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LA DÉLIVRANCE

L Ex Palestine.

L3, victoire doSarona(l). «Le malin du 19 Septembre,vers les 3 heures, l'artillerie anglaise ouvrit un feu d'enfer sur tout le front ennemi, depuis la côte jusqu'aux montagnes. A l'aube, de puissantes escadrilles, volant très bas, apparurent au-dessus des quartiers-généraux ainsi que sur la station téléphonique centrale de 'Afoùla, les bombardèrent et coupèrent une partie des communications téléphoniques ». Vers 7 heures, le front turc était percé le long de la côte. Des masses de cavalerie anglaise galopaient dans la direction du Nord et de la plaine d'Esdrelon.

La division qui défendait le secteur maritime « n'attendit pas même l'attaque de l'infanterie pour se débander. Elle fut imitée par les autres divisions postées à l'aile gauche ». A midi, les Anglais, maîtres de Toulkarm, menaçaient la position de Naplouse. Ce fut, dès lors, dans la VHP armée un

(1) O-i do Toulkarm, comme on Tappelle encore. C'était le nom du quartier-général de la VIIl» arméa, station de la voie ferrée communiquant avec Naplouse et 'Afoùla.

i.A i)i;i.i\ man<:e XV.)

saiive-ciui-peul i^éiicral. Les roules étaient encombrées tle luyards que bombardaient à i'aible hauteur les avions. Seuls, les contingents allemands, postés entre les divisions turques, ou employés aux services de l'aviation, de la télégraphie sans fil. de la téléphonie et des chemins de fer, ensuite les régiments de la VII*^ armée opérèrent leur retraite en ordre, dans la nuit du 20 Septembre (1).

Participation du détachement français. Quoi(iue réduit à la moitié de son elVectil jiar les maladies, ce détachement (2) prit une i)art active à la victoire. Il occupait à llàfàt, sur le versant maritime du plateau samaritain, un secteur particulièrement délicat de la ligne de Ixataille. (tétait au point de pivot- de la manœuvre générale, entre la partie du front qui devait s'ébranler vers le Nord pour se rabalre vers l'Est et celle qui, restant immobile, se bornerait à fixer l'ennemi. En face des Français, se trouvaient trois bataillonJi allemands, qui formaient le plus solide noyau de la résistance turque. Retranchés sur la hauteur, ils disposaient de nombreuses mitrailleuses. Ils s'y défendirent jusqu'au soir. A la chute du jour, le l'eu de larlillcrie ennemie, ({ui avait faibli d'abord, reprit soudain, <iccompagné de rafales de mitrailleuses. Elles masquaient la retraite qui eut lieu — on la vu — à la- faveur de la nuit.

En cette journée du 19, les Français capturèrent 1.800 prisonniers et 17 canons. Le 21, leur cavalerie pénétra à Xaplouse, sabre au clair. Le lendemain, ils ramassèrent à Djinin (S.OOO nouveaux prisonniers. Les légionnaires orientaux (3) avaient tenu courageusement sous le feu qu'ils subissaient pour la première lois. Le détachement, ne devant

(1) L. Von Sandors, oj>. cit., 346-353.

(2) Voir plus haut p. 220.

(3) Voir la p. 220.

pas participer avec les Anglais à la poursuite de renneiiri, ne quittera la Samarieque pour marcher vers Bej^outh. La coopération française ne fut pas moins effective en Transjordanie ; nous le verrons l)ientôt.

Délivrance de la Palestine. La poui-suite n'avait pastraîné. D'une traite, la cavalerie anglaise franchit l'énorme distance, séparant du front de bataille la plaine d'Esdrelon. Son avance avait été si soudaine qu'elle ne laissa pas aux Turco-Allemands le temps d'occuper en force le défilé de Ladjdjoùn. Les soldats qui essayèrent de défendre l'entrée de la plaine furent dispersés ou faits prisonniers. Au matin du 20 Septembre, les cavaliers d'Allenby pénétrant dans Nazareth surprirent, au saut du lit, les officiers de l'entourage de Liman Von Sanders. Trop peu nombreux, ils ne fermèrent pas la sortie de Nazareth vers Tibériade. C'est par cette issue que s'évada le généralissime allemand. Depuis la rupture des communications téléphoniques- (1), il ignore encore la déconfiture de la VIIL' armée.

Il apprit à Tibériade que la VIL armée, en retraite par Djinîn et Baisàn, se voyait menacée d'encerclement. En cette même journée, à la suite de la débâcle palestinienne, les Turcs de Ma 'an qui, depuis un an, tenaient en échec l'émir Faisal (2), reçurent l'ordre de regagner Damas par la voie ferrée du Hidjâz, avant qu'elle ne fût complètement coupée. Le 23 Septembre, la VIP armée et les débris de la VIIL' réussirent à passer le Jourdain. Le 24, les derniers Turcs évacuèrent la Palestine, après quatre siècles de domination que leurs alliés germains comptent parmi « les plus tristes de l'histoire sj'rienne » {3). A cette date, ils laissaient, sur le terrain, des

(1) Voir p. 239.

(2) Voir p. 236.

(3) Voir E. Banse, cité plus haut p. 60.

LA DKLtVUANC.K 241

milliers de morts et entre les mains des vaiiuiueurs jr).()()0 prisonniers, 2G5 canons et nn énorme butin de j^uerre.

La colonne mobile de TransJordanie formée, on l'a Ml (1 ), à la lin d'Août, avait comme ohjeetii" de coopérer à la vi<"toire de Sarona, en menaçant la retraite des 'i'urcs au-delà du .lourdain. Le gros de la colonne se composait de 100 Paleslino-syriens, sous les ordres d'un Ragdadien, le colonel Xoùrî-bey, chef d'état-major des troupes cliérifiennes, assisté j)ar le colonel anglais Lawrence. Les Anglais leur adjoignirent une com'jiagnie de 65 Egyptiens et Gurkas avec quatre auto-mitrailleuses. Le détachement français, sous le commandement du capitaine Pisani (2), comprenait une batterie de ().") de montagne, un peloton de mitrailleuses, deux équipes de fusils mitrailleurs, enfin une équipe du génie ; en tout 140 hommes, (^ette petite force forma, avec le détachement indoégyptien, le centre et l'armature de la colonne chérifienne qui allait jouer un rôle de premier ordre, pendant la dernière semaine de Septembre.

Son activité commença le 10 et le 17 (3) de ce mois, quand elle fit sauter les viaducs de la voie ferrée, au Nord de Dar'a. L'opération terminée, le détachement Pisani se porta à l'Ouest sur Mozairib. La gare est prise, le matériel incendié, des Turcs sont capturés. Un grand viaduc est ensuite dynamité sur la ligne de Dar'a à Caifî'a, principale artère de communication avec la Palestine. Puis on revient vers le Sud pour achever l'œuvre de destruction. Les contingents allemands, encore nombreux dans la légion de Dar'a, n'essaient pas d'entraver ces opérations.

Le 19 pourtant, la colonne fut inquiétée par un renfort d'artillerie ennemie, arrivé pendant la nuit et par l'apparition

(1) Comp. p. 235.

(2) Voir p. 232.

(3) Voir p. 235.

d'avions. La débandade se met parmi les Chériliens deXoûribey que les ofïiciers européens rallient à grand peine. Le 24 Septembre seulement, ils ont connaissance de la victoire de Sarona, de l'anéantissement des Turcs de Palestine. Mais ils apprennent en même temps que les forces ennemies, qui occupent la TransJordanie au Sud de 'Amman (1), se replient ' vers le Nord, en compagnie des troupes qui avaient défendu le passage du Jourdain. Ces divisions appartenaient à la IV*^ armée (centre à Damas). Malgré leur diminution numérique, leur effectif les rend très redoutables pour la petite colonne qui opère sur le chemin de leur retraite, sous la menace d'être attaquée dans le dos par un régiment de cavalerie, stationné à Dar'a, et par les divisions de la YIP armée (2), qui remontaient par la voie ferrée dans la vallée du Yarmoùk.

Prise de Dar'a. Le 26, elle se trouva tout-à-coup en face de 8.000 Turcs, dont trois régiments de cavalerie, marchant en bon ordre vers Damas. Le danger d'être submergé par cette masse devenait imminent. Les sections françaises de 65 sauvèrent alors la situation. Leur feu dispersa les fantassins, les autocamions du convoi turc. H mit l'e désordre dans les rangs de la cavalerie, qui esquissait un mouvement tournant. Les efforts de L. Von Sanders et des officiers supérieurs n'avaient pu relever le moral de l'ennemi. L'imperfection de son service de renseignements (3) lui lit évaluer à 15.000 . hommes une colonne qui n'en a jamais compté plus de LOOO dont à i^eine 600 réguliers. Il s'imagina avoir affaire à toute l'avant-garde d'Allenby dont la poursuite le talonnait, de- ■puis la plaine de Sarona. Le 28 Septembre, après douze jours d'opérations dans la TransJordanie, la petite force ralliait, près de Dar'a, la cavalerie britannique de Palestine. Ensem-

(1) Voir plus haut p. 23ô.

(2) Voir p. 240.

(3). Par avions ; voir p. 234.

LA nKI.IVUANCK 2 Hî

ble ils pciK'lrèreiit à Dura cl y capturèrent 2. OUO prisonniers. « (Contre une grosse somme d'or, les Druses du Hauràn s'engagèrent à ne pas in(juictcr la retraite tunjuc ; ils tinrent i)arole >^ (1).

La part des Chérifiens. Ainsi la colonne qui, par lalta- ({ue de flanc en TransJordanie, précipita la dislocation des forces turques de Palestine et la chute de Damas, n'eut de chérifien que le nom. Dans les rangs des hommes qui la composèrent — volontaires syro-palesliniens ou anciens soldats des provinces arabes — on ne compta pas une dizaine d'authentiques Hidjàziens. Les rares Bédouins de l'Arabie septentrionale, (jui avaient suivi jusqu'en Syrie le chérif Faisal, demeurèrent au pays d'Edom avec l'émir, loin de la ligne de feu. Ils ne s'aventurèrent pas même à poursuivre les Turcs en retraite, lorsqu'après la débâcle de Palestine, menacés d'être coupés de leurs communications avec Damas, ils se décidèrent à évacuer Ma'àn (2). Le raid audacieux qui aboutit à la rupture du nœud de voies ferrées à Dara fut, par ses chefs et ses éléments vraiment actifs, l'œuvre d'une collaboration franco-britannique.

Piien n'autorise donc à parler de sang arabe, versé pour la délivrance de la Syrie. L'inactivité, l'incapacité militaires de Faisal et des Bédouins n'ont fait que gêner la diplomatie anglaise, désireuse de leur fournir des droits à l'occupation d'un pays qu'elle s'était engagée à leur réserver, à défaut de titres {{ue l'histoire (3) leur a refusés.

Inanité de leurs îprétentions. ("est donc à bon droit que, le 10 .Tanvier 1919, les comités syriens d'Egypte, d'Americjue et d'Australie réclameront « la séparation complète de

(1) L. Vou Sanders, p. 3T0.

(2) Voir p.. 240.

(o) Cf. vol. I, p. 7 etc.

la question syrienne et de la question arabe, parée que la Syrie, quoique aujourd'hui de langue arabe, n'est point de race arabe » et que sur ce point ils en appelleront « à l'histoire et à la conscience des savants ». Ces protestations n'empêcheront pas l'émir Faisal de rappeler sans cesse « ses cinq (?) années de durs combats pour l'indépendance syrienne ». Il voulait oublier que, jusqu'en Juin 1916, il était resté dans le camp turc (1). Il en arrivera même à menacer de« son glaive » les Alliés victorieux.

« Dans ces derniers temps, assure l'Anglais Bury (2), le Hidjàza été trop mis en vedette. L'opinion mal informée ou induite en erreur lui a attribué, dans les affaires d'Arabie et de Syrie, une part supérieure au rôle qu'il a joué, pouvait jouer ou qu'il eût été désirable de lui voir jouer. Ce jeune royaume aura trop à travailler à sa propre régénération pour lui permettre d'assumer de nouvelles responsabilités... d'assurer enfin la' sécurité et le bien-être d'une population plus civilisée, dans un pays surtout où il existe de grandes communautés non-musulmanes ». Si nous concédons à M. Bury que l'émir Faisal peut être « un esprit éclairé », nous ajouterons avec lui « qu'une hirondelle ne fait i>as le printemps » (3). Soh lamentable échec à Damas en fournira la preuve.

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