‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 125 sur 287 · Enrigo Narducci, Op. laud., p · texte numérisé non relu

Enrigo Narducci, Op. laud., p

2. Opère minori di Dante Alighieri. Vol. III. 77 convito di Dante Alighieri e le epislole, con illustrazioni e note di Pietro Fraticelli e d'altri. Quarta edizione. Firenze, Dissertazione sul Convito, p. 6.

3. Dante Alighieri, // convito, trattato secondo, cap. VI ; éd. cit., p. 129.

4. Dante, Op. laud., tratt. secondo, cap. III; éd. cit., pp. ii4-ii5.

croyait également que le ciel du Soleil fût immédiatement contigu à celui de la Lune, en sorte qu'il fût le second par rapport à nous. Ces opinions erronées, peut les voir qui'veut au second livre du traité du Ciel et du Monde, qui est le second des traités physiques. Il est vrai qu'il s'en excuse au douzième livre de la Métaphysique, où il montre bien qu'il a simplement suivi l'avis d'autrui, partout où il lui convenait de parler d'Astronomie.

» Plus tard, remarquant que la huitième sphère se meut de plusieurs mouvements,... et contraint par la Philosophie naturelle, qui veut de nécessité un premier mobile très simple, Ptolémée a supposé, hors du ciel étoilé, l'existence d'un autre ciel qui fit sa révolution d'Orient en Occident...

» Selon lui, donc, et selon quiconque est expert en Astronomie et en Philosophie (depuis que ces mouvements ont été vus), il y a neuf cieux mobiles... »

« On doit savoir, poursuit Dante1, que chacun des cieux qui se trouvent au-dessous du Ciel cristallin a deux pôles qui sont fixes par rapport à lui ; tandis que le neuvième ciel a ses pôles fermes, fixes et immuables [d'une manière absolue], et non pas 'par rapport à quelque chose. »

Cette affirmation suppose que le mouvement propre de la huitième sphère soit une simple rotation, et non pas le mouvement plus compliqué que Thâbit ben Kourrah lui attribuait; Dante, d'ailleurs, qui s'instruisait de ces choses par la lecture d'Al Fergani, devait partager l'opinion de Ptolémée touchant la précession des équinoxes ; nous en serons assurés dans un moment.

« Vraiment2, au delà de tous ces cieux, les Catholiques admettent le Ciel empyrée, ce qui veut dire Ciel de flamme ou Ciel de lumière ; ils admettent, en outre, qu'il est immobile, car il possède en soi, et selon chacune de ses parties, ce que sa matière requiert. Et là est la raison pour laquelle le premier mobile a un si rapide mouvement; il l'a par suite du très ardent appétit qu'éprouve chacune de ces parties d'être conjointe à chacune des parties de ce Ciel immobile et très divin; il tourne donc, à l'intérieur de celui-ci, avec un tel désir que sa vitesse est quasi incompréhensible. »

La raison par laquelle Dante justifie l'immobilité du Ciel empyrée est celle qu'invoquait Michel Scot pour démontrer l'existence de ce Ciel.

1. Dante Alighieri, Op. laud., tratt. II, cap. IV; éd. cit., p. 117.

2. Dante Alighieri, Op. laud., tratt. II, cap. IV; éd. cit., p. 116.

LASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

Chacun des traités du Convito est précédé d'un chant dont il est le commentaire ; les considérations astronomiques que nous venons de résumer avaient pour objet d'éclaircir ce vers, par lequel débute le second chant :

Voi che, intendendo, il terzo ciel movete.

Poursuivant donc son commentaire, Dante va s'attacher d'une manière toute particulière à décrire le troisième ciel, le ciel de Vénus.

Chaque ciel, ayant pour mouvement propre une rotation autour de deux pôles, possède un équateur équidistant de ces deux pôles. <( Sur ce cercle [équatorial], dans le ciel de Vénus, dont nous traitons à présent1, est une petite sphère qui tourne sur elle-même au sein dé ce ciel ; les astronomes nomment épicycle le cercle [équatorial] de cette sphère ; comme la grande sphère tourne sur deux pôles, ainsi tourne la petite ; et, de même, cette petite sphère a un cercle équatorial ; cela est d'autant plus noble, qui est plus près de ce cercle ; or, sur l'arc de ce cercle ou sur ce cercle lui-même, est fixée la très brillante étoile de Vénus. Nous avions dit qu'il existait dix cieux; mais, selon la stricte vérité, ce nombre ne les comprend pas tous ; car celui dont nous venons de faire mention, savoir l'épicycle, en qui l'étoile est fixée, est, par lui-même, un ciel ou bien une sphère. »

En ce passage, il est question de l'épicycle de Vénus ; mais de l'excentrique, il n'est fait aucune mention.

L'excentrique n'est pas cité davantage en un autre passage que nous allons maintenant rapporter.

Dante admet, comme Aristote, que chacun des mouvements célestes est produit par une pure intelligence et, comme nombre de théologiens de son temps, il met ces intelligences parmi les anges. Aux mouvements divers de chaque ciel 2, président des esprits qui appartiennent à l'un des neuf chœurs angéliques ; et le chœur où ils prennent place est d'autant plus sublime que le ciel dont ils meuvent les diverses parties est, lui-même, plus élevé ; au ciel de la Lune, les divers mouvements sont produits par des Anges ; des Archanges dirigent le ciel de Mercre, des Trônes leu ciel de Vénus.

« Ces Trônes, auxquels le gouvernement de ce ciel est échu en partage, ne sont pas en fort grand nombre ; au sujet de ce nombre, les opinions diffèrent parmi les philosophes et les astronomes, selon la diversité de leurs sentiments touchant les circulations de

1. Dante Alighieri, Op. laud.f tratt. II, cap. IV; éd. cit , pp. 118-119.

2. Dante Alighieri, Op. laud., tratt. II, cap. VI; éd. cit., pp. 128-129.

l'astronomie italienne

ce ciel ; toutefois, ils s'accordent tous en ce point, que ces esprits sont aussi nombreux que les mouvements qui se font. Or, selon les meilleures démonstrations des astronomes, qu'on trouve au Libro deir aggregazione délie stelle déjà cité, ces mouvements sont trois : Le premier, selon lequel l'étoile se meut sur son épicycle ; le second, par lequel l'épicycle se meut, avec tout le ciel, d'un mouvement égal à celui du Soleil; le troisième, par lequel tout ce ciel se meut, suivant le mouvement de la sphère étoilée, d'Occident en Orient, et d'un degré en cent ans. Ainsi, à ces trois mouvements, correspondent trois moteurs. En outre, tout ce ciel, avec son épicycle, se meut et tourne d'Orient en Occident une fois en chaque jour naturel. Ce mouvement est-il produit par quelque intelligence, ou provient-il de l'entrainement du premier mobile? Dieu le sait, mais il me semble présomptueux de le juger. »

Dante ne dit donc aucunement que le centre de l'épicycle décrive un cercle excentrique à la Terre ; et à prendre ses paroles au sens strict, on serait amené à conclure que le mouvement du centre de l'épicycle est celui que lui communique la sphère de Vénus tournant autour de ses pôles, donc un mouvement concentrique à la Terre. La description qu'il donne du mouvement d'une planète se réduit à celle qu'en donnaient Adraste d'Aphrodisias, Théon de Smyrne et Chalcidius.

Mais il serait peu sensé de serrer de trop près une description qui n'a d'autre objet que de justifier une allégorie ; le but de Dante était d'énumérer les esprits angéliques qui meuvent le ciel de Vénus et, pour cela, de compter les mouvements de ce ciel ; que le centre de l'épicycle décrive un cercle concentrique ou un cercle excentrique, ce nombre demeure le même ; les astronomes veulent que ce cercle soit excentrique et Dante, qui avait en mains le traité d'Al Fergani, n'a pu l'ignorer ; mais il a négligé d'introduire cette complication qui n'importait aucunement à l'objet de son commentaire.

Au passage que nous venons de citer, nous avons trouvé confirmation de ce qu'un passage précédent nous avait fait supposer ; comme Al Fergani, qui suivait en cela le sentiment de Ptolémée, Dante attribue à la sphère étoilée un mouvement de précession, continuellement dirigé d'Occident en Orient, et d'un degré en cent ans.

Il est encore question de ce mouvement dans un autre chapitre, et ce qui en est dit 1 mérite attention :

i. Dante Alighieri, Op. laud., tratt. II, cap. XV; éd. cit., p. 162.

L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE

« Par ses deux mouvements, le ciel étoilé représente ces deux sciences, fia Physique et la Métaphysique]. Le mouvement par lequel, chaque jour, il tourne et accomplit de point en point sa circulation, représente les choses naturelles corruptibles qui, quotidiennement, arrivent au terme de leur route, et dont la matière se change de forme en forme ; c'est de ces choses là que traite la Physique. Par le mouvement presque insensible, d'un degré en cent ans, qu'il fait d'Occident en Orient, il représente les choses incorruptibles, qui, de Dieu, ont reçu commencement par création et n'auront point de fin ; c'est de celles-ci que traite la Métaphysique. Je dis que ce mouvement représente ces choses, car sa circulation a eu commencement et n'aura pas de fi d ; la fin d'une circulation, c'est le retour au même point ; et par ce mouvement, dont un peu plus de la sixième partie est accomplie depuis le commencement du Monde, ce ciel ne retournera jamais au même point ; car nous sommes déjà au dernier âge du siècle, et nous attendons en vérité la consommation du mouvement céleste. »

Le mouvement diurne était, au gré de Platon, le mouvement de l'essence d'identité, tandis que les mouvements suivant l'écliptique appartenaient à l'essence du différent; Aristote voyait, dans le premier mouvement, une cause d'éternité et de permanence, dans les seconds, les principes des générations et des corruptions. Ces pensées avaient séduit maint docteur chrétien, entre autres Saint Thomas d'Aquin. Mieux que ces docteurs, Dante a compris tout ce qu'elles renfermaient de païen; il a mieux vu à quel point elles impliquaient croyance en l'éternité du Monde ; et il leur a imposé une audacieuse transformation. Pour lui, le mouvement diurne n'est plus le principe d'identité, la cause de pérennité ; il est devenu le symbole de la vie éphémère des choses qui naissent et meurent autour de nous. Le mouvement propre du huitième ciel est celui que les Platoniciens du Moyen Age prenaient volontiers comme mesure de la Grande Année, celui au terme duquel le Monde, reprenant exactement la disposition qu'il avait au commencement, se préparerait à parcourir une nouvelle période de sa vie perpétuelle. Pour Dante, ce mouvement est essentiellement celui dont le Monde ne verra pas la fin.

Au poëme du Paradis, Dante n'invoque les enseignements de l'Astronomie que sous une forme extrêmement générale.

Il y fait, tout d'abord, allusion 1 au Ciel empyrée, dans la concavité duquel tourne le ciel le plus rapide, tandis que la Provi-

i. Dante Aliqhieri, // Paradiso, I, 121-123.

dence, par l'effusion de sa lumière, le maintient en un perpétuel repos :

« La Providenzia, che cotanto assetta, Del sno lume fa il ciel sempre quieto, Nel quai si volge c ha maggior fret ta. »

Ce ciel le plus rapide précède le ciel des étoiles fixes, à l'intérieur duquel se trouvent les cieux des planètes, comme le marquent les vers suivants 1 :

« Dentro dal ciel délia divina pace Si gira un corpo nella cui virtute Uesser di tutlo suo contento giace.

Lo ciel seguente, c ha tante vedute Queiï esser parte per diverse essenze Da lui distinte e da lui contenute.

Gli altri giron per varie differenze Le distinzion, che dentro da sè hanno, Dispongono a lor fini, e lor semenze. »

Il n'est rien là que nous n'ayons lu, sous une forme plus détaillée, au Convito. Il Convito est, assurément, la meilleure explication des allusions astronomiques qui se rencontrent au Paradis.

Par un seul point, les doctrines astronomiques que Dante professe en ces deux œuvres semblent différer. Au Convito, l'auteur adhère nettement à l'enseignement de Ptolémée touchant le mouvement lent de la sphère des étoiles fixes; au Paradis, il parait admettre la théorie de l'accès et du recès.

Dante, conduit par Béatrice, est parvenu au sein du premier mobile, qui est la neuvième sphère :

« Si uniformes 2 en sont les parties les plus voisines et les plus hautes que je ne puis dire laquelle Béatrice me choisit pour lieu.

» Mais elle, qui voyait mon désir, commença, si joyeuse et si riante, qu'en son visage il semblait que Dieu jouît :

« La nature du monde, qui tient en repos le milieu, et autour » meut tout le reste, commence ici comme de son terme.

» Et ce ciel n'a d'autre lieu que l'entendement divin dans lequel » s'allume l'amour qui le meut, et la vertu qu'il verse.

Page 1