‹ La Syrie, la Palestine et la JudéeChapitre 6 sur 20 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

S L De Jaffa à Jérusalem.

Jaffa (Joppé). — Césarée. — Loudd (Lydda ou Diospolis). — Ramia ou Ramlch; lourdes Quarante martyrs; puits de Jacob. — Plaino. de Saron, — Vallées de Jérémie et de Térébinthe. — Naplouse (Sichem). — Aspect des euvirons de Jérusalem.

Pour décrire la Palestine et la Judée, une description méthodique serait insuffisante, en supposant même qu'elle ne fût point fautive. Un double écueil s'y rencontre, c'est, d'une part, de violer les circonscriptions

turkes qui régnent de fait, de l'autre, de morceler un territoire qui demande à être envisagé dans son unité primitive et antique. Pour ces causes, nous avons adopté à son égard la forme de l'itinéraire qui laisse plus de liberté aux allures et plus de marge aux tableaux.

En allant vers la terre sainte, la première plage où aborde généralement le pèlerin est celle de JafTa. Jaffa, situéj sur une colline qui s'avance dans la mer à douze lieues au nord-ouest de Jérusalem et à vingt-deux lieues au sud-ouest de Saint-Jean-d'Acre , est une ville de réputation moderne autant que de célébrité antique. Les croisades consacrèrent son nom que devait mettre plus tard en relief la campagne orientale du général Bonaparte. C'est sur la plage de Jafîa que périrent les quatre milli" maugrabins composant la garnison de la ville. C'est à Jaiïa que se passèrent les épisodes les plus méniorables de la peste qui décima l'armée française.

Dans l'Écriture, Jaffa est l'ancienne Joppé, qui échut à Épliraim avec Lydda et Ramleh. Ce fut à Joppé qu'abordèrent les flottes d'IIiram, chargées de cèdres pour le temple de Salomon; ce fut là que s'embarqua Jonas quand il s'enfuit devant la face du Seigneur. Tombée entre les mains des divers peuples idolâtres, Joppé devint l'une des onze toparcbies où Ascarlen était adorée. Judas Machabêe la brûla; saint Pierre y ressuscita Tabi tlie, et y reçut chez Simon, le corroyeur, les hommes venus de Césarée. Détruite par Sestius, saccagée par Vespasien , prise et reprise par Saladin et Richard Cœur-de-lion ; JafTa eut, dans tous les âges, une existence oscillante et tourmentée. Elle ne présente guère plus aujourd'hui qu'un amas circulaire de maisons disposées en amphithéâtre sur le versant de la colline qui regarde la Méditerranée. Un mur de dix-huit pieds de

hauteur, qui vient aboutir de chaque côté à la mer, la met à l'abri d'un coup de main. C'est du côté de la terre et par le quartier des chrétiens que le général Bonaparte pénétra dans la ville en 1799. Ses murailles ont été réparées en dernier lieu par Abou-Nabout, après la campagne des Français en Syrie. Ce qui a rendu de tout temps sa position avantageuse pour l'établissement d'une ville, ce sont deux sources de fort bonne eau qui se trouvent dans son enceinte même, et sur le rivage de la mer. Au pied des murailles, le long du port, règne un vaste quai, chose rare en Orient, qui oppose une barrière aux vagues de la mer souvent irritées dans ces parages. Ce port est peut-être le plus périlleux de la côte. Il est tristement célèbre dans toute la Syrie par le grand nombre de navires qui y naufragent chaque année. Les écueils dont il est hérissé en défendent l'entrée aux gros vaisseaux. Les petites barques vont chercher les passagers et les marchandises à un quart de lieue en mer, et les déposent sur le quai, où se presse constamment une foule de curieux et d'oisifs.

Les environs de Jaffa offrent un coup d'œil agréable. Avant que des sièges récents les eussent dévastés, des jardins d'orangers, de limoniers, des cédrats, entouraient la ville, tandis qu'au delà, des bois d'oliviers déroulaient leur ceinture d'un vert plus pâle. Cependant, depuis quelques années, les eaux et le soleil ont rendu à JalTa sa parure de vergers et sa campagne riante. Ouand nous la visitâmes, la ville avait déjà retrouvé ses forêts profondes de citronniers, de grenadiers et de figuiers. Jaffa obéit à un aga, qui prend la pla' e à forfait, et s'indemnise à l'aide du droit du myri, de la capitation imposée à quelques villages voisins, et surtout des droits de douane qui sont assez considéra-

bles. Comme port des pèlerins et comme échelle directe de Jérusalem, JatTa entretient un commerce assez actif.

Les importations consistent en blé, riz, toiles, coton et lin. Les principaux articles d'exportations sont l'huile de sésame et le savon. On trouve à Jaffa quatre ou cinq fabriques de cette dernière production. Les côtes voisines fournissent du corail. Actuellement on compte, dans l'ancienne Joppé, environ cinq mille habitants, huit cents Grecs, six cents catholiques, une centaine d'Arméniens, et plus de trois mille musulmans.

Le R. P. J. Besson, dans sa Syrie Sainte, décrit ainsi son débarquement à Jaffa (1) :

« le ne puis exprimer auec quel transport de toutes les puissances de mon ame ie touchay cette terre qui santifie les esprits où l'Homme-Dieu a formé si souuent ses pas pour redresser les nostres. le cherchay cet ancien port; d'oîi vn prophète, dont le naufrage fait vne grande preuue de la prouidence, et les Apostres estoient parlys pour la conqueste du monde. l'admiray la constance des Saintes Apostoliques Marie Magdelaine et Marthe, nobles persécutées qui firent d'vne barque sans pilote, sans auirons, sans voile mais non sans vn vent fauorable, le vaisseau de la victoire, vne carraque chargée de richesses et le nauire de l'église de France. Il me sembloit que ie voyois encor sur ce sable les traces qu'elles laissoient en sortant d'vne terre d'où la grâce sortoit auec elles. Leur exil nous establit dans l'espérance de la patrie et d'vne lerusalem Céleste. Il fît de l'occident l'orient, de la Prouuence vne prouuince tou-

(1) La Sijrie Sainte, par le R. P. Joseph Besson, divisée en deux parties. Paris, 1660. — Sec. part., page 35, 1q Vo'jc.ge de Jaffa à Eiérusalem.

siours très chrestienne et de Jlarseille vn liaure de grâce. Sur ce mesme port tout ruiné ie consulôray les restes des tours et des remparts que fil bastir S. Louys. le ne vis que des sujets de larmes et quelques houls de colonnes qui soustenoient en trauersant des forlilications que le temps dômolissoit. »

Le plus beau monument de la ville de Jaffa, est, sans contredit, le couvent récemment élevé avec beaucoup de peines et d'efforts, parles frères franciscains, tous nés en Espagne. Les matériaux qui ont servi à la construction de cet édifice, ont été tirés en grande partie de Césarôe. Près du couvent se trouve l'hôpital fameux que l'admirable talent de Gros a rendu avec tant de poésie dans le tableau célèbre où il représente Napoléon plein de calme au milieu des pestiférés, et les touchant tour à tour pour relever le courage de son armée abattue.

Ces ruines de Césarée, dont quelques pierres ont été employées à bâtir le couvent des Franciscains de Jaffa, s'étendent au bord de la mer; elles offrent le spectacle, peut-être unique dans le monde, d'une ville qui possède encore ses remparts, ses tours, ses fossés profonds, qui a presque tous ses monuments debout, toutes ses places conservées, où l'on peut, comme autrefois, circuler dans ses rues, loger dans ses maisons, et qui n'a plus un seul habitant. On dirait que ses habitants sont partis d'hier pour aller à quelque fête ou à quelque pieux pèlerinage, et qu'ils vont revenir. Césarée ou Kaïserieh, comme l'appellent les Turks, ne fut pas toujours ainsi abandonnée : elle a eu son règne de splendeur. On l'appelait Césarée de Palestine, pour la distinguer de Césarée de Philippe, qui était dans la Pérée. Elle avait été d'abord nommée Tour de Straton, probablement du nom de son fondateur. Hérpde, qui

l'entoura d'une nouvelle muraille et l'embellit de palais de marbre, lui donna le nom de Césarée, en l'honneur de l'empereur Augjuste, auquel il y consacra un temple. • Les habitants de cette ville étaient la plupart Grecs ou Syriens. Une rixe sanglante qui s'éleva entre eux et les habitants juifs, sous le gouvernement de Gessius Florus, fut la première cause de l'insurrection générale des Juifs contre les Romains. Après la destruction de Jérusalem par Titus, Césarée devint la capitale de la Palestine et la résidence d'un gouverneur romain.

Césarée est encore célèbre dans l'histoire de l'Église primitive : c'est de son sein que sont partis les premiers apôtres du christianisme. Le centurion Cornélius y fut converti à la foi de Jésus-Christ. Saint Paul s'y rendit plusieurs fois et y passa deux ans en prisoji. Dès les premiers siècles de l'Église, cette ville devint le siège d'un évêché ; sous Constantin, elle possédait une des trois églises métropolitaines de la Palestine. Césarée n'est pas moins célèbre dans les fastes héroïques des croisades. En 1101, elle fut prise d'assaut par les chrétiens, sous Baudouin P"", roi de Jérusalem, et reprise par Saladin. C'est là que saint Louis fit exécuter les fameuses fortifications que l'on y vok encore aujourd'hui. La main de l'homme aurait bien peu de chose à faire pour réparer complètement les murailles de la ville et la faire revivre de son ancien éclat.

Le port creusé par Hérode, et qu'il appela Sébaste, a été décrit par l'historien Josèphe (Antiq., livXV, c. 9). Agrandi plus tard avec beaucoup de soin par saint Louis, il est encore aujourd'hui dans un bon état de conservation. On y voit toujours debout la tour du Phare, bravant la fureur des vagues qui grondent à ses pieds. Mais le môle, qui s'avançait très-loin dans la mer, est entièrement détruit. Des blocs de granit rose,

qui en sont probablement les débris , gisent au milieu (les flots.

Muette comme un cadavre , la ville de Césarée n'est interrompue de temps en temps dans son silence, que par le cri perçant des chacals, possesseurs actuels de ses habitations vides. A quelle époque Kaïserieh a-telle perdu ses habitants ? quelle cause a pu faire dispai-aître ainsi jusqu'au dernier une nombreuse population ? Selon l'histoire, le désastre de Césarée remonterait au sultan Bibars, qui porta de si rudes coups aux colonies chrétiennes d'Orient. Les ossements épars en plusieurs endroits, et comme semés au milieu des ruines, attestent les violences auxquelles fut en proie la ville conquise.

En sortant de Jaffa pour se diriger vers Jérusalem, et et au delà de sa lisière de jardins, commence la plaine de Saron, la plaine célèbre des Livres Saints, la plaine des rosiers. Aujourd'hui encore, quand vient le printemps, la campagne s'y couvre de fleurs éclatantes et parfumées. Seulement ce ne sont plus des roses, mais des giroflées et des chardons rouges, blancs, jaunes et violets. La plaine de Saron . qui s'étend depuis Gaza au midi jusqu'au mont Carmel au nord, embrasse quatre plateaux, qui sont séparés les uns des autres, par autant de cordons de pierres nues et dépouillées. Le sol est une arène fine, blanche et rouge, et, quoique sablonneuse, d'une extrême fertilité. Par intervalles, on y aperçoit de grands troupeaux que chassent devant eux des cavaliers arabes, armés d'une longue lance comme les pâtres des marais Pontins. Quelques villages bùtis en boue, recouverts d'herbe sèche, sortent de terre comme autant de meules de foin.

L'endroit le plus important, après qu'on a quitté JatTa, est le village de Loudd [Lydda ou D.os2)olis}.

Lydda fut bâtie par uo descendant de Benjamin, et elle est mentionnée dans le livre de Néhémie. Sous la domination syrienne, elle fît partie de la province de Samarie. Détruite par Sestius, elle fut rétablie plus tard sous le nom de Diqspolis. C'est là que saint Pierre guérit le paralytique Énée, et que saint Georges reçut le martyre. Au quatrième siècle, Lydda eut un évéque aependant du patriarche de Jérusalem. L'évèché, rétabli par les croisés, reçut le nom de Saint-Georges Impossible de se faire une idée de l'air dévasté et misérable de ce lieu, amas de décombres et de masures dont le serai ou palais de l'aga est la plus apparente! A 1 aspect de ces cônes renversés qui forment les habitations, on se croirait dans quelque contrée laponne Cependant Loudd est célèbre dans la Judée par les restes de son église de Saint-Pierre. Les habitants y montrent une colonne sur laquelle ce saint se reposa- on y voit aussi l'endroit où il prêchait, celui où il faisait sa pnere. Nous n'y avons pas trouvé de traces de l'église de Saint-Georges, que Guillaume de Baldensel y vit au quatorzième siècle. « On montre as pèlerins, dit son traducteur Jean le Long, le lieu de la décollation de saint Georges, au cuer de une église qui jadis fift belle. » Au-delà de ce point, et à une très-petite distance se présente Ramla ou Ramleh, endroit charmant situé à 1 une des extrémités de la plaine de Saron. Ramleh suivant quelques auteurs, est l'ancienne Arimathie' Selon le géographe arabe Aboul-Féda, elle fut fondée en 716 de notre ère, par le khalife Soliman, fils d'Addul-Mehk. Le moine Bernard, qui visita la Palestine en 8/0, en fait mention, et Reland croit qu'elle n'est citée par aucun historien avant cette époque. Cette ville, que Guillaume de Baldensel trouva encore, en 1336,' « bien habitée, et saine, et délitable, » offrait autrefois aux polenns chrétiens une giande hôtellerie de forme

if.

quadrangulaire, que Philippe le Bon, duc do Bourgogne, avait fondée pour cet usage sur l'emplacement et avec les débris de l'habitation de Joseph d'Ariraathie. Furer, voyageur du seizième siècle, nous dit que cette hôtellerie portait le nom de maison des Francs. Il n'en reste plus ni vestige ni souvenir; c'est ai^ couvent des Franciscains que les pèlerins chrétiens logent à Ramleh. La ville est aujourd'hui presque aussi ruinée que Loudd. Son enceinte est remplie de décombres : l'aga y est logé entre des murs qui se lézardent, et sous des voûtes qui croulent. Les Barbaresques à sa solde occupent un khan que les scorpions leur disputent. Cependant rien n'est plus beau que la campagne environnante : des oliviers gigantesques s'y groupent en quinconce, et de vastes champs de coton occupent les espaces libres. Ramleh, aujourd'hui peuplé de deux cents familles, a dû autrefois nourrir une population bien plus importante, comme l'attestent la grande étendue de ruines, de citernes enfoncées, et de vastes réservoirs voûtés que l'on y rencontre à chaque pas. Parmi les citernes, on en remarque une surtout, qu'on dit être l'ouvrage de Constantin. On y descend par vingt-sept marches : elle a trente-trois pas de long sur irente de large; elle est composée de vingt quatre arches, et reçoit les pluies par vingt-quatre ouvertures. Mais, de toutes les ruines de Ramleh, la plus caractéristique est celle que l'on nomme la tour des Quarante Martyrs, qui servit de minaret, comme l'indique une inscription arabe du temps du sultan Seyf-ed-Dyn. Lors du voyage de M. de Lamartine, la tour des Quarante Martyrs était occupée par des derviches tournants, prêtres musulmans dont les voyageurs purent constater les pratiques bizarres. Voici ce fragment curieux de leur relation :

« C'était un vendredi, jour de cérémonie de leur

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culte : nous y assistons. Une vingtaine de derviches, revêtus d'une longue robe et d'un bonnet pointu de feutre blanc, étaient accroupis en cercle dans une enceinte entourée d'une petite balustrade. Celui qui paraissait en être le chef, figure vénérable à grande barbe blanche, était, par distinction, placé sur un coussin et dominait les autres. Un orchestre, composé d'un nahi ou basson, d'un shoubabé, sorte de clarinette, et de deux petits tambours réunis appelés nacariate, jouait les airs les plus discordants à nos oreilles européennes. Les derviches se lèvent gravement un à un, passent devant le supérieur, le saluent, et commencent à tourner en cercle sur eux-mêmes, les bras étendus et les yeux élevés vers le ciel. Leur mouvement, d'abord lent, s'anime peu à peu, arrive à une rapidité extrême et finit par former comme un tourbillon où tout est confusion etéblouissement : tant que l'œil peut les suivre, leurs regards paraissent exprimer une grande exaltation ; mais bientôt on ne distingue plus rien. Le temps que dura celle valse étrange, je ne saurais le dire, mais il me parut incroyablement long. Peu à peu, cependant, le nombre des tourneurs diminuait; épuisés dejatigue, ils s'affaissaient l'un après l'autre et retombaient dans leur altitude première ; les derniers semblaient mettre une grande persistance à tourner le plus longtemps possible, et j'éprouvais un sentiment pénible à voir les efforts que faisait un vieux derviche, balelant et chancelant à la fin de cette rude épreuve, pour ne céder qu'après tous les autres. Pendant ce temps, nos Arabes nous entretiennent de leurs superstitions ; ils prétendent qu'un clirétien récitant continuellement le Credo forcerait le musulman à tourner sans fin par une impulsion irrésistible jusqu'à ce qu'il en mourût; qu'il y en avait beaucoup d'exemples, et qu'une fois les der-

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viches, ayant découvert celui qui employait ce sortilège, l'avaient forcé à réciter le Credo h rebours, et avaient ainsi détruit le charme au moment où le tourneur allait expirer. ¥A nous, nous faisons de tristes réflexions sur la faiblesse de la raison humaine, qui cherche à tâtons, comme l'aveugle, sa route vers le ciel, et se trompe si souvent de chemin. Ces bizarres extravagances, qui dégradent en quelque sorte l'esprit humain, avaient pourtant un but digne de respect et un noble principe. C'était l'homme voulant honorer Dieu ; c'était l'imagination voulant s'exalter par le mouvement physique, et arriver, comme elle y arrive par l'opium, à cet étourdissement divin, à cet anéantissement complet du sentiment et du moi, qui lui permet de croire qu'elle s'est abîmée dans l'unité infinie, et qu'elle communique avec Dieu I » En sortant de la tour, nous entrons dans les galeries d'un cloître ruiné qui conduisent à une église souterraine; nous descendons par plusieurs marches sous une voûte surbaissée qui porte une belle colonnade. L'aspect d'une église souterraine m'a toujours paru d'un effet imposant et attendrissant à la fois. L'obscurité mystérieuse, la solitude de ces voûtes silencieuses reportent l'imagination aux premiers temps du culte, lorsque les chrétiens se retiraient dans des grottes profondes pour dérober leurs mystères aux yeux profanes, et les soustraire à la persécution. En Orient, la plupart des églises semblent bâties pour embellir ces asiles primitifs, et orner de tout le luxe de l'architecture ces humbles retraites où la foi s'était longtemps cachée, comme pour venger, par une éclatante réparation, les humiliations et les injures de la domination païenne; mais le temps des persécutions devait renaître pour les malheureux chrétiens, et le nom de ce monument, les Quarante Martyrs, ferait croire qu'il a servi de refuge

aux fidèles, sans pouvoir les protéger. Et maintenant tout est en ruine ; les nefs et les colonnades bâties par les empereurs n'ont pas commandé plus de respect aux vainqueurs que les humbles grottes des premiers disciples de la croix; les voûtes servent d'écuries, et les cloîtres de casernes. »

Ces ruines qui avoisinent la tour des Quarante Martyrs consistent en des espèces de portiques parsemés de figuiers sauvages. On dit que saint Joseph, la Vierge et l'enfant Jésus se sont arrêtés dans ce lieu, lors de la fuite en É;;v'pte.

Quand on quitte Ramleh, la route continue pendant deux lieues au travers de la plaine, sans offrir d'autre particularité que la vue d'un puits nommé, comme une foule d'autres, puits de Jacob ou d'Yakoub. Au delà de ce point, commencent les premières ondulations des montagnes de Judée, et trois milles plus loin les premières rampes delà chaîne. Alors les chemins deviennent escarpés et difficiles : tantôt on longe un torrent sur un sentier étroit qui semble taillé dans les parois du roc, tantôt on franchit des quartiers de roc roulés et entassés en forme d'escaliers. Toute cette charpente montueuse se trouve composée de pics conftjues, dont les bandes sont disposées en amphithéâtre. De chaque redan du rocher sortent des touffes de chênes nains, de buis et de lauriers roses. Le fond des ravins est tapissé d'oliviers qui, parfois, forment des bois entiers sur les flancs de la chaîne. Quand on a atteint le sommet des premiers rameaux et qu'on se retourne vers la mer, l'œil est frappé du plus magnifique spectacle. Toute la plaine de Saron, de Gaza à Césarée, est étendue sous les pieds du voyageur, avec la mer pour bordure, tandis qu'au nord s'ouvre le vallon de Jérémie, où l'on croit qu'est né le grand poète des Lamentations. Cependant,

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en approchant du village de Samt-Jérémie, des troupeaux de chèTi'es à oreilles tombantes et des moutons à large queue se révèlent comme autant de preuves traditionnelles de la vie pastorale des anciens Hébreux. Des femmes arabes font sécher les raisins dans les vignes, ou, comme les filles de Madian. portent sur leurs têtes des vases pleins d'eau. Plus loin recommencent les ondulations montueuses, lantùtau travers d'avalanches de pierres qui roulent sous les pieds des chevauN^, tantôt sur le bord d'une étroite et glissante corniche. Les versants, à droite et à gauche, son t souvent très-boisés ; le vert brillant du laurier-thym et du fraisier arbuste contraste avec le mince et élégant feuillage des oliviers et des lentisques.

Ainsi, de la vallée de Jérémie on descend dans la vallée de Térébinthe, plus étroife et plus profonde que la première, couverte do vignes et de roseaux de doura. Là, coule le torrent où David ramassa les cinq pierres dont il frappa le géant Goliath. Le torrent a un pont de pierres, le seul que l'on rencontre dans ces déserts. A peu de dislance est Kercet Lefla, au bord d'un ravin desséché; puis, dans le lointain, El-Bire, sur la route de Nablous ou Naplouse, la Sichem du royaume d'Israël et la Néapolis des Hérodes. Sichem est une des villes les plus anciennes du pays de Chanaan. Du temps d'Abraham, il y avait là un bois de térébinthes appelé Noré, dont parle la Genèse (xii, 6); mais, au temps de Jacob, nous y trouvons une ville, sous un prince des Hévites, nommé Hamar. Ce prince avait un fils, appelé Sichem, qui donna sans doute son nom à la cité. Après la conquête des Hébreux, Sichem, appartenant au canton d'Éphraïm, devint une ville lévitique; on y transporta les restes de Joseph. Ce fut là que Josué, avant de mourir, convoqua les Israélites, et donna aux

anciens et aux chefs de tribus ses derniers conseils. La ville fui détruite par le juge Abimélech, contre lequel les habitants de Sichem s'étaient révoltés (Juges, cil. xix). Nous ne la retrouvons ensuite mentionnée que sous David (Ps. CO, v, 8). Après la mort de Salonion, il se tint à Sichem une assemblée de la nation, par suite de laquelle eut lieu le schisme des dix tribus. Jéroboam, le premier roi d'Israël, embellit la ville et y fixa sa résidence. Sous les rois de Perse, elle devint le siège principal du culte des Samaritains. Ils bâtirent sur le mont Garizim un temple qui fut détruit, deux siècles plus lard par Jean Hyrcan. Dans l'Évangile de saint Jean, Sichem est mentionnée sous le nom de Sichar. L'empereur Vespasien en fit une colonie romaine qui reçut le nom de Flavia Neapolis. Depuis celte époq^ue, lancien nom disparaît peu à peu dans les uuUnirs. De JNéapoiis les Arabes ont inil Naplouse ou Nablous. Cette ville eut de bonne heure une communauté chrétienne; saiut Justin le martyr y vit le jour. L'empeieur Zenon expulsa les Sarnarilams du mont Garizim et y bâtit une église; Justinien y rétablit cinq autres églises que ces M^ctaires avaient brûlées. Incendiée pendant les croisades, iNaplouse fut rebâtie en 1283. C'^st encore aujourd'hui un assez gros bourg, résidence d'un cheik, qui relève du pacha de Damas. Sa population de neuf mille âmes, toute composée de zélés musulmans, ne soullre pas le mélange de chrétiens. Ce pays, situé au cœur des montagnes et loin des pachas avanistes, est plus prospère que ne l'est ordinairement un pays turk ou arabe. Les Kaplousains sont répartis dans des villages populeux, dont le sol produit du blé, du coton, des olives cl de la soie. Ils ont passé de tout temps pour le peuple le plus indépendant et le plus riche de la Syrie, A mesure que l'on avance vers les plateaux élevés au

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faîte desquels est assise Jérusalem, les sites prennent un caractère plus âpre et plus sauvage. C'est un désert ond Dieux, où des tiguiers desséchés étalent leurs feuilles noircies. Peu à peu la terre, qui jusqu'alors a conservé quelque verdure, se fane et se dépouille. Bientôt toute végétation cesse, les mousses mêmes disparaissent. On a peine à se rendre compte de la grande fortune de cette ville en examinant sa situation; on s'explique difficilement comment il a pu arriver à une ville placée loin de tout grand passage, sur un terrain scabreux et sans eau, au milieu de ravines et de hauteurs ardues, de réaliser une des plus grandes et des plus magnifiques existences qu'ait jamais atteintes une métropole. Cette situation ingrate empêchait que Jérusalem ne fût ni un entrepôt de commerce ni un siège de consommation ; et pourtant Jérusalem est encore aujourd'hui la ville sainte, la ville de la tradition, la ville du prestige religieux, sacrée aux yeux des juifs, des chrétiens et môme des musulmans, qui la nomment El Qods, la ville sainte. Son assiette même, difficile et ardue, sa grandeur morne et dépouillée, ont dû contribuer à lui conserver ce culte de tous les peuples et de tous les âges. M. de Chateaubriand fut frappé de cet aspect de puissance et de rudesse.

« Parvenus à ce passage, dit-il, nous cheminâmes pendant une autre heure sur un plateau nu, semé de pierres roulantes. Tout à coup, à l'extrémité du plateau, j'aperçus une ligne de murs gothiques flanqués de tours carrées, etderrièrclesquelss'élevaientqiielques pointes d'édifices. Au pied de ces murs, paraissait un camp de cavalerie turke, dans toute la pompe orientale. Le guide s'écria : « El Qods f » (la sainte) , et il s'enfuit au grand galop.

» Je conçois maintenant ce que les historiens et les voyageurs rapportent de la surorise des croisés et des

pèlerins à la première vue de Jérusalem. Je puis assurer que quiconque a eu, comme moi, la patience de lire à peu près deux cents relations modernes de la terre sainte, les compilations rabbiniques et les passages des anciens surla Judée, neconnaîtrien du toutencore. Je restai les yeux fixés sur Jérusalem, mesurant la hauteur de ses murs, recevant à la fois tous les souvenirs de l'histoire, depuis Abraham jusqu'à Godefroi de Bouillon, pensant au monde entier changé par la mission du Fils de l'Homme, et cherchant vainement ce temple, dont il ne reste pas pierre sur pierre. Quand je vivrais mille ans, jamais je n'oublierais ce désert, qui semble respirer encore la grandeur de Jéhova et les épouvantements de la mort. »

§11. — Jérusalem.

Sa fondation, son histoire, ses monuments, son enceinte, ses rues, ses portes. — Portes de Damas et d'Ephraïm. — Église du Saint- Sépulcre , sa descriplion: le tabernacle ou sépulcre de Notre-Seigneur ; les tombeaux de Godefroi et de Baudouin , rois de Jérusalem. La voie Douloureuse; la maison de Pilate; l'arcade de l'Ecce Bomo; la maison du mauvais riche; la maison de Véronique; la porte Judiciaire. — Maisons d'Anne le Pontife et de Simon le Phar risien ; monastère de Sainle-Anne, prison de Saint-Pierre. — Piscine de Betlisabée. La maison de Caiphe , le Sai ut-Cénacle, le palais de David. Fontaine ou piscine de Siloé, fontaine de la Vierge ; vallée de Josapliat, torrent de Cédron ; montagne des Oliviers, mont du Scandale. Le village de Gethsémani ; sépulcres de laVierge,de saint Joachim, de saint "Joseph et de sainie Anne. Église de l'Ascension. — Tour des Pisans, Prétoire de Pilate, piscine Probatique, palais d'IIérode, hôpitai turk (ancien hôpital chrétien). — Le temple de Salomon ; sa description d'aj)rès Josèphe. — Tomboyjx de Zacliarie, d'Absalon, de Josaphat, de saint Jacques. — Sépulcres des P.ois et des Juges, — Mosquée d'Omar ou de la Roche (El-Sakrah). — Les gouverneurs turks (nuilzelims) à Jérusalem; les pèlerins; les pères latins de Saint-Sauveur ou de Terre Sainte, gardiens du Saint-Sépulcre. Description de leur monastère. Aspect général de Jérusalem. Quartier des Juifs. Détails sur le siège et la prise de Jérusalem par les Croisés en 1099.

Jérusalem, suivant le témoignage des Écritures, fut fondée l'an 2023 avant notre ère, par le grand prêtre Melchisédech, ce qui lui donne une existence de plus de trois mille huit cents ans. Elle n'occupait pas, comme elle l'a fait depuis, le bas du mont de Sion, les monts d'AcraetdeMoria, et le Calvaire; mais seulement les deux montagnes deMoria et d'Acra. Son nom de Jérusalem (vision de la paix) lui vient des Jébuséens, qui la soumirent cinquante ans après sa fondation. Ce fut sur ces maîtres que Josué conquit la partie basse de la ville, et David la ville haute ainsi que la citadelle. Les Jébuséens y avaient régné huit cent vingt-quatre

ans. Après David vint Salomon, à qui Jérusalem dut ses plus gratiilos magnificences. Saccagée par le roi d'ÉgN pie Sésac, puis cent cinquante ans après par Joas, roi dl.siaèl, eiivaliie par Manassès, rasée par Nabuchodonosor, Jérusalem perdit, dans cette période de troubles, son beau temple de Salomon, ses monuments splcndidcs, et une partie de sa population, emmenée en esclavage. Ce fut Zorobabel qui commença à rebâtir le temple et la ville. Esdras et Nébémie continuèrent son œuvre.

Bientôt, dans leur passage, les invasions grecques et romaines touchèrent à la ville sainte. Alexandre y entra, l'an 332 avant J.-C; Ptolémée, fds de Lagus.s'en rendit maître; Ptolémée Philadelpbe la protégia; Antiocbus le Grand reconquit la Judée; AntiocliusÉpiphane régna à Jérusalem jusqu'au moment où les Machabées la délivrèrent. A leur tour, les Romains, appelés par la guerre civile, s'emparèrent de la ville sainte; Pompée y entra en vainqueur clément, et protégea le temple que Crassus devait piller plus tard. Conquise tour à tour par les Parthes et les Romains, affaiblie par les prétentions de divers candidats au trône, la Judée tombe entre les mains d'fiérode, qui envoie le dernier Machabée au supplice, règne paisiblement et dote Jérusalem de nouvelles créations monumentales. Ce fut sous lui que Jésus-Christ vint au monde.

La descendance d'Hérode s'arrête à Agrippa, à la mort duquel la Judée fut réduite en province romaine. Les juifs s'étant révoltés, Titus assiégea et prit Jérusalem. Deux cent mille habitants périrent de faim dans ce siège, et cent seize mille cadavres sortirent par une seule porte de Jérusalem. Nous avons raconté plus haut, d'après l'historien Josèphe, l'histoire de ce siège,

dont les détails sont affreux. « On mangea, dit M. de Cliàteaubriand, le cuir des souliers et des boucliers ; on en vint à se nourrir de foin et des ordures que l'on cherchait dans les égoûts de la ville : une mère dévora son enfant. Les assiégés avalaient leur or : le soldat romain, qui s'en aperçut, égorgeait les prisonniers et cherchait ensuite le trésor recelé dans les entrailles de ces malheureux. Onze cent mille Juifs périrent dans la ville de Jérusalem, et deux cent trente-huit mille dans le reste de la Judée. Enfin, il y eut quatre-vingt-dixneuf mille deux cents prisonniers de guerre : les uns furent condamnés aux travaux publics, les autres furent réservés au triomphe de Titus : ils parurent dans les amphithéâtres de l'Europe et de l'Asie, où il s'entro tuèrent pour amuser la populace du monde romain. Ceux qui n'avaient pas atteint l'âge de dix-sept ans furent mis à l'encan avec les femmes; on en donnait trente pour un denier. Le temple fut brûlé trente-huit ans après la mort de Jésus-Christ ; de sorte qu'un grand nombre de ceux qui avaient entendu la prédiction du Sauveur purent en voir l'accomplissement. »

Ce sac efiroyable ne fut pas le seul que Jérusalem eut à essuyer. Après Titus vint Adrien, qui poursuivit l'œuvre de destruction. Adrien bâtit une autre ville sous le nom d'^lia; il en interdit l'entrée aux Juifs et immola dans ses guerres près de six cent mille victimes. Jérusalem, ou plutôt .^lia, demeura païenne jusqu'à Constantin, qui y fit abattre les idoles. Julien, trentesept ans plus tard, voulut vainement faire rebâtir le temple, et Justinien éleva l'église de Jérusalem au rang de patriarcat.

A an siècle de là, les calamités recommencent. Jérusalem est prise par Chosroës, roi des Perses, qui enlève le bois de la vraie croix; Héraclius reconquit l'un et

rautre et en resta maître jusqu'au moment de la propar gande islamite. Alors, Omar paraît devant la ville sainte rt l'enlève de force. Sous !a main des Musulmans, Jérusalem éprouve une nouvelle série de désastres et de misères; elle passe tour à tour des Ommraiadcs aux Abassides, puis aux Toulonnides, aux Eccliédites, aux Seldjoucides, aux Fatimites et aux Ortokides. Les Fatimites commandaient quand les croisés parurent. Godefroi arriva devant Jérusalem en l'an 1099 de notre ère; autour de lui se groupait l'élite de la noblesse eul'opéenne. Après avoir pris tour à tour Rama et Emraaùs, l'armée des croisés pénétra dans Jérusalem le 12 ou le 15 juillet 1099. Maître de la ville, Godcfroi refusa, comme nous l'avons dit, de poser sur son front la couronne brillante qu'on lui destinait.

Après avoir conquis Naplouse et battu lesoudan dans lesplMpes d'Ascalon, Godefroi mourut à Jaffa. Après lui régnèrent Baudouin, Foulques d'Anjou, Baudouin III, Amaury et Baudouin IV. Ce fut pendant ce temps qu'eurent lieu les croisades de Louis VII et de l'empereur Conrad. Baudouin V, et Guy de Lusignan après loi, devaient rencontrer un terrible adversaire dans Saladin. Saladin fit prisonnier, à la bataille de Tibériade, le roi de Jérusalem et vint ensuite mettre le siège devant cette capitale ; il la prit en 1 187 de notre ère. La liberté de cliaque habitant fut taxée à un besan d'or; et, faute de- pouvoir payer cette somme, quatorze mille habitants demeurèrent esclaves. Avant d'entrer dans la mosquée du temple, Saladin, s'il faut en croire Sanuto, en fit laver et purifier les murs avec de l'eau de rose. Une croix d'or qui couronnait le fronton fut abattue et brisée; on n'épargna qu'une église, celle du Saint-Sépulcre, que les Syriens rachetèrent pour une grosse somm.e d'argent.

Dès ce moment, ce royaume loinliiin, à demi perdu, n'eut guère (|ue des souveiiiiiis titiikiires. l'Iiilippe- Au^usle et Hu-lwird Cœur-dt;-lion ne purent sauver la ville sainte el viruenl seulement s'immortaliser sur les côtes de la Palestine. Louis IX arriva en (Jricnl plus d'un demi-siècle après. Dès lors, le mouvement chevaleresque des croisades fut arrêté. Les sultans mameloiicks, baliaril(;s ou circassiens, occupèrent tour à tour Jérusalem, jusqu'il l'époque où Séliui s'en empaia pour la réunir à son empire.

La ville de Jérusalem est située à 41** kT latitude 'nord, et 3.'J" longitude est. La montagne sur hujuelle elle est assise descend en pente vers le nord, et est entourée à l'est, au midi et à l'ouest, de profonds ravins, au delà des(iu('ls se trouvent des montagnes plus élevées, de .sorte (jue la ville ne peut être vue de loin. On y distinguait autrefois trois collines, l'une au sud-ouest, la plus haute; c'est le mont de Sion, le fort des anciens Jébuséens, con(]uis par David. En face, et au nord-est, se trouve une autre colline qui n'a |)oint de nom particulier dans la Bible, mais qui s'a|)pela plus lard Acra, à cause de la citadelle qu'Antiochiis Kpiphane y fit construire. Sion fut appelée la haute ville; Acra la basse \ille. Elles étaient séparées l'une de l'autre par la vallée de Tyropéon, aboutissant au torrent de Cédron. Au sud-est d'Acra est une troisième colline, Muria, sur laquelle Salomon bâtit le temple, aujourd'hui remplacé par la mosquée d'Omar,

Ces trois collines formèrent, depuis David et Salomon, rcmiilaccment de la ville de Jérusalem. Une quatrième colline, silui'C au nord du mont Moria, et .appelée lUzélha, fut jointe à la ville par Agripiia 1*% et le (juartier qui l'entourait fut ap|)elô la ville neuve. C'est pur ce côté du nord, moins forlilié par la iialuie,

que la ville éUiit ordinuirement attaqua. Les ra\ins pioloiuls (|iii renloiiraient des trois autres cùlés la rcndaiciil im'\|m^nable. Celui de l'est est la vallée de JosnpiiJit, aiipi'iée aussi vallée de Cédron. Elle a etiviroa deux iiiillc pas de longueur, et elle sépare Jéiu.^alein de la iiioiiia'^iie des Oli\iers qui est à l'est. Le ra\i[i du du niidiesl la vallée de IJinnom; celui de l'ouest, moins piuldiid, est la vallée de Gilion.

Jérusalem a été ceitUe de murailles à diverses époques. La |)liis ancicmie, selon Josèplie, enlouiail Sion el une partie du inont .Moria; la seconde commençait à la porte de fîenalli ou des Jardins, qui se trouvait dans la première muiaille à l'est de la tour Ilippicos; s avançant de là \ers la partie septentrionale de la ville, elle tournait ensuite vers l'est, et venait aboutir à l'angle nord-ouest du temple. Ces deux premières encenites laissaient en dehors de la ville le Golgollia ou le Calvaire, sur lequel Jésus-Christ l'ut crucilié, et où s'élève aujourd'hui le Saint-Sépulcre. La troisième muiuille, commencée sous le roi Agrippa P"", avait vingt-cinq coudées de hauteur et dix coudées d'épaisseur. Commençant à la tour IJippicos et courant en ligne droite vers le nord, jus(]u'à la tour Pséjdiiria.clle st dirigeait à l'est, en passant devant le tombeau d'ilélène, tiaversait les grottes royales ou sépultures des rois, et rejoignait au midi l'ancienne muraille dans la vallée de Cédron.

Api'ès la construction de cette troisième muraille, l'enceinle de la ville était, selon Josèplie, de li'onte-trois stades, qui, d'après le calcul de d'Aiiville, funl deux mille (|ua(r(? cent quatre-vingt-treize toises deux pieds.

Les irm|)arts (|ui environnent maintenant Jérusalem furent bàlis en 1534 par Soliman I''^ Leur hauteur est de (|uaraiile pieds, ei leur largeur de trois pieds; ils gont llanqués de tours (élevées de cent vingt pieds.

On y trouve sept portes, dont deux sont condamnées. Dans le mur septentrional il y a deux portes: vers l'occident, la porte de Damas, appelée par lesArai)es Bab-el-JIamoud (porte de la Colonne), qui mène à ?s'aplouse, à Nazareth, à Saint-Jean d'Acre et à Damas; vers l'orient, la porte d'Hérodeou d'Épliraïm, en arabe Bab-el-Zohéri.

La porte de Damas est appelée aussi porte des Pèlerins, parce qu'autrefois c'était par là que les pèlerins faisaient leur entrée à Jérusalem. Aujourd'hui ils arrivent par celle de Bethléem ou de Jaffa, ce qui a lait donner également à celle-ci le nom de porte des Pèlerins. Cette môme dénomination, appliquée indistinctement aux deux portes, rend quelquefois le récit des voyageurs difficile à comprendre. C'était de la porte de Damas que venait Siméon le Cyrénéen, quand il fut contraint, parles soldats qui conduisaient Jésus-Christ au Calvaire, de porter la croix sous laquelle le fils de Marie succombait. En 1099, lorsque Godefroi de Bouillon s'empara de Jéru.salem, ce fut près de la porte de Damas qu'il livra l'as-saut à la suite duquel il se rendit maître de la cité sainte. Ce côté des murailles paraît, en effet, être encore l'endroit le plus faible. En tournant à droite, au sortir de la ville, on voit aussitôt se dérouler à gauche la profonde vallée de Gethsémani, au fond de laquelle est le lit du torrent de Cédron. L'architecture de la porte de Damas est arabe. Une belle et grande ogive, supportée par deux colonnes avec des chapiteaux frustes, en décore l'entrée. Elle forme au-dessus comme une espèce de fronton où l'on remarque trois rosaces et une inscription illisible. Le couronnement de la porte est percé de petits créneaux arabesque.^. Deux tours flanquent ce monument, dont l'aspect est élégant et plein de grâce. Son origine c-t très-ancienne,

Cl date vraisemblablement de la meilleure époque de l'ardiitecture arabe.

L'architecture de la porte d'Éphraïm, appelée aussi porte d'Hérode, paraît être à peu près de la même époque que celle de Damas. Comme celle-ci, elle est surmontée d'une ogive en forme de fronton, mais dont les arcs ne reposent point sur des pilastres. Une inscription domine l'entrée, avec trois espèces de demi-boules qui lui servent d'ornement. Le couronnement de ce monument n'olïre point, ainsi que l'autre, une gracieuse bordure de créneaux arabes. En somme, la porte d'Éphraïm est beaucoup moins élégante que celle de Damas. Une distance d'environ onze cents pas la sépare de cette dernière.

A l'orient il y avait deux portes : vers le nord, la porte Sainl-Étienne, appelée par les Arabes Bah-sittir Mariam, parce qu'elle conduit au tombeau de Marie. Par cette porte on va à Jériciio, en passant par la montagne des Oliviers. Vers le sud, toujours dans l'orient, est la porte Dorée, Bab-el-Dahabié, qui donne sur le parvis du Temple. C'est par là que le Christ est entré à Jérusalem le jour des Rameaux. Cette porte, qui est géminée, est évidemment une des plus antiennes de Jérusalem. Elle est murée.

Au midi on trouve, vers l'orient, la porte Sterquilinaire, qui mène à la fontaine de Siloé, en arabe Babel-Mogharebé (porte des Maugrabins ou des Barbaresques'. Vers l'occident, sur le mont de Sion que le mur ■î'averse, est la porte de Sion, ou Bab-el-Nahd-Daond porte du prophète David). En dehors de cette porte, sur le sommet du Sion, on montre la maison de Caïphe, maintenant une église arménienne. Non loin de là est une mosquée bâtie, dit-on, sur le tombeau de David. A l'ouest se trouve un édifice qui, autrefois, était

un (OiiviHil de Franciscains, et qui, maiiiU'nunt, pst un lin|)il;il Uirc.

A rocciileiit, on ne trouve que la porle de n''llil(''r'ni, qui iniMic à lielhlôem, à Ucbiouel à .lalTa, pur Kiniilcli. Les Arabes l'appellent Dal-el-Kliolil, ptirlc de l'ami de Dieu, e'esl-à-dire d'Abraham. Près de relie porte se trou\e le château des Pisans, monument rlirrlicn du teni|is des croisades. La tour de Da\id, ([lii en îail pur lie, exislait cependant avant cette épotpie.

Le tour de la muraille actuelle est de quatre mille six cent IrcnU' pas.

La \illi' lorme une espèce de trapèze doiit les côtés les plus longs sont au nord et au midi.

Voici maintenant les noms des rues de Jérusalem, d'après Vliinéraire de M. de Chateaubriand : « Les trois principales se nomment : 1° llardi-liab-el-Uamoud, la rue de la porte de la Colonne. Klle traverse la ville du nord au midi; 2" Souk-eL-Kebir, la rue du grand Ha/.ar; elle court du couchant au levant; :i" llarai-el-Alani, la Voie Douloureuse. Elle commence à la porte de la Vierge, passe au prétoire de l'ilale, el va finir au Calvaire. On trouve ensuite se|)t autres jieliles rues : ll(ual-el-Muslemin, la rue des Musulmans; llow raL-id-\(içara, la rue des Chrétiens, qui va du Saint- Sépulcre au couvent Latin ; UaraL-el-Aruum, la rue des Aiinéniens, au levant du château; Unrui-i'l- Yacdiib, la rue des Juifs, où sont les boucherie- de la ville. Elle est située entre le Sien et le Aloria, là où était autrefois la vallée de Tyropéon; Harat-bub-l lutta, la rue près du Temple; llarat-eL-Zohnra. « Mou drogman, dit .M. de Chateaubriand, me tradui.sail ces mots pai- Sliada coniparita. Je ne sais trop ce qm; cela veut due. 11 m'a.ssurait encore que les rebelles el les méchaïUea gens demeuraient dans cette rue. » Jlarah

tl-MnqKarebé , la rue des Muugrabins ou des Barbares(iiios.

Ces rues sont ôtroifcs et irr(^gnli("^ros; elles ne sont pavres (iiicti parlie. Les maisons pivsenloni dos masses lourdes de terre argileuse on de pierre. E es sont trés-liasses (M ont très-rarement des fenêtres, qui sont tou.iour> grdiées. Elles sont pour la plupart couvertes de loils [ilats ou de coupoles.

Les relations des voyageurs diiïiVent beauroup entre elles sur le nombre des babilants de Jérusalem. Elles balanrenl entre quinze et vingt mille. Dans ce nombre les Juifs paraissent entrer pour un (iers.

L'aspect de Jérusalem peut donner une idée de ses grandeurs successives; on peut la réédilieretla reconstruiie à l'aide des vestiges de monuments (|u'on y renionire à cliaque pas, monuments de caractères "divers, bébreiix, grecs, romains, chrétiens, arabes, gotlii(|uesou tiirks.

De ces monuments, le plus important par les souvenirs qui s'y rattachent est l'égli.se du Saint-Sé|)ulcre ou de la Résurrection, église qui en comprend trois, celle du Saint-Sépulcre proprement dite, celle du Calvaire, et celle de l'Invention de la Sainte-Croix.

L'église du S;iint-Sépulcre est bâtie dans la vallée du Calvaire, sur le terrain ou Jésus fut enseveli. « Et 11 y avait là /près de la croix) plusieurs femmes qui regardaient de loin et qui avaient suivi Jésus depuis la Galilée, ayant soin de l'assister; — entre les(|uelles étaient Marie-Madeleine, Marie, mère de Jacijues et de Jo.seph, et la mère des fils de Zébédée. Sur le soir, un homme riche de la ville d'Arimathie, nommé Joseph, qui élait aussi disciple de Jésus, alla trouver Pilate; il lui demîinda le corps de Jésus, et Pilale commanda qu'on le lui donnât. Joseph, ayant pris le corps, l'en-

veloppa dans un linceul blanc, le mit dans un sépulcre tout neuf qu'il s'était fait tailler dans le roc (1) ; puis, ayant roulé une grande pierre à l'entrée du sépulcre, il se retira. — Marie-Madeleine et l'autre Marie élaicnf là, se tenant assises vis-à-vis du sépulcre. — Le lendemain, qui était le jour du sabbat, les princes des prêtres et les pharisiens se rendirent ensemble chez Pilate. — Et ils lui dirent : Seigneur, nous nous sommes souvenus que cet imposteur a dit, lorsqu'il était encore vivant : Je ressusciterai trois jours après ma mort. — Commandez donc que le sépulcre soit gardé jusqu'au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent pendant la nuit dérober son corps et ne disent au peuple : Il est ressuscité d'entre les morts. — Pilate leur répondit : Vous avez des gardes, l'aite.s-l.e garder comme vous l'entendrez; ils s'en allèrent donc au sépulcre; et, pour s'en assurer, ils scellèrent la pierre et y mirent des gardes. — Mais le premier jour de la semaine suivante commençait à peine à luire, que Marie-Madeleine et l'autre Marie allèrent pour voir le sépulcre. — ^^Et tout à coup il se fît un grand tremblement de terre ; car un ange du Seigneur descendit du ciel, vint renverser la pierre qui couvrait le sépulcre et s'assit dessus. — Son visage était brillant comme un éclair, et ses vêtements blancs comme de la neige. — Les gardes en furent tellement saisis de frayeur, qu'ils devinrent comme morts. — Mais l'ange, s'adressant aux femmes, leur dit : Pour vous, ne craignez point; car je sais que vous cherchez Jésus, qui a été crucifié. — Il n'est point ici, puisqu'il est ressuscité comme il l'avait dit. Venez, et voyez le

(1) Saint Luc et saint Jean disent : « Dans un sépulcre neuf où personne n'avait encore été mis. In quo quisqiiam nondum posilus erat. Luc, cap. xxui, vers. 53. — Johu., cap, xix, vers. 41. )>

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lieu OÙ le Seigneur avait été mis (1 ;. » L'édifice, cruciforme et cliculaire comme le Panthéon de Rome, ne rc'joit le jour que par un dôme au-dessous duquel se trouve le Saint-Sépulcre. Celte rotonde était autrefois ornée de seize colonnes de marbre qui soutenaient, en décrivant dix-sept arcades, une galerie supérieure, également composée de dix-sept arcades et de seize colonnes, les unes et les autres plus petites que celles du rang inférieur. Dans les réparations faites après le dernier incendie, ces dispositions ont été conservées, mais la plupart des colonnes ont été remplacées par des pilastres. Au-dessus de la frise de la deuxième galerie s'élèvent des niches qui correspondent aux arcades, et qui autrefois étaient décorées de mosaïques. Le dôme s'appuie sur l'arc de ces niches.

La chapelle ou le tabernacle [sanctum sanctorum) du Saint-Sépulcre se trouve placé, comme nous venons de le dire, au-dessous de la grande coupole circulaire. C'est là que les traditions du pays ont longtemps placé le centre de la terre. Sous le rapport de l'art, la chapelle du Saint-Sépulcre n'a rien qui la distingue, le dessin en est même d'assez mauvais goût. Elle est divisée intérieurement en deux parties, l'une dans laquelle se trouve la pierre où était assis l'ange qui annonça aux saintes femmes la résurrection de Jésus-Christ; et l'autre qui contient le Saint-Sépulcre. Une porte basse, fermée par un rideau de soie cramoisie, établit la communication entre les deux sanctuaires. Des lampes en or et en argent, d'une merveilleuse richesse, éclairent nuit et jour l'enceinte de la chapelle, où brûlent constamment de suaves parfums. De magnifiques tentures

(1) Évangile selon saint Matthieti, cliap. xxvii, vers. 55. — Chap. xxviii, vers 6.

de velours en rerouvrent entièrement les murs. Audessus (Je l'autel de marbre blanc qui voile le sépulcre, est un uilileau reprôsenlanlJésus-Clirist vainqueur de la mort. Le tombeau est creusé dans le roc et recouvert d'une lable de marbre sur laquelle lut déposé le corps de Jésus, ayant les pieds vers l'orient et la tète vers l'occidenl. Le sarcophage a sept pieds de long sur deux pieds el demi de large.

Nous aimons à compléter notre descriplion parcelle que donne le père Doubdan (1), de ce tabernacle de sainleté, de ce sanctuaire le plus mystérieux de l'église du Sainl-Sépulcre.

« Au milieu de cette nef est le très-saint et très-augusle .sé|)ulchre de Nostre-Seigneur, que ie descriray au mieux qu'il me sera possible Et pour le mieux conceiioir il faut sçauoir que les iuifs, au moins les riches el considérables, avoienlcouslumede choisir dès leur viuanl le lieu de leur sépuliure, qui esloil pour l'ordinaire un petit cabinet ou caueuu, qu'ils laisoienl tailler à la pointe du ciseau dans quehiuc roche de la grandeur d'vn corps de six à sept pieds en (|uarié et l'eulrée foit petite. Dans ce caueaii ou cabinet, ils laisoienl lailler à vn des coslés de la même roche vn cercueil de la mesme longueur de six à sepi pieds el environ de deux de largeur, creusé enuiroii de sept à huit |)onlces, avec un petit relais de la inesmi.' |)ie!re à vn i\c^ bdiits pour hausser vn peu la losle, ou a>;iiit placé le corps mort, enveloppé de son suaire, quelque.s-vus le couuroienl d'une lable de pierre, comme il y en a encore quel(]ues-vns dans les sépiilchres des roy-s. Les autres se conlenloient de luire boucher le caueau d'vne grande pierre qui esloil ui)pu}6t parle

(1) Voyage de la Terre Sainlr, cliap. vii, page Gl

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pied d'vne autre plus petite et sellée aiiec du ciment. Qiiel(|iies-vris niesmes, à ce qu'on dit, y mettoient des crampons pour la t^nir plus leruie ; les autres se conlenloicnt, au lieu de cerceiiil, de laisser dans le caveau vu l)anc de la mesme roche en forme de lahie, creusée seulement d' vu pouce, sur loijuel ilsestendoient le corps sans le couurir d'vne autre pierre.

» Il yen auoil d'autres qui les vouloient plus amples, et faisoient tailler deux petits cabinets ou deux caueaux, presque de mesme grandeur et y ioignant l'vn à l'autre, en sorte qu'on eutroil par vne petite porte du premier, qui seruoil comme de porche au second, dans le(juel étoit le cer>eiiil,comme pouiioitestre la double caucrne que le patriarche Abraham acheta en Ébron pour lui seruir de sépulture, comme nous UsoFis en la Genèse, que ce saint homme acheta d'Émor une double cauerne où il mit le corps de Sara sa femme, et luy mesme y fut mis après sa mort; voilà la forme de la plus grande partie des cerc^'iiils particuliers de la ludée, d'où vient qu'il ne faut pas s'estonner d'entendre d'-'e à saint Mathieu, 8, et à saint Marc, 5, qu'on a veu des hommes possédez du diable demeurer dans des sépiilchres, et que saint Alhanazeaesté caché quatre mois dans celuy de son |)ère, d'autant (jii'il est bieti facile de se retirer dans ces caueaux, mais non dans des l'ossez ou des ccrceiiils.

» Le sépulchre de Nostre-Seigneur est fait de cette sorte, car il a esté taillé à la f)oinle du ci/.eaii dans vne roche viue et <lure, par le commandcmcNit de ioscpli d'Arimalhie, disciple secret du Fils de Dieu, qui, l'ayant fait faire pour luy mesme dans un petit iardiri qui luy appartcnoit, à la pente du mont Oion et tout proche de la place du Caluaire, non seulement il le donna à son très clier maistre, mais encore il voulut auoir l'iioiiueur

de l'y melli'e liiy mesme, aydé de Nicodeine, de. saint ]ean et de quelques autres disciples, portez de mesme déuotiGD.

» Ce saint tombeau coritient deux parties ou deux grottes tenant l'vne à l'autre; la première desquelles, et qui sert de porche à l'autre, a neuf pieds et demy de longiîcur et neuf pieds de largeur, et environ autant de hauteur, iusques en sa voûte, et dans œuure, ayant sa porte tournée à l'orient, de grandeur ordinaire, de six à sept pieds de hauteur. Cette première partie est appelée la chapelle de l'Ange, à cause que ce fut en ce lieu où l'ange s'apparut aux saintes femmes qui y alloient pour embaumer le corps du Fils de Dieu, comme dit saint Mathieu, 28. Il est vray qu'il n'y en a que la moitié qui tient au Saint Sépulchre qui est de la roche, et le reste vers la porte a esté basty. De cette anti-chapelle on entre dans celle du Saint Sépulcre, par une petite porte qui n'a que trois pieds deux pouces et demy de haut, et vn pied dix pouces de large, et vn pied sept pouces d'espaisseur, tournée comme l'autre à l'orient. Cette seconde grotte ou chapelle est plus petite que l'autre, car elle n'a dans œuure que six pieds de longueur de l'orient à l'occident, et six pieds de largeur dans le fond vers l'occident; mais du costé de la porte elle n'a que cinq pieds et demy, et la voûte quelques huict pieds de hauteur.

» A main droite, en entrant du costé septentrional, on touche l'autel qui couure le cerceûil dans lequel fut mis ce divin trésor, le corps précieux de Nostre Seigneur, qui est de six pieds de longueur, comme la chapelle trois pieds de largeur et deux pieds cinq pouces de hauteur, qui est la juste mesure qui m'en a esté donnée. C'est sur ce cerceûil que les deux anges estoient assis, vn à la tôte et l'autre aux pieds, quand

ils demandèrent à sainte Magdelaine : Mulier, quid ploras? comme saint lean, chapitre 20, le rapporte. A présent, tant le dessus que le devant de Haulel et tout le dedans desdites chapelles est reuestu de tables de marbre gris, mais qui est tout noircy de la fumée de soixante deux lampes d'argent qui y brûlent continuellement, sçauoir, quarante-quatre dans le Saint Sépulchre et dix- huict dans la chapelle de l'Ange, dont il y enatrenteaux religieux et le reste aux chrestiens schismaliques, qui ont aussi la liberté d'y faire leurs dévotions, mais non d'y dire la messe, n'estant permis qu'aux prestres catholiques romains, comme i'ay eu le bon-heur de faire plusieurs fois que les religieux m'ont fait la grâce de me le permettre.

» Dans la première chapelle, à un pas de la porte du Saint-Sépulchre, il y a une pierre quarrée d'vn pied en tous sens, laquelle tient encore par le pied à la roche mesme de laquelle elle a esté taillée et laissée exprès .selon la tradition, pour seruir d'appuy à la grande* pierre qui fermoit l'entrée du monument, de laquelle les Euangélistes font mention, et qui est à présent en la maison de Caiphe. Saint Marc remarque entre les autres que cette pierre estoit fort grosse : Efat guippe magnus xalde. Au rapport d'un bon autheur, elle u près de sept palmes ou cinq pieds et demy de longueur ; quatre palmes ou trois pieds deux pouces de largeur, et vne palme ou neuf pouces et demy d'espaisseur.

» La roche de ce sacré monument, ou des deux chapelles, a quatre palmes dix onces ou trois et quatr • pieds d'espaisseur, reuestuë par dehors tout à Tentour de grandes tables de marbre blanc, accompagnée de dix petites colomnes de mesme matière, qui font neuf petites arcades à sept faces qui soustiennent la corniche de la plate-forme qui couure le tout et sur la-

quelle sont esleiiéos douze petites colomnes Jointes deux à deux, faisiint six arcades, dans lesquelles sont dix-hiiicl lampes sans celle du milieu, et au-dessus est un pelit dôme coiivcil «le plomb qui re;;oil Peau des pliiyes qui tombe par l'ouverture du grand dôme sous laquelle il est. »

L'air doux ei embaumé qu'on sent en entrant dans ce lieu saint, le silence et le recueillement qui y régnent, l'elTet myslique et sombre de la lumière, atténuée par les tentures (jiii décorent l'enceinle, Joints au souvenir du mystère divin qui s'y est accompli, vous remplissent d'un sentiment (|ui fait taire l'orgueil et llécbir les genoux. L'état de vétusté et de <lélabrement clans lequel se trouvait la clia[)elle du Saint-Sépulcre a nécessité la réparation de ce monument. En 1817, un arcbilecte euro péen fut cliargéde le reconstruire; c'estl'Église grecque qui en lit les frais. Depuis lors elle en a la possession.

L'église du Saint-Sépulcre, d'une ancienneté incontestable, a été, suivant les un.s, commencée sous Adrien, suivant les autres, sousConstantin seulementetacbevée en 335, comme nous l'avons déjà dit. Elle fut tour à tour ravauée (lar Cliosroës, roi des Perses, et dévastée par le kbalife fatinùle Hakem; mais l'en.'^emble et les grosses œuvres de l'édilice ne semblent pas avoir beaucoup soutien de cesalteinles. Elles .seraient aujourd'hui encore à ; eu près ce qu'elles étaient à la date de l'érection, sans les dévastations de l'incendie du commencement de ce siècle.

Rien de plus saisissant que l'aspect de l'église du Saint-Sépulcre, dont toutes les stations ont un caractère imposant et sublime, éclairée par une foule de lampes (pii jettent sur tous les objets leur teinte douce etmysteiieu.se, elle disj)0se l'àme à la prière, et agit sur laméiaoire pur la grandeur des souvenirs. Du haut

lies arca(Jos qu'habitent les prêtres chrétiens de diverses communions, sortent, de temps à autre, des cantiques psalmoilics qui semblent descenibe du ciel. A la variété des voix et des idiomes, se joignent des sons barmonioux qui se font entendre à toutes les heures du jour et de la nuit. Vous écoutez tour à tour l'orgue, les cliants et les prières, tandis qu'un nuage d'encens s'élève de tous les coins de la nef et semble donner une réalité physique aux mystères qui s'accomplissent sur l'autel.

Les rois et les princes chrétiens ont généralement contribué dans tous les temps à la pompe des cérémonies du culte dans cette église. Au siècle ilernier surtout, les ornements d'autel y étaient magnifiques. Le voyage inéditcleTurpptin, écrit en 1715, signale comme un des plus remarquables celui qui avait été donné par nos rois et qu'on appelait l'ornement de France. Suivant le même voyageur, la plus grande des lampes du Saint-Sé|)ulcre était un présent du roi de Naples. « Il yestenlié, dit il, mille marcs d'argent; il faut une machine pour l'enlev 'r (1). »

Le cluLMir de l'église, situé à l'orient du Tonajieau, est double comme dans les anciennes basilitiues, et aulour du double sanctuaire régnent les ades du chœur, toutes garnies de chapelles. Dans l'aile droite s'ouvrent deux escaliers qui conduisrnt, l'un à l'église et à la cime du Calvaire, l'autre à l'église de l'Invention de la Sainte Croix.

Toute celte architecture, avant l'incendie de 1808, était évidemment en grande partie du temps de Constantin : l'ordre co intliien y dominait. Les colonnes étaient lourdes ou maigres et leurs diamètres presque

(1) l'oyaije de ,V. Turprti'n dans 1rs saints lieux de Jânisalem, en 1715. lîiblioih. de l'Arsunal, œaiiusciiis français; Histoire, n- 23. In-fol., page Cl.

304 LA SVKIK, LA iALliSïl.NE ET LA JUDÉE.

toujours sans proportion avec les hauteurs. L'église est sans péristyle; on y entre par une seule porte.

Avant l'incendie dont nous venons de parler, on \ oyait, en descendant de la chapelle du Calvaire, pour entrer dans celle d'Adam, deux tombes de deux héros les plus illustres de la chrétienté : Godefroi do Bouillo/i et Baudouin. On lisait sur ces deux tombes deux inscriptions latines, dont voici le texte et la traduction :

HIG JACET INCLITUS DUX GODEHRIDUS DE BULLON, QUI

TOTAM ISTAM TERRAM ACQUlSIViT CULTUI CHRISTIAiNO: CUJUS ANIMA UEGNET CUM CFIRISTO. AMEN. iCi-gU l'U-

lustre Godefroi, duc de Bouillon, qui soumit tout^' cette ten^e à la religion chrétienne. Que son âme règne avec le Christ. Ainsi soii-iL]

REX BALDUINUS, JUDAS ALTER MACHABvEUS,

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