‹ La systématisation des lésions cutanées dans les maladies nerveusesChapitre 5 sur 10 · III — SYSTÈME PILEUX · texte numérisé non relu

III — SYSTÈME PILEUX

L’expérimentation ne nous a pas appris grand’chose à ce sujet. Dans les lésions expérimentales du sciatique on a parfois constaté la chute des poils sur le membre paralysé. On sait encore que les bulbes pileux reçoivent des nerfs qui viennent du sympathique dont l’excitation produit le phénomène de l’horripilation.

Au cours des maladies du système nerveux on distingue deux espèces de troubles pileux : la calvitie et le développement exagéré des poils : l’hypertrichose. La calvitie se présente sous la forme de l’hémicanitie totale ou partielle : Brissaud observa une hémicanitie du cuir chevelu, une fois le lendemain de l’ictus apoplectique ; l’autre fois il ne la constata qu’au bout d’un an et demi ; les deux fois elle siégeait du côté paralysé. Chez un tabétique, Letulle vit se décolorer en quelques jours les cheveux et les poils de tout un côté du corps. A. Marie a constaté chez des paralytiques généraux frappés d’apoplexie et du côté parésié tantôt une hémicanitie irrégulière, limitée en avant par la ligne médiane, tantôt des plaques de cheveux blancs, tantôt la décoloration du sourcil, de la moustache et de la barbe. La moustache fut seule frappée chez un tabétique de Rossolymo, qui présentait en même temps des taches roses clair du même côté de la face.

L'hypertrichose est très fréquente. Elle a surtout attiré l’attention dans sa localisation lombaire.

Dans un très grand nombre de cas de spina bifida occulta (Virchow, Fischer, Recklinghausen, Brünner, Sebeni, Garbini, etc.), elle se présente, en général, sous la forme d’un champ triangulaire, situé sur la ligne médiane, la pointe dirigée en bas, et occupant le plus souvent la région lombaire inférieure ou sacrée supérieure. Les poils, constituant rarement du lanugo (Fuchs), sont, en général, longs de 8 à 10 centimètres, et forment ce qu’on a appelé la « queue de faune » qui, dans des cas exceptionnels, peut descendre jusqu’à mi-cuisse. Cette hypertrichose peut coïncider avec des troubles trophiques des pieds (maux perforants, etc.), qui relèvent de la compression, par le lipome sacré si fréquent des racines sacrées supérieures.

Gomme cette queue de faune fut également rencontrée en dehors de la spina bifida occulta (Mayet, Bertini Ornstein), ce dernier auteur a émis l’hypothèse qu’il s’agit d’un caractère atavique pithécoïde. A cela on a répondu justement qu’une ébauche de queue devrait siéger beaucoup plus bas ; de plus, récemment Fuchs a montré qu’il existe un degré infime de spina bifida accompagné de troubles trophiques et de malformations des pieds et qu’il attribue à une mêïopragie congénitale de la moelle lombo-sacrée, dans lequel le spina bifida est réduit à une élévation exagérée, jusqu’à la deuxième vertèbre sacrée parfois, de l’hiatus postérieur du sacrum ; il est possible que dans les cas ci-dessus il en ait été ainsi.

D’autres fois, l’hypertrichose dans le spina bifida occupe la région dorsale (Muscatello, Virchow, Bartels, Wanjura) avec les mêmes caractères, ou encore elle se présente sous la forme d’une plaque arrondie au niveau de la cinquième lombaire et la première sacrée (Rossi).

Dans un cas curieux de Gangolphe et Pinatelli l’hypertrichose revêtait la forme d’une bande transversale symétrique, haute de 3 centimètres, courant le long des crêtes iliaques depuis la 4 e et 5 e vertèbres lombaires, jusqu’à la partie supéro-externe de la région fessière à 14 centimètres de la ligne médiane. Il n’y avait qu’un élargissement et un tassement de3 dernières vertèbres lombaires. Fusari a vu l’hypertrichose sans spina bifida dans un cas de dédoublement de la moelle. Rombach l’a observé aux jambes.

La pathogénie de cette hypertrichose est obscure. Virchow y vit le signe d’une inflammation. Recklinghausen un caractère tératologique, ce qui, vu la coexistence du lipome sacré et de naevi vasculaires, est plausible. Rombach attribue son absence dans le spina bifida aperta à cette loi que peau et poils ont un développement inversement proportionnel. Brunner, qui trouva un développement inusité de vaisseaux dans la peau correspondant à l’hypertrichose, y vit la cause de cette dernière.

Dans les maladies nerveuses à proprement parler, l’hypertrichose a été signalée dans la syringomyêlie, au niveau des endroits les plus atteints, le plus souvent il s’agit du développement diffus des poils, ou encore d’une mèche sur la face antérieure de l’avant-bras malade. Gowers a décrit une hypertrichose en triangle cervico-dorsal unilatéral et dont la base allait de la 6 e épine cervicale à la 3 e dorsale, le sommet se trouvant à 3 centimètres en-dehors. Du même côté il y avait une bande d’analgésie.

Le développement plus accentué des poils sur les parties paralysées et anesthésiques dans les compressions de la moelle et la myélite transverse est fréquent et nous n’insisterons pas sur l’augmentation du système pileux de la face chez les aliénés (Dupré), ni sur l’hypertrichose de la moitié inférieure du corps chez un épileptique de Féré.

D’une façon générale, l’hypertrichoâe s’accompagne dans toutes ces affections de troubles vasomoteurs.

Enfin on a encore signalé l’alopécie d’une moitié de la tête dans les affections cérébrales, et il convient de rappeler ici les théories de M. Jaquet relatives à la pelade. Pour cet auteur, dont les vues ont été adoptées par la majorité des dermatologiste, la pelade est une tropho-névrose d’origine réflexe, à point de départ

variable, souvent dentaire. Il n’est pas rare de voir des plaques de pelade siéger sur un seul côté du cuir chevelu ou de la barbe, du même côté que des accidents de la dent de sagesse, etc.

Ongles. — Les troubles dits trophiques de ces phanères qui ont été décrits dans les maladies des divers étages du système nerveux n’ont jamais une systématisation quelconque en dehors des lésions des nerfs de la main et du pied.

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