‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 216 sur 287 · Voir : Troisième partie, ch. I, § VI ; ce volume, p · texte numérisé non relu

Voir : Troisième partie, ch. I, § VI ; ce volume, p

2. Iamblichus De mysteriis, cap. XIV (Index eorum quœ hoc in libro habent.ar. Iamblichus de mysteriis sEgi/ptiorum, Chaldœoru/n, Assi/rioram.... Venetiis, in œdibus Aldi et Andreae, MDXVI. Fol. l\,\Q. — Pour la description de cette édition, voir p. 346, note i).

LE NÉO-PLATONISME ARABE

On voit qu'au gré de Jamblique, un astre est une nature simple qui mérite le nom d'âme ou d'Intelligence bien plutôt que le nom de corps ; l'auteur du traité Sur les mystères des Egyptiens ne consent pas à donner aux cieux la constitution complexe que Plotin leur attribue.

Dè la pensée de Plotin, au contraire, nous allons trouver le développement dans un Commentaire à la Métaphysique d Aristote qu'on a faussement attribué à Alexandre d'Aphrodisias !.

L'auteur de ce commentaire se pose cette question 2, qu'il porte au compte d'Aristote : Chacune des sphères célestes est-elle mue par sa forme (eïSoç), par son âme [§urfj\) ou par un direu (Oeoç) ?

La forme de chacune de ces sphères, que le commentateur paraît identifier à la figure de ce corps, la mouvrait en cercle « au moyen d'une nature uniforme et douée de ce même mouvement, Slà [A£gty}ç ttJç ouo-sojç piciç 0'J<7Y)Ç xal Tf\Ç atJTTjÇ Xt.VTiC-EW^. » Sous

cet aspect quelque peu enveloppé, l'hypothèse indiquée par ce passage est assurément la suivante : Le mouvement des sphères célestes serait un mouvement naturel, analogue au mouvement des corps graves ou légers ; et ce mouvement naturel serait le mouvement de rotation, car c'est celui qui convient à la figure de ces orbes.

Après avoir indiqué cette première supposition, le commentateur en propose une autre : Le mouvement d'une sphère ne proviendrait ni totalement de la nature (s>u<nç) ni totalement de l'âme (•!/uy7]). De sa nature, un orbe céleste tiendrait une disposition à prendre, de lui-même et sans violence, le mouvement qui convient à sa forme ; mais ce mouvement auquel il est seulement prédisposé par sa nature, c'est l'âme qui le lui donnerait d'une manière effective ; c'est donc de l'âme qu'il tiendrait l'acte par lequel il change de lieu : « 'Aito os ttJç '^X'ôs tTjv pTaêaTuriv Èvépysiav, ïcpoç v^v Tcecpuxao'1. oik t^v cpùct.v. »

Mais, poursuit le Pseudo-Alexandre, ce n'est pas à de telles âmes qu'Aristote a confié le soin de mouvoir les sphères célestes ; il a préposé à cet office d'autres substances qui, non seulement, sont incorporelles, mais qui sont placées hors de tout corps ; ces

1. Sur le caractère apocryphe des commentaires aux huit derniers livres de la Métaphysique, qui ont été attribués à Alexandre d'Aphrodisias, voir : Alexandri Aphrodisiensis In Aristotelis metaphysica commentaria. Edidit Michael Hayduck, Berolini, 1891. Praefatio.

2. Scholia in Aristotelem Golleg-it G. A. Brandis. Berolini, i836; p. 808, col. b, et p. 809, col. a. — Alexandri Aphrodisiensis In Aristotelis metaphysica commentaria. Edidit Michael Hayduck, In Metaphysicorum A 8; pp. 706-707.

LA CRUE DE i/aRISTOTÉLISME

substances sont subordonnées à la première Intelligence (6 7cpwtoç Nouç) de la même manière, si Ton peut dire, que les diverses sphères sont subordonnées au ciel des étoiles fixes ; mais ces substances sont supérieures aux âmes des sphères.

D'une part, donc, les orbes célestes sont mûs par les âmes qui sont proj3res à chacun d'eux ; mais, d'autre part, ils sont mis en mouvement par de tels dieux (utîo twv to',outwv Oswv), de la même manière que la sphère inerrante est mise en mouvement par la j)remière Intelligence.

Ce n'est pas, en effet, l'âme de la sphère inerrante qui lui permet de se mouvoir indéfiniment ; c'est le premier Moteur ; son âme lui donne le mouvement ; mais si ce mouvement se poursuit indéfiniment, toujours de la même manière, autour des mêmes pôles et dans le même temps, c'est de la Cause première, intelligente et immobile, qu'il tient tous ces caractères de pérennité.

Or, de même que la sphère inerrante se meut sous l'action du premier Moteur, de même les sphères errantes se meuvent sous l'action des moteurs qui leur sont propres, « et qui reçoivent le bien provenant du premier Moteur, xal àyaOjvojJÉvwv utzq toù

La doctrine que nous venons d'exposer est, en partie, textuellement empruntée à Alexandre d'Aphrodisias ; nous savons, en effet, par le témoignage de Simplicius *, qu'Alexandre soutenait, dans son commentaire au Ilepl Oùpavoù, l'opinion suivante : Chaque sphère céleste est mue par une âme qui est motrice par ellemême ; mais la perpétuité de son mouvement de rotation, qui se poursuit toujours de la même manière, dans le même temps, autour des mêmes pôles, le ciel la tient de l'Intelligence immobile.

Alexandre, toutefois, n'eût pas reçu dans sa plénitude la théorie qui a été mise sous son nom ; il se refusait 2 à distinguer, en chacun des corps célestes, l'âme de la nature ; il voulait que l'âme et la nature, identifiées l une à l'autre, constituassent, pour ces sphères, un seul principe de mouvement naturel, analogue à la gravité ou à la légèreté qui meut les corps du Monde sublunaire.

Simplicius, au contraire, qui combat vivement l'opinion d'Alexandre, émet, au sujet des mouvements célestes, des suppositions toutes semblables à celles que nous avons lues au commentaire du Pseudo-Alexandre.

i. Simpligu In Aristotelis de Cœlo Commentaria ; In lib. II, cap. I; éd. Karsten, p. 169, col. b ; ëd. Ileiberg, pp. 379-380

• 2. Simplicius, loc. cil.; éd. Karsten, p. 1G9, col. b; éd. Heiberg-, pp. 38o-38i.

LE NÉO-PLATONISME ARABE

Simplicius, rappelle 1 la définition de l'âme donnée par Aristote au second livre du ÏIspl bvyjiç 2 : « L'âme, c'est la première existence en acte du corps naturel qui a la vie en puissance. — *Fux/ èoriv evTsXs^eta 7j repuT^ ^wjJLaTOç cpycwcou ftuvàpisb ÇojTjV syovToç. » Fort de ce texte, il veut qu'on distingue le corps naturel, auquel la nature est liée, de l'âme et, surtout, de l'âme séparai de, dont Alexandre nie l'existence.

11 se demande alors quelle part revient à la nature dans le mouvement du ciel, et quelle part revient à l'âme. La nature n'est point, par elle-même, principe de mouvement; elle est plutôt quelque chose de passif, une chose mobile qui ne meut point tant qu'elle n'a pas été, par ailleurs, mise en mouvement. On peut donc dire que le tout, formé par le corps à la fois naturel et animé, est mù par l'âme, à qui la nature sert d'intermédiaire.

Mais cette âme qui est finie, car elle demeure dans un corps fini, ne suffirait pas à mouvoir indéfiniment l'orbe céleste ; celuici doit donc tenir d'une autre cause la perpétuité de son mouvement.

Simplicius résume son opinion en quelques propositions qui sont, presque mot pour mot, celles du Pseudo -Alexandre 3 :

« Si donc on nous demande quel est le mouvement local que la nature donne au ciel et quel est celui que l'âme lui communique, voici ce que nous répondrons : L'âme, par l'intermédiaire de la nature, fait que le ciel se meuve circulairement, d'un mouvement uniforme ; elle le fait par l'intermédiaire d'une nature qui a, pour se mouvoir conformément à elle-même, une aptitude innée et exempte de toute violence ; mais c'est de l'âme que le ciel tient l'actualité du mouvement local auquel il avait, par nature, une disposition innée ; de même, c'est à l'Intelligence qu'il doit de se mouvoir indéfiniment, de la même manière et dans le même temps. Le ciel est donc mû non seulement par ces principes, [la nature et l'âme], mais encore par l'Intelligence qui donne plus d'ampleur au mouvement animal. »

De ces pensées développées par les derniers commentateurs grecs d'Aristote vont s'inspirer les théories que développeront Al Fârâbi, Avicenne et Al Gazâli.

Par ces pensées, les sages de l'Islam seront amenés à unir d'une manière intime, dans leur doctrine philosophique, trois pro-

1. Simplicius, loc.cit.; éd. Karsten. fol. 170, col. a; éd. Heiberg-, p. 38i.

2. Aristote, Wzoi ^puy^ç, lib. II, cap. I (Aristotelis Opéra, éd. Didot, t. III, p. 444; fcd. Bekker, t. 1, p. col. a).

3. Simplicius, loc. cit. ; éd. Karsten, p. 170, col. b ; éd. Heiberg, p. 382.

LA CRUE BE i/aRISTOTÉLISME

blêmes qui pouvaient sembler sans lien les uns avec les autres : L'ordre de procession des êtres qui dérivent de Dieu ; les mouvements des astres ; enfin, les mutuels rapports de l'Intelligence, de l'âme et du corps.

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