II. Oplhations .militaires kx Svhik
Chemins de fer stratégiques. Chargé d'élaborer un projet d'attaque contre le Canal de Suez, le commandant des troupes de Damas, (3) Zakî-pacha s'était montré inférieur à la tâche qui lui avait été confiée. Des officiers allemands vinrent en Palestine préparer les plans de l'invasion. Des spécialistes, des contingents austro-germains les rejoindront bientôt pour renforcer et encadrer les divisions turques de Syrie. Les Allemands arrivés à Stamboul j^our réorganiser l'armée ottomane (4), un an avant la guerre, avaient attiré l'attention des Jeunes-Turcs sur l'insulfisance des lignes stra-
(1) Cf. V. Sandors, 407- lOS : Kr. Von Kvessenstein, o/). tit.. 37-3*^-
(2) Sur son insuffisance militaire cf. Von Kressenstein, Zaïschc/i Kaukasus und Sinai, 40.
<3) Voir plus haut p. 217.
(4) Voir plus haut p. 21;>.
tégiqiies en Palestine. Leurs suggestions donnèrent le signal d'une activité que Stamboul n'avait jamais consacrée aux intérêts économiques de la Syrie.
La ligne de 'Afoùla à Naplouse ouverte, à la veille des hostilités, raccordait cette ville à la ligne de Caifïa — Dar'a — Damas (1). On acheva fiévreusement, sous la direction de l'Allemand Meissner-pacha (2), le réseau militaire palestinien par la construction de la ligne Naplouse — Toùlkarm — Lodd. Le 30 Octobre 1915, le secteur Lodd — Birsaba' fut livré à l'exploitation. En Mai 1916, un tronçon sera détaché jusqu'à Hafh" al~'Audjà, dans le désert du Sinâï. Pour se procurer les rails nécessaires à rétai)lissemcnt de ces voies, on démolit les chemins de fer français du Hauràn et de Tripoli — Homs. La solidité de ces nouvelles lignes, construites hâtivement avec des matériaux de fortune, laissera énormément à désirer et « leur rendement demeurera fort restreint» (Kressenstein). Elles devaient, dans le plan de Djemal-pacha, assurer l'invasion de rEg3"pte. Birsaba' devint un centre important de concentration et d'approvisionnements militaires avec station électrique, d'où partirent plusieurs routes pour automoi)iles dans la direction du Canal.
Première attaqué du Canal. Le présomptueux Djemal n'attendit pas l'achèvement de ces travaux. Les Anglais avaient très imparfaitement organisé la défense de l'Egypte. Sur la rive asiatique, le Canal demeurait à la merci d'un coup de main, depuis qu'ils avaient évacué Al-'Arîch et les postes de la Péninsule sinaïtique. Djemal se flatta que « son apparition provoquerait le soulèvement des nationalistes égyptiens. Par ailleurs, l'espoir n'était pas exclu de traverser le Canal par surprise, ensuite de s'y maintenir le temps voulu
(1) Voir la p. 198.
(2) Le constructeur de la ligne de Bagdad.
i.A c.rKi'.içi: i.T i.A sviuK 22.')
pour arriver à le barrer» (1). Le 14 Janvier 191.'), 20. ()()() hommes, })rélevés sur la \l\l' armée turque, partirent de Birsaba', sous le commandement de Djemal, assisté par un cliel" d'état-major allemand. Pour éviter les leux de la marine anglaise, hujuelle dominait la route d'Al-'Arîch, le corps principal dut couper, à travers le désert, dans la direction d'Isma'ilia.
L"e\})édilion arriva, sans avoir été inquiétée, dans le voisinage du C.anal. Le plan consistait à simuler une attaque contre la tète de pont d'Isma'ilia. })uis à se rejeter brusquement sur la gairche {)our Iranchir le Canal. Dans la nuit du 2 au ',) Février 11)1,~), les ennemis commencèrent le passage, lorsque le leu des batteries de la rive égyptienne jeta la panique parmi « les bataillons dB nationalité arabe, lesquels reculèrent en désordre ou désertèrent en rangs serrés du côté des Anglais » (2). L'artillerie des navires de guerre Le Requin, le D' Enlrecasleaux et le Ilardiiuje (3) achevèrent de couler les j)ontons jetés sur le Canal. L'ennemi compta 200 tués, le trij)le de blessés, un millier de déserteurs. Si les Anglais avaient, en ce moment, traversé le Canal pour donner la chasse au\ Turcs en retraite, celle-ci se fût probablement changée en déroute.
Seconde attaque. Prolitant de cette inaction et pour se consoler de leur échec, les Turcs occupèrent les oasis de la Péninsule, (jue leurs adversaires avaient évacuées sans combat et érigèrent cette région désertique en sandjcik du Sinaï. L'aclièvement des voies ferrées palestiniennes (v. p. 221) vint leur rendre l'espoir dune prochaine revanche. Leurs alliés germains organisèrent, à l'intérieur du Sinaï, la ligne Al-'A-
H] Von Kre3sonst.cin. oy). ci/., 16.
{2) V. Ki-ossenstoia, oji. cit.
'•'il Los deux premior.s, do la lïiariao française. Cf. G. ^^^"man Bui'.v, Pan-.'s!a,n..U^udve», 19H>, :?4 etc.
rîch-Ibiii-Nakhl ; des puits furent creusés, des réservoirs construits. Une conduite d'eau, longue de 30 kilomètres, s'enfonça dans le désert, à partir de Qosaima. Au printemps de 1916, on décida de reprendre la tentative manquée. Cette fois l'objectif poursuivi était plus modeste ; « non plus de passer en Egypte, mais d'occuper, en face d'Al-Qantara, une forte position et d'y tenir le Canal sous le feu d'une' puissante artillerie » (Kressenstein).
Le nouveau corps expéditionnaire, fort de 16.000 hommes, comprenait une escadrille d'avions, de l'artillerie lourde et deux batteries autrichiennes d'artillerie de montagne. ïl était sous le commandement du colonel Kress von Kressenstein (1). La désorganisation des services ottomans fit perdre un temps précieux. La marche en avant ne commença qu'au milieu de .Juillet. Les Anglais avaient utilisé le répit pour transporter la défense du Canal sur la rive asiatique. Le 2 Août, l'infanterie turque fut obligée de se rendre à Rommàni. Le 9 Août, les Turcs évacuèrent les i>ostes qu'ils occupaient encore dans le Sinaï. Ainsi échoua la seconde attacjue contre le Canal. Poursuivant leur avantage, les Anglais avancèrent le long de la mer ; appuyés sur une ligne ferrée à voie normale et une canalisation d'eau du Nil. Le 21 Décembre, eut lieu la prise d'Al-'Arîch, le 9 Janvier 1917, celle de Rafah. La lutte se poursuivra ensuite devant le front de Caza-Birsaba' où les Turcs tiendront le coup jusqu'à l'automne de cette année.
Résistance et insoummission en Syrie. Le colonel Von Kressenstein reconnaît « qu'on avait sous-évalué la haine
(1) Dont j'utilise les notes publiées dans Zwischen Kaukasus etc. ensuite dans Wisseachafdiche Verœffentlich. des deutsch-tùrkischea Denkmalsch l'J :— Kommandos\ l" fascic. p. 19 etc. Je renvoie de préférence au premier de ces travaux. Le second ne s'occupe que des opérations militaires dans la presqu'île du Sinaï.
LA Cl i:iîi!i-: i.r i.a syiuk 225
invétérée, séculaire entre Turcs et. Arabes ». Pendant les campagnes tlu Sinaï, les soldats arabes désertèrent par centaines. A l'intérieur de la Syrie, des milliers d'insoumis, do déserteurs occupaient les retraites de l'Antiliban, d'où ils venaient piller, parfois même incendier les gares de la voie ferrée (1), L ne des premières i)récaulions des Turcs avait été d'occuper militairement le Liban, en même temps (ju'ils opprimaient son autonomie administrative. Complètement désarmés, terrorisés, bientôt décimés par la famine et le typhus (2), les Libanais durent se résigner à attendre des temps meilleurs. A l'exception du Liban, toutes les régions montagneuses de la Syrie échappaient à la domination des lurcs.
Dès le début de la guerre, les Druses du Hauràn, les Nosairis du pays de Latlaquié s'étaient barricadés dans leurs montagnes et en interdirent l'accès aux troupes ottomanes. Les premiers menacèrent la voie ferrée du Hidjàz, laquelle assurait les communications entre le centre militaire de Damas, l'Arabie et le front palestinien. Ils tenaient sous leur dépendance les céréales du Hauràn. Ces réserves, que les Turcs refusaient de payer en or, ils iront, après la chute de 'Aqàba, les vendre aux Anglais (3) ; ce qui ne Tes empêchera pas de traiter avec les autorités de Damas. « Meilleur diplomate que stratège » (4). Djemal ne réussit pas à briser cette résistance et dut se résigner à composer avec les Druses. Il obtint encore moins de succès chez les Nosairis. Deux bataillons, envoyés pour appliquer le système des ré(iuisitions et saisir la récolle, durent battre en retraite, avec une perte de
(1) H. von Riesling. Ruml um dea Libanon, 8-9. Gomp. L. Von Sanders, op. cit., ;î07.
^2) Voir p. 219.
'3) L. Von Sandei-s, op. cit.. 296, 331. (4) V. Kressenstein.
LAMUENS, ^YRIE, II.
200 tués ou blessés. L'écliec de sa politique de répression déconseilla à Djemal de demander compte aux Nosairis de cet insuccès. Son attention se trouva d'ailleurs distraite par les graves événements qui se déroulèrent au Midi de la Sj'rie, dans l'été de 1916.
Hosain et Faisal. Créature des Jeunes-Turcs, promu par eux au Grand-Chérilat de la Mecque, Hosain ibn 'Alî s'était montré jusqu'à celte date leur partisan. Quelques années auparavant, il les avait aidés à étouffer la révolte du 'iVsîr. Son ambition pensa trouver dans la guerre mondiale l'occasion de ressaisir son indépendance et l'autorité politique jadis exercée par les 'Alides. Dès 1915, il entamait à la fois des négociations avec les Anglais d'Egypte et envoyait son fils, l'émir Faisal, à Médine d'abord, ensuite à Damas, sonder les Ottomans. Il leur réclama des armes et des munitions pour équiper des régiments bédouins, qui iraient coml)attre les Anglais dans la presqu'île du Sinaï. Econduit par Djemalpacba, qui songea même à le faire arrêter (1), Faisal conservera l'babitude des tractations en partie double (2). Elle causera sa perte en 1920 et l'acculera à la débâcle de Kbàn Maisaloùn.
Révolution en Arabip. Les Anglais se montrèrent plus conliants. Gagné par leurs promesses, par leurs sul)sides, le Grand-Chérif Hosain ibn 'Ali se déclara contre les Turcs, Le 10 Juin 1916, il réussit par surprise à leur enlever la Mecque, où leur artillerie canonna la Ka'ba. Une semaine plus tard, suivit la reddition du port de Djedda. Inutilement attaquée par les bandes du Grand-Cbérif, elle succomba, après cinq jours d'un vif bombardement par les croiseurs anglais (3). La ville de Tàif se rendit à Hosain, au mois de Septembre.
(1) Cf.A. Musil, Zw Zct^geschiclae von Arabien. 28-2r»,Yicuiio,101S. ( (2) Voir plus bas le pài-agraphe : Fuirai et les Tare?. (n) Cf. Bury. op. cH.. TTttc.
LA c.iKiuu-; i:t i.a syhik 227
Le () Novembre suivaiil, il se prockiina roi des Arabes. Les Alliés ne lui reconnurent que le titre de roi du Hidjàz. Hosain n'en prétendra pas moins à la souveraineté sur la Syrie et sur les anciennes j)rovinces arcd^ophones de l'Empire ottouian. ('/était ces régions qu'il visait, le jour où il s'arrogea le titre tendancieux de roi des Arai)es. Consciente ou non, la dil)k)niatie anglaise, dont les [)romesses imprudentes avaient déclanché la révolution au Hidjàz, commit la faute de ne [)as dissiper un malentendu, en ne réservant pas énergi([uemenl les droits de la France et l'avenir de la Sj'rie qu'elle laissa englober sous l'insidieuse dénomination de pays « arabes ».
Opérations militaires en Arabie. Au moment, où le roi Hosain levait le mas((ue à la Mecque (v. p. 220), Faisal profita de son séjour à Médine pour y provoquer, sans succès d'ailleurs, un soulèvement. Il n'eut (|ue le temps de s'enfuir l)our aller prendre le commandement des Ivoupes chéri fiennes. Les Alliés mirent, sans compter, leurs finances, ensuite leurs olliciers et gradés musulmans, enfin leur marine (l) à la disposition du roi Hosain. Malgré cet appui, la diversion militaire des Chérifiens ne donna pas les résultats escomptés. (!!omme au temps du Prophète (2), les Bédouins se montrèrent de médiocres soldats, âpres au pillage, reculant devant le danger.
(Coupés de leiu's communications, menacés par l'artillerie de la marine anglaise, les Turcs durent évacuer, l'un après l'autre, les petits ports de la côte érythréenne : Rài)igh, Yanbo', Wadjh. Faisal ne se risqua pas pourtant à atta([uer l'oasis de Médine, évacuée par les civils et transformée en camp retranché. Il ne réussit pas à interrompre d'une façon
(1) Coi.ip. p. :?2().
(2) Voir vol. I, o6-.')7, Comp.Von Kro-ssonstcin, op. cit. i^A7> ; Hurv, oji. cit., 132.
durable la circulation, moins encore à enlever les stations^ les faibles postes turcs établis sut la voie ferrée, qui reliait Médineà la Syrie. En Octobre,piTis en Novembre 1916, Faisal se laissa battre à Bîr Abbàs et à Bîr Hisàni, au Sud-Ouest de cette ville (1).
Au Midi de la Palestine. Pendant l'année 1917, tout l'intérêt des opérations allait se concentrer sur la ligne de Gaza — Birsaba' (2), méthodiquement organisée par les Aile- | mands. Le 27 Mars, les Anglais réussirent d'abord à pénétrer dans Gaza. L'intervention de l'artillerie austro-allemande et l'arrivée de renforts turcs les forcèrent à regagner leurs positions de départ, en laissant sur le terrain près de 4.000 morts et des centaines de prisonniers. L'attaque du 19 Avril se termina pour eux par un échec encore plus sanglant.
L'été de 1917 se passa en préparatifs de part et d'autre. Le général Allenb}' avait pris la direction des forces anglaises de Palestine. En Septembre, Djemal-pacha céda le commandement à l'Allemand Von Falkenhayn. Les rangs des Turcs^ insulïîsamment ravitaillés, étaient décimés par la désertion et les maladies, pendant que leurs adversaires ne cessaient de recevoir de nouveaux renforts. Le 30 Octobre, l'artillerie des croiseurs français et anglais embossés devant Gaza ouvrit un feu violent contre les positions germano-turques, avoisinant la côte.
C'était le commencement de la troisième attaque. La cavalerie anglaise, tournant la position de Birsaba', y lit prisonniers les 2.000 hommes de la garnison. Par contre l'attaque dirigée contre Gaza ne progressa que lentement. L'ennemi s'y maintint jusqu'au 6 Novembre. La nuit suivante, il évacua cette place, changée en un amas de décombres.
(1) Cf. Musil, op. cit., 32.
»(2) Voir plus haut p. 224.
LA (irEJlKK ET LA SYIUK 229
Prise de Jérusalem. Le IG Novembre, eiil lieu la prise de.Inlïa. Ensuite les troupes d'Alleuby marchèrent parRanila et llébron dans la direction de Jérusalem. Pendant une nuit pluvieuse, le 8 Décembre, une de leurs patrouilles surprit le poste d'Al-Qastal, à l'Ouest de Jérusalem. Le commandant turc de cette ville, craignant d'être cerné, ordonna l'évacuation de la faible garnison (1). Ainsi Jérusalem échappa aux horreurs d'un bombardement. Le 11 Décembre, le général Allenby, accompagné des commandants des contingents Irançais et italien ainsi que du Haut Commissaire français, lit son entrée dans la ville libérée. Ensuite le front palestinien se stabilisa de nouveau pendant neuf mois, sur une ligne passant au Nord de Jaffa pour rejoindre le Jourdain à Jéricho. Bientôt l'achèvement du Transsinaïtique (2), l'établissement d'un bac à Al-Qantara, à l'Est du Canal, permirent au matériel anglo-égyptien de rouler du Caire juscfu'à Lodd — Ramla, de ravitailler les 100.000 hommes qui devaient précipiter la débâcle turque dans la plaine de Sarona.
Le contingent français. L'artillerie de la marine française, en coulant les pontons turcs, avait elïîcacement coopéré à la défense du (]anal, ensuite à la récente prise de Gaza (3). Supix)rtant la plus lourde charge sur le front occidental, la F'rance n'avait pu d'abord envoyer en Palestine qu'un faible détachement, destiné à « escorter » le drapeau pour l'entrée solennelle des x\lliés à Jérusalem. Graduellement ses effectifs furent augmentés sous la pression des événements. Au début de l'été 1018, il comptait 7.000 hommes, y compris une h Légion orientale », celle-ci forte de trois bataillons arméniens et d'un bataillon syrien d'environ 6(KÏ Aolontaires.
fl) Zwischen Kaidasus. 52 etc.
(•2) Voir plus haut p. 224.
{^j Voir pp. 223, 228.
La Turquie aux abois. Dans la dernière quinzaine 1 <l'Aoùt, le futur maréchal AUenby avait complété ses prépa- "^ ratifs, dressé son plan d'opérations. Les forces turques auxquelles il allait se heurter se voyaient réduites à des proportions squelettiques. Ainsi, à la veille de la chute de Gaza, leur « 2^" division n'avait plus que 700-800 fusils par régiment. Les troupes mal nourries comptaient par mois 10.000 malades, le quart de l'effectif total, dans les lazarets ». Emus •de cette situation critique, les officiers allemands avaient conseillé dès lors, mais sans succès, d'évacuer le Hidjàz, à tout le moins, de raccourcir le front palestinien, en sacrifiant la position trop excentrique de Birsaba' (1). Quand la Turquie entra en guerre, « elle avait derrière elle trois guerres perdues et une révolution... Ses caisses étaient vides, ses Iroupes mal vêtues et équipées d'armes démodées. Les munitions faisaient défaut ; les magasins ne renfermaient que des réserves, des provisions insignifiantes... A Damas, une division entière n'avait jamais passé à l'exercice de tir ; l'artillerie ne s'était pas habituée à manier les nouvelles bouches à feu. Avant l'attaque du Canal, le corps des pontonniers n'avait jamais manœuvré sur l'eau » (2).
En Février 1918, une division arrivée de Constantinople laissa en route la moitié de son effectif. On voit si la Turquie vivait des motifs de garder la neutralité et la responsabilité de ceux qui l'ont conduite à sa perte.
Liman Von Sanders. La situation empira encore lors- ({ue, en Mars de cette année, ce général (3) vint prendre le commandement suprême du front palestinien. Elle lui parut si critique que, lui ^ussi insista, sans plus de succès que ses prédécesseurs, pour, qu'on sacrifiât Médine. Il trouva, à son
(1) Comp. p. 22^.
i{2) Kvossenstein, Zwixchen Kaickasus. 34, 38. (3) Comp. plus haut p. 213.
i.A (iiKiiui; i:t i.a syiuk '2'M
arrivée, des, régiments ne eoniplant qne 100 et inénie l.'iO fusils. «Les olliciers portaient des unilbrnies en haillons ; des commandants de bataillon n'avaient plus de bottes », Au cours du dernier hiver, « 17.000 hommes avaient péri d'inanition ». Quant au nombre des déserteurs, il linit par «dépasser celui des soldats sous les armes », Sur le front, « les magasins manquaient souvent de vivres pour le jour suivant», «En Septend)ie, im bataillon débarqué à la gare de 'Afoùla(l) déserta in corporcr). «Huit divisions demeurèrent, pendant six mois sans ip.terruption, en première ligne ». Seule l'artillerie était en « assez bon étxit », mais les bètes de trait faisaient défaut. Par bonheur pour les Turcs, au printemps de 1918, leurs adversaires durent expédier plusieurs de leurs meilleures divisions au front occidental (2),
L33 Chérifiens de Faisil. Les Turcs conservaient toujours la TransJordanie et les stations de la voie ferrée du Hidjàz, jusqu'à Médine que les Bédouins de Faisal — on la vu (3) — ne se risquèrent pas à attaquer. Après Toccupatiou de Wadjh, les Chérifiens convoyés, ravitaillés par les navires des Alliés, se glissèrent le long de la 'côte maritime. Le (> •luillet 1917, sous la protection des canons anglais (4), ils s'installèrent dans le petit port de 'Atjalfa, Ils attendirent pour en déboucher la réussite de^ opérations militaires dans la Palestine méridionale (5), L'or anglais leur avait d'avance assuré, dans le pays d'Edom, la coopération de l'importante tribu des Howaitàt, A 'Aqaba débarquèrent bientôt des volontaires syriens, anciens soldats turcs. Des mitrailleurs franco-anglais accoururent de la Philistée que les soldats.
(1) Nœiul (lo3 voies ferrées palestinienties ; voir p. 221.
(2) L. Voa :^ander3, op. et., 2PT, ,'J03, 307, 326, .•'>34, 340.
(3) Cf. plus haut p. 227.
(4) Cf. Curv, p, 60 ete.
(5) Voir plus haut p. 22.'^.
d'Allenby venaient de conquérir.
Ainsi encadrés, abondamment pourvus de munitions, Bédouins de Syrie et du Hidjàz allèrent camper à Wâdi Moùsà, sur l'emplacement de l'ancienne Pétra. Faisal vint y distribuer les cadeaux et les armes des Alliés. Après la chute de Oaza, lès Anglais expulsèrent les postes turcs, à l'Ouest de la dépression Al-'Araba, et occupèrent la région jusqu'à Fainàn, où l'émir transféra aussitôt son camp. Pour l'initiative des opérations, il s'en déchargea invariablement sur ses auxiliaires européens, principalement le coi^ingent français du capitaine Pisani. C'est grâce à leur intervention qu'il fut possible, à la fin de Décembre 1917, de s'emparer de. la ville de Tafîla, au Nord de Ma'àn.
Leurs prouesses. Ancien colonial, spécialisé dans les affaires d'Arabie, M. G. Wyman Bury a suiyi toutes les opérations de la marine anglaise dans la Mer Rouge. Très pré- A'enu en faveur de l'émir Faisal, qui lui paraît « sans contredit un prince éclairé », cet observateur indépendant et bien placé déclare que pour les « Bédouins du Hidjàz, il a été dit et écrit une grande quantité d'absurdités, à propos de leurs prouesses et de leur irrésistible valeur. En réalité, ils ont accompagné le contingent égyptien (1), comme le chacal, assure-t-on, suit à la piste le lion pour recueillir les débris de sa chasse... Utilisables seulement dans une guerre de guérilla, quand ils étaient commandés par des officiers britanniques (2). Leurs instincts ataviques les poussent à dépouiller les faibles comme à fuir les risques d'une lutte incertaine. Leurs propres chefs ne les connaissent que trop et voilà
( 1 ) Eq réalité anglo-égyptieu ; il était composé de volontaires fournis par les troupes anglaises d'Egypte. Voir, au chap. XX, le paragraphe : La colonne molnle de Tram Jordanie.
t(2) Ou français, voir p.. 281.