Dante Alighieri, // Paradiso, II, 102-m
2. Dante Alighieri, // Paradiso, XXVII, 100-118. La traduction est celle de Lamennais (Lamennais, Œuvres posthumes. Dante, La Divine Comédie. T. II, Le Purgatoire ; le Paradis . Paris, i863, p. 478).
L ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
» Autour de lui la lumière et l'amour forment un cercle, comme » lui autour des, autres, et cette ceinture, celui qui la ceint la » connait seul.
» Son mouvement n'est point mesuré par un autre, mais les » autres le sont par le sien, comme dix par la moitié et le cin- » quième.
» Et comme le temps a dans ce vase ses racines, et dans les » autres ses feuilles, peut être clair désormais. »
Ces beaux vers résument avec une rare puissance tout l'enseignement d'Aristote touchant le premier mobile.
Le premier mobile n'a pas de lieu ; hors de lui, il n'y a que des êtres incorporels; il n'y a ni corps ni mouvement ni temps ; il y a l'Être suprême, pure intelligence.
C'est par amour et désir de cet Etre suprême que se meut le premier mobile ; par ce mouvement, il est, à son tour, en possession de la vertu motrice à l'aide de laquelle il meut tous les orbes qu'il enceint.
Le mouvement du premier mobile est la mesure de tous les autres mouvements ; il est donc le temps qui est, par définition, la mesure du mouvement.
Enfin la rotation du premier mobile requiert l'existence, au centre, d'un corps fixe ; elle est donc la raison d'être de l'immobilité de la Terre.
Après que Béatrice a rappelé ces doctrines du Péripatétisme, elle prononce ces paroles 1 :
« Mais avant que tout Janvier sorte de l'hiver, à cause du centième qu'en bas on néglige, tellement rugiront ces cercles supérieurs,
Que la fortune, si longtemps attendue, tournera les poupes où sont les proues, en sorte que la flotte courra dans la voie droite.
Ma prima che gennaio tutto si sve?mi, Per la centesrna cliè laggiù neyletta, Ruggeran si questi cherchi superni,
Che la fortuna, che tanto saspelta, Le poppe volgerà zî1 son le prore, Si che la classe correrà diretta. »
La première partie de l'allusion est absolument claire ; « la centesrna cKè laggiù negletta, » c'est l'excès de Tannée julienne
i» Dante AligHieri, Op. laud., XXVII, 142-148; éd. cit., p. 479-
l'astronomie italienne
sur la véritable année tropique, excès qui atteint presque un centième d'année, et dont la négligence, en avançant toujours la date de Féquinoxe, finirait par mettre Janvier tout entier au printemps. Dès lors, ne semble-t-il pas que l'interprétation la plus naturelle du tercet suivant soit celle-ci : Avant le temps où le continuel déplacement de la date de l'équinoxe aurait produit un tel effet, on verra se renverser le mouvement de la flotte des étoiles fixes? Ce mouvement, au lieu de se poursuivre d'Occident en Orient, marchera d'Orient en Occident?
Si cette interprétation est exacte, et il paraît difficile de la révoquer en doute, c'est donc qu'en écrivant le Paradis, Dante aurait abandonné la théorie de Ptolémée pour celle de Thâbit ben Kourrah. Les critiques qui regardent la rédaction du second livre du Convito comme antérieure à la composition du Paradis trouveraient là un nouvel argument en faveur de leur opinion. Ils en ont un, d'ailleurs, plus convaincant encore ; au huitième chant du Paradis, un ange dit à Dante :
« Dans un même cercle, d'un même mouvement, avec un même désir, nous tournons avec les princes célestes auxquels, dans le monde, tu as dit autrefois :
Voi che intendendo il terzo ciel movete. »
Or ce vers est le thème de toutes les considérations astronomiques développées au Convito.
PIERRE d'aBANO OU DE PADOUE
(( Pierre d'Abano, a écrit Jean Pic de la Mirandole 1 , était un homme mieux fait pour entasser une foule de choses que pour les digérer (homo congerere plnra natus quam digerere) ; mais plus il est nuageux, plus les ignorants ont coutume de l'admirer. »
La ville d'Abano, où notre compilateur naquit vers l'an 1250 2, est à deux lieues de Padoue ; aussi Pierre se donne-t-il simplement, dans la plupart des cas, le titre de Padouan : « Ego,
1. Joannis Pici MiranduluE, Concordle comitis, Disputât iones adversus astrolocjos; Hb. III, cap. XIII.
2. Nous serons amenés plus loin à placer cette naissance en 1257 ; i25o est la date indiquée dans l'écrit suivant :
Cirillo Ronzoni, Délia vita e délie opère di Pietro d'Abano (Memorie délia Reale Accademia dei Lincei, Série 3a. Classe di Scienze morali, storiche e filologiche. Vol. II, 1878).
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
Petrus Paduanensis, » dit-il en bon nombre de ses traités. Toutefois, au début de son commentaire aux Problèmes d'Aristote, il mentionne d'une manière plus précise son lieu de naissance ; « Ego, Petrus de Ebano Paduanus, » écrit-il *.
Astronome, astrologue et médecin (trois professions qu'on séparait rarement les unes des autres en l'Italie du Moyen Age), Pierre d'Abano ne passa pas sa vie entière à Padoue. Il fit à Paris, vers la fin du xinc siècle, un séjour qui dut être d'assez longue durée.
Nous savons, en particulier, qu'il était à Paris en 1295. Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale nous conserve de lui un traité qui est ainsi intitulé 2 : Incipit liber compilationis physionomie a magïstro Petro de Padua in civitate Parisiensi, citjus III sunt particule. Ce traité se termine par ces mots3 : Explicit liber compilâtionis physionomie per magistrum Petrum de Padua. Anno Domini M°.CC°. nonagesimo quinto, die XXIII mensis maij.
Ce traité n'est pas le seul témoin du séjour fait à Paris par Pierre d'Abano ; une de ses œuvres les plus considérables, le commentaire des Problèmes d'Aristote, fut commencée k Paris, et terminée seulement en 1310 à Padoue, comme nous l'apprend la formule par laquelle ils prennent fin et que les éditions incunables 4 ont reproduite :
« Explicit expositio succinta problematum Aristo. quam Petrus edidit Paduanus, ea nullo prias interprétante, incepta quidem Parisius, laudabiliter Padue terminata. Anno legis christianorum 1310. »
Ce commentaire dut acquérir une prompte réputation dans l'Université où il avait été commencé, car Jean de Jandun prit soin de le réviser et de le compléter.
Durant son séjour à Paris, Pierre d'Abano acquit sûrement la connaissance du français ; elle lui a valu la réputation d'hébraïsant.
1 . Problemata Aristotelis cum duplici translatior.e, antiqaa videlicet et nova scilicet Theodori gaze : cum expositione Pétri Aponi. — Tabula secundum magistrum Petrum de tussignano per alpliabetum. — Problemata Alexandri aphrodisei. — Problematu Plutarchi. — Cum gratia. Colophon : Expliciunt problemata Plutarchi perquam emendatïssime impressa Venetiis per Bonetum Locatellum presbyterum. Anno salutis i5oi. Tertio kalendas sextiles. Fol. \, col. a.
2. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. d<> 16089, fol. 98, col. a,