I.A DKI.FVHAXCE
pela « le ironl de Tibériade ». Elle contournait, depuis Sainakh, à la pointe Sùd-Est du lac de Tibériade, la rive occidentale du lac pour aboutir au lac de Hoùla. « J'eus a-lors la preuve, écrit le généralissime allemand (1), combien peu à Constantinople on se rendait comiile de la situation. Je fus télégraplii(iuement invité à fixer un prix pour une course de sacs qui devait avoir lieu le (S Octobre dans la Capitale ». Entre le 21 et le 23 Septembre, la cavalerie anglaise ramassa <les milliers de prisonniers. « Les soldats couraient se rendre en troupe, dès que retentissait un coup de feu ou qu'apparaissait un avion » (2). Le 24 Septembre, la prise de Samakh entraîna l'évacuation de Tibériade.
C'est alors qu'on décida la formation du « front de Rayà([ », destiné à barrer la plaine de la Bqà'. If commençait à 'Ain Saufar (Liban), passait par Qdbbeliàs, Chtaura, Ta'nàil, -Aindjarr, pour aboutir à Zabdàni (x\ntifiban). Moustafà Kamàf-pacha (3) en prit le commandement.
L'évacuation de Damas, où fa station de Qadam, terminus de fa figue du 14idjàz, était en flammes, avait commencé, fe 30 Octofjre.Rien ne s'opposait pfus à son occupation par fes Affiés. Les An^iais résofurent de fa retarder, pour faisser à f'émir Faisaf — demeuré à f'abri dans fa région de Ma'àn (4) jusqu'à fa date du 28 Septembre — fe temps de franchir fa TransJordanie,, où aucun ennemi ne fui disputait pfus fe passage. Quant aux troupes turques, évacuées sur Rayàq, effes ne songeaient qu'à se dérober à de nouveaux combats et à poursuivre feur retraite vers le Nord. En traversant Damas, dans fa nuit du 30-31 Octobre, fe régiment allejuand 14(3 et les autres contingents allemands durent essuyer
(1) Op. fit., .364.
(2) L. ^'on Sanders.
(3) Voir plus haut pp. 2.34.
(4) Voir pp. 2:52, 236.
les coups de feu de la population hostile et prirent la direction de Homs.
Sur le front de Raiàq, parmi les soldats arabes, des compagnies entières désertaient, parfois « avec leurs officiers ». Il fut abandonné, le 2 Octobre, après qu'on eût dynamité les installations de la gare et livré aux flammes les provisions et les munitions des dépôts qui ne purent être emportées. La veille, les Alliés étaient entrés îj Damas (1).
Les Chérifiens à Beyrouth. Ce même jour, 1 ()ctol)re, les Turcs évacuèrent les villes de la côte libanaise. Le lendemain, les partisans chérifiens de Damas télégraphièrent à la municipalité de Beyrouth de hisser le pavillon du Hidjàz. On voulait mettre l'Europe en présence du fait accompli. Le 7 Octobre, le contre-amiral Varney, commandant la station navale française du Levailt, entrait en rade de Beyrouth aux acclamations de joie des habitants. Saidà fut occupée, le même jour. Le 8 Octobre, arrivèrent le commandant du détachement français de Palestine (2) ainsi que l'état-major du 2L' corps d'armée britannique. Le Chérifien Choukri Ayyoûbi, ancien colonel turc, les y avait précédés. Accouru au grand galop de Damas, à la tête de quelques cavaliers, il s'était installé au sérail. Les autorités militaires anglo-françaises lui intimèrent l'ordre de regagner Damas, Le colonel de Piépape est nommé gouverneur de Beyrouth et entreprend aussitôt la réorganisation et la pacification du pays libanais (V. p. 251). y
Dans l'Est de la Syrie. Rien n'eût été plus aisé de gagner de vitesse, dans leur retraite vers le Nord et de prendre entre deux feux les débris de l'armée turque, La route de Damas à Homs demeurait ouverte à la cavalerie,^ aux autos
(1) L. Von Sanders. 380 etc.
(2) Colonel de Piépape.
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l)lMulées (le rariiiée i)rilanni(|ue. A partir du iîO Soj)leml)re, la poursuite s'arrêta bruscjueineut. On voulut, seinhle-l-il, laisser le champ libre aux Chéritiens, leur céder les honneurs d'une conquête que l'adversaire se trouvait hors d'état de leur disputer sérieusement. C'est le 9 Octobre seulement que les Anglais parurent à Zaiilé et le 11, à Balbek, A cette date, le nombre des prisonniers atteignait déjà 70.01)0. (Vest à peine si, avec les contingents fournis par la II'' armée, celle d'Alep (1), les Turcs pourront encore mettre en ligne l.l.OOO fusils.
Les Syriens contre les Turcs. \'oyaut.la partie irrémédiableiîient perdue, L. Von Sanders et Mbustafà Kamàl ne songent plus qu'à se rapprocher de l'Anatolie. « Partout au Sud d'Alep, atteste le généralissime allemand (2), l'opinion publi(jue se montrait hostile aux Turcs ». C'est avec un sentiment de soulagement que les populations syriennes les voient partir et à leur suite les fonctionnaires turcs. Les soldats et olficiers syriens n'ont pas attendu cette date pour regagner leurs foyers (?*). Tout le paj's, a témoigné Liman Von Sanders (4), réclamait l'intervention de l'Europe, qui seule pouvait lui assurer l'ordre et la légalité. Il demandait spontanément /(• mandat, avant même de connaître les formules wilsonniennes. Ces dispositions ne dataient pas d'hier. Ibn Djobair les a signalées chez les musulmans syriens, au temps des Croisades. Au 16" siècle, cinquante ans à peine après la conquête turque, leurs descendants musulmans aspiraient eux aussi à vivre « sous la tutelle juste et humanitaire d'un
(1) Chargée dedéfondro la vallée de rKuphrate contre l'avauce des Anglais de Mésopotaïaîe.
(2) Op. at., 391.
(3) Voir plus haut, p. 246.
M) Ojy. rit., 297. Le texte a été cité plus haut p. 220.
248 CHAPITKE XX
gouvernement chrétien » (1).
A la date du 12 Octobre, les marins français débarquèrent à Tripoli. Le 17, des vaisseaux alliés bombardèrent lesouvrages militaires d'Alexandrette que les Turcs ne rendront qu'après l'armistice. Dès le 5 Octobre, le gouvernement ottoman s'était associé à la démarche de l'Allemagne pour ouvrir les négociations de paix. Le 14 suivant, il demanda pour son propre compte une suspension d'armes. Rien ne semblait s'opposer à la conclusion d'un armistice. Mais Londres ne manifesta aucun empressement à négocier. On réservait à F'aisal le temps de brandir « l'épée» que, pendant deux ans, il avait laissé au fourreau et à ses Bédouins l'occasion de rem-' porter un succès militaire qui pût justifier leur mainmise sur les plus riches régions de la Syrie.
Bataille d'Alep. La réalisation de ce plan supposait l'existence d'une armée arabe. La colonne mobile de Transjordanie (2), qui avait très improprement porté le nom de chérifienne, se trouvait réduite à quelques centaines de volontaires par le départ de son élément le plus actif, le détachement Pisani.
Le 14 Octobre, les Turcs évacuent Homs e.t, trois jours après, Hamà pour se concentrer autour d'Alep et y attendre la conclusion de l'armistice. La Turquie était aux pieds des- Alliés. Faisal et ses conseillers anglais jugèrent le moment venu de triompher sans péril d'une poignée d'hommes, épuisés par quatre années de privations et de durs combats. A Damas, les Chérifiens réussissent à enrôler quelques centaines de déserteurs de l'armée turque. On achète, à prix d'or, la coopération des Bédouins du désert de Syrie qu'allèche l'espoir de piller les riches bazars d'Alep. Les Anglais leur
(1) Voir vol. I, 251 ; vol. II, 63. (8) Voir p. 241,
LA DKLIVKAXCK 249
nssurenl ra[)pui de leur avlillerie de campagne.
Le 2.') Octoljre, « s'engagèrent, au Sud d'Alep, une série de combats sérieux, les premiers, depuis la débâcle de l*alesline, qui aient dépassé les proportions d'escarmoucbes d'arrière-garde. Les Turcs lirent bonne contenance n. Les Bédouins réussirent à pénétrer dans Alep, mais ne purent s'y maintenir, malgré l'aide prêtée par des citadins, partisans des Cbériliens. Les Turcs préférèrent pourtant évacuer la ville et allèrent s'établir au Nord-Est d'Alep. C'est dans cette position que, les jours suivants, ils repoussèrent tous les assauts des Chériiïens et que « vint les surprendre, le 31 Octobre, la nou- ^elle de la conclusion d'un armistice ». Le généralissime allemand leur rend l'iiommage d'avoir « en ces derniers coml)ats tenu liant l'honneur militaire » (1).
Les Turcs évaci\ent la Syrie. La veille, il avait résigné à Moustatà Kamàl le commandement suprême. L'évacuation des troupes turques de Syrie eut lieu pendant la première semaine de Novembre.
En Arabie, Médine tenait toujours ; sa résistance prolongée jusqu'en Janvier 1919 montre l'impuissance militaire des Hidjàziens, abandonnés à eux-mêmes. C'est également à l'armistice que les Chérifiens devront la possession d'Alep. On voit, en quelle mesure, leur valeur a contribué à la délivrance de la Syrie.
La fin d'un mirage. En achevant son historique de la campagne syro-palestinienne, Liman Von Sanders (2) souligne la mégalomanie de la Jeune-Turquie, prétendant, non seulement tenir tête aux Alliés, mais réaliser son rêve panlouranien. Il avoue aussi les candides illusions entre-
(1) L. Von Sanders, 3'.>6-398.
(2) Op. cit., 4<i7-4<:)8.
tenues en Allemagne sur « la coopération économique et militaire » qu'elle attendait de son alliée ottomane. Ces illnsions rappellent à l'ancien généralissime « les contes des Mille et lue Xuits et les mirages du désert arabe » (1). Illusions et mirages ; riiumiliant armistice signé à Sedan par les Allemands, le 11 Novembre suivant, achèvera de les dissiper.
(1) L. Von Sanders. loc. dt.
Chapitiœ XXI.
LA UÉOUdAXISATlON DE LA SYRIE ET Dr LIBAN.