‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 197 sur 287 · Thémistius, ibid · texte numérisé non relu

Thémistius, ibid

LA CRUE DE l\vR1ST0TE1ISME

t&â£a?l xal acpGapTov xal àysV^TOV, xal it&ç jjlsv oùo oùaziç toutou; toÙç voGç, TZioç Se |j.'lav • êy yàp t6 si; ûXyjç xal sloouç. »

En donnant à l'une des intelligences qu'il distinguait le nom de vo-jç uXwtoç, Alexandre avait pris soin de déclarer qu'il ne regardait pas cette intelligence comme une matière ; il entendait seulement, par cette appellation, rappeler que cette intelligence est en puissance de tous les intelligibles comme la Matière première est en puissance de toutes les formes. Selon la théorie que Thémistius présente comme l'exacte interprétation de la pensée d'Aristote et de Théophraste, l'Intelligence en puissance se comporte, à l'égard de l'Intelligence en acte, exactement comme une matière à l'égard d'une forme ; à l'égard de ces deux Intelligences, l'Intelligence acquise est ce qu'est une substance à l'égard de sa matière et de sa forme.

Cette doctrine, Thémistius la formule à jDlusieurs reprises. « Lorsque l'Intelligence en acte, clit-il encore survient à l'Intelligence en puissance, elle engendre une Intelligence unique, car ce qui résulte de la forme et de la matière est un ; aussi l'Intelligence ainsi formée possède-t-elle, à la fois, les deux manières d'être qui sont celles de la matière et celle de l'activité qui façonne ; d'une part, en effet, elle devient toutes choses, d'autre part, elle fait toutes choses. — Ojtcj yàp xal 6 xat'lvipyeiav vo'Jç t(J> ouvàfjist. vto irpo<7yev6fjievoç elç ts yiveTOU jjlet' autou ■ s'v yàp to s£ ÛXtj^ xal etoouç xal au eyei touç oùo Aoyo'jç tov ts T'Âjç uXr^ç xal tov Trjç O7)|juo'jpylaç Tïfl piv owcavta ylvojjisvoç, it^j oè aTravTa tcqwov. »

Si l'on échelonne les diverses facultés de l'âme suivant leur degré de perfection, chacune d'elles joue le rôle de matière par rapport à celle qui lui est immédiatement supérieure. La perception sensible est la matière de l'imagination 2 ; l'imagination est la matière de l'Intelligence en puissance ; l'Intelligence en puissance est la matière de l'Intelligence active. « Seule, cette dernière est purement forme ou, mieux, elle est la forme des formes ; chacune des autres est à la fois substrat et forme ; à l'égard de chacune d'elles, la nature procède de telle sorte qu'elle s'en serve comme de forme par rapport à celles qui sont plus humbles et comme de matière par rapport à celles qui sont plus relevées. La dernière et la plus élevée de ces formes, c'est cette Intelligence active dont la nature est parvenue i un tel degré de perfection qu'elle n'a plus, au-dessus d'elle, rien de plus précieux à quoi elle puisse fournir un sujet. »

i. Thémistius, loc. cit.; éd. cit., p. 99. •2. Thémistius, loc. cit.; éd. cit., p. no.

LES SOURCES DU NÉO-PLATONISME ARABE

« Il faut donc accorder à l'âme ces deux manières d'être différentes 1 ; d'une part, elle est une certaine Intelligence en puissance ; d'autre part, elle est une certaine Intelligence qui est en acte, qui est parfaite, qui est entièrement exempte de puissance et de devenir Cette Intelligence est séparée de tout corps, impassible et

pure de tout mélange. Quant à celle que nous nommons l'Intelligence en puissance, bien que nous lui attribuions également la plupart de ces caractères, elle est, cependant, plus intimement unie (ffUULçir/iç) à l'âme ; je ne dis pas à toute âme, mais seulement à l'âme bumaine. »

Quel sont, dès lors, avec l'âme humaine, les rapports précis de ces deux Intelligences ? Pour répondre à cette question, Thémistius, visiblement guidé par Plotin, recourt à la théorie qu'il professe touchant les rapports de la nature spécifique avec l'individu. Ce qu'il va dire aura tant d'importance, durant tout le Moyen Age, qu'il nous le faut écouter avec soin, qu'il nous le faut comparer aux opinions de ses prédécesseurs et de ses contemporains.

« L'espèce existe », dit Platon 2; elle existe d'une existence infiniment supérieure à celle des individus, car les individus naissent, changent et meurent, tandis que l'espèce est éternelle et immuable. Socrate est mort ; Platon vit d'une vie qui est un perpétuel devenir et qui prendra fin ; mais, l'homme en soi demeure sans fin, perpétuellement identique à lui-même.

A cette espèce éternelle, à cette espèce qui existe hors des individus, plus vraie, plus réelle que les individus, Platon donne le nom d'slooc.

Pas de théorie qui, plus que celle-là, répugne à la raison d'Aristote. Entre ces trois notions : l'espèce, l'être réel (to ov), l'individu (to ev), Aristote veut bien que l'abstraction établisse des distinctions, mais il ne veut pas que ces distinctions soient transportées dans le domaine de la réalité. « L'homme individuel3, l'homme réellement existant et l'homme en soi, c'est même chose. TfcUTO yàp elç avOpwTcoç, xal wv àvOpwTcos xal àvOpajTïOs. » Puisqu'ils sont une seule et même chose, il n'y aura aucun inconvénient à les désigner par un seul et même nom, par ce mot oùo-ta, que les Scolastiques ont traduit par substantiel et qui, dans la langue d'Aristote, prend un sens si flottant *.

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