‹ La SyrieChapitre 8 sur 49 · LK LIBAN · texte numérisé non relu

LK LIBAN

inontrenl, à spéculer sur la lin prochaine du sultanat turc, ('.aïeuls prématurés ; l'événenient devait le montrer. L'expérience faite avec la candidature offîcielle des 'Alamaddîn ( V. p. 89) ne pouvait être encou rageante. Il avait lallu rétfl'^ l)lir les Ma'nides. Plus que jamais les Métoualis des B. Hamàda, installés dans le Haut-Liban, en troublaient le repos par leurs brigandages.

Emigration maronite. C.ette insécurité favorisera le courant démigration maronite, commencée sous les premiers Ma'n, vers les régions druses et enfin vers la Galilée septentrionale ou Bilàd Bichàra. Mieux inspirés, que leurs coreli- ,i;ionnaires du Haut-Liban, les cheikhs métoualis de l'hinterland de Tyr verront sans déplaisir s'installer dans la région de 'Ainibl ces cultivateurs habiles. L'anarchie métoualie lorçera le pacha deTripoli à lui opposer à plusieurs reprises la puissance militaire des émirs du Liban. Pour toutes ces raisons, le Divan, qui avait dû appeler les janissaires de Syrie sur les champs de bataille européens (1), se voyait réduit à compter sur le concours des chefs libanais qu'il se flattait de tenir désormais en main, en essayant une nouvelle famille.

Election des Chiliâb. La principale préoccupation de la Porte était la rentrée, l'augmentation dn tribut ou miri, «d-^^-vi Ji>î^'i . En cette matière, pachas turcs, chefs indigènes se montraient également récalcitrants, vis-à-vis du trésor impérial. Quand il pensait pouvoir compter sur la rentrée des contributions, sans regarder au passé, à la qualité des intermédiaires, moins encore à la légitimité des méthodes, Stamboul jugeait son prestige assuré. On permit donc, contre la promesse d'un tribut annuel, aux notables du Liban, de se réunir en assemblée solennelle à Somqànyya (entre Dairalqamar et Mokhtàra) pour y élire un gouverneur, destiné à

(1) Fort peu en revenaient ; Cf. iîe/«:w/z2,. 89.

succéder aux Ma'n. Les Chihàb, leurs alliés et souvent leurs parents, se trouvaient tout désignés pour recueillir cet héritage politique. L'émir Bachîr, des Chihàb de Rachayya et neveu du précédent gouverneur ma'nide, recueillit les suffrages de l'assemblée.

La Porte semble s'être prononcée pour le principe de l'hérédité. Elle se laissa également influencer par le seul survivant parmi les fils de Fakhraddin, le Ma'nide Hosain, retiré en qualité de chambellan à la Cour de Stamboul. Celle-ci préféra arri?ter son choix sur un autre Chihàb, l'émir Haidar, de la branche des émirs de Hàsbayya. Il ne comptait que 12 ans, mais par sa mère il était petit-fils de l'émir Alimad (1). Bàchîr ne fut pas écarté pour autant, mais il dut se contenter du titre de régent. Cette division du pouvoir ne pouvait déplaire aux milieux gouvernementaux.

Bachîr P^ se montra le fidèle allié des pachas de Saidà (v. p. 60) et de Tripoli dans leurs démêlés avec les Métoualis du B. Bichàra et du Liban septentrional. Après avoir vaincu les premiers, il commit l'imprudence de s'interposer en faveur des Métoualis des régions de Djobail et de Batroûn, ensuite de confirmer, « en leur qualité de Qaisites » dans leurs domaines libanais ceux du Chaqîf et du Toffàli.

A cette occasion il prit comme un de ses représentants, dans la région de Tyr et de Safad mis sous sa dépendance, un autre Qaisite, le cheikh bédouin 'Omar az-Zaidànî, dont le fils, le fameux Dàhir al-'Omar nous occupera plus loin (2). Bachîr mourut en 1706 ; empoisonné, soupçonna-t-on, par les partisans de l'émir Haidar, pressés de le faire sortir de tutelle.

'Aindàra. L'émirat de Haidar fut signalé par la ruine de la faction des Yéménites. Un Druse, du nom de Mahmoud,

(1) Cf. la généalogie des Ma'nides.

(2) Voir chap. XV, l'' section.

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s'était iiisiiuié dans les bonnes grâces dn gouverneur turc de Saidà, en lui })roniettanl une augmentation de tribut, l^ar l'intermédiaire de ce protecteur turc, il obtint le titre de pacha (v. pp. 79-80), et s'en autorisa pour soulever le parti yéménite contre l'émir Haidar, soutenu par les Qaisiles ou Roiujes. Obligé un instant de fuir et de se tenir caché, l'émir (IhihàJj reparut au moment propice. Grâce surtout à la vaillante épée de Hosain Aboùllama', le parti ([aisite remporta un éclatant triom[)he sur la faction hldijclw des Yéménites. Depuis les Tanoùkhites, leurs parents, les émirs de la famille des 'Alamaddin étaient restés les inspirateurs de toutes les intrigues, de toutes les révoltes fomentées par les Yéménites (v. p. 89). Leur race disparut complètement avec ce parti, tous deux enveloppés dans la défaite que leur infligea, en 1711, à 'Aindàra (1), l'émir Haidar. Les Aboùllama' (Bellama'), la principale famille druse féodale du Matn, y gagnèrent leur titre d'émir.

Organisation militaire. Depuis Fakhraddin II, les émirs du Liban n'entretenaient plus de troupes particulières. Les Sokmàn (v. p. 75) coûtaient cher et, à peine moins, les Barbaresques qui s'offraient à les remplacer. La Porte d'ailleurs s'opposait à ces enrôlements. Tout Libanais valide devait se présenter avec ses armes, au premier appel. En 1784, Volney^a vu réunis à Dairalqamar, le troisième jour après la convocation, « quinze mille fusils ». L'uniforme, la division en compagnies sont inconnus. Peu ou point de cavalerie, les émirs et les cheikhs seuls possédant des chevaux. Tous sont d'excellents tireurs.

Turbulents en temps ordinaire, les Druses eux-mêmes se distinguaient à la guerre {)ar leur obéissance aux chefs. Remarquablement sobres, ils résistent alors aux plus dures fatigues. En 1781, le même Volney les vit tenir trois mois la

(1) 'Arqoûb septentrional.

campagne, en plein air, « n'ayant pour fout meuble qu'une peau de mouton », et sans en être autrement incommodés. Privés d'artillerie, ils suppléaient par la valeur individuelle à leur ignorance de l'art de la guerre. Des instructeurs leur en feraient « facilement prendre le goût et ils deviendraient une milice redoutable. Dans les derniers recensements des hommes armés, on en a compté près de 40.000 » (1). Cette organisation militaire subsistera au Liban, pendant tout le IS*" siècle.

Remaniement féodal. Cette journée de 'Aindàra fournit également roccasion d'un remaniement féodal dans la montagne druse. Haidar profita opportunément de sa victoire pour favoriser ses partisans et briser définitivement l'opposition des Yéménites. Le Choùf échut aux Djonblàt, le Matn aux Bellama'. Dans le Gharb, les Areslan de la faction yéménite, principaux propriétaires des riches oliveraies de Chouaifàt, durent s'accommoder d'un partage d'influence et de territoire avec les Qaisites Talhoùq, lesquels recevront la qualification de cheikh. Parmi les principaux fiefs du Nord, signalons celui du Kasrawàn dévolu aux Khàzin, Dans la région du Djobbat Monaitira, les Hamàda (v. p. 67) gardent la haute main, influence dont ils continuent à user sans ménagements. Au sommet de cette organisation féodale, les Chihàb conservaient des droits de suzeraineté sur ces vassaux, remuants et indociles, dont la turbulence retardera l'indépendance du Liban. Ceux-ci devaient, outre le service militaire, assumer leur quote-part dans le tribut global de la Montagne.

Politique des Chihàb. Grâce à leur influence auprès des pachas de Tripoli et de Saidà, chargés de surveiller le Liban, les Chihàb par des prodiges de souplesse arrivèrent graduellement, sinon à unifier la Montagne, du moins à prévenir son

(1) Cf. Volney, Voyage en Syne, I, 464 etc.

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