‹ La Syrie, la Palestine et la JudéeChapitre 4 sur 20 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Aperçu géographique. — résumé historique des événements qui se sont passés en palestine et

EN JUDÉE, DEPUIS l'ENTRÉE DES HÉBREUX DANS LA TERRE DE CHANAAN JUSQU'AUX TEMPS MODERNES.

Notions géographiques. — Races aborigènes. Arrivée des Hébreux dans la terre de Chanaan; conquête de Josué. Division du pays entre les tribus; les juges; les rois, Saûl; David enlève auxJébuséens la forteresse de Jébus ou Jérusalem; Salomon, fondateur du temple ; division du royaume des Juifs en deux états ; les rois de Juda; les rois d'IsraëL Captivité à Babylone; reconstruction du Temple. Alexandre^à Jérusalem. La Judée sous les Ptolémées, sous les Séleucides, sous les Romains. — Le Messie. — Les Hérodes. Siège et prise de Jérusalem par Titus, d'après l'iiistoriea Josèphe. Adrien rebâtit Jérusalem sous le nom d'^lia. — Constantin ; l'impératrice Hélène. — Julien l'Apostat. — Conquête de la Palestine et prise de Jérusalem par Chosroës, roi de Perse ; par le khalife Omar ; par les sultans d'Egypte. — La Terre-Sainte sous les Seldjoucides. — Premières Croisades. Pierre l'Ermite. Godefroide Bouillon. Prise de Jérusalem en 1099. — Les rois latins de Jérusalem. — Conquête de cette ville par Saladin ; suite des Croisades. — L'empereur Frédéric à Jérusalem. — Saint Louis

dans la Terre-Sainte. — État de la Palestine sous les rois latins. — Conquête par les musulmans. — Protection accordée aux saints lieux par les princes de l'Occident. — L'ambassadeur Deshayes à Jérusalem. — Expédition française de 1799. —Guerre du viceroi d'Egypte contre le sultan. — La Palestine retombe sous la domination de la Porte.

Le plus ancien nom de la Palestine est celui de terre de Chanaan, que lui donne la Bible, parce que ses premiers habitants tiraient leur origine de Chanaan, fils de Cham. Cette désignation s'appliquait à la contrée située entre le Jourdain et la Méditerranée, et comprenait aussi la Phénicie et le pays des Philistins. On trouve ce nom de Chanaan sur les monnaies phéniciennes ; et saint Augustin rapporte qu'il était usité, encore de son temps , en Afrique , parmi les paysans des environs de Carthage, qui s'appelaient eux-mêmes Chanani, comme descendants des Phéniciens (1). Avant l'établissement des Hébreux, la Palestine est appelée, dans la sainte Écriture, terre promise ou terre de promission. Depuis l'entrée du peuple de Dieu, elle reçoit les dénominations de pays des Hébreux , pays d'Israël. Après l'exil de Babylone, elle fut nommée terre de Juda, d'où vient le nom de Judée, dont les Romains se servirent les premiers. Le prophète Zaciiarie l'appelle terre Sainte, désignation adoptée par tes auteurs chrétiens, aussi bien que celle de Palestine. Quant à ce dernier nom, qui nous a été transmis par les écrivains grecs, et dont se servent aussi les historiens juifs Josèphe et Philon, il dérive du nom îiébreu Peléscheth (2j. Il ne s'appliquait d'abord qu'au pays des Philistins ou Palestine proprement dite, si-

(1) Histoire de la Palestine, par S. Munr.

(2) Ibid.

tuée le long de la Méditerranée, depuis Gaza, au sud, jusqu'à Lydda, au nord ; mais il s'est étendu (lans la suite à toute la terre des Hébreux, et c'est dans ce sens qu'il a prévalu généralement au moyen âge et dans les temps modernes.

Les limites de la Palestine ont subi beaucoup de variations, et on n'a pas de données certaines pour les déterminer à toutes les époques. En rapprochant divers passages de la Bible, on voit qu'à l'orient le pays des Hébreux s'étendait jusque dans le désert vers l'Euphrate. Sous Salomon, qui bâtit Tadmor (Palmyre), la ville de Tliapsacus, sur l'Euphrate, était le point extrême du royaume, vers le nord-est. Au nord, il aboutissait au territoire de Damas, à l'Anti-Liban et au territoire de Tyr. La limite occidentale était la Méditerranée jusqu'à l'embouchure du torrent d'Egypte, maintenant Wadi-el-Arisch, bien que plusieurs villes aient été longtemps occupées par les Phéniciens, au nord, et par les Philistins, au sud. La limite du midi, partant d'El-Arisch , se dirigeait vers la pointe méridionale de la mer Morte ; mais, à l'est de cette mer et du Jourdain , les possessions des Hébreux ne dépassaient pas, vers le midi, le torrent d'Arnon, maintenant Wadi-moudjeb, qui les séparait du pays des Moabites.

Plusieurs peuples-occupèrent, avant les Hébreux, la contrée dont nous venons d'indiquer la situation. C'est d'abord la race aborigène des Réphaïm, nation composée d'hommes gigantesques, devant lesquels les Hébreux n'étaient que comme des sauterelles , suivant l'expression des livres saints (1). A l'ouest du Jourdain, ce peuple primitif subit, plus de deux mille ans

(1) Deutér., II, 11.

avant Jésus-Christ, l'invasion des Chanaaéens, ou Phéniciens, issus de Chanaan, lils de Cham. Ceux-ci occupaient la plus grande partie du pays , et lui avaient donné leur nom lorsque Abraham y arriva. Des Ciiananéens, étaient descendues plusieurs peuplades, entre autres celle des Jébusécns , établis à Jérusalem, et qui restèrent maîtres de la forteresse de Sion jusqu'au temps de David. Tous ces premiers habitants de la Palestine, livrés à l'idolâtrie, devaient faire place au peuple élu qui avait pour mission de faire connaître le vrai Dieu.

De Sem, fils de Noé, était sorti, à la neuvième génération, le patriarche Tharé, établi dans la ville d'Ur en Chaldée, où il conservait encore.quelquesunes des vérités révélées. Irrité des progrès de l'impiété. Dieu avait résolu de se choisir une race fidèle. Il jeta les yeux sur Abraham, fils de Tiiaré, pour être le père de son peuple. Afin de le tirer des lieux où régnait le culte des idoles, il le fit sortir de la Chaldée. A la soUicitation de son fils, Tharé quitta donc la ville d'Ur et s'avança jusqu'à lîaran, où il mourut. Ce fut dans cette ville que Dieu apparut à Abraham, et lui dit : « Sors de ton pays, quitte ta famille et la » maison de ton père, et viens en la terre que je ti' » montrerai. Je te rendrai le père d'un grand peuple, » et toutes les nations de la terre seront bénies en » toi. »

Abraham sortit donc de la Chaldée (2000 ans environ avant notre ère) à la tête des nombreux serviteurs qui conduisaient ses troupeaux, la seule richesse du patriarche. Son neveu Loth l'accompagnait. Après avoir traversé l'Euphrate et le désert de Syrie, il entra par Sichem, dans la terre de Chanaan, où il erra longtemps. Une fois, la disette le força d'aller acheter du

blé dans la fertile Egypte. Une autre fois, il vainquit avec ses serviteurs, y.iès de Damas, la troupe d'un roi des Élamites qui emnit-nait Lolh prisonnier. Il fut témoin de la catastrophe qui ruina Sodome et Oomoirhe et forma le lac Aspliallile (mer Morte). Après um^ longue et pieuse carrière, durant laquelle il avait alTermi les siens dans la croyance au vrai Dieu qui rendrait sa postérité nombreuse et puissante, Abraham mourut (19oo avant J.-C.) et fut inhumé dans le ciiainp d'ilébron. Son héri^ge passa à son fils Isaac, qui continua sa vie nomade et ses saints enseignements. Jacob, qu'on appela aussi Israël, imita son père et son aïeul. Il avait douze fils, qui devinrent les chefs des douze tribus entre lesquelles le peuple israèlile resta divisé. De ces douze fils, un dos plus. jeunes, Joseph, était odieux à ses frères, jaloux de la préférence que son j)èro lui témoignait. Ils le vendirent comme esclave à des marchands qui allaient en Egypte. La basse et la moyenne Egypte appartenaient alors aux rois pasteurs, de même race peut-être que les descendants d'Abrrham. L'escla^e hébreu y fut bien accueilli, et, à force de sagesse et d'habileté, il s'éleva aux premiers honneurs, et devint ministre du roi Pharaon. Une année que ses frères, pressés par la discLLe, étaient venus acheter du blé à Memphis, il se déojuvrit à eux, appela auprès de lui son père, et établit sa famille dans la terre de Gessen, entre le Nil et la mer Rouge (1900 ans a\ant J.-C).

Les Hébreux demeurèrent 430 ans en Egypte. Au tout de ce temps, ils formaient une grande nation comptant six cent mille hommes en état de combattre. Moïse, que Dieu avait fait naître pour tirer ce peuple de la servitude et lui donner sa loi, sort d'Egypte avec les enfants d'Israël (1470) ; et, après avoir erré avec eux pendant quarante ans dans le désert* les conduit jusque

sur la frontière du pays des Chananéens, en vue de laquelle il meurt sur le mont Nébo (li30 avant J.-C).

Il était réservé à Josuô, successeur de Moïse comme jufte d'Israël, d'introduire les Hébreux dans la terre promise. Alors les eaux du Jourdain se divisent pour laisser passer le peuple de Dieu, et un autel de douze pierres, élevé par les douze tribus, marque le lieu où s'est opéré ce prodige. Il est bientôt suivi de la prise de Jéricbo et de celle de Haï. C'est ainsi que commence la guerre d'extermination décrétée par l'Éternel contre cette race de Chanaan, réprouvée pour ses abominations et son idolâtrie. L'idée du vrai Dieu s'y était tellement confondue avec celle de la matière, qu'on y adorait jusqu'aux animaux les plus vils. Tout était Dieu, dit Bossuet, excepté Dieu même. C'est apparemment pour éviter Ls conséquences d'un si funeste voisinage, autant que pour châtier ces peuples pervers, que le Seigneur avait ordonné aux enfants d'Israël de les détruire entièrement. Cet ordre ne fut pas toujours exécuté à la rigueur, et les Israélites se contentèrent de rendre tributaires quelques-unes de ces nations , telles que les Phéniciens et les Philistins, après avoir cependant tiré de la plupart d'entre elles le châtiment qu'elles avaient mérité.

Effrayés du progrès de leurs armes, les Gabaonites surprirent la bonne foi de Josué en venant solliciter son alliance. Esclave de sa parole, il la tint lidèlement, quoiqu'elle eût été surprise par la ruse, et il défendit ces nouveaux alliés contre cinq rois ciiananéens, ligués contre eux. Celaient Adonisédech, roi de Jérusalem; Élam, roi d'IIébron ; Phédon, roi de Jérimolh ; Jephté, roi de Lachis, et Dabin, roi d'Odollam. Josué les surprit, les rejeta en désordre sur la route qui monte vers Oiomin, et les tailla en pièces entre Azéca et Masséda.

C'est dans cette lutte célèbre que le vainqueur, parlant selon le langage et les connaissances de son temps, arrêta la marche du jour et commanda à la lumière de lui laisser le temps d'achever la défaite de ses ennemis. Pas un n'échappa, et les cinq rois, réfugiés dans une caverne, en furent tirés et mis à mort.

Josué combattit ensuite les peuplades qui se trouvaient vers le nord de la Palestine. A leur tête était Jabin, roi d'Azor, la plus puissante cité du pays de Chanaan ; leurs troupes campaient auprès des eaux de Mérom; Josué les battit, tua leurs rois, pilla leurs villes et soumit presque tout le pays des Philistins. Les Jébuséens conservèrent leur ville, Jébus (depuis Jérusalem), dont il était réservé à David de faire la conquête. Quelques peuplades, retranchées dans les montagnes, gardèrent aussi leur indépendance, comme les Chananéens de Gazer, Bethsan, Dor, Mageddo, Mapheta, Jezraël, les Phéniciens de Tyr et de Sidon, et une partie des Philistins de la côte du sud-ouest. L'exemple et l'influence de ces dangereux voisins devait entraîner souvent à l'idolâtrie la fragile nation qui s'était prosternée devant le veau d'or, malgré les merveilles toutes récentes qui avaient accompagné sa sortie de l'Egypte.

La conquête de la terre promise étant ainsi terminée, Josué rassembla les anciens du peuple et procéda au partage des terres entre les douze tribus. Moïse avait déjà assigné aux tribus de Ruben et de Gad et à la demi-tribu de Manassé, les terres à l'Orient du Jourdain. Josué partagea à deux reprises différentes le pays de Chanaan aux autres tribus. D'abord il fit la part des plus puissantes : Juda, Éphraim et ce qui restait de la tribu de Manassé. Ce ne fut que plus tard que les autres prirent leur part, et quelques-unes aux

dépens des premières. Juda céda à Benjamin Jérusalem, que celle Iribu ne sut pas conserver, Kariatli-Jarim et Belliaraba. A Dan, elle donna Aslaol et Accaron, et enfin une porlion de ses terres au sud-ouest aSiméon.

D'après le livre de Josuè, les limites de Juda, au premier partage, étaient : au sud, une ligne courant de rextièmilè méridionale de la mer Morte jusqu'à l'emboucluirc du ruisseau d'Egypte; à l'est, le lac Asplialtite jusqu'à l'embouchure du Jourdain; au nord, une ligne passant au-dessus de la ville de Gélilotli, assise en face du mont Aduramin et de Karialb-Jarim; de là elle tournait à l'ouest, vers le mont Scir, et jiius au sud-ouest, vers Bctlisamès et Thinina, passait au nord d'Accaron, et de là gagnait la Méditerranée, Irontière de l'ouest. Le livre de Josuè cite sur ce territoire vingtneuf villes situées au midi, le long du pays des Édomiles, et parmi elles Cidès ou Kadcs-Barnée, Ilorma, Bersabée, Sicekg ; quaranle-deuxà l'ouest, vers la Méditerranée, et parmi elles Accaron, Gaza ^\. Azolh, qui appartenait aux Philistins; quarante-huit dans les montagnes du centre , dont les plus remarquables étaient Ik'bron, Bethléem ci Jérusalem , habitée paries Jébuséens, qui lui donnaient alors leur nom; enfin, six dans le (Jésert salé , qui s'étend vers l'embouchure du Jourdain, Thecoa, Engaddi, etc.

SiMKON, établi au milieu de Juda, occupa^ entre autres places, Bersabée, Jlorma, Siceleg, Jérimoth, Lachis, Lobna, Maceda, Eglon, Odollam, Dabir, Eter et Arad.

Benjamim, entre Éphraïm et Juda; sa frontière scptenti'ionale partait du Jourdain et passait au nord de Jéricho, de BéUiel, de la basse Bélhoron, et s'arrêlaità Kariatli-Jarim ; de là elle allait rejoindre la frontière de Juda par la vallée des fils d'IIennon, au pied de la mon-

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tagne de Sion, et la suivait jusqu'à l'embouchure du Jourdain. Jéricho, Bélhel, qu'elle ne put enlever aux Chananéens et dont, plus lard, les Éphraïmiles s'emparèrent. Ophra, Gabaa, Gabaon, Rama, Ha, Mas-pha, Galrjala, où Saùl fut définitivement proclamé roi, Machmas, étaient, avec Jébus, ses principales villes.

Dan, à l'ouest de Benjamin et de Juda, depuis Kariath-Jarim jusqu'à Joppé; villes : Esthéal, Zaréa, Accaron, Joppé, Aïalon, Ekron.

Éi'HRAÏM, au nord de Dan et de Benjamin ; sa frontière méridionale partait du Jourdain, courait au nord de Béthel et d'Athaïah, au sud de la basse Béthoron et de Gazer, et de là gngnait la Méditerranée, qui foi'mait sa limite occidentale jusqu'à l'embouchure du Kanah. Le territoire de Manassé lui servait de frontière au nord; villes: Sichem, Galgal, Saron, Gazer, Silo, où l'arche resta longtemps, Béthoron, Rahmath, patrie de Samuel, Pharalon, Samir.

^ Manassé, entre Azer au nord, Issachar à l'est et Ephraim au sud; villes : Dor, qui resta à ses habitants, Mageddo, Thénach, Thersa, Endor, où Saùl consulta la pylhonisse, Thébès, où périt Abimélech, Éphra,'^ patrie de Gédéon; plus tard, Samarie fut bâtie sur son territoire, hes Chananéens restèrent longtemps encore maîtres d'Endor et de Bclhsan.

Issachar, du Jourdain au Carmel, avec les villes de Jezraël, théâti-e de la victoire de GcJéon, Hapharaïm, Sunam, non loin des monts Gelboé, où périt Saùl, Aphec, Dabrath.

Azer, entre Sidon et le Carmel; mais Acco, Achsib, Tyr et Sidon, restèrent à leurs anciens habitants; villes : Rohob, Helcath, Achsaph, près d'Achsib.

Zabulon, du lac de Génézareth au Carmel. Le Thabor et Dabrath le séparaient d'Issachar, Capharnaïm,

de Nephlali; villes : S^meron, Jachanam, BéthuHe, patrie de Judith, Cana, Gath-Hepher, patrie de Jonas, et Abel-Beth-Maacha. Plus tard on trouve sur ce territoire Tibériade, Sepphoris et Nazareth.

Nepiitali, depuis Capharnaiim jusqu'aux sources du Jourdain; villes : Dan, nommé Laïs avant que des hommes de Dan n'en eussent fait la conquête; Madon, prise et brûlée par ]osué ; Azor, capitale de Jabin; Cédés, non loin de la vallée de Sennim, oïi périt Sisara; Mérom, près du lac de ce nom, dont la rive occidentale fut le théâtre d'une victoire de Josué sur les rois confédérés du nord delà Palestine. Juda possédait, sur la rive gauche du Jourdain,. la fertile plaine deMédan, comme ancien patrimoine de Jacob.

Quant aux tribus établies à l'est du Jourdain, Ma- NASSÉ avait pour villes principales Astaroth, Adraï, où fut vaincu Og, roi de Basan; Canath, où Gédéon défit deux rois madianiles; Gaulon, Bazra et Jabès- Galaad; Gad, Mandim, Sucoth, PhanueL et Maspha, résidence de Jephté; Ruben, Adom, près des lieux où les Israélites passèrent le Jourdain, Hésébon, Cariathdim, Bozor et Jazer, où Séhon fut battu.

La tribu de Lévi n'obtint point de propriété, parce qu'elle recevait la dîme de tous les fruits de la terre. On lui assigna seulement pour demeure quarante-huit villes disséminées dans le territoire des diverses tribus.

L'on désigna encore six villes de refuge, asiles inviolables où tout homme, soit Hébreu, soit étranger, coupable d'un meurtre involontaire, pouvait se retirer jusqu'à la mort du grand prêtre, et retourner ensuite dans sa famille sans être plus inquiété. Ces villes étaient : Hébron en Juda, Cédés en Nephtali, Gaulon et Bazra dans Manassé oriental, Ramoth-Galaad dans Gad, et Bosor dans Ruben. Ainsi, de ces six villes,

quatre avaient été prudemment placées au loin à l'orient du Jourdain, et les deux autres à l'extrémité de la Palestine, dans Juda et Nephlali.

Au sud-ouest de la Palestine, les Philistins conservèrent Gath, Accaron, Azoth, Ascalon et Gaza; au sud, habitaient les Amalécites, descendants d'Amalec, tils d'Ésaù, qui, vaincus une première fois par Josué, furent presque exterminés par Saûl, et les Édomites ou Iduméens, descendants d'Ésaù ; au sud-est, les Madianites, issus de Madian, lils d'Abraham et de Cé- Ihura, et qui, malgré la défaite que Moise leur fit éprouver, devinrent assez puissants pour asservir les Israélites jusqu'à ce que Gédéon brisât leur joug; à l'est, les MoABiTEs, issus de l'aînée des filles de Loth, et dépouillés d'une partie de leurs terres par les Amorrhéens; enfin les Ammonites, descendus de l'autre fille de Loth. Quant aux Ismaélites, ou descendants d'Ismaël, leurs douze tribus erraient dans les déserts qui s'étendent à l'orient de la Palestine, et peuplèrent une partie de l'Arabie. Les plus connus d'entre eux sont les Nabathéens, qui avaient Pétra pour capitale, les Iturée.ns et les Cidaréniens.

A la mort de Josué, les enfants d'Israël furent gouvernés pendant quelque temps par un conseil des anciens composé de soixante-dix membres, et qui réglait les alTaires générales. Les douze tribus formèrent alors une sorte d'État fédératif dont le chef était le grand prêtre. Sous ce gouvernement, qui manquait de force, les Hébreux ne purent achever que lentement la conquête commencée avec tant d'éclat par Josué. Cependant, tant que vécut la génération témoin des merveilles opérées par le Seigneur, le peuple demeura fidèle à ses devoirs.

« Quand Josué fut mort, dit le livre des Juges, les

enfants d'Israël dirent au Seigneur : « Qui marchera » à notre t(He pour combattre les Chananéens? qui » sera notre chef dans cette guerre? » Dieu, qui voulait de libres hommages refusa, pour éprouver son peuple, de lui donner un chef militaire, cl, le laissant à lui-même sous l'inspiration de sa foi et les conseils du grand prêtre, il répondit : « Juda vous guidera, je » lui ai livré cette terre. » Juda, appelant donc à lui son frèieSiméon, reprit les armes, elles deux tribus envahirent le territoire des Phérôséens et leur tuèrent dix mille hommes. Ils prirent leur roi Adonibézec et lui coupèrent les extrémités des pieds et des mains. « J'ai -ainsi fait, disait le mall^eureux, à soixante-dix » rois, et ils mangeaient sous ma table les miettes qui » en tombaient; comme j'ai traité les autres, Dieu m'a » traité. »

La génération suivante oublia le Seigneur, et se laissa enliaîner au culte de Baal par l'exemple des peu|)les voisins. Pour la punir. Dieu suscita Chusan, roi de Mésopotamie, qui tint Israël en servitude durant huit années. En récompense de leur repentir, les Israélites furent délivrés par Olhoniel, qui les gouverna pendant quarante ans en qualilé de juge. L'histoire de ce peuple n'est qu'une suite continuelle d'égarements et de punitions, de repentir et de miséricorde. Après Olhoniel vient Aod qui remporta la victoire sur Églon, roi de Moab. Jabin, roi de Chanaan, réduit de nouveau le peuple ingrat en servitude, et celte fois, c'est une femme, Débora la prophélesse, qui entreprend de le délivrer. Avec l'aide de Barac, fils d'Abinoem, elle défait Sisara, général de ce roi. « Quarante ans plus tard, Gédéon, victorieux sans combattre, poursuit et abat les Madianites; Abimélech, son fils, usurpe l'autori lé par le meurtre de ses frères, l'exerce

tyranniquement et la perd enfin avec la vie. Jephté ensanglante sa victoire par un sacrifice qui ne peut être excusé, dit Bossuet, que par un ordre secret de Dieu, sur lequel il ne lui a pas plu de nous rien faire connaître. » C'est vers ce temps que se passa la louchante Jiisloire de Rutli la Moabite, qui, par son mariage avec le Juif Booz, devint l'aïeule de David et prit place dans la généalogie du Messie.

Après Jeulité, Abésan, Aialon et Abdon gouvernèrent successivement Israël.

Ensuite vint Samson, l'Hercule d'Israël, et, comme Hercule, faible au milieu de sa force. Sa mort fut encore plus fatale aux Philistins que sa vie. Après lui , l'autorité i-eligieuse et le pouvoir civil se trouvaient réunis dans les mains d'Héli, grand pontife et juge tout à la fois, Héli était au-dessous de cette tâche, et ne sut pas gouverner sa propre famille; ses fils, en dépit des bons exemples qu'ils recevaient de lui, le déshonorèrent. Abandonnés du Seigneur, les Israélites furent défaits par les Philistins et farche sainte enlevée. Samuel fut le dernier juge d'Israël, qu'il fil jouir de la paix, et où il rétablit le zèle des premiers temps. Mais ce peuple inconstant se lassa de la forme de gouvernement établie par Moï?e, et dit à Samuel devenu vieux: « Donnez-nous un roi comme en ont les autres nalions, afin qu'il nous juge et nous commande. »

Le premier de ces rois fut Saùl, jeune homme de la tribu de Benjamin, d'une grande beauté et d'une force remarquable. Samuel le sacra en répandant sur son front l'huile sainte (1096 avant J.-C), et le choix du peuple fut d'abord justifié par la victoire que le jeune roi remporta sur les ennemis d'Israël. Nabal, roi des Ammonites, étant venu mettre le siège devant Jabèsen Galaad, Saiil rassembla, dit le livre des Rois, trois cent

mille guerriers et fondit sur les Ammonites qui furent vaincus. Mais bientôt, agissant contre l'ordre du ïrès- Haut, il méprisa les conseils de Samuel et s'empara des fondions du sacerdoce. Le prophète alors déclara à Saùl que Dieu, en punition de sa faute, lui ôteraitson royaume pour le donner à un homme selon son cœur. La valeur de Jonathas, fils de Saùl, se signala contre les Philistins, et le roi lui-même battit complètement les Amalèciles, mais il épargna leur roi Agag contre les avis du grand prêtre. Alors Samuel lui fit connaître que, puisqu'il avait rejeté les ordres du Seigneur, le Seigneur le rejetait à son tour. Le prophète se rendit à Bethléem où il fit sacrer le dernier des fils de Jessé, David, qui avait déjà montré son courage en défendant son treupeau contre les lions et les ours. Le jeune berger, dont on ne connaissait pas encore la mystérieuse élection, révéla sa valeur par la défaite du géant Goliath, un des restes, peut-être, de la race des Répiiaim, premiers habitants de la Palestine. Cette victoire valut à David une faveur populaire dont Saùl conçut une sombre jalousie. Forcé, pour remplir sa promesse, de donner la main de sa fille au vainqueur de Goliath, il n'en devint pas moins son ennemi. Il éprouvait une mélancolie profonde, dont il ne sortait que pour se livrer à des actes de cruauté. Un jour il veut percer David de sa lance pendant que le sublime poète, par ses chants inspirés et le son mélodieux de sa harpe, cherchait à dissiper ses noires pensées. Plus tard, il poursuit David fugitif et fait périr le grand prêtre Abimélech et quatre-vingt-cinq sacrificateurs qui lui ont donné asile. La forêt de Ilareth, les déserts d'Engaddi et de Pharan servirent tour à tour de refuge à l'élu de Dieu qui finit par désarmer soû ennemi à force de patieace et de générosité.

Cependant les Philistins avaient commencé leurs attaques contre Israël. Saûl, agité de funestes pressentiments, « et, dit l'Écriture, toujours possédé par l'esprit » malin, consulte la sibylle d'flndor, et l'ombre de Sa- » muel invoquée lui annonce sa fin prochaine et celle » de son hls. » Le lendemain, en effet, Saùl et le valeureux Jonathas , gisaient sur le champ de bataille de Gelboë (1056 avant J. C).

David les pleura et les vengea, mais leur mort lui ayant assuré la couronne, il fut reconnu roi par toutes les tribus réunies à Hébron. Au commencement de son règne, qui est l'époque la plus glorieuse de l'histoire juive, il fit disparaître les derniers restes de la puissance des nations chananéennes en enlevant au\ Jébu-" séens, la plus belliqueuse de ces nations , la partie haute de Jébus ou Jérusalem, et la forteresse qu'ils avaient élevée sur la colline de Sion. Il songeait à y bâtir un temple au Très-Haut, et il y fit solennellement transporter l'arche d'alliance, mais il ne put que rassembler les matériaux de ce temple, la gloire de l'élever étant réservée à Salomon, son fils. David fixa désormais sa demeure sur la montagne de Sion et fit de Jérusalem la capitale de son royaume, dont il recula les limites en achevant de vaincre les Philistins, les Moa biles, les Iduméens, et en s'emparant des pays de Sobah, de Damas et d'Émath.

4u milieu de tant de travaux et de conquêtes, David, si fort contre ses ennemis, donna une grande preuve de faiblesse contreses propres passions. On connaît la triste histoire d'L'rieeldeBethsabée, etlapénitenceqni futla suite de ce double crime. La révolte de son fils Absalon mit le comble aux chagrins qui remplirent d'amertume ses dernières années. Après avoir pardonné une première fois, ce malheureux père fut obligé de fuir de-

varrt son fils, et eut à subir les outrages de inéconteTits qui insultaient à sa douleur. Les armées du pure el du fils se trouvèrent en présence dans la forêt d'Éjjhraim, et la mort d'Absalon, tué contre ses ordres, assura à David une triste victoire. La révolte de Benjamite Soba, et les trois jours de peste qui firent périr soixantedix mille Israélites, achevèrent de troubler la vieillesse du saint roi, qui mourut à l'âge de soixante-dix ans, après avoir fait sacrer, suivant l'ordre de Dieu, son fils Salomon, issu de Betiisabéc, au préjudice d'Adonias, so!) aillé (1016 avant J.-C).

« David, dit un liistorien, avait fait beaucoup pour donner à l'état juif une organisalion en rapport avec son nouveau mode de gouvernement. Le régime patriarcal des tribus avait été fort ébranlé par la création, au profit du pouvoir central, de fonctions administratives, judiciaires et militaires, par l'établissement d'une capitale, d'une garde royale et d'une armée permanente, dont un douzième (24,000 hommes) était mis tous les mois sous les armes; enfin par l'étroite association du ciiUe et du gouvern ment. David, en elfet, après avoir établi l'arche sainte sur la montagne de Moria, avait donné plus de pompe aux cérémonies. Poëte et musicien, il avait fait de la poésie et de la musique Tàme du service divin. Quatre mille lévites, divisés par lui en classes et en chœurs dilTércnts, chantaient les prières, les cantiques d'Asapli, d'Iiéiiian, de Jédithura, des enfants de Coré, et surtout les psaumes composés par le roi lui-même. D'autres accompagnaient ces chants sur les harpes. Celte intervention du roi, du chef politique et militaire, dans les cérémonies du culte, pinçait le grand prêtre dans une position subalterne. Le pouvoir sacerdotal s'abaissait devant l'autorité politique; cette infériorité ira désormais toujours croissant, c'est-à-dire

que îe gouvernement et l'Etat juif se rapprocheront de plus en plus de la forme des autres monarchies asiatiques (1). »

Salomon, le plus sage des rois, monta sur le trône à vingt ans. Son règne fut pacifique et prospère, et l'Écriture a exprimé la tranquillité profonde dont jouissaiit alors Israël, en disant: « Chacun, depuis Dan jusqu'à Bersahée, vivait dans rabondnnce et la joie à l'ombre de sa vigne et de son figuier. » Le commerce acquit alors une grande importance. Les ports d'Élalh et d'Asiongaber, sur la mer Rouge, déployèrent une grande activité. Uîie flotte y fut construite, et, sous la direction de pilotes rdiéniciens, elle allait à Ophir chercher la pou-. dre d'or, les bois rares, les parfums et les pierres précieuses.

Salomon fit de cette prospérité le plus noble usage m accomplissant le vœu de son père, par la construction du temple de Jérusalem. Sept années furent employées à cette ooMvi-e immense où le roi prodigua tout le luxe et toute la richesse de l'Orient. La huitième année, Salomon en fil la dédicace au milieu d'un grand concours de peuple. Puis il se bâtit à lui-même un palais magnifique, employant au^ travaux de cette construction le reste des nations chananéennes, qu'il avait rendues tributaires. 11 fonda ou agrandit Héser, Mageddo, Gazer, Balaath et la célèbre ville de Palmyre. Le royaume fut soumis à une organisation nouvelle et partagé en douze intendances, à la tête desquelles étaient placés des officiers chargés de lever les tributs. L'armée fut mise sut un pied nouveau, et la cavalerie seule s'éleva à plus de soixante mille hommes. Une telle puissance excita l'admiration des peuples voisins, et la reine de Saba vint,

(1) Duruy, Histoire Sainte»

(Iq fond de l'Arabie, lui rendre hommage et s'instruire à son exemple. Elle le quitta en exaltant le bonheur de ses sujets et en rendant gloire au Seigneur d'avoir donné un tel roi à Israël.

Mais la trop grande prospérité corrompit Salomon ; il épousa plusieurs femmes étrangères de Moab, d'Bammon, de Sidon, et du pays des Héthcens. Sonvent leur influence le pervertit, et celui qui avait élevi un temple sans égal à l'Éternel finit par s'agenouiller devant d'impures idoles. Alors les ennemis vaincus relevèrent la tête. Ader, de la race royale d'Édom, reprit ridumée, et Rasin se rendit indépendant à Damas. Au cœur même du royaume une révolte fut excitée par ce même Jéroboam, qui devait bientôt séparer dix tribus de l'obéissance au souverain et aux. lois. Jéroboam n'ayant pas réussi dans cette première tentative, s'enfuit auprès de Sésac, roi d'Egypte, et y resta jusqu'à la mort de Salomon, qui arriva la soixantième année de son âge et la quarantième de son règne [976 avant J.-C).

A la mort de Salomon, les Hébreux se rassemblèrent à Sichem pour couronner Roboam, son fils et son successeur, et lui demandèrent une réduction d'impôt, qu'il refusa. Alors dix tribus le quittèrent, ayaîit à leur tête Jércboam, qu'elles proclamèrent roi. Judaet Benjamin restèrent seules fidèles à Roboam.

Ainsi fut consommée la division du royaume des Juifs, qui forma dès lors deux Étals : celui d'Israël ou des dix tribus, plus étendu et plus peuplé; celui de Juda, plus riche et plus respecté, parce qu'il possédait l'arche d'alliance et le sanctuaire de Jérusalem.

La séparation des Hébreux en deux royaumes affaiblit beaucoup leur puissance. Au temps de David leur domination s'étendait jusqu'à l'Euphrate; depuis le schisme elle se borna à la Palestine.

Jéroboam régna vingt-deux ans sur Israël. Pour séparer davantage son peuple de celui de Juda, il défendit à ses sujets de venir sacrifier dans le temple de Jérusalem, et leur fit adorer des idoles, tout en conservant la loi de Moïse. 11 appela Sésac, roi d'Egypte, h son secours contre Roboam, et mourut en 955 avant J. C.

Dans Juda, Roboam ne se montra pas beaucoup plus fidèle à la loi de Dieu : sous son règne, des idoles s'élevèrent de toutes parts; mais Sésac envahit son royaume, pénétra dans Jérusalem, pilla les trésors de Salomon et s'en retourna chargé d'un immense butin. Abiam, fils et successeur de Roboam (959), eut une guerre à soutenir contre Jéroboam, qu'il vainquit. Son fils Asa (956) rétablit le vrai culte, repoussa Zara, roi d'Ethiopie, qui menaçait ses États, et fit alliance avec Ben-Iladad, roi de Syrie, contre le roi d'Israël.

Pendant ces trois règnes, six rois s'étaient succédé dans Israël. Nadad, fils de Jéroboam, ne régna que deux ans, au bout desquels il fut assassiné par Baaza (953), qui lui succéda, et qui, pour s'atfermir sur le trône, fit massacrer toute la famille de Jéroboam. Il mourut en 931, laissant la couronne à Éla, son lils. Zamri, général de la cavalerie, se révolta contre Éla et le fit mettre à fnort (930); mais il ne put longtemps jouir de son crime : l'armée proclama Amri, qui vint assiéger Zamri dans Thersa. Ce dernier, voyant la ville sur le point d'être prise, mit le feu à son palais et s'y brûla avec tous les siens. Amri fut alors proclamé roi. Ce fut lui qui fonda Samarie pour en faire la capitale de son royaume. Il mourut après un règne de douze ans (919). Son fils Achab lui succéda; il épousa la fille d'un roi de Tyr, Jézabel, qui éleva des autels à Baal dans Israël.

A la même époque Josaphat, fils d'Asà, régnait en

Juda (915 avant J.C.). Ce prince, un desplws pieux qui

aient occupé le trûno (le Jiida, réUiblit purtoiitlecuUedu vrai Dieu; mais il lit alliance avec l'impie Acliab, elson fils Joram épousa Alliai ie, (ille d'Achab et de Jézabel.

Pendant ce temps-là, Acbab méprise les avis propbétiques d'Élie; il usurpe la vigne de Nabotb; et il est tué dans une guerre contre les Syriens. Son fils Ochosias lui succède '896) et ne porte la couronne que deux ans, pendant lesquels il imite en tout point la conduite impie d'Acbab. Jaram, soti frère, qui régna ensuite (895), soutint une guerre contre les Syriens et fut assassiné par son général Jébu.

Cependant Joram, fils de Josaphat, avait succédé à son père (8M) dans le royaume de Juda. Ce prince imita rimpiôté des rois d'Israël : pour s'affermir sur le trône, il fit massacrer tous les frères de Josapliat. Il battit d'abord les Iduméi^ns; mais les Arabes et les Philistins envahirent son royaume. Dieu le frappa d'une maladie cruelle, et il mourut en 88i, laissant la couronne à son fils Ochosias, qui périt l'année suivante.

Jéhu, après avoir tué Joram, roi d'Israël, mit à mort l'impie Jézabel et fit massacrer tout ce qui restait de la maison d'Acbab; son fils Joachas lui succéda en 855.

Vers le même temps Athalie, veuve de Joram, ensanglantait le royaume de Juda et faisait mettre à mort tous les enfants d'Ochosias; fin seul, Joas, échappe au massacre et est élevé secrètemenit dans le temple par le grand-prêlre Joiada. Au 'bout de sept ans Joïada assemble les lévites et les chefs de l'armée, leur annonce qu'il existe encore un fils d'Ochosias; à cette nouvelle, Athalie accourt, mais elle est massacrée, et Joas lui succède (877). Il gouverna sagement jusqu'à la mort de Joïada; mais ensuite il se livra à toutes sortes d'excès,

LA SYRIE, LA PALESTINE ET LA JUDÉE. \Ç)g

et fit lapider Zacliarie, fils de Joïada, au pied des autels.

Peu après il fut assassiné '837 avant J.-C), et eut pour successeur son fils Amasias, qui eut à soutenir une guerre contre Joas, roi d'Israël, qui le battit et s'empara de Jc^rusalem ; il reprit cependant ses États : mais il fut peu après mis à mort à Lachis en 808.

Son fils Ozias soumit les Ammonites et les Philistins; atteint de la lèpre, il se vit contraint de céder ie trône à son fils Joathan, dont le règne fut troublé par les incursions des Syriens.

Après Joathan, Achaz, prince impie, introduisit le culte des faux dieux dans Juda. Rasin, roi de Syrie, et Pliacèe, roi d'Israël, vinrent l'assiéger dans Jérusalem; il fut obligé d'appeler à son aide Théglath- Plialassar, roi d'Assyrie, qui, en effet, battit ses ennemis ; mais il ne put se débarrasser de ce dangereux allié qu'en lui livrant le port d'Élath et les trésors du temple. Il mourut en 726 et laissa le trône à son fils Ezéchias. Ézéchias, aussi célèbre par ses vertus que son père par ses désordres, rétablit le culte de Jéhovah, battit les Philistins et Sennachérib, et couvrit Jérusalem de monuments.

Pendant que tous ^es princes se succédaient à Jérusalem, le royaume d'Israël était en pleine décadence. Après Jéhu, Joachas, pendant un règne de dix-sept ans, avait vu son royaume constamment en butte aux attaques des Syriens. Joas, son fils '839), reprit les villes qu'avait perdues son père, assiégea Jérusalem et i3 pilla. Jéroboam II, son successeur, rendit au royaume d'Israël ses anciennes limites, mais après sa mort '771) ses successeurs, Zacharie (771), Manahem f770 , Phacéia (737), Pliacèe (732), livrèrent le royaume aux Assyriens par leurs crimes et leur impiété. Sous ce dernier roi, Théglath-Phalassar s'empara d'une grande

partie d'Israël. Osée assassina Phacée et lui succéda (730 avant J.C.;. Salmanasar le rendit tributaire; mais il se révolta peu de temps après, Salmanasar revint, détruisit Samarie, emmena Osée prisonnier, et transporta les Israélites au delà de l'Euphrate. Ainsi finit le royaume d'Israël ou des dix tribus, qui avait duré deux cent cinquante-cinq ans.

Après la chute du royaume d'Israël, Ézéchias continua pendant quelque temps à faire prospérer celu; de Juda. Mais Manassès, son fds (697), encourut pai son impiété la colère du ciel. Asarhaddon, roi d'Assyrie, envahit ses États et l'emmena en captivité. Il lut pourtant rétabli sur le trône. C'est sous son règne qu'Holopherne, étant venu mettre le siège devant Béthulie, fut tué par Judith. Amon succéda à Manassès (642) , et mourut assassiné deux ans après. Son fils Josias (640), se montra fidèle au vrai Dieu, mais s'étant allié avec Néchao, roi d'Egypte, il marcha avec lui contre les Assyriens et fut battu et tué (609). Joachas est proclamé roi, mais Néchao le fait prisonnier, l'emmène en Egypte et met Joachim à sa place. Ce prince ne put rester longtemps sur le trône; Nabuchodonosor, qui venait de battre encore Néchao, s'empara de Jérusalem et emmena Joachim captif avec dix mille guerriers.

./■•achim recouvra cependant la liberté. Jéchonias, qui reij na après lui, n'occupa le trône que trois mois. Sédécios, son successeur, tenta de se soustraire à la domination assyrienne; mais Nabuchodonosor marcha encore sur Jérusalem qui fut emportée et détruite (587/, et ses habitants emmenés en captivité à Babylone. Le royaume de Juda avait duré trois cent quatre-vingtneuf ans.

Soixante-dix ans s'étaient écoulés depuis cet événe-

ment, lorsque Cyrus, vainqueur de Babylone, permit aux Juifs de retourner à Jérusalem et d'y rétablir le temple (536 avant J. C). Deux ans après leur retour, ils posèrent les fondements du nouvel édifice, dont la construction, interrompue par les intrigues des Samaritains, ne put être achevée que sous Darius (516). La domination des rois perses laissa aux Juifs les moyens de recouvrer une partie de leur ancienne prospérité. En 454, Néhémie, un des officiers d'Artaxercès Longuemain, obtint la permission de réédifier les murs de Jérusalem. A la même époque, Esdras remettait en ordre les livres de la loi et réprimait sévèrement les abus qui s'étaient introduits parmi les Juifs. Manassès, fils du grand prêtre Joïada, banni pour avoir épousé une étrangère, se retira à Samarie, où il fit élever un temple en" toutsemblable à celui de Jérusalem. Dès ce moment, les deux peuples furent irréconciliables, et, oubliant leur origine commune, ils ne furent plus occupés que des moyens de s'entre-détruire. Quelques années après, un crime inouï ensanglanta le sanctuaire : Jonathan égorgea Jésus, son propre frère, au pied des autels, pour s'assurer la grande prêtrise. Le gouverneur de Syrie, pour punir les Juifs de ces désordres, leur imposa un tribut. Aussi 'prirent-ils part à la révolte des Phéniciens contre les Perses en 351. Cette insurrection fut sévèrement punie par Ochus, quienvahit la Judée, prit Jéricho, et transporta un grand nombre de Juifs dans des contrées lointaines.

Ce fut sous le grand prêtre Jaddus qu'Alexandre, après avoir vaincu Darius, se dirigea vers Jéru.salem, pour punir les Lsraélites de leur fidélité au roi de Perse. A son approche, Jaddus vint à sa rencontre, revêtu des habits pontificaux et suivi d'une foule nombreuse de. lévites et de gens du peuple. Frappé de cette pompe re-

ligieuse, Alexandre ne fit aucun mal aux Juifs, il se rendit môme dans le temple et y sacrifia, dil-on, au vrai Dieu (332 avant J.-C).

Après la mort du. conquérant, la Judée passa allernativemcnt sous la domination des maîtres de la Syrie et de rÉgypte. Elle l'ut d'abord soumise par Plolémée Soter, puis par Antigone; enfin, après la bataille d'Ipsus, elle se trouva replacée sous la dépendance des rois d'Egypte. Ptotémée Pbiiadelplie lut très-lavorabie aux Juifs ; ce fut lui qui fit faire la traduction grecque de la Bible, connue sous le nom de version des septante.

Cependant, Ptolémée Philopator, ayant vaincu Antiochus le Grand à la bataille de Raphia , se rendit à Jérusalem, et voulut pénétrer dans le sanctuaire; le refus des Juifs attira sur eux de grandes persécutions. Aussi, lors de la seconde guerre des Égyptiens contre Antiochus, les Juifs aidèrent-ils ce prince à repousser ses ennemis. Antiochus montra beaucoup de bonté aux Juifs et fit enfin renaître le calme dans Jérusalem. Sous Séleucus Philopalor, Héiiodore, qui voulut s'emparer (les trésors du temple, fut frappé par une apparition miraculeuse et ramené mourant hors de son enceinte.

Pendant le règne d'Antiochus Épiphane, la grande sacrificature fut mise à prix d'argent; il en résulta des dissensions dans la famille sacerdotale. Jason et Ménélas se disputèrent cette charge, et cette guerre civile servit de prétexte à Antiochus pour faire peser sur les Juifs la plus afi'reuse tyrannie ; il leur interdit l'entrée du temple, et rendit un décret portant défense de reconnaître d'autre Dieu que les siens. Bientôt ia- persécution commença; les sept Machabées et leur mère périrent dans les plus cruels supplices plutôt que de désobéir à la loi.

C'est alors qiue le grand prêtre MataLliias, ne voulant pas plus longtemps sapporlcr la vue de ce qui se passait à Jérusalem, se relire à Modin, d'où il donne le signal de la guerre; ses cinq fils, tous animés du même courage, parcourent le pays et parviennent à rassembler une petite armée, avec laquelle Matathias bat les Svi'iens en plusieurs rencontres, mais il meurt avant d'avoir pu terminer sa lâche.

Judas Machabée, son troisième fils, succède à toute l'autorité de son père; il commence par battre successivement Apollonius et Séron, lieutenants d'Antiochus, et dissipe les armées commandées par Nicanor et Gorgias. L'année suivante, Timoltiée et Baccliide sont délaits (ICo ans avant J.-C). Après la mort d'Anthiocus Épiplianc (164), Antiochus Eupator et Déraétrius Sotei* continuèrent la guerre contre les Juifs. Nicanor, général de Déraétrius, fut battu à Béllioron. Cependant, quelque te:nps après. Judas fut surpris avec une poignée de soldats, il se défendit avec courage, mais il succomba, laissant à ses IVères le soin de le venger.

JonalliasTiii succéda, il continua glorieusement la guerre, mais il fut atîii'é dans un piège et massacré avec toute sa famille (U4).

Il eut pour successeur son frère Simon, le dernier des enfants de Matathias. Simon ac]ieva de délivrer Israël du joug des étrangers, mais il ne jouit pas longtemps de sa gloire; il fut, comme son frère, attiré dans un piège et y périt avec sa famille (135).

Jean Ilyrcan fut le seul qui échappa. On l'investit du commandement donné à son père, et il continua d'alTermir la puissance renaissante des Juifs.

Aristobule, son fils, lui succéda (107) ; il se fit donner le titre de roi e^ fît périr un de ses frères, pour ciffermir sou autorité, mais il mourut au bout d'un an

(106 avant J. C.J.Alexandre Jannée, son frère et son successeur, soutint une guerre contre Ptolémée Lalhyre. Sous Alexandra sa veuve (79), les dissensions entre les deux sectes des Pharisiens et des Saducéens ensanglantent Jérusalem. Aristobuleet Hyrcan, fils d'Alexandre Jannée, augmentent encore les troubles en se disputant le pouvoir. Pompée intervient enfin, place Ilyrcan sur le trône, et emmène Aristobule et ses fils prisonniers à Rome (63). Antigone, l'un d'eux, parvient à s'échapper, retourne en Judée, et renverse Hyrcan; mais il ne tarde pas à être lui-même précipité du trône par Hérode, qui est proclamé roi par la protection des Romains. Hérode ne se crut pas en sûreté avant d'avoir fait mourir ce qui restait des descendants d'Alexandre Jannée, excepté Marianne, fille d'Hyrcan, qu'il épousa.

La Judée, déjà favorisée de tant de merveilles, était destinée à en voir de plus grandes encore. Dans son sein, suivant les prophètes, devait naître le Messie, promis à Adam et à Abraham, et le moment était venu où devait s'accomplir ce grand événement. Mais les Juifs attendaient un Mecsie bien dilTcrent de celui qui devait venir; ils espéraient voir un prince puissant qui relèverait le trône de David et de Saiomon, et ne surent pas reconnaître dans l'humble enfant de Bethléem, celui qui devait changer la face du monde.

Persécuté dès son berceau par Hérode, il est obligé de fuir en Egypte; de retour en Judée, il y demeure obscur jusqu'à l'âge de trente ans. Les eaux du Jourdain sont sanctifiées par son baptême et le désert par ses jeûnes. Il se fait connaître ensuite par de miraculeux bienfaits. Cana, Capharnaiim, Sichar, Bethsaïde, Tibériade, CorouVim, Jéricho, en sont les heureux témoins; à Naim et à Béthanie il fait voir que la mort elle-même do't céder à son pouvoir. Jérusalem, surtout,

est l'oDjet de sa sollicitude , mais cette ville , déjà tant de fois ingrate , met le comble à ses titres de malédiction, en demandant à grands cris la mort du juste par excellence. Ce vœu inique est ratifié par des juges plus coupables encore , et les prophéties s'accomplissent jusqu'au bout. Jérusalemdevient la ville sainte arrosée par le sang d'un Dieu. Là aussi s'accomplit le mystère qui fait des apôtres des hommes nouveaux, et le même jour où commence la prédication de l'Évangile, trois mille personnes reçoivent le baptême. C'est encore à Jérusalem que s'est consommé le premier martyre de la foi chrétienne, et son église fut longtemps le modèle des autres églises.

Après la mort d'Iîérode le Grand ou l'Ascalonite, ses états avaient été divisés entre ses trois fils, Archélaùs; Hérode Antipas et Philippe. L'empereur Auguste ratifia d'abord ce partage ; après dix ans de règne, Archélaùs, accusé devant lui, fut déposé et envoyé en exil dans la Gaule, à Vienne. Philippe étant morl, Iléiode Antipas resta seul successeur de son père, et sut conserver la faveur de Tibère comme celle d'Auguste. Il tomba plus tard dans la disgrâce de Caligula et mourut aussi dans l'exil avec sa femme Ilériodade, tous deux auteurs du meurtre (fe Jean-Baptiste. C'est encore ce même Ilérode qui avait reçu avec raillerie le Christ, que Ponce-Pilate avait adressé à son tribunal. ^ Agrippa, neveu d'Iîérode, mis en pos.session de ses États, y fut confirmé par l'empereur Claude. Ilérode, roi de Clialcidique, gendre de cet Agrippa, gouverna après lui quelque temps la Judée; puis vint Agrippa II, son neveu, le dernier prince de la race d'Héiode qui porta le titre de roi (4i depuis J.-C). La Judée fut alors, pour la seconde fois, réduite en province romaine et soumise à des procurateurs qui n'é-

200 LA STRIE, LA PALESTIiNE ET LA JUD^E.

pargnèrent à ce peuple aucune vexation. L'un d'eux, Gessius Flonis, abusa plus que les autres de son autorité. C'était le commencement de la punition des Juifs, qui devait s'accomplir avant l'extinction de la génération coupable. Ils supportaient d'aulant plus impatiemment le joug que, d'après l'interprétatwn qu'ils donnaient à leurs prophéties, ils attendaient vers ce tcmpsun libérateur. Croyant donc être arrivés au moment de leur délivrance et de leur élévation, ils essayèrent de s'affranchir de la domination des Romains (GG de J.-C).

Quelques succès d'abord remportés par les Juifs sur les troupes romaines encouragèrent leur résistance. FI. Josèphe, qui fut plus-lard leur historien, essaya vainement de les éclairer sur leurs intérêts en les engageant à se soumettre ; n'y pouvant réussir, il se décida à partager leur sort et accepta le gouvernement de la Galilée. Il déploya une grande capacité en organisant la résistance; mais il fahut céder aux armes de Vespasien. Ce général, ayant été proclamé empereur, laissa son fils Titus à la télé de son armée ; celui-ci marcha vers Jérusalem et trouva partout la révolte déclarée , malgré les sinistres présages qui auraient dû la prévenir. Les plus sages d'entre les Juifs s'étaient prudemment retirés, et les chrétiens de Jérusalem s'étaient réfugiés dans la petite ville de Pella, d'après l'avis même du Sauveur lorsqu'il avait annoncé la ruine de Jérusalem.

,^« C est. dit Bossuet^ une tradition constante, attestée dans le Talmud et confirmée par tous les rabbins, que, quarante ans avant la ruine de Jérusalem, ce qui revient à peu près au temps de la mort de Jésus-Cbrist, on ne cessait de voir dans le temple des choses étranges. Tous les jours il y paraissait de nouveaux, prodiges, en sorte qu'un fameux rabbin s'écria un jour :

« 0 temple ! ô temple! qu'est-ce qui t'émeut, et pour- » quoi te fais-tu peur à toi-même? »

» Qu'y a-t-il de plus marqué que ce bruit affreux qui fut oui par les prOtres dans le sanctuaire le jour de la Pentecôte? et cette voix manifeste qui sortit du fond de ce lieu sacré : « Sortons d'ici! sortons d'ici ! » Les saints anges protecteurs du temple déclarèrent hautement qu'ils l'abandonnaient, parce que Dieu, qui y avait établi sa demeure durant tant de siècles, l'avait réprouvé.

■ « Joscphe et Tacite môme ont raconté ce prodige ; il ne fut aperçu que des prêtres. Mais voici un autre prodige qui a éclaté aux yeux de tout le peuple , et jamais aucun autre peuple n'a rien vu de semblable : « Quatre » ans devant la guerre déclarée, un paysan, dit Jo- » sèphc, se mit à crier : Une voix est sortie du côté de » l'orient, une voix est sortie du côté de l'occident, une » voix est sortie du côté des quatre vents : voix contre

> Jérusalemctcontreletemple; voix contre les nouveaux » mariés et les nouvelles mariées; voix contre tout le •^ peuple. Depuis ce temps, ni jour ni nuit, il ne cessa » de crier : Malheur ! malheur à Jérusalem ! Il redou- » blait ses cris les jours de fête; aucune autre parole » ne sortit jamais de sa bouche. Ceux qui le pîai- » gnaient, ceux qui le maudissaient, ceux qui lui don- » naient .ses nécessités, n'entendirent jamais de lui que. » cette terrible parole : Malheur à Jérusalem ! H fut » pris, interrogé et condamné au fouet par les magis- » trats ; à chaque demande et à chaque coup, il répon- » dait .sans jamais se plaindre : Malheur à Jérusalem J » Renvoyé comme un insensé, il courait tout le pays en » répétant sans ce.çse sa triste prédiction. Il continua » durant .sept ans à crier de cette sorte, sans se reiàclier

> et sans que sa voix s'affaiblit. Au temps du dernier

» siège de Jérusalem, il se renferma dans la ville, tour- » nant infatigablement autour des murailles et criant » de toute sa force : Malheur à la ville I malheur au » temple! malheur à tout le peuple! A la fin il ajouta : > Malheur à moi-même! Et, en même temps, il fut em- » portépar un coup de pierre lancée par une machine. »

Titus avança son camp jusqu'à deux stades de Jérusalem, dont le siège, comme toujours, se fit principalement du côté du ncrd. Le corps de l'armée romaine, placé sous ses ordres immédiats, campa au nordouest, en face de la tour Psèphina, qui était de forme octogone et avait soixante-dix coudées de hauteur; une division campa à l'ouest, en face de la tour quadrangulaire Hippicos, haute de quatre-vingts coudées; et la dixième légion garda sa position à l'est, sur la montagne des Oliviers. Après avoir fait sommer vainement les Juifs par Josèphe, qui se trouvait au camp, et par quelques Romains, Titus fit commencer les opérations du siège. Les deux factions, réunies pour la défense commune, firent de vains efforts pour repousser l'ennemi et détruire les ouvrages. Au bout de quinze jours, les Romains, après avoir essuyé de grandes pertes, purent pratiquer la brèche et se rendre maîtres du quartier de Bezétha; le 7 jygar (^avril-mai), les Juifs se retirèrent derrière la deuxième muraille.

Des deux côtés la lutte se continua avec une fureur extrême. Après cinq jours, les Romains purent pénétrer dans la basse ville (Acra); mais, chaque pas qu'ils voulaient faire en avant leur coûtait cher : chaque rue devint un champ de bataille, chaque maison une forteresse; et, après une lutte acharnée, dans laquelle Titus lui-même courut de grands dangers, les Romains se retirèrent. Au bout de quatre jours, cependant, ils parvinrent à se rendre maîtres de l'Acra et à s'y main-

tenir. Les Juifs n'occupaient plus que la haute ville, la forteresse Antonia et le temple ; mais Jean et Siraon^ qui les commandaient, étaient, ainsi que leurs soldats, bien décidés à verser leur dernière goutte de sang, plutôt que de se rendre. Si les abondantes provisions de Jérusalem n'avaient pas été dévorées par les flammes, et si la paix avait régné à l'intérieur, les Juifs auraient pu résister longtemps dans leurs positions inexpugnables. Titus envoya de nouveau Josèplie pour faire sommer les Juifs. En vain Josèphe, placé à quelque distance des murs, essaya dans un long discours de montrer aux Juifs que c'était Dieu lui-même qui livrait la ville aux Romains, et que les crimes honibles qu'ils avaient commis ne leur permettaient pas de compter sur la miséricorde divine; en vain il leur dépeignit les angoisses de la famine qui allaient les exterminer; pour toute réponse les Juifs lancèrent des flèches contre Josèphe et l'accablèrent de malédictions.

Titus se prépara à attaquer la troisième muraille. A la fin du mois de jygar, on avait achevé quatre terrasses, dont deux étaient dirigées contre la forteresse Antonia et deux contre la haute ville. Jean ayant fait miner le terrain, l'uge des terrasses s'écroula; les soldats de Simon attaquèrent les autres avec le courage du désespoir et brûlèrent les machines de, guerre; ils pénétrèrent même dans le camp romain et y firent un grand carnage. Titus prit la résolution de réduire h. ville par la famine, qui déjà avait commencé ses ravages; pour couper aux Juifs toute ressourcedu dehors, il fit construire par ses soldats, avec une incroyable rapidité, une muraille qui entourait la ville de tous les côtés. Elle avait trente-neuf stades de circuit et était garnie de treize tours. Les malheureux habitants de Jérusalem voyaient la mort sous mille formes planer

sur leurs têtes. Plusieurs vendaient leur patrimoine pour une mesure de froment ou d'orge; cliaque jour d'innombrables victimes périrent dans les anjroisses de la faim ou furent immolées par les barbares, qui se disaient les défenseurs de la patrie. Ceux-ci parcouraient les maisons et faisaient subir aux lîabitants les •plus terribles tortures pour leur arracber les vivres qu'ils pouvaient encore posséder; ils enlevaient aux pauvres les Iterbes qu'ils avaient cueillies au péril de leur vie, et assassinaient les riclies, sous prétexte de traliison et de déseition. L'ingrat Simon accusa l'ancien pontife Matliias, qui Tavait reçu dans la ville, de vouloir passer du côté des Romains, et le fit mourir avec ses trois lils et seize autres citoyens. Un des officiers de Simon, profondément indigné de ces excès, voulut se rendre aux Romains avec sa troupe; mais Simon, l'ayant prévenu, le lit mettre à mort avec dix de ses complices.

les lioiTcurs de la famine étouffèrent tous les sentiments buraains et déchirèrent tous les liens de la nature. La femme arrachait le morceau de pain de la bouche de son mari, le fils de celle de son vieux père; la mère enlevait à son enfant sa cbétive nourriture. La famine forçait les babitants à sortir armés pour adler cliercher des herbes; Titus faisait crucifier tous ceux qui furent saisis par les Romains; et il en mourait de cette manière jusqu'à cinq cents par jour. Le bruit s'élant répandu que c'étaient les transfuges que l'on traitait ainsi, Tilus fit couper les bras à plusieurs prisonniers et les renvoya dans la ville pour qu'ils y fissent connaître la vérité. Malgré cette cruelle extrémité, les zélateurs (on appelait ainsi dans la viUe Je parti le plus animé pour la résistance) tuaient tous ceux qui conseillaient de se rendre ; ils se faisaient un

LA. S¥RTE, LA PALESTINE ET LA JtJDEE. 211

jeu cruel de percer de leurs épées ceux qui mouraient de faim. Les mes étaient pleines de cadavres qu'on ne pouvait enterrer et qu'on jetait dans les ravins qui entourent kl ville. Pendant que le peuple périssait par la famine, Jean et ses soldats se nourrissaient de l'huile sacrée et du vin destiné aux sacrifices.

Josèphe, qui essaya de nouveau de parler aux assiégés, manqua d'être tué par une pierre lancée contre lui; tombé éxTinoui, il ne put être tiré qu'avec peine des mains des Juifs qui accoururent pour le traîner dans la ville.

Les Romains avaient recommencé les travaux du siège; en vingt-et-un jours ils avaient relevé les ouvrages détruits, malgré les grandes difficultés qu'ils eurent à vaincre, car il leur fallut aller chercher du bois à une distance de quatre-vingt-dix stades. Le 1" thammouz f juin-juillet) on commença à donner l'assaut à la forteresse Antonia; la muraille s'étant écroulée, les Romains virent à leur désespoir une seconde muraille qui avait été élevée à l'intérieur. Celleci fut attaquée sans succès le 3 thammouz; après plusieurs combats des plus sanglants, la forteresse fut prise le 5 du même tnois, mais les Juifs se retranchèrent dans l'enceinte du temple.

Titus donna ordre à ses soldats de raser la forteresse Antonia, afin de faciliter la prise du temple. Le 17 thammouz, on cessa d'ofl'rir des sacrifices quotidiens qui jusque-là, malgré les terreurs de la guerre, n'avaient pas été interrompus. Titus envoya encore une fois Josèphe auprès de Jean, pour le conjurer de ne pas profaner le temple, et de venir avec toutes ses troupes lui livrer bataille hors de l'enceinte sacrée. Jean ne répondit à Josèphe que par des injures ; Jérusalem, ajouta-t-il, la ville de Dieu, ne saurait être dé-

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truite. En vain, Titus s'approcha-t-il lui-môme de la muraille, pour engager Jean à sortir, protestant de sa sollicitude pour la conservation du temple; tout fut inutile, les zélateurs prétendirent que c'était la peur qui avait dicté les paroles de Titus, et celui-ci se vit obligé de recommencer l'attaque. Dès le lendemain, à trois heures du matin, des troupes d'élite tombèrent sur les postes des Juifs; il faisait encore nuit, les sol- ^ dats juifs accourus, ne se reconnaissant pas les uns les autres, tuèrent beaucoup des leurs, tandis que les Romains se reconnaissaient au mot d'ordre. Le combat se prolongea jusqu'à midi, mais la victoire resta indécise.

Au bout de sept jours, la forteresse Antonia, ayant été entièrement rasée, les Romains élevèrent sur son emplacement leurs terrasses contre le temple. Les Juifs, qui venaient d'être battus dans une sortie qu'ils avaient faite du côté de la montagne des Oliviers, voyant les ouvrages des Romains très-avancés, mirent eux-mêmes le feu aux portiques du nord-ouest du temple, par lesquels celui-ci communiquait avec la forteresse Antonia. Deux jours après, le 24 thammouz, le portique du nord fut dévoré par le feu que les Romains y avaient lancé. Les Juifs, au lieu d'éteindre le feu, se réjouissaient de l'incendie, le croyant avantageux pour leur position militaire. Le 27, ils remplirent les portiques de l'occident de bois sec, de soufre et d'asphalte, y ayant attiré les Romains en simulant une fuite, ils y mirent le feu, et beaucoup de Romains périrent dans les flammes.

Les horreurs de la famine augmentèrent de plus en plus dans l'enceinte du temple et de la haute ville; les soldats juifs étaient réduits à manger les '.ourroies des sandales, les cuirs des ceintures et des boucliers. Une

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femme de Pérée, appelée Marie, à qui les soldaU avaient enlevé les derniers restes de nourriture et qui implorait vainement la mort, saisit, dans son désespoir son jeune fils qui se mourait à côté d'elle, l'immola, fît rôtir sa chair et en dévora la moitié. Les so^ dats, attirés par l'odeur, menacèrent la malheureuse de la tuer sur-le-champ, si elle ne leur livrait la nourriture qu'elle venait de préparer. « Voici, dit-elle, je vous en ai réservé une bonne portion. » Les barbares, saisis de terreur à cet affreux spectacle, ne purent proférer un mot. « C'est mon fils, continua Marie, c'est moi-même qui ai commis cette action ; man^^ez, j'en ai mangé aussi, ne soyez pas plus tendres qu'une femme, plus sensibles qu'une mère. » Les soldats s'enfuirent en tremblant. L'horrible histoire s'étant répandue dans la ville, beaucoup de malheureux exténués par la fa^m se donnèrent la mort, estimant heureux ceux qui avaient pu mourir avant d'apprendre cette affreuse nouvelle. Titus protesta que c'étaient les Juifs euxmêmes qui avaient préféré ces désastres à la paix qui leur était offerte.

Les béliers des Romains avaient vainement battu, pendant six jours, le mur occidental de l'enceinte intérieure; vainement les Romains avaient essayé de saper les fondements de la partie du nord. Le 8 ab (juilletaoiJt), Titus donna ordre d'escalader le haut des portiques au moyen des échelles. Les Romains purent monter sans obstacle, mais à peine arrivés au haut de lamurail[e,ils furent renversés parles Juifs, qui leur arrachèrent môme leurs enseignes. Titus, voyant toutes ses tentatives échouer contre la résistance opiniâtre des Juifs, fit mettre le feu aux portes ; le revêtement d'argent fondit, le bois fut consumé par les flammes, qui se communiquèrent aux portiques dans toutes les

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directions. Le feu exerça ses ravages toute la journée et toute la nuit, sans que les Juifs, saisis de terreur, tissent rien pour arrêter les progrès de l'incenciie. Le lendemain 9 du mois, Titus ordonna à ses soldats d'éteindre le feu afin de se frayer un passage vers le temple 11 assembla son conseil pour délibérer sur le sort du sanctuaire : les uns, le présentant comme une citadelle qui servirait toujours de point de ralliement aux rebelles, furent d'avis qu'il fallait le détruire; les autres pensaient qu'on devait l'épargner, si les Juifs consentaient à se retirer. Titus manifesta l'intention de conserver à tout prix le magnifique édifice, qui, disait-il, resterait un des plus beaux ornements de l'empire romain.

Ce jour-là, les Juifs, épuisés de fatigue et anéantis par la douleur, n'essayèrent point d'altiique contre l'ennemi; mais, le lendemain matin, ils firent un dernier effort! Après une sortie par la porte orientale, ils attaquèrent les postes romains inférieurs en nombre, qui furent obligés de se retirer; mais aussitôt, Titus, qui était à la forteresse Antonia, vint à leur secours. Les Juifs reculèrent d'abord, puis ils revinrent une seconde fois à la cbarge; mais vers la cinquième beure du jour (onze heures), ils furent repoussés jusque dans l'intérieur du temple. Titus était décidé à donner l'assaut avec toutes ses troupes, dès le lendemain matin. Mais le temple devait être détruit en ce jour fatal et de funeste mémoire, car il y avait dix siècles et demi qu'a pareil jour, le 10 ab, les Babyloniens avaient mis le feu au temple de Salomon. Les Juifs, ayant fait une sortie contre les Romains qui travaillaient à éteindre le feu de l'enceinte intérieure, furent refoules jusque dons le temple. Alors un soldat romain , sans attendre l'ordre, se fit soulever par un de ses camarades

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et jeta un tison enllammé dans Tune des fenêtres dorées des chambres adossées au temple du côté du nord. Le feu se communiqua rapidement. Titus accouru, donnait vainement des ordres pour le faire éteindre; sa voix fut étouffée par le tumulte, personne ne prenait garde à ses signes, les soldats furieux, au lieu d'obéir à leur chef, s'excitaient les uns les autres à hâter les progrès de l'incendie, et il devint impossible de l'arrêter. Les Juifs, poussant des hurlements horribles, s'efforçaient, mais trop tard, de sauver ce dernier monument de leur culte; déjà il s'écroulait de toutes parts; ses défenseurs furent immolés par milliers, la fureur des Romains n'épargnait pas même le peuple sans armes, les vieillards, les enfants, les femmes et les prêtres.

Titus entra dans le lieu saint; il ordonna une dernière fois de sauver ce qui restait de l'édifice, mais ses ordres, ses menaces furent inutiles. L'espoir du butin augmenta la fureur incendiaire des troupes; Titus se retira avec ses généraux. Simon et Jean, avec le reste de leurs soldats, se frayèrent un ciiemin à travers les légions romaines, et gagnèrent la haute ville. Plusieurs prêtres saisirent les aiguilles doréœ du toit du temple, les lancèrent contre les soldats romains, et cherchèrent ensuite un dernier refuge sur le haut des murailles fumantes. Deux prêtres, Médi, fils de Bclga, et Joseph, fils de Dalaï, se jetèrent dans les fiammes pour périr avec le sanctuaire. Des vieillards, des femmes et des enfants, au nombre de six mille, se réfugièrent sur l'un des portiques du nord qui était encore debout; un faux prophète leur avait dit que Dieu leur enverrait le salut, et que ce jour même ils verraient du haut du temple les miracles de la délivrance. Les Romains mirent le feu au portique et pas un seul de ces malheureux n'échap-

fa à la mort. Les prêtres réfugiés au milieu des ruines y leslèrent cinq jours, jusqu'à ce que la faim les forçât i'en sortir; ils implorèrent la clémence de Titus, mais celui-ci leur répondit que le temps de la clémence était passé, que le sanctuaire en faveur duquel il leur avait lait grâce était détruit, et qu'il convenait aux prêtres âe mourir avec le temple. Ils furent tous rais à mort. Les Romains plantèrent leurs enseignes devant la porte iorientale et sacrifièrent à leurs dieux sur la place du îemple de Jéhova. Titus y fut proclamé empereur par 3es légions.

Voyant que tout était perdu, Simon et Jean, du haut du mont Sion, demandèrent un entretien à Titus; ceîui-ci, s'étant présenté près du Xystus, prit le premier îa parole et promit aux Juifs de leur faire grâce, s'ils déposaient immédiatement les armes et se rendaient à discrétion. Les Juifs répondirent qu'ils avaient juré de ne pas se rendre aux Romains, et demandèrent la permission de se retirer librement avec leurs femmes et Heurs enfants. Titus, irrité de ce que les vaincus prétendaient lui dicter des conditions, fit dire qu'il n'épargnerait personne. Aussitôt il donna l'ordre de piller la basse ville, et d'y mettre le feu, ce qui fut exécuté le lendemain. Toute l'Acra, les archives et le palais d'Hélène d'Adiabène, ainsi que la place Ophla, devinrent la proie des (lammes. Les fils et les frères du roi d'Adiabène, )Ej«i avaient combattu dans les rangs des Juifs, firent u ,1 appel à la clémence de Titus, qui leur accorda la vie et les envoya à Rome comme otages.

Titus disposa tout pour l'attaque de la haute ville. Tendant les préparatifs, beaucoup de Juifs, assez heureux pour tromper In vigilance des zélateurs, arrivèrent au camp romain. Titus oublia les ordres sévères qu'il ax'ait donnés; les soldats eux-mêmes étaient enfin las

(l'égorger, et beaucoup de transfuges conservèrent la vie. Le prêtre Jésus, fils de Thébout, et Phinéas, trésorier du temple, qui livrèrent divers objets d'un haut prix, obtinrent également leur grâce. Le 7 éloul (aoûtseptembre), après un travail de dix-huit jours, les machines de guerre battirent les murailles de la haute ville. Les Juifs, découragés, n'opposèrent qu'une faible résistance. Bientôt, la muraille ayant été ouverte, les Romains pénétrèrent dans ce dernier refuge des défenseurs de Jérusalem ; le carnage, l'incendie et le pillage recommencèrent de nouveau. On trouva beaucoup de maisons remplies des cadavres de ceux qui étaient morts de faim. Titus fit ensuite son entrée dans la ville, qui fut rasée. Il ne fit conserver que les trois tours d'Hippicos, de Phasaël et de Marianne, pour attester le souvenir de la force et de la magnificence de Jérusalem.

Telle fut l'issue de cette guerre effroyable, qui termina l'existence de la nation juive avec un gouvernement indépendant.

Quand les soldats romains eurent quitté Jérusalem, changée en un monceau de ruines, quelques familles juives et chrétiennes revinrent s'établir dans ces lieux de désolation et préférèrent de misérables masures sur les ruines de la cité sainte^ au séjour des autres villes de la Judée qui avaient été épargnées par la guerre. Pour empêcher la réédification de Jérusalem, les Romains placèrent sur le mont Sion une garnison de huit cents hommes. L'empereur Domitien persécuta les Juifs comme les chrétiens : il ordonna de chercher avec soin tous les descendants de David, afin de s'emparer d'eux et d'ôter au peuple tout espoir de voir le Messie, toujours attendu, sortir de cette race royale.

Adrien se montra particulièrement hostile aux Juifs. Il renouvela un décret de Trajan (jui leur défendait

l'exercice de leurs pratiques religieuses ; et, pour leur ôter tout espoir de rétablir leur culte et leur nationalité, il résolut de reJDàlir Jérusalem et d'en faire une ville païenne, peuplée de Grecs et de Romains. Un homme hardi et entreprenant, nommé Bar-Coziba, qui se disait le Messie et prenait le nom de Bar-Cocheba (fils de l'étoile), profita de l'absence des légions romaines peur rassembler des troupes nombreuses et s'emparer de Jérusalem, de cinquante places fortes et d'un grand nombre de villes ouvertes et de villages. Il se conduisit bientôt en roi et fit battre monnaie. Akiba, un des plus illustres docteurs de cette époque, reconnut publiquement dans Bar-Cocheba le Messie annoncé par les prophètes, et déclara que c'était là VÉtoile de Jacob, sous laquelle avait été désigné le futur Rédempteur du peuple hébreu. Adrien, qui avait commencé par mépriser cette insurrection, dut bientôt en reconnaître toute la gravité. Tinnius Rufus, qui commandait alors en Judée, fut battu en plusieurs rencontres. Adrien envoya en Palestine Jules Sévère, dont la bravoure et le talent pour la guerre venaient d'être éprouvés dans la Grande-Bretagne. Encore une fois Jérusalem fut prise et rasée. Bar-Cocheba s'étant enfermé dans Béthor, cette ville soutint contre les Romains un siège de trois ans et demi ; elle fut prise d'assaut, après des efforts incroyables, l'an 13G de J. C; et l'on vit s'y renouveler les scènes de désolation qui avaient eu lieu à la prise de Jérusalem par Titus. Selon Dion Cassius, cinq cent quatre-vingt mille Juifs furent massacrés par les Romains qui, de leur côté, essuyèrent des pertes immenses, Bar-Cocheba ayant péri dans la mêlée lors de la prise de Béthor, la conquête de cette ville termina la guerre. Adrien fit bâtir, sur les ruines de Jérusalem , une BWJTelle ville qu'il appela /Elia. Il y fit aussi élever un

temple à Jupiter Capitolin, sur l'emplacement de celui de Salomon ; c'est pourquoi le surnom de CapUolina fut donné à cette ville. Il fut défendu aux Juifs, sous peine de mort, d'entrer dans ;£lia, ou de s'en approcher jusqu'à une certaine distance. Sur la porte du chemin de Bethléem, Adrien fit placer un pourceau de marbre. Le décret d'Adrien frappait aussi les chrétiens issus des Juifs; les chrétiens Gentils, c'est-à-dire qui n'étaient pas de race juive, eurent la permission de s'établir dans l'ancienne Jérusalem, qui devint bientôt le siège d'un évéque. Les Juifs obtinrent à prix d'argent la permission d'y aller une fois par an pour pleurer leurs malheurs.

Depuis la défaite de Bar-Cocheba, les Juifs ne firent plus de tenîaiive sérieuse pour reconquérir leur indépendance. Les Samaritains seuls embrassèrent la cause de Pescennius Niger, compétiteur de Septime Sévère, et prirent part à la guerre (19i de J.C.); ils eurent à subir les persécutions de Sévère, qui punit les Juifs d'une rébellion dont ils étaient innocents. Ils finirent par renoncer à toute tentative contre les vainqueurs, et, àmesure que l'esprit de sédition disparaissait chez eux, les Romains les traitèrent avec plus de douceur; ils forniaient une société religieuse, protégée par l'État, et dépendaient d'une hiérarchie sanctionnée par le gouvernement romain. Ils étaient administrés civilement par leur nasi ou patriarche, qui résidait à Tibériade, et par leurs primats ou juges.

Constantin ayant fait monter la religion chrétienne sur le Irùne des Césars, l'empereur et sa mère Hélène couvrirent la Palestine d'édifices magnifiques, consacrés au culte, et dont le plus célèbre est l'église du Saint-Sépulcre achevée en 335. Sur l'emplacement de ce lieu sacré, les païens avaient élevé un temple à

Vénus. L'impératrice fît démolir cet édifice profane, et, après avoir déblayé les décombres, on fit des fouilles qui amenèrent la découverte du saint tombeau, de la croix et des autres instruments du supplice. Depuis cette époque, les pèlerinages de Jérusalem devinrent de plus en plus fréquents parmi les chrétiens; les pèlerins arrivaient en foule des contrées les plus lointaines de l'Orient et de l'Occident pour contempler les monuments de leur rédemption. Alors la Palestine se peupla de solitaires qui menaient la vie contemplative des anges, réduisant à la plus petite mesure possible les besoins de la vie.

L'avènement de Julien l'Apostat ranima les espérances des Juifs; ce prince les favorisa en haine de la religion chrétienne, et, voulant donner un démenti aux Écritures, il leur permit de rebâtir le temple de Jérusalem, dont le Sauveur avait prédit qu'il ne resterait pas pierre sur pierre. Il fournit même les sommes nécessaires à l'exécution de cette entreprise, et chargea un de ses officiers, Alypius d'Antioche, d'y présider en son nom. Bientôt les Juifs accourent de toutes parts, une multitude d'ouvriers se rassemblent sur le terrain du temple ; on nettoie la place, on travaille avec ardeur à reconnaître les anciens fondements. Les vieillards, les enfants, les femmes même, prennent part aux travaux; elles reçoivent dans le pan de leurs robes les pierres et la terre des décombres. Cependant, Cyrille, évêque de Jérusalem, se moquait de leurs efforts : il disait que le temps était venu oii l'oracle sacré allait être accompli à la lettre. En effet, lorsque les fondements du temple païen furent démqiis, ils survint un tremblement de terre qui combla les fouilles, dispersa les matériaux, tua et blessa les ouvriers. Les ouvrages étaient ruinés, mais l'opiniâtreté des Juifs n'était pas vaincue. Revenus

de leur frayeur, ils remettent la main à l'œuvre. Alors des globes de feu sortent du sein de la terre, repoussent sur les ouvriers les pierres qu'ils s'efforçaient de placer. Ce fait a été unanimement attesté, non-seulement par les Pères de l'Église contemporains et parRuffin, Théodoret, Socrate le Scolastique et Sozomène, mais par Ammien Marcellin, et par un fameux rabbin qui écrivait dans le siècle suivant. Ainsi avorta le projet' de Julien, qui mourut bientôt après en combattant contre les Perses.

Le septième siècle amena des événements funestes aux chrétiens de la Palestine. Le roi de Perse Chosroës II, étant en guerre avec Héraclius, envoya une division de son armée en Palestine; vingt-six mille Juifs combattirent sous les drapeaux du roi de Perse , dans lequel peut-être ils espéraient trouver un nouveau Cyrus. Après avoir occupé la Galilée et les deux rives du Jourdain, Schaharbarz, gendre de Chosroës, marcha sur Jérusalem, qui succomba bientôt aux efforts réunis des Perses et des Juifs. L'église du Saint-Sépulcre et tous les autres édifices du culte chrétien furent livrés aux flammes. Les habitants échapfiés au massacre furent emmenés captifs, et le bois de la vraie croix enlevé par les Perses (615^. Héraclius ayant conclu la paix avec Siroës, fds de Chosroës, rendit, en 620, cette précieuse relique, et les églises chrétiennes se relevèrent.

A la même époque, une grande révolution se préparait en Asie ; Mahomet venait d'élever son étendard. La Palestineé tait sans défense contre les Musulmans, qui, sous le commandement de Khaled et d'Abou-Obéida, vinrent mettre le siège devant Jérusalem (636;. Ce siège dura quatre mois, et il ne se passa pas un jour sans une attaque ou une sortie. L'hiver ajouta ses rigueurs aux fatigues des assiégeants: mais les Arabes ne se

découragèrent point, et les chrétiens furent obligés de capituler. Le calife Omar accorda aux habitants de Jérusalem une paix généreuse et le libre exercice de leur culte dans l'intérieur des églises. Il ordonna la construction d'une mosquée sur les ruines de l'ancien temple des Juifs. La conquête de la Palestine fut acnevée en 038. Devenue une des provinces du khalifat, elle partagea, depuis lors, le sort du vaste empire arabe. Les chrétiens eurent beaucoup à souffrir sous le joug des successeurs d'Omar. Ceux de Jérusalem habitaient un quartier particulier et payaient un tribut pour la protection qui leur était accordée. Le règne d'Haroun-al- Raschid leur fut plus favorable (786-809). En 878, la Syrie et la Palestine furent conquises par Ahmed-Ben- Toulona qui avait usurpé la souveraineté de l'Egypte. Sa dynastie s'étant éteinte au bout de peu d'années, ses États rentrèrent sous la domination des khalifes de Bagdad.

En 936, un Turk, Abou-Beker Mohammed, se rendit maître de la Palestine, de la Syrie et de l'Egypte. La succession de ce prince ayant donné lien à des contestations, l'empereur Nicéphore Phocas et son successeur Zimiscès, profitèrent de ces troubles pour essayer d'envahir la Syrie. Quelques succès qu'ils obtinrent animèrent les Turks contre les chrétiens, dont les souffrances s'accrurent encore, sous le règne de Hakem, troisième khalife d'Egypte. Ce prince fit détruire l'église du Saint-Sépulcre; Mostanser Billah, son petit-fils, en permit la reconstruction. L'empereur Constantin Monomaque rendit la liberté à cinq mille prisonniers musulmans, pour les employer aux travaux de l'édifice, et envoya, en outre, de grandes sommes d'argent pour subvenir aux frais (1047).

Sous la nouvelle dynastie des Turks Seljoukides, les

habitants de la terre sainte éprouvèrent le contre-coup des querelles de ces princes. Les pèlerins surtout étaient rançonnés et persécutés si cruellement, qu'un grand nombre périssaient de besoin ou par le glaive des Barbares. C'est au retour d'un de ces pèlerinages que Pierre l'Ermite, par ses patbétiques récils, commença à appeler l'attention des peuples et des rois de l'Occident sur la situation des lieux saints et des chrétiens qui les habitaient.

A la voix de cet homme inspiré, qui parut au concile de Clermont à côté du pape Urbain IT, la croisade fut résolue au cri unanime de Dieu le veut! Tous ceux qui s'engagèrent à aller combattre en Asie attachèrent sur leurs vêtements une pièce d'étoffe rouge en forme de croix. Le pape Urbain nomma Adhémar de Montoil, évêque du Puy, son légat apostolique auprès de l'armée des chrétiens, dont le départ fut fixé au 15 août 1096.

A la tète des chefs de la première croisade se place Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine, qui réunit quatre-vingt mille fantassins et dix mille cavaliers; il était accompagné de ses deux frères Eustache et Baudouin, et de son cousin Baudouin du Bourg. Les principaux d'entre les autres chefs étaient : Hugues, comte de Vermandois, frère du roi de France; Robert, duc de Normandie, fils de Guillaume le Conquérant; Robert, comte de Flandre ; Etienne, comte de Chartres ; Raymond, comte de Toulouse; Guinart, comte de Roussillon; Raimbaud d'Orange; Bohémond, prince de Tarente, et son cousin Tancrède.

Dès le commencement du printemps, rien ne put contenir l'impatience de Pierre l'Ermite, qui devança les autres croisés à la tête d'une foule d'environ cent mille personnes de tout sexe et de tout âge; cette multitude indisciplinée se grossit encore en traversant

l'Europe ; elle commit de grands désordres sur son passage, et, lorsqu'elle arriva en Àsie-Mineure, elle ne tarda pas à périr presque entièrement sous les coups des infidèles. Environ trois cent mille chrétiens avaient ainsi trouvé la mort sans voir la terre sainte, lorsque Godefroi de Bouillon se mit en marche avec l'armée régulière des croisés. Elle s'empara d'abord de Nicée, puis d'Antioche. Au mois de mai 1099, les chrétiens s'avancèrent entre le Liban et la Méditerranée vers la Palestine ; la plupart des villes de la côte se rendirent ou se soumirent au tribut. Après avoir passé par Ramla et Emmaûs, les croisés arrivèrent, le 7 juin, sur une hauteur d'où l'on apercevait Jérusalem. A la vue de la sainte cité, les cris de : Jérusalem! Dieu le veut! retentissaient de toutes parts ; les guerriers se prosternaient et versaient des larmes de joie, et tous renouvelaient le serment de délivrer le tombeau de Jésus-Christ du joug des Musulmans. Dès le lendemain, ils commencèrent à assiéger la ville ; un premier revers leur apprit que l'enthousiasme seul ne suffisait pas; il leur fallut construire des machines de guerre; mais ce ne fut qu'avec bien de la peine qu'ils purent se procurer le bois nécessaire. Enfin, le 14 juillet, ils tentèrent un assaut général ; mais, après deux heures de combat, ils furent obligés de retourner dans leur camp. Le lendemain matin, vendredi 15 juillet, l'armée chrétienne s'avança de nouveau vers la muraille aux. chants religieux du clergé, qui marchait en procession autour de la ville. Le choc fut terrible ; mais, malgré le courage des assaillants, la moitié de la journée s'était passée en efforts inutiles, lorsqu'on vit tout à coup paraître sur la montagne des Oliviers un cavalier agitant son bouclier, et donnant le signal d'entrer dans la ville. On s'écrie que c'est saint Georges qui vient au secours des chré-

tiens. Alors toute Farinée revint à la charge ; au bout d'une heure, la tour roulante de Godefroi abaissa son pont-levis sur la muraille. Les croisés se précipitèrent dans Jérusalem. Les Musulmans se réfugièrent en grand nombre dans la mosquée d'Omar ; mais ils y furent poursuivis et massacrés.

Dix jours après leur victoire, les croisés s'occupèrent d'élire un roi : leur choix tomba sur Godefroi de Bouillon. Ce pieux guerrier ne voulut accepter que le litre modeste de défenseur du Saint -Sépulcre, et refusa la royauté en disant que jamais il ne consentirait à porter une couronne d'or dans la ville oii le Sauveur du monde avait porté une couronne d'épines. Arnould de Rhoës fut ensuite élu comme patriarche de Jérusalem.

Le royaume de Godefroi ne se composait encore que de la ville sainte, de Joppé et d'une vingtaine de petits bourgs. Le khalife d'Egypte envoya contre le nouveau roi son visir Al-Afdhal, avec une puissante armée; mais les croisés remportèrent sur les Égyptiens une victoire éclatante dans les plaines d'Ascalon. Baudouin, prince d'Édesse, et Bohéraond, prince d'-Antioche, étant venus à Jérusalem, Godefroi travailla avec eux à jeter les bases d'un code pour le nouveau royaume; ce code, complété par les successeurs de Godefroi, et connu sous le nom d'Assises de Jérusalem, introduisit en Orient la constitution féodale établie en Europe. Le règne de Godefroi ne dura qu'un an ; il mourut au mois de juillet 1100, laissant le trône à son frère Baudouin dÉdesse. La Galilée, conquise par Tancrède, était venue s'ajouter au petit royaume chrétien.

Baudouin prit Arsouf, Césarée, Ptolémais et d'autres villes de la côte, et appela à Jérusalem les chrétiens qui habitaient au delà du Jourdain. La mort vint Taris.

rêter au milieu de ses victoires. Il eut pour successeuï son cousin Baudouin du Bourg.

Baudouin II eut moins de bonheur que ses prédécesseurs. Dans une excursion aux environs d'Édesse, il tomba au pouvoir de Balac, émir des Turkomans, et fut emmené en captivité à Harran. Après la conquête de Tyr par les croisés, il parvint à faire accepter une rançon. Il mourut en 1131, à la suite d'une expédition malheureuse contre Damas.

Le vieux Foulques, comte d'Anjou, arrivé en Palestine en 1129, avait épousé Mélisende, fille aînée de Baudouin II ; il devint l'héritier du royaume de Jémsalem, Baudouin n'ayant point laissé d'enfants mâles, La prise de Panéas, appelée alors Bélinas, fut le seul événement important de son règne. Il mourut à Ptolémaïs, en lli2, d'une chute de cheval. Il ne laissa pour lui succéder que deux jeunes enfants, Baudouin et Amaury.

Baudouin III, en montant sur le trône, était âgé h peine de quatorze ans; sa mère Mélisende prit la régence du royaume. Lorsqu'il fut en âge de régner, il voulut s'emparer de Bosra ; mais il fut battu. A la même époque, Emâd-Eddin Zengui s'empara delà ville d'Édesse et y fit un grand carnage des chrétiens (114i). Cet événement donna lieu à la seconde croisade, prêché par saint Bernard, et qui fut résolue dans l'assemblée de Vézelay, le 31 mars 1146, Louis VII, roi de France, et Conrad, empereur d'Allemagne, prirent la croix et levèrent une nombreuse armée. Trahis par l'empereur grec Manuel Comnène et battus par les Turks, Conrad et Louis arrivèrent enfin en Palestine avec les débris de leurs troupes au commencement de l'année 1148. On commença par assiéger Damas ; mais déjà la discorde s'était intro-

duite parmi les croisés, les opérations du siège se ralentirent, et l'approche des émirs d'Alep et de Mossoul détermina la levée du siège. Conrad, alors, abandonna subitement la terre sainte et repassa en Europe, où Louis le suivit peu de temps après.

Depuis lors, Nourreddin, fils de Zengui, ne cessa d'accroître sa puissance. Le roi Baudouin parvint pourtant à prendre Ascalon (1153); mais Nourreddin prit Damas (1154), et le battit l'année suivante près du Jourdain. A la même époque, Baudouin épousa une nièce de l'empereur Manuel; la fin de son règne n'offre plus rien de remarquable. Il mourut en 1162, sans laisser d'enfants ; et ce ne fut qu'après de longs débats que son frère Amaury fut reconnu pour son successeur.

A cette époque, l'Egypte se trouvait le théâtre d'une guerre civile occasionnée par les prétentions rivales de deux vizirs ; Amaury en profita et remporta plusieurs victoires sur les Egyptiens et les Sarrasins. Mais les choses changèrent de face lorsque le jeune Saladin (Sala-Eddin Yousouf, fils d'Ayoub) parvint à la dignité de vizir de l'Egypte. C'est le célèbre h^^ros qui, bientôt après (1171 ), renversa le khalifat des Fatiraites, et qui, d'abord gouverneur au nom de Nourreddin, se rendit bientôt indépendant, et s'empara, après la*'mort de ce dernier (117i^, de Damas, et étendit ses possessions jusqu'aux frontières de la Palestine. Amaury mourut en 1173, sans pouvoir arrêter les progrès de ce redoutable ennemi, et laissant le royaume entouré des plus grands dangers à son fils Baudouin IV, àgéde treize ans.

En 1178, Saladin se mit en marche pour attaquer la Palestine à la tête d'une puissante armée ; mais le jeune roi de Jérusalem le battit près d' Ascalon. Ce revers ne découragea pas Saladin ; il revint un an après dans la

Judée attaquer les chrétiens dans le lieu appelé \ePont de Jacob, et prit d'assaut la forteresse qui défendait la Galilée et les deux rives du Jourdain. Les chrétiens n'échappèrent aux plus grands désastres que par la famine qui obligea Saladin de retourner en Egypte et de conclure une trêve de deux ans; mais, dès l'année suivante, il trouva un prétexte pour la rompre et vint ravager la Galilée, Baudouin, atteint de la lèpre, confia le gouvernement à Guy de Lusignan, qui avait épousé Sibylle, sa sœur aînée; bientôt après, l'impéritie que Lusignan montra dans la guerre lui fit ôter le commandement; Baudouin le confia au comte de Tripoli, En même temps il fit couronner Baudouin V, enfant de cinq ans, qu'avait eu Sibylle d'un premier mariage avec Guillaume Longue -Épée, Baudouin IV, qui avait encore obtenu une trêve de Saladin, mourut en 1185, et Baudouin V l'année suivante. Homfroi de ïhoron et Guy de Lusignan se disputèrent le trône; mais Sibylle parvint à assurer la couronne à son mari.

Saladin ne tarda pas à recommencer les hostilités (1187). L'armée des chrétiens s'avança pour délivrer Tibériade qu'il assiégeait; mais elle fut battue, Guy de Lusignan fait prisonnier, et les Templiers et Hospitaliers massacrés. Par suite de cette victoire, les Musulmans s'em'parèrent de presque toute la terre sainte; Ascalon ne se rendit qu'à condition que le roi de Jérusalem serait mis en liberté. Saladin y consentit; toutefois il ne remplit sa promesse qu'au bout d'une année. Sur la côte, les seules villes de Tyr et de Tripoli restaient • encore aux chrétiens; le sultan marcha enfin vers Jérusalem, On dit que cent mille personnes étaient renfermées dans la ville sainte; mais on n'y comptait que peu d'hommes d'armes capables de la défendre; et la multitude qui s'y pressait ne faisait qu'augmenter le

trouble et rendre la résistance plus difficile. Les assiégés choisirent pour chef Baléan d'Ibelin, vieux chevalier qui s'était trouvé à la bataille de Tibériade. Saladin dirigea ses attaques vers le nord de la ville, comme tous ceux qui, jusqu'alors, avait assiégé Jérusalem. Douze jours se passèrent en combats continuels : les chrétiens montrèrent d'abord un grand courage; mais bientôt, voyant que toute résistance était inutile contre les forces imposantes de l'ennemi, le désespoir s'empara d'eux, ils ne pouvaient plus que se rendre dans les églises pour implorer la protection du ciel. Enfin les Latins, ayant appris que les chrétiens grecs et orientaux avaient formé un complot pour livrer la ville aux Musulmans, se hâtèrent de demander une capitulation à Saladih. Les hommes de guerre obtinrent la permission de se retirer à Tyr ou à Tripoli, et il fut permis aux autres habitants de se racheter. Leur rançon fut fixée à dix pièces d'or pour chaque homme, cinq pour chaque femme et deux pour chaque enfant. Cette capitulation fut signée le 2 octobre 1187. Quoiqu'on l'eût reçue avec joie, les chrétiens ne purent se défendre d'un profond sentiment de tristesse en quittant les lieux sacrés illustrés par les souffrances du Sauveur.

La conduite de Saladin envers les chrétiens fut, à quelques égards, digne d'éloges : il délivra gratuitement deux mille pauvres, et distribua des aumônes à un grand nombre. Il permit aussi aux chevaliers Hospitaliers de rester un an à Jérusalem pour soigner les malades.

Cependant Guy de Lusignan, délivré par Saladin, avait rassemblé une petite armée de neuf mille hommes, et était venu mettre le siège devant Saint- Jean d Acre, ïrédéric de Souabe, fils de l'empereur Barberousse, \int le rejoindre avec les débris de l'armée de son

père (1190), et, un an après, Philippe-Auguste et Richard Gœur-de-Lion débarquèrent devant le camp. Acre fut bientôt accablée par le nombre et se rendit, promettant, au nom de Saladin, la remise de la vraie croix qui avait été prise à la bataille de Ptolémaïs. Philippe- Auguste partit aussitôt pour la France, Richard resta seul; il eût pu, s'il eût continué la guerre avec vigueur, reprendre Jérusalem, mais il lui tardait de retourner en Angleterre. Il ne sut pas profiter d'une éclatante victoire qu'il gagna à Arsouf sur Saladin, et il résolut de quitter la terre sainte. Avant son départ il convint avec Saladin que les chrétiens conserveraient toute ia côte de Joppé à Tyr, et que Jérusalem serait ouverte aux pèlerins chrétiens, et on stipula une trêve de trois ans et huit mois. Richard donna la royauté titulaire de Jérusalem à Henri, comte de Champagne, troisième mari d'Isabelle, tille d'Amaury et sœur de Sibylle , et dédommagea Guy de Lusignan en lui donnant l'ile de Chypre. Vers la fin de l'an 1192 il partit pour l'Europe, Gù de nouveaux malheurs et une longue captivité l'attendaient. Un an après Saladin mourut, laissant son royaume en proie aux dissensions. Son frère Malek- Adhel, connu aussi sous le nom de Seif-Eddin, pai'vint à triompher des autres compétiteurs, et continua la puissance des Ayoubites en Egypte et dans une grande partie des provinces syriennes.

Une quatrième croisade fut provoquée par le pape Célestin III et l'empereur d'Allemagne Henri VI. Les croisés furent divisés en deux armées : l'une était commandée par les ducs de Saxe et de Brabant, l'autre par l'archevêque de Mayence et par Valeran, comte de Limbourg. Malek-Adhel, informé de l'arrivée des croisés à Saint-Jean d'Acre, vint assiéger Joppé et se rendit maître de la ville, où vingt mille chrétiens furent

passés au ûl de l'épée. Après avoir détruit les fortifications de Joppé, le sultan alla à la rencontre des croisés. Les deux, armées se joignirent entre Tyr et Sidon, et la victoire resta aux chrétiens. Bientôt les Musulmans ne conservèrent plus sur la côte que la forteresse de Tlioron, située à une lieue de Tyr. L'armée chrétienne vint y mettre le siège; mais la désunion se mit 'dans le camp, et, à la nouvelle que Malek-Adhel s'avançait pour faire lever le siège, les croisés se retirèrent en désordre. Les Allemands se rendirent à Joppé, oîi ils se fortifièrent. Malek-Adhel les y vint attaquer; la victoire se déclara pour les chrétiens, mais ils perdirent un grand nombre de leurs plus braves soldats, et au nombre des morts furent le duc de Saxe et le duc d'Autriche (1198). Bientôt la mort de Vernepereur Henri VI détermina les seigneurs allemands à retourner en Occident, et ils partirent, laissant quelques troupes pour garder Joppé. Peu de temps après leur départ, les Musulmans surprirent cette ville pendant une fôte et en massacrèrent la garnison.

A Henri de Champagne, mort pendant cette quatrième croisade, avait succédé, commft roi titulaire de Jérusalem, Amaury II de Lusignan, qu'Isabelle, veuve de Henri, venait d'épouser. Amaury II et Isabelle moururent en 1203. Le royaume de Jérusalem devint l'héritage de Marie, fille d'Isabelle, que Philippe-Auguste maria à Jean de Brienne.

Pendant les premières années du treizième siècle la guerre sainte s'organisa de nouveau en Europe contre les Musulmans; mais les croisés s'attachèrent plus particulièrement à l'Egypte et ne tentèrent rien d'important en Palestine.

Cependant Malek-Kamel, fils de Malek-Adhel, engagé dans une guerre contre son frère, le sultan de

Damas, appela Frédéric II, empereur d'Allemagne, à son secours, promettant de lui livrer Jérusalem, avec quelques villes et villages, en réservant néanmoins aux Musulmans la mosquée d'Omar et le libre exercice de leur culte.

Frédéric arriva et se couronna roi de Jérusalem; les chrétiens se virent encore une fois en possession de la ville sainte (1228); mais le traité qu'il avait fait avec le sultan fut considéré comme impie et sacrilège. Le patriarche latin frappa d'interdit Jérusalem, et les ecclésiastiques désertèrent l'église du Saint-Sépulcre, tandis que, de leur côté, les poètes musulmans faisaient des élégies sur la perte de leur conquête. Frédéric, voyant que tout le monde se retirait de lui, quitta bientôt la cité sainte; et, trouvant partout des dispositions hostiles, retourna en Europe.

On avait stipulé une trêve de dix ans. Ce terme expiré, l'émir de Pétra se rendit maître de Jérusalem, abattit la tour de David et les remparts élevés par les chrétiens. Toutefois, l'émir dut se retirer, et l'on commençait à se mettre en état de défense, lorsque les bandes féroces des Kharismiens se précipitèrent sur la Judée. Trop faibles pour soutenir un siège, les chrétiens se retirèrent; mais les Barbares employèrent un stratagème pour faire revenir les fugitifs, qui furent tous massacrés ou chargés de fer (1244). Le sultan d'Egypte reprit Jérusalem et la Syrie en 1247 sur les Kbarismiens.

Après .son expédition malheureuse en Egypte, saint Louis se rendit dans la terre sainte, et débarqua à Saint-Jean d'Acre en 1250; mais il ne put que ranimer pnr sa présence le courage abattu des chrétiens et relevei- les murs de quelques villes, comme Saint- Jean d'Acre, Caïpha, Joppé, Césarée. Il se vit hors

d'état de délivrer Jérusalem; et, après un séjour de trois ans, la mort de la reine Blanche le détermina à quitter la Palestine (12oi).

Au mois d'avril 1291 le sultan Malek-Aschraf vint mettre le siège devant Acre, principal boulevard des chrétiens, avec une armée de cent quarante mille fantassins et soixante mille cavaliers. Après plusieurs assauts, que les chrétiens soutinrent avec le plus grand courage, la ville tomba au pouvoir des Musulmans. A cette nouvelle, les villes de Tyr, de Beyrout et de Sidon ouvrirent leurs portes sans résistance. Ainsi furent effacées les dernières traces de la conquête chrétienne en Palestine, et il ne resta plus rien de ce royaume de Jérusalem, dont un historien, l'abbé Guénée, expose ainsi l'organisation à l'époque des croisades :

« Le royaume de Jérusalem, dit-il, s'étendait du couchant au levant, depuis la mer Méditerranée jusqu'au désert d'Arabie, et du midi au nord, depuis le fort de Darum, au delà du torrent d'Egypte, jusqu'à la rivière qui coule entre Béryte et Byblos. Ainsi, il comprenait d'abord : les trois Palestines, qui avaient pour capitales : la première, Jérusalem; la deuxième, Césarée maritime; la troisième, Bethsan, puis* Nazareth ; il comprenait, en outre, tout le pays des Philistins, toute la Phénicie, avec la deuxième et la troisième Arabie, et quelques parties de la première.

» Cet Etat, disent les Assises de Jérusalem, avait deux chefs seigneurs, l'un spirituel et l'autre temporel, le patriarche était le seigneur spirituel, et le roi le seigneur temporel.

» Le patriarche étendait sa juridiction sur les quatre archevêchés de Tyr, de Césarée, de Nazareth et de Krak ; il avait pour suffragants les évêques de Bethléem, de Lydda et d'Hébron. De lui dépendaient encore les six

abbes du mont Sion, de la Latine, du Temple, du Mont-Olivet, de Josaphat et de Saint-Samuel, le prieur du Saint-St^pulcre, et les trois abbesses de Notre-Dame la Grande, de Sainte-Anne et de Saint-Ladre.

» Les archevêques avaient pour sufïragants : celui de Tyr, les évoques de Béryte, de Sidon, de Panéas et de Ptolémaïs; celui de CésaréS, l'évèque de Sébaste; celui de Nazareth, l'évcque de Tibériade et le prieur du mont Thabor; celui de Krak, l'évèque du mont Sinaï.

» Les évêques de Saint-George, de Lydda et d'Acre avaient sous leur juridiction : le premier, les deux abbés de Saint-Joseph d'Arimathie et de Saint-Habacuc; les deux prieurs de Saint- Jean l'Évangéliste et de Sainte-Catherine du mont Gisard, avec l'abbesse des Trois-Ombres; le deuxième, la Trinité et les Repentirs.

?> Tous ces évéchés, abbayes, chapitres, couvents d'hommes et de femmes, paraissent avoir eu d'assez grands biens, à en juger par les troupes qu'ils étaient obligés de fournir à l'État. Trois ordres surtout, religieux et militaires tout à la fois, se distinguaient par leur opulence ; ils avaient dans le pays des terres considérables, des châteaux et des villes.

» Outre les domaines que le roi possédait en propre, comme Jérusalem, Naplouse, Acre, Tyr et leurs dépendances, on comptait dans le royaume quatre grandes baronnies; elles comprenaient, la première, les comtés de Jaffa et d'Ascalon, avec les seigneuries de Rama, de Mirabel et d'Ybelin, la deuxième, la principauté de Galilée; la troisième, les seigneuries de Sidon, de Césarée et de Bethsan; la quatrième, les seigneuries de Krak, de Montréal et d'IIébron. Le comté de Tripoli formait une principauté à part, dépendante, mais distinguée du royaume de Jérusalem.

» Un des premiers soins des rois avait été de donner un Code à leur peuple. De sages hommes furent chargés de recueillir les principales lois des dilTérents pays d'où étaient venus les croisés, et d'en former un corps de législation d'après lequel les affaires civiles et criminelles seraient jugées. On établit deux cours de justice, la haute pour les nobles, l'autre pour la bourgeoisie et toute la roture. Les Syriens obtinrent d'être jugés suivant leurs propres lois.

» Les dilTérents seigneurs, tels que les comtes de JaflTa, les seigneurs d'Ybelin, de Césarée, de Kaiffa, de Krak, l'archevêque de Nazareth, etc., eurent leurs cours de justice, et les principales villes, Jérusalem, Naplouse, Acre, Jaffa, Césarée, Bethsan, Hébron, Godres, Lydda, Assur, Panéas, Tibériade, Nazareth, leurs cours et justices bourgeoises; les justices seigneuriales et bourgeoises, au nombre d'abord de vingt ou trente de chaque espèce, augmentèrent à proportion que l'État s'agrandissait.

» Les baronnies et leurs dépendances étaient chargées de fournir deux mille cavaliers; les villes de Jérusalem, d'Acre et de Naplouse, en devaient six cent soixante-six, et cent treize sergents; les cités de Tyr, de Césarée, d'Ascalon, de Tibériade, mille sergents.

» Les églises, évêques, abbés, chapitres, etc., devaient en donner environ sept mille, savoir : le patriarche, l'église du Saint-Sépulcre et l'abbé du mont Thabor, chacun cinq cents; l'archC'î.'êque de Tyr et l'évêque de Tibériade, chacun cinq cent cinquante; les évêques de Lydda et de Bethléem, chacun deux cents, et les autres à proportion de leurs domaines.

» Les troupes de l'État réunies firent d'abord une armée de dix à douze mille hommes : on les porta ensuite à quinze, et quand Lusignan fut défait par Sala-

din, son armée montait à près de vingt-deux mille hommes, toutes les troupes du royaume,

» Malgré les dépenses et les pertes qu'entraînaient des guerres presque continuelles, les impôts étaient modérés, l'abondance régnait dans le pays, le peuple se multipliait, les seigneurs trouvaient dans leurs fiefs de quoi se dédommager des avantages qu'ils avaient laissés en Europe, et Baudouin du Bourg lui-même ne regretta pas longtemps son riche et beau comté d'Édesse.»

Lorsque la perte du royaume des croisés eut été définitivement consommée, les souverains de l'Occident, ne pouvant plus songer à conquérir le tombeau du Sauveur, voulurent du moins le protéger.

Robert, roi de Sicile, et Sanche, sa femme, pour mettre les lieux saints à l'abri de la profanation, les rachetèrent à grand prix du sultan d'Egypte et les cédèrent au souverain pontife, qui en confia la garde aux franciscains, comme on le voit par une bulle de Clément VI en date du 13 novembre 1342. Ces humbles religieux, soldats désarmés, défendent, depuis cette époque, par leurs prières et quelquefois au péril de leur vie, des monuments que la politique et l'épée de l'Europe ne protègent plus guère, mais qui sont restés chers à toute âme chrétienne.

Nous avons rappelé ailleurs que les sultans d'Egypte restèrent paisibles possesseurs de la Syrie et de la Palestine jusqu'en 1382, et qu'alors Barkouk, fondateur de la dynastie des Mamelouks Borgites, s'en empara. Ceux-ci en furent à leur tour dépossédés par l'empereur ottoman Sélim P% en 1517.

Pendant plus de deux siècles et demi il n'arriva en Palestine aucun changement notable. Nous ne sommes instruits de l'état du pays que par les pèlerins et les voyageurs qui le visitaient de temps à autre ; mais son

histoire n'offre qu'une série d'événements sans importance, des troubles, des séditions causés par l'ambition et l'avidité des pachas.

L'Europe, en s'occupant d'arrêter les invasions des Turks en Occident, ne cessa pas de veiller en même temps sur les lieux saints, auxquels se rattachaient tant de souvenirs, et pour la possession desquels elle avait fait tant de vains sacrifices.

Voici comment l'historien des croisades, en terminant son brillant tableau de la lutte de l'Occident avec l'Orient, rend compte des efforts pacifiques faits par les souverains de l'Europe pour protéger les intérêts chrétiens en Orient et les lieux saints.

« La plupart des souverains de la chrétienté, à l'exemple de Charlemagne, mettaient leur gloire non plus à délivrer, mais à protéger la ville de Jésus-Christ contre les violences des Musulmans. Les capitulations de François I", renouvelées par la plupart de ses successeurs, renferment plusieurs dispositions qui tendent à assurer la paix aux chrétiens et le libre exercice de la religion chrétienne en Orient.

» Sous le règne de Henri IV, Deshayes, ambassadeur de France à Constantinople, alla visiter les fidèles de Jérusalem et leur porta les secours et les consolations d'une charité toute royale. Le comte de NointcJ, qui représentait Louis XIV auprès du sultan des Turks, se rendit aussi dans la terre sainte, et Jérusalem reçut en triomphe l'envoyé du puissant monarque dont le crédit et la renommée allaient protéger les chrétiens jusqu'au delà des mers. Après le traité de Passarowitz, la Porte envoya une ambassade solennelle à Louis XV. Cette ambassade était chargée de présenter au roi très-chrétien un firman du Grand-Seigneur qui accordait aux catholiques de Jérusalem l'entière possession du Saint-

Sépulcre et la liberté de réparer leurs églises. Les princes de la chrétienté envoyaient chaque année leurs tributs à la ville sainte, et, dans les cérémonies solennelles, l'église de la Résurrection étalait les trésors des rois de l'Occident. Les pèlerins n'étaient plus reçus à Jérusalem par les chevaliers de Saint-Jean, mais par les gardiens du Sépulcre, qui appartenaient à la règle de Saint-François d'Assise.

» Conservant les mœurs hospitalières des temps anciens, le supérieur lavait lui-même les pieds des voyageurs et leur donnait tous les secours nécessaires pour leur pèlerinage. La sécurité qui régnait dans la ville de Jérusalem, fit qu'on songea moins à sa délivrance. Ce qui avait suscité l'esprit des croisades dans le onzième siècle, c'était surtout la persécution dirigée contre les pèlerins et l'état misérable dans lequel gémissaient les chrétiens d'Oiient. Lorsqu'ils cessèrent d'être persécutés, et qu'ils eurent moins de misères à soulïrir, des récits lamentables ne réveillèrent plus ni la pitié ni l'indignation des peuples de l'Occident, et la chrétienté se contenta d'adresser à Dieu des prières pour le maintien de la paix dans les lieux qu'il avait sanctifiés par ses miracles. Il y avait alors un esprit de résignation qui remplaçait l'enthousiasme des croisades; la cité de de David et de Godel'roi se confondait dans la pensée des chrétiens avec la Jérusalem céleste; et comme les orateurs sacrés disaient qu'il fallait passer par le ciel pour arriver au territoire de Sion, on ne dut plus s'adresser à la bravoure des guerriers, mais à la dévotion. et à la charité des fidèles (1) I »

Malheureusement, la possession des lieux consacrés par les saintes traditions était un sujet de luttes conti-

fl) Michaud, Histoire rfe.» Croisades,

nnelles entre les différentes communions chrétiennes. Tantôt les Latins faisaient reconnaître leurs privilèges, sous la puissante protection de l'Occident; tantôt les intrigues et l'or des Grecs l'emportaient sur les droits tant de fois garantis aux catholiques romains. Nous traiterons dans le chapitre suivant, de l'origine et des pliascs diverses de cette grande querelle.

Il ne se passa, d'ailleurs, en Palestine, aucun évé- Dement extérieur digne de remarque jusqu'à la fin du dernier siècle, époque de l'expédition française.

Dans les premiers jours de février 1799, l'armée française, commandée par le général Bonaparte, et composée des divisions Kléber, Régnier, Lannes, Bon et Murât, forte d'environ treize mille hommes, entra en Palestine. El-Arisch et Gaza se soumirent après une courte résistance. De là, l'armée se dirigea vers Jaffa ou Joppé, qui fut prise d'assaut. C'est là que nos soldats prirent les germes de la peste qui enleva sept à huit cents hommes dans l'expédition de Syrie. De Jaffa, les Français s'avancèrent sur Saint-Jean-d'Acre, en passant par la plaine de Saron ; la place, défendue par une nombreuse garnison qui éyiit dirigée par des officiers anglais, résista à toutes les attaques. Une armée turque vint pour en faire lever le siège, mais elle fut mise en déroute; on reprit alors les travaux d'attaque et on livra plusieurs assauts sans plus de succès qu'auparavant. Les Français avaient perdu trois mille hommes, lorsque le général Bonaparte se décida à lever le siège. Il retourna à Jaffa, dont il fit sauter les remparts et où il fut obligé d'abandonner une cinquantaine de pestiférés.

De nos jours, la guerre entre le vice-roi d'Eg5i)te et le sultan a de nouveau donné quelque importance à la Palestine. Méhémet-Ali ayant à se plaindre d'Abdallah,

pacha d'Acre, s'avança en Syrie avec une armée. Le sultan voulut s'interposer entre eux ; mais le pacha d'Egypte ne tint aucun compte de ses remontrances, et il poursuivit le cours de ses victoires.

Enfin, en 18V0, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et la Russie se joignirent à la Sublime-Porte, pour arrêter la marche victorieuse du pacha. L'obstination de Méhémet nécessita l'exécution militaire des résolutions prises par les puissances alliées. Beyrout fut bombardée et prise le 11 septembre, Sidon se rendit le 21, Acre le 3 novembre, et tout retomba sous la domination de la Porte.

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