‹ La système du monde (volume 3)Chapitre 240 sur 287 · Philosophia Algazelis, lib. I, tract. V · texte numérisé non relu

Philosophia Algazelis, lib. I, tract. V

2. Voir : Première partie, Ch. XIII, § XI ; t. II, pp. 345-348.

les éléments, c'est le Ciel qui la rendra plus apte à recevoir une forme qu'une autre ; cela ne se produit, tout d'abord, que par l'action des corps célestes. Selon qu elles sont plus ou moins rapprochées ou éloignées de ces corps, les diverses parties de la Matière reçoivent certaines aptitudes ; et lorsqu'elles ont été adaptées, elles reçoivent, de l'Intelligence séparée, une certaine forme.

» Gomme ces corps célestes ont, en commun, une nature universelle d'où provient, en tous, le mouvement circulaire, ils ont fait que la Matière, prise d'une manière absolue, fût apte à recevoir n'importe quelle forme: Mais, en même temps, comme chacun de ces corps a sa nature propre, il a fallu que chacun des éléments fut apte à recevoir une des formes plutôt que toute autre. Enfin c'est de l'Intelligence séparée que chaque matière reçoit sa forme.

» La racine de toute Matière corporelle provient donc d'une substance Intelligible séparée. »

Si nous considérons spécialement la Matière des corps sublunaires, cette Intelligence sera la dixième des Intelligences créées, l'Intelligence active.

A elle, donc, on doit attribuer la création de la Hyle, permanente et partout la même, sans laquelle les corps sublunaires ne sauraient exister.

Il faut maintenant que l'hétérogénéité soit introduite au sein de cette Matière homogène, que les diverses parties en soient distinguées les unes des autres, qu'elles reçoivent des délimitations, que ces parties distinctes acquièrent des aptitudes différentes, l'une devenant propre à recevoir plutôt telle forme et l'autre telle autre forme. Toute cette besogne de division, de délimitation, d'adaptation sera l'œuvre des corps célestes. Ainsi, selon que certaines parties de la Hyle seront plus ou moins proches de l'orbe de la Lune, elles deviendront aptes à recevoir, de préférence, la forme de tel ou tel des quatre éléments ; « ce sera la première adaptation générale de la Matière à la forme ». Par leurs dispositions diverses, les corps célestes prépareront spécialement telles parties des éléments à éprouver telle ou telle mixtion ; diversement distribuées au sein de la sphère sublunaire, ces adaptations seront, de plus, pour chaque partie de cette sphère, changeantes d'un moment à l'autre par suite du mouvement des astres.

Pourvues, par le mouvement des astres, de dispositions différentes, les diverses parties de la Matière pourront, en outre, réagir les unes sur les autres et, parla, accroître encore la diversité

LE NÉO-PLàT<XNÏSME AUAIJE

de ces dispositions. « Onpeut accorder que, de chacun des éléments provient, en chacun des autres, une adaptation particulière ; lorsque le feu, par exemple, se trouve au contact de l'air, il le rend apte à recevoir la tonne ignée, mais cette forme lui doit être infusée par l'Intelligence séparée ».

Désormais, la Hyle homogène et permanente s'est transformée en un ensemble, hétérogène dans l'espace et variable dans le temps, de matières douées d'aptitudes différentes ; à ces matières diversement adaptées, les Intelligences célestes vont attribuer les formes qu'elles sont prêtes à recevoir ; cette dernière opération achèvera de donner l'existence actuelle aux corps du Monde sublunaire. Sans cesse, en ces corps, l'Intelligence active crée la Hyle ; « sans cesse, les corps célestes leur confèrent des aptitudes et les Intelligences séparées leur attribuent des formes, afin que la permanence de leur existence soit assurée » par ce concours de trois sortes de causes également indispensables.

A cette question : La Hyle a t-elle une cause? question que nous avions posée, question qui nous avait conduit à présenter la théorie de la causalité selon Avicenne et Al Gazâli, voici que nous avons répondu. La réponse accentue l'opposition entre le Péripatétisme hellène et le Néo-platonisme arabe. Pour le Péripatétisme, la GXt, n'a que l'existence en puissance, niais cette existence n'admet ni ne requiert aucune cause, elle est nécessaire. Pour le Néo-platonisme, la Hyle doit à des causes multiples son existence en acte.

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