‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 232 sur 287 · Ali'Arabi s Abhandlungen, p · texte numérisé non relu

Ali'Arabi s Abhandlungen, p

d'Al Fàràbi s'affirme et se précise au cours de la théorie de la matière que développent les Frères de la Pureté. Exposons brièvement cette théorie.

« La première chose que le Créateur ait produite et appelée à l'existence, écrivent nos philosophes dans leur trente-deuxième traité1, c'est une substance simple, spirituelle, extrêmement achevée, parfaite et excellente, en laquelle se trouvent contenues les formes de toutes choses ; cette substance se nomme l'Intelligence. De cette substance en émane une seconde qui, dans l'ordre hiérarchique, se tient au-dessous de la première et qui se nomme l'Ame universelle. De l'Ame universelle découle une autre substance qui prend place au-dessous de l'Ame, et qui se nomme la Matière originelle (Urmalerie). Celle-ci se transforme dans le Corps absolu, c'est-à-dire en la Matière seconde qui a longueur, largeur et profondeur. »

Ce que sont ces deux matières, qu'ils appellent ici la Matière originelle et la Matière seconde, les Frères de la Pureté l'avaient dit dès le début de leur encyclopédie, au commencement de leur premier traité 2 :

« On donne le nom de matière à quatre sortes de choses :

1° La matière des œuvres artificielles (Werkmalerie) ;

2° La matière des choses naturelles (Naturmaterie) ;

3° La Matière universelle (Allmaterie) ;

4° La Matière originelle (Urmaterie). »

Ce qui est ici nommé Matière universelle, c'est ce qui recevait ailleurs le nom de Matière seconde.

Lisons les descriptions de la matière naturelle, de la Matière universelle et de la Matière fondamentale.

« Les matières naturelles sont le feu, l'air 3 Feau et la terre ; tout ce qui se trouve dans le Monde sublunaire,, les animaux, les plantes et les minéraux, provient de ces matières et, par sa corruption, se change en ces matières ; leur créatrice, c'est la Nature, qui est une des forces de l'Ame céleste universelle...

» La Matière universelle, c'est le Corps absolu ; de ce Corps est tiré l'ensemble de l'Univers, c'est-à-dire les sphères célestes, les astres, les éléments et tous les êtres quels qu'ils soient ; tous, en effet, ils sont des corps, et leur diversité ne provient que de leurs formes diverses.

i. Fr. DietericIj Die Lehre von der We/lscele bei den Arabern in X. Jahrhundert ; Leipzig, 1872; j>. i5.

2 Friedrich Dieterici Die Naturahschauung und Naturphilosophie der Araber in X. Jahrhundert. ateAusgabe ; Leipzig-, 187G; pp. 2-3.

LE NÉO-PLATONISME ARA HE

» La Matière originelle est une substance simple et idéale qui ne tombe pas sous le sens, car elle n'est, aussi bien, que la forme de la seule existence. Elle est le Fondement primitif [Urgrund).

» Si ce Fondement primitif reçoit la quantité (Wieviel), il devient, par là même, le Corps absolu dont on affirme qu'il possède trois dimensions, la longueur, la largeur et la profondeur.

» Que le Corps [absolu] reçoive la qualité (Wie), c'est-à-dire la ligure, par exemple celle du cercle ou du triangle ou du rectangle ou quelque autre, il devient un certain corps spécial et déterminé dont on peut dire qu'il est tel ou tel.

» Ainsi la qualité est égale à 3, la quantité à 2 et le Fondement primitif à 1. De même que 3 vient après 2, de même la qualité vient après la quantité ; et de même que 2 vient après 1, la quantité vient après le Fondement primitif; en son existence, donc, le Fondement primitif précède la quantité et la qualité comme 1 vient avant 2, 3 et tous les autres nombres.

» Le Fondement primitif, la quantité et la qualité sont des formes simples, idéales, qui ne tombent pas sous les sens ; lorsque Lune d'elles s'unit à la suivante, la première est matière en même temps que la seconde est forme ; la qualité est forme à l'égard de la quantité et la quantité est matière pour la qualité ; la quantité, à son tour, est forme pour le Fondement primitif et le Fondement primitif est matière pour la quantité. »

Bien que la netteté de ce passage laisse fort peu de choses à désirer, arrêtons-nous un instant à le commenter; il en vaut la peine, car il est, pour ainsi dire, le plan de ce qu'Àvicenne, d'une part, et Avicébron, d'autre part, écriront au sujet de la matière.

Si nous nous élevons à partir de la matière la moins déterminée vers des matières de jdIus en plus déterminées, nous rencontrons les degrés suivants :

1° La Matière originelle ou Fondement primitif qui possède seulement l'existence sans aucune autre détermination.

2° Le Corps absolu ou Matière universelle qui a quantité, c'està-dire longueur, largeur et profondeur, mais qui n'a aucune figure déterminée ; clans le Corps absolu, c'est le Fondement primitif qui joue le rôle de matière et la quantité qui joue le rôle de forme.

3° Le corps déterminé, formé par l'union du Corps absolu jouant le rôle de matière et de la figure jouant le rôle de forme.

Le corps déterminé peut être corps céleste ou bien il peut recevoir une forme substantielle qui en fait une des matières naturelles, un des quatre éléments.

Cette doctrine des Frères de la Pureté est, en quelque sorte, le

LA CRUE 1>E L A IÙ S T 0 T É L I S 31 E

programme des dissertations que nous allons lire dans la Métaphysique d'Ibn Sinà.

« Voici, dit Avicennc \ quelle est la véritable définition du corps :

» Un corps, c'est une substance en laquelle on peut supposer une première dimension, en commençant par la tracer comme vous voudrez ; cette dimension par laquelle vous aurez commencé sera la longueur. Ensuite, on peut supposer une seconde dimension coupant la première à angle droit; ce sera la largeur. Enfin , on peut supposer une troisième dimension rencontrant orthogonalement les deux premières en leur point d'intersection ; [ce sera la profondeur]. On ne peut plus tracer aucune autre ligne qui, de la même façon, coupe perpendiculairement les trois premières.

» C'est parce que le corps est constitué de cette manière qu'on dit du corps : C'est ce qui a longueur, largeur et profondeur. On dit encore : Le corps est ce qui est divisible suivant trois dimensions. On n'entend pas par là qu'il est effectivement divisé, mais seulement qu'on y peut supposer cette division. »

Cette dernière phrase attire notre attention sur cette pensée : Le tracé de dimensions qui vient d'être décrit est un tracé dont on affirme seulement qu'il est concevable et nullement qu'il est réalisé. Par ces dimensions, on entend un système de huit trièdres trirectangles qu'on peut imaginer au sein du corps ; on n'entend nullement trois lignes de directions bien déterminées (la hauteur étant, par exemple, comptée suivant la verticale) qu'on tracerait dans un corps de figure bien déterminée, et qui auraient des longueurs également déterminées comprises entre deux extrémités situées à la surface du corps. C'est là ce qu'on entend par longueur, largeur et hauteur lorsqu'on veut, par exemple, mesurer le volume d'un corps de volume défini; ce ne sont pas de telles dimensioncs terminatœ qu'on veut désigner Lorsqu'on donne cette définition : Le corps est ce qui a longueur, largeur et profondeur.

La pensée que nous venons d'indiquer est l'objet de toute l'insistance d'Avicenne :

« Ce sont d'autres dimensions, dit-il, que ces dimensions qu'on peut imaginer dans le corps et qui sont comprises entre ses extrémités opposées. Ces dimensions-ci, tout comme la figure et La situation, ne constituent pas le corps. Ce sont des accidents qui

i. \ yickvvi Metaphysica, Lib. Il, tract. II, cap. II.

LE NÉO-PLATONISME ARABE

surviennent à la substance de ce corps. » Ces dimensions-ci peuvent être détruites et remplacées par d'autres dimensions de même espèce sans que la substance du corps cesse d'être ce qu'elle est. « Prenez une masse de cire 1 quelconque et façonnez-la de manière à lui donner une certaine figure ; entre les extrémités de cette figure sont comprises des dimensions effectives, dont les mesures peuvent être évaluées numériquement. Changez ensuite la figure [de ce morceau de cire] ; aucune de ces dimensions ne persistera dune manière effective ; vous n'aurez plus, d'une manière effective, une dimension qui soit la même que précédemment, avec les mêmes extrémités et la même mesure ; mais aux précédentes dimensions, succéderont de nouvelles dimensions qui en sont numériquement différentes.

» A la vérité, il peut exister des corps, tels que les corps

célestes, auxquels certaines dimensions effectives sont liées d'une manière inséparable ; mais cette propriété n'appartient pas à un tel corps par cela seul qu'il est corps ; cela provient d'une autre nature qui conserve en lui les perfections secondes, » celles qui ont été ajoutées au caractère de corps.

Ce caractère qui fait que le corps est corps n'est donc pas constitué par l'existence de telles dimensions effectives et terminées.

Ce caractère, cette forme, cette corporéité, ne consiste pas davantage dans le volume que le corps occupe : « Cette forme n'est pas ce qui fait qu'un corps diffère d'un autre comme plus grand ou plus petit ; ce n'est pas grâce à elle qu'un corps peut être comparé à un autre, de telle sorte qu'il soit égal à cet autre, ou mesuré par cet autre, ou commensurable ou incommensurable avec cet autre ; toutes ces propriétés appartiennent au corps en tant qu'il est mesuré, en tant que telle partie sert à évaluer numériquement telle autre ; la considération de ces propriétés est indépendante de la considération de cette corporéité que nous avons définie. Aussi peut-il se faire qu'un corps soit raréfié ou condensé % que son volume soit modifié par échauffement ou refroidissement ; la corporéité dont nous avons parlé ne s'en trouve ni remplacée par une autre corporéité ni modifiée.

» C'est donc de cette manière-là que le corps naturel est une substance. » C'est par cette corporéité qu'il est ce qu'il est,

1. Le texte que nous avons sous les yeux (éd. 1/19?)) dit : Aliquam causam; il faut lire, croyons-nous, aliquam cera/n.

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