‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 214 sur 287 · Al GxzâLi, Op. laud., lib. II, tract. II, cap. III · texte numérisé non relu

Al GxzâLi, Op. laud., lib. II, tract. II, cap. III

LE NÉO-PLATONISME ARABE

donc, ici, la figure de l'Intelligence active, et la faculté visuelle est la figure de l'aptitude à connaître que possède l'âme ; quant aux représentations qui sont dans l'imagination, elles sont figurées par ces objets sensibles qui, plongés dans les ténèbres, sont seulement sensibles et visibles en puissance ; enfin l'œil, dans l'obscurité, n'est voyant qu'en puissance, et il ne passe à l'acte qu'à l'aide d'une cause qui est la lumière du Soleil ; ainsi en est-il ici. »

Touchant l'immortalité de l'âme, Al Gazâli va plus loin que la Théologie (VAristote, plus loin même qu'Avicenne. Selon la Théologie d'Aristote, l'âme raisonnable, mortelle par elle-même, tenait son immortalité de l'union avec l'Intelligence active impérissable. Au gré d'Avicenne, l'âme, capable de persister même en l'absence de l'Intelligence active, trouvait, dans sa continuité avec celle-ci, une plus complète assurance contre la destruction. Al Gazâli croit que l'âme raisonnable est immortelle par elle-même ; ce que lui confère, après la mort, la communion à l'Intelligence active, ce n'est pas la perpétuité qu'elle possède déjà, mais la félicité.

« L'âme, dit-il !, sera heureuse par son aptitude à recevoir l'influence de l'Intelligence active ; elle se réjouira de son union avec cette Intelligence, car cette union est indissoluble ; elle sera débarrassée du soin de diriger le corps et de tout ce qui a rapport aux sens ; aussi le corps cessera-t-il de la tirer en arrière, de l'entraver, de mettre obstacle à la perfection de son union avec l'Intelligence. Au moment où la mort délivre Fâme de l'occupation du corps, le voile est enlevé, l'obstacle tombe et l'union perpétuelle est accordée ; car l'âme demeure toujours, et l'Intelligence active demeure toujours, et l'influence coule de celle-ci avec une extrême largesse, car elle la tire d elle-même. L'âme, de son côté, est apte par elle-même à recevoir ce qui vient de l'Intelligence, car rien n'y met obstacle ; qu'est-ce, en effet, qui pourrait gêner cette influence, lorsque l'âme est présentement et intimement unie à l'Intelligence?

» Au commencement [de la vie], l'âme a besoin du corps et des sens, afin de recevoir des images par leur intermédiaire, et de tirer ensuite, de ces images, des idées abstraites et universelles.... Mais après qu'elle est parvenue à ce vers quoi elle tendait, ce qui avait servi d'aide pour y parvenir devient empêchement...

» L'âme est heureuse, et ce bonheur consiste en une jouissance plus grande qu'on ne peut dire. Cette jouissance, d'ailleurs, n'a d'autre cause que celle dont nous avons parlé. La jouissance, c'est

i. Al GAzâu, Op. laud., lib. II, tract. II, cap. IV.

LA CRUE DE l'aRISTOTÉLISME

simplement une puissance quelconque qui saisit sans empêchemen1 ce qui fut adjugé à sa nature. Or, ce qui est le propre besoin de l'âme, c'est de connaître avec certitude les choses telles qu'elles sont ; et ces intelligibles-là ne sont aucunement au pouvoir du sens. »

Qu'est donc, de l'avis d'Al Gazâli, cette Intelligence active dont la communion fera la perpétuelle félicité de l'âme ? « Elle est1 du nombre des substances intelligibles que nous avons déjà étudiées au traité des êtres divins... C'est elle qui est la dixième Intelligence. La religion, d'ailleurs, nous enseigne clairement que les connaissances universelles ne viennent aux hommes, et particulièrement aux prophètes, que par l'intermédiaire des anges. »

Que l'Intelligence active soit la dixième des substances purement intelligibles et séparées de toute matière, qu'elle soit un ange, c'est ce que nous comprendrons lorsque nous aurons exposé l'enseignement d'Al Fârâbi, d'Avicenne et d'Al Gazâli touchant les processions divines.

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