé au grand-viziriat, le vieux Kàmil-pacha les invita à formuler leurs revendications. En voici les articles principaux. On y constate un effort loyal (3) pour concilier les ten-
(1; Voir plus haut p. 206.
. (2) C'est lo programme que s'approprieront Hosaia. le roi du Hidjàz. l'émir Faisal et les Chéiifiens.
(3) Voir au chap. suivant le jugement do Liman Von Sanders. le réorganisateur de l'armée turque.
dances autonomistes avec les prérogatives du gouvernement central.
Leur programme. Ils lui abandonnent la politique extérieure, la direction de l'armée, des finances. Un Conseil généraljOÙ Von accordera une large représentation aux communautés non-musulmanes, devra collaborer avec le vali. Il décidera des affaires concernant le vilayet,aura le pouvoir d'émettre des emprunts provinciaux, d'interpeller le vali, de réclamer son changement. On reconnaîtra au Conseil le droit de légiférer en matière d'administration provinciale, de déterminer les appointements des fonctionnaires locaux. Tous devront connaître la langue arabe et, à l'exception du vali, du qàdi, du commandant militaire, appartenir à la région. En temps de paix, le service militaire sera régional. Les revenus provinciaux seront divisés en deux catégories : a) revenus des douanes, des postes et télégraphes, des taxes militaires, laissés à la disposition du gouvernement central : b) les autres recettes seront aflfëctées par l'administration locale aux besoins de la province. L'arabe, seule langue officielle des vilayets syriens, sera employée au Parlement impérial concurremment avec le turc. Une Haute Cour sera instituée en Syrie pour juger en cassation les jugements (1) rendus dans les provinces de Jérusalem, Damas, Beyrouth, Alep. Des conseillers étrangers seronî nommés pour organiser la gendarmerie, la police, la justice, les finances. Choisis parmi les spécialistes européens, ils devront connaître la langue arabe.
Mesures contre les nationalistes. Ce document fut remis, en Janvier 1913, au vali de Beyroutii. Le 8 Avril, le gouvernement y répondit par une hautaine fin de non-recevoir et par la fermeture du « Club des réformes », organe du
(1) Jusqu'à cette date, tous devaient être renvoyés à Constantinople, au grand détriment des justicia.bJes syriens.
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parti syrien. Ce dernier protesta « au nom de la patrie ». Le 12 Avril, la plupart des journaux de Beyrouth parurent encadrés de noir, se contentant de reproduire à leur première page le méprisant refus olïiciel. Six des principaux chefs réformistes avaient été incarcérés. Les deux jours suivants, tous les magasins de la ville demeurèrent fermés. Devant cet accord de la population, il fallut élargir les prisonniers. C'était une première mobilisation des forces nationalistes en Syrie.
Avènement d'Enver. Le 14 Décembre 1913, le général allemand Linian Von Sanders (1) débarquait à Constantinople. Liés par des accords secrets, l'Allemagne et la Turquie se préparaient fébrilement à la guerre future. Bientôt l'ambitieux Enver-pacha prit la direction des affaires. Il se nomma ministre de la guerre, sans même s'inquiéter de prévenir le sultan.
« Un matin, le souverain se trouvait dans son appartement, parcourant un journal. Soudain il laissa tomber la feuille et se tournant vers l'ofïicier de service, il s'écria : « je lis ici qu'Enver est deveiiu ministre de la guerre. Impossible ! En ver est encore beaucoup trop jeune pour cet emploi ». On voit la complète impuissance du sultan en face de l'omnipotence du Comité jeune-turc » (2).
Il n'était pas à présumer que le présomptueux Enver et le tout-puissant Comité traiteraient avec plus de ménagements les nationalistes syriens. Ils recoururent aux voies de rigueur. Les journaux réformistes furent supprimés et leurs directeurs emprisonnés. Pour donner une apparence de satisfaction aux nationalistes syriens et, plus encore, pour jeter la division dans leurs rangs, on promit de réserver des places
(1) Il venait réoi'ganiser T armée turque. Sur cette mission, voir son livre, Fânf Jahre Tûrkei, Berlin, 1920, pp. 1-33.
(2) Liman Von Sanders, o^>. cit.^ p. 17.
aux chefs du mouvement dans le Parlement turc.
Le congrès syrien. Cette double manœuvre avait été prise, à la suite du Congrès syrien, tenu àTaris, pendant l'été de 1913. Chrétiens et musulmans, les Syriens d'Egypte et d'Amérique s'y trouvèrent représentés. La volonté des Syriens commence à se préciser. Sans formuler encore des revendications séparatistes, qu'il eût été imprudent d'articuler ouvertement (1), les congressistes réclament « pour les Arabes ottomans l'exercice de leurs droits politiques », conformément aux demandes présentées au début de 1913 (2), ainsi que « pour le gouvernement du Liban des ressources lui permettant d'améliorer sa situation financière ». Enfin, ils n'hésiteront pas à en appeler à l'Europe, y compris les congressistes musulmans.
Dans l'adresse, communiquée aux Puissances, ils développent les doléances de la Syrie, « la province la plus civilisée de l'Empire », montrent la tyrannie des Jeunes-Turcs, la dérision du parlementarisme ottoman avec ses députés, « nommés au lieu d'être élus ». Ce langage le prouve, la désillusion était complète. En terminant, ils réclament « l'autonomie absolue pour l'organisation des travaux publics et de l'instruction, d'une gendarmerie effective et d'une milice nationale ».
Dernières résistances. L'accord entre musulmans et chrétiens était un phénomène tellement anormal qu'il jeta la consternation parmi les Unionistes. Ils se ressaisirent bientôt et recoururent aux moyens jadis employés par 'Abdulhamîd pour diviser les nationalistes. Parmi les principaux congressistes de Paris, plusieurs se laissèrent attirer à Constantinople
(1) Poui- lesquelles les congressistes musulmans n'étaient pas encore préparés, pas plus que pour le concept d'une « patrie syrienne ». ^2) Voir plus haut p. 212.
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cl cinq acceplèronl des posles do sénateurs. Leur C()in[)nhiole, le sénateur Solaiuiàn al-Hostànî, devenu ministre de l'agriculture, les paya de promesses ; il les persuada de se contenter de la reconnaissance de raral)e comme langue ofîicielle. ^Affaiblis par ces défections, incapables d'entreprendre la lutte ouverte contre leurs oppresseurs, les Syriens recoururent à l'arme de la résistance passive. Ils firent échouer l'emprunt intérieur décrété par le gouvernement. Sachant cjue ni la liberté des votants ni la sincérité des sufTrages ne seraient respectées, la majorité des électeurs, même musulmans, refusa de paiHiciper aux élections législatives. Dans l'esprit des Syriens, l'idée se fait jour que l'avenir du pays n'est plus que dans son indépendance ^ nationale, dans la rupture iivec Stamboul.