Algazelis Phitosophia, lib. I, tract. II, cap. unicum
LE NÉO-PLA.TOJNISME ARABE
tique à ce qu'il est par lui-même. Mais, comme nous l'avons dit, l'existence de toute chose, hors cet Etre, est différente de ce que cette chose est par elle-même. Le mode d'existence auquel correspond cette question : Est-elle ? est un accident à ce qu'est la chose elle-même, c'est-à-dire à cela dont on demande : (Ju'est-elle ? Or tout accident est un effet produit dans quelque chose. — Prœdictum est autem quod esse rei aliud est ab eo quod ipsa est ; et esse de quo quœrkurper : An est ? est accidens ei quod ipsa res est, sciiicet ei de quo quœrilur per : Onid est ? Omne autem accidens alicui causatum est 1 ...
» Il est manifeste par là que l'Etre nécessaire n'est aucunement semblable aux choses qui sont hors de lui ; toute chose hors lui, en effet, est possible ; et en toute chose possible, l'existence est différente de ce que la chose est en elle-même (et omne quod est possibiie, suum esse aliud est ab eo quod ipsum est). Son existence, comme nous le dirons, est relative à l'Etre nécessaire. »
Anticipons une terminologie qui ne sera pas fixée avant Saint Thomas d'Aquin. Nous venons d'entendre Avicenne et son disciple Al Gazâli caractériser, en toute chose venue après l'Etre nécessaire,, la dualité de Y essence ( essentia ou quidditas) et de Y existence (esse). Par son essence, parce qu'elle est en elle-même (id quod ipsa est), une telle chose est simplement possible; à cette essence, l'existence est conférée du dehors, à la manière d'un accident, par un agent qui fait passer cette chose de la possibilité à la nécessité.
Le Livre des Causes, lui aussi, mettait une dualité clans tout ce qui suit le premier Être ; mais combien différente de la dualité que nous venons de décrire ! En toute chose après le Premier, disait le Livre des Causes 2, il y a existence (esse) et forme. Mais la chose ne possédait par elle-même ni l'existence ni la forme ; ces deux éléments lui étaient conférés du dehors ; l'existence venait du premier Etre par voie de création ; par voie d'impression au sein de l'existence, la forme provenait des Intelligences subordonnées à l'Etre ; c'est donc l'existence qui, selon cette théorie, jouait le rôle de sujet prêt à recevoir la forme, c'est en elle que résidait la possibilité de cette forme ; c'est elle qui devait être comparée à une matière, qui méritait le nom à' hyliathis. Tout au contraire, dans la théorie d' Avicenne et d'Al Gazàli, le rôle de sujet, de
1. Dans l'édition de i5o6, la fin de ce texte, étrangement défigurée, a pris la forme suivante :
« Et esse de quo queritur per an est ; est accidens ei quia ipsa res est, scilicet ei de quo queritur per quod est. »
Cette édition, du reste, fourmille de fautes.