Pauli de Venetiis Op. laud., Pars secunda, cap. XVI
LASTROOMIE LATINE AU MOYEN AGE
« Il est nécessaire que le Soleil ait un excentrique ou un épicycle, niais il n'est pas nécessaire qu'il ait l'un et l'autre.
» La première partie est évidente, car le Soleil est tantôt plus rapproché de nous et tantôt plus éloigné, ce qui ne pourrait être s'il n'avait soit tu* excentrique, soit un épicycle...
» La seconde partie est évidente, car il est inutile de faire par moyens plus nombreux ce qui peut se faire par moyens moins nombreux ; or toutes les apparences du Soleil peuvent être aussi bien produites par un de ces deux moyens que par tous deux ; c'est donc inutilement qu'on les admettrait tous deux à la fois.
» Mais, dira-t-on, quel est celui des deux moyens qu'il faut adopter? Selon l'opinion commune des Astronomes, il faut admettre que le Soleil a un excentrique et pas d'épicycles, car toutes les apparences se sauvent mieux par l'excentrique que par l'épicycle. »
Paul de Venise ne connaît donc pas le théorème célèbre par lequel les géomètres grecs ont démontré l'exacte équivalence des deux procédés ; et cependant, Albert de Saxe rappelait ce théorème ; il invoquait, à ce sujet, l'autorité de Ptolémée dans le passage même dont Nicoletti vient de nous donner le résumé.
De l'ignorance extrême de notre auteur à l'endroit de l'Astronomie, on pourrait citer bien d'autres preuves; en voici une qui est flagrante :
« Il faut remarquer, dit-il 1 , que les orbes célestes n'accomplissent pas tous leurs cours en même temps. Le premier mobile accomplit, chaque jour, son cours dans l'espace de 24 heures ; le ciel des étoiles fixes l'accomplit en 36.000 ans, parcourant un degré tous les cent ans; Saturne accomplit son cours en 30 ans, Jupiter en 12 ans, Mercure en 2 ans, le Soleil en 1 an ; Vénus et Mars accomplissent leur cours en un temps moindre qu'une année, bien qu'il ne soit pas beaucoup inférieur k une année ; enfin la Lune accomplit son cours en un mois. »
Au copiste qui a calligraphié le manuscrit dont nous extrayons ce passage, attribuons Terreur qui intervertit Mars et Mercure ; une autre erreur n'en restera pas moins au compte de l'auteur ; celui-ci ne savait pas que les cours de Vénus et de Mercure durent exactement une année, comme celui du Soleil; il ignorait ce que tout le monde savait dès le temps de Platon.
Au passage que nous venons de citer, Paul de Venise suit, touchant le mouvement de la huitième sphère, l'opinion de
i. Pauli de Venetiis, Op. laud., Pars II, cap. XV.
l'aSTROxNOMIE italienne
Ptoléinée ; il admet que cette sphère, tournant d'un degré en cent ans, accomplit une révolution entière en 30.000 ans.
Il avait déjà, dans un précédent chapitre l, parlé du mouvement de ce même orbe. « L'orbe des étoiles fixes, disait-il, ne peut être le dernier, car il se meut d'un double mouvement, savoir [le mouvement diurne ctj le mouvement d'accès et de recès, qui est d'un degré en cent ans, de l'Occident vers l'Orient, et qui en est le mouvement propre. »
Evidemment, Paul de Venise prend les mots : mouvement d'accès et de recès, pour la désignation du mouvement de continuel précession d'Occident en Orient considéré par Ptolémée. Les divers traités d'Andalo Di Negro nous avaient déjà fourni des exemples de cette étrange confusion. Cent ans ont passé depuis le temps où écrivait l'Astrologue génois jusqu'au temps où enseigne Paul de Venise ; les maîtres italiens sont demeurés aussi faussement instruits des doctrines astronomiques.
Il semble bien que Paul de Venise ait tenté de connaître ces doctrines ; mais les livres qu'il a lus lui ont présenté des théories disparates entre lesquelles il n'a pas fait de choix, soit par suite de l'indifférent scepticisme dont ses nombreuses fluctuations nous donnent bien d'autres preuves, soit par l'effet d'une médiocrité intellectuelle que ses ouvrages trahissent trop souvent.
Son incapacité à fixer l'adhésion de son esprit sur un système astronomique déterminé se marque encore en une de ses œuvres qui parait être des dernières en date, en son commentaire au Ikpl '}'j'/r!s d'Aristote.
Dans ce commentaire, nous trouvons le passage que voici 2 :
« Au ciel, il y a une double coordination [de mouvements] en raison de la diversité des pôles. En effet, les pôles du mobile ultime sont distants de 24° environ des pôles des. planètes et des