Kgidii Romani Opus hexaemeron , lib. 1, cap. V
5. D. ^GiDii Romani Ordinis Fratrum Eremitarum Sancti Augustini Archiepiscopi Bituricensis Opus hexaemeron Nunc denuo longe quàm antea cùm emendatius, tùm diligentius, excussum. Romae, Apud Antonium Bladuin, MDLV.
6. yî^GiDJi Romani Op. laud., Prima pars, cap. XI; éd. cit., fol. i5; col. d.
l'astronomie PARISIENNE. — il. LES pgysiciÉNS 111
dans le ciel des excentriques et des épicycles. Alpétragius, au contraire, dans son livre De sphmra mota, nie l'existence des excentriques et des épicycles ; il s'efforce d'expliquer par des retards toutes les diversités que nous voyons dans les mouvements célestes ; il prétend que toutes ces variations dans le mouvement des planètes proviennent uniquement de ce qu'une planète est plus lente qu'une autre. Mais, pour nous, nous n'avons jamais vu qu'on pût, sans excentrique ni épicycle, sauver clairement toutes les apparences qui se manifestent dans les mouvements des planètes, non plus que celles qui se manifestent dans leurs distances ; tantôt, en effet, les planètes sont à l'auge supérieure, car elles sont plus éloignées de la Terre ; tantôt elles sont à l'opposé de l'auge, car elles sont plus proches de la Terre. Ni en leurs rétrogradations, car la marche d'une planète est tantôt directe et tantôt rétrograde. Cette opinion, cependant, beaucoup se sont efforcés de l'improuver. Le Commentateur, au xne livre de la Métaphysique, comm. 45, contre cette hypothèse apporte ses raisons qui, à vrai dire, ne sont pas parfaitement concluantes (licet non perfecte conclu dant). Au contraire, la pensée de Simplicius paraît être la suivante : Lors même que toutes les autres apparences pourraient être sauvées sans l excentrique, cette apparence-ci, cependant, ne pourrait être sauvée : Le Soleil est plus distant de la Terre en été qu'en hiver ; le centre du cercle déférent du Soleil est donc hors du centre du Monde ; ce centre ne coïncide pas avec le centre de la Terre ; d'un côté, ce cercle déférent s'éloigne plus de la Terre que de l'autre côté ; pendant l'été, le Soleil se trouve en la partie qui est la plus distante de la Terre ; durant l'hiver, il est en la partie qui est la plus voisine de la Terre ; et cela se manifeste d'une manière sensible. Selon ce raisonnement, il faut admettre qu'il existe des excentriques, et, pour une semblable raison, il faut supposer des épicycles. »
Gilles de Rome revient, en un autre endroit ', sur les hypothèses astronomiques ; il pose avec netteté le principe qu'il nous faut suivre dans le choix de ces hypothèses ; non seulement elles doivent sauver les apparences, mais elles doivent les sauver par les artifices les plus simples qu'il soit possible d'imaginer : « Propter qnod sciendiim quod cxlestes apparenlias salvare debemus per
pauciova quam possumus Si nous pouvions donc, par la seule
diversité des sphères planétaires, sauver toutes les apparences
i. /Kgidh Romani Op. laud., Secunda pars, cap. XXXVI; éd. cit., fol. 53, coll. Jj et c.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
que nous observons dans les mouvements des planètes, sans admettre ni excentrique ni épicycle, il serait plus facile de faire cette hypothèse, et nous dirions qu'il la faut faire ; mais le Soleil et les autres planètes sont tantôt à l'auge, tantôt au Nadir ou opposé de l'auge ; tantôt, en effet, ces astres sont plus éloignés de la Terre et tantôt ils en sont plus rapprochés ; en outre, la marche de certaines planètes est tantôt directe et tantôt rétrograde ; pour sauver ces apparences, nous sommes contraints, de toute nécessité, de poser l'existence d'excentriques et d'épicycles. C'est pourquoi Simplicius croit que les négateurs des excentriques, alors même qu'ils parviendraient à sauver les apparences, ne pourraient sauver celle-ci : Nous voyons que le Soleil tantôt s'éloigne plus de la Terre et tantôt s'en approche davantage. Nous sommes donc forcés d'admettre les excentriques et les épicycles. »
Guidé par ce principe : Les hypothèses doivent sauver les apparences aussi simplement que possible, Gilles de Rome propose ou accueille (car nous ne savons s'il l'a imaginée) une intéressante modification à l'agencement d'orbes solides emprunté aux Hypothèses des planètes par Alhazen et, après lui, par Bacon, par Bernard de Verdun et par leurs imitateurs.
Ibn al Haitam et ceux des chrétiens qui, comme Roger Bacon et Bernard de Verdun, ont exposé son système, attribuent à chaque astre errant au moins trois orbes.
L'orbe déférent, qui contient la planète ou la sphère épicycle, est compris entre deux surfaces sphériques concentriques entre elles, mais excentriques au monde. Cet orbe déférent est contigu a deux corps solides qui l'encastrent. Chacun de ces deux solides est borné par deux surfaces sphériques excentriques l'une à l'autre. L'ensemble de ces trois orbes est ainsi délimité par deux surfaces sphériques concentriques au Monde ; par la plus petite de ces surfaces, il confine au ciel de la planète immédiatement inférieure ; par la plus grande, il est contigu à l'un des orbes de la planète immédiatement supérieure.
Selon Gilles de Rome, il est possible de simplifier grandement cet organisme.
La planète ou la sphère épicycle qui contient cette planète se trouvera encore enchâssée dans la masse d'un corps déférent ; mais ce déférent n'aura plus la forme d'une couche comprise entre deux sphères concentriques ; il aura la figure d'un tore dont le cercle de gorge sera excentrique au Monde. Ce tore remplira une cavité exactement moulée sur lui, au sein de laquelle il pourra tourner autour de son centre. Cette cavité sera creusée dans la
masse d'une couche spbérique, limitée par deux sphères concentriques au Monde, et qui sera la sphère de la planète.
Cette sphère de la planète sera chargée de communiquer au tore déférent le mouvement diurne et le mouvement lent avec lequel se déplace l'auge de la planète. Mais, pour toutes les planètes, ces mouvements sont les mêmes, et ils sont les mêmes que les mouvements par lesquels tourne la sphère des étoiles fixes ; il est donc parfaitement inutile de détacher les unes des autres les sphères des diverses planètes et de détacher la sphère de Saturne de la sphère des étoiles fixes. Dès lors, de la concavité de l'orbe de la Lune à la convexité de l'orbe des étoiles fixes, une matière solide unique s'étend, mue du double mouvement dont nous venons de parler. Au sein de cette matière, des cavités sont creusées, qui ont la figure de tores excentriques au Monde ; un solide de même figure remplit chacune de ces cavités et tourne, du mouvement qui lui est propre, autour du centre de son cercle de gorge. Enfin, dans chacun de ces tores solides est enchâssée une sphère épicycle qui tourne autour de son centre en entraînant la planète qu'elle contient.
Telle est la machine céleste que Gilles de Rome conçoit et qu'il décrit à plusieurs reprises \ Pour la rendre aisément intelligible, il use de comparaisons naïves auxquelles il revient sans cesse. « Les excentriques, dit-il, sont dans les cieux comme la moelle est dans l'os ». Il assimile l' épicycle à une pomme dans laquelle la planète est fichée.
Cette manière de concevoir les orbes des astres, les Hypothèses des planètes l'avaient déjà décrite ~, et elles en avaient fait valoir la très grande simplicité. Mais, à notre connaissance, aucun astronome de l'Islam ou de la Chrétienté ne Lavait encore exposée. Gilles la tient-il, directement ou indirectement, des Hypothèses des planètes, ou bien La-t-il retrouvée par la seule puissance cle sa propre imagination? C'est ce que nous ne saurions dire.
Selon cette nouvelle doctrine, la théorie des excentriques et des épicycles ne le cède plus en simplicité à la théorie des sphères homocentriques. « Certains nient 3 qu'il existe des excentriques et des épicycles, comme nous le voyons par le Commentateur, au XIIe livre de la Métaphysique, et par Alpétragius ; s'il en était
i . /Kgidii Homani Op. laml., Prima pars, cap. XVI (éd. cit., fol. i5, coll. b et c). Secunda pars, cap. XXXII (éd. cit., fol. 4o, coll. b, c, d ). Cap. XXXVI (éd. cit., fol . 53, col . c).