JEAN BURIDAN
Par la bouche de Jean de Jandun, nous avons entendu l'opinion qu'un Averroïste convaincu professait au sujet des hypothèses
i. Pierre Duhem, Un fragment inédit de VOpus tertium de Roger Bacon; Quaraccbi, 1909; p. i32. — Fratius Kogiîri Communium naturatium liber secuudus, qui est de cœleslibus, Cap XV (Bibl Mazarine, ms. n° 3576, fol. 128, col. c; éd. Steele, p. 4^9)«
astronomiques, au premier quart du xiv° siècle, dans l'Université de Paris. Gilles de Home nous a, vers le même temps, et sur le même sujet, fait connaître l'opinion d'un disciple de Saint Thomas. Ce que pensaient de la même question les élèves immédiats de Duns Scot, sinon Scot lui-même, les Reportata parisiensia nous l'avaient appris \ Averroïstes, Thomistes, Scotistes, tous les scolastiques de Paris sont unanimes à concéder aux astronomes que le système de Ptolémée doit être reçu par les hommes sensés, car il est le seul qui permette de sauver les mouvements apparents des astres.
Vers l'an 1320, renseignement de Guillaume d'Ockam restaure à Paris le Nominalisme, mais un Nominalisme mitigé. Les doctrines nominalistes s'atténuent plus encore dans l'enseignement des maitres qui succèdent au bouillant Ockam. Essentiellement pondérée et empreinte de bon sens, la philosophie de ces maitres est une sorte de synthèse où les tendances du Thomisme, du Scotisme et du Nominalisme s'exercent à la fois et se tempèrent l'une l'autre. Le nom d'Eclectisme eût été le mieux choisi pour désigner cette philosophie parisienne ; mais, dès le xive siècle, le nom impropre de Nominalisme lui demeurait attaché. Interrogeons donc les principaux chefs du Nominalisme parisien au xiv° siècle, et demandons-leur ce qu'ils enseignaient touchant les systèmes astronomiques.
La tradition fait naître Jean Buridan à Béthune 2 ; un document vient à l'appui de cette tradition; il nous montre, en effet, qu'en 132.), Buridan, « clerc du diocèse d'Arras », étudiait à l'Université de Paris, en la Faculté des Arts.
Dans les Quœstiones in librum Aristotelis de sensu et sensato composées par Jean Buridan, on lit le passage que voici 3 :
1. Voir : Seconde partie, chapitre VIII, § X ; t. lllt pp. 4o4 «qq.
2. Pierre Duhem, Jean I Buridan de Béthune et Léonard de Vinci (Etudes sur Léonard de Vinci, ceux qu'il a lus et ceux qui Vont lu, 3e série, pp. i sqq.).
3. Joaxnis Burida.ni In liùrum Aristotelis de sensu et sensato quaest. IIL Pars III, fol. XXX, col. a des éd. suivantes : Ouœstiones et decisiones pkysicales insignium virorum
!Octo libros Phijsicorum.
Très libros de Cœlo et Mando.
Duos lib. de Generatione et Corruptione. Thimonis in Quatuor libros Metheororum .
S Lib. de Sensu et Sensato Librum de Me/noria et Reminiscentia.
Librum de Sornno et Vigilia.
! Librum de Longitudine et Brevitate Vitœ. [ Librum de Juventute et Senectute.
Recognitœ rursus et emendatœ summa accuratione et judicio Magistri Georgii Lokert Scoti ; a quo sunt traclatus proport ionum additi. Vsenumdantur in
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
« J'ai vu un certain écolier breton qui était aveugle de naissance; cependant, il discutait fort bien et fort clairement sur la Logique et la Physique ; je sais qu'il se rendit à la Curie romaine, car je m'y trouvais alors moi même, au temps du pape Jean; par la belle discussion qu'il soutint devant les cardinaux, il obtint qu'il fût pourvu à sa subsistance sur les revenus d'une abbaye. »
Le pontificat de Jean XXII a duré de 1316 à 1334. Jean Buridan était, sans doute, assez jeune clerc lorsqu'il se rendit auprès de lui.
Ce voyage en Avignon laissa les plus vifs souvenirs dans la mémoire du Maître parisien. Les Questions qu'il a rédigées sur les Météores d'Aristote, dont il existe divers exemplaires manuscrits1, sont remplies d'observations recueillies au cours de ce voyage ; le jeune Picard avait été grandement frappé de tout ce que les montagnes escaladées par lui avaient offert à son admiration; les noms du mont Ventoux [Mans Ventosus) et des Montes Ricordania>, c'est-à-dire des Cévennes qu'il avait franchies par l'antique Voie Régordane, reviennent à chaque instant sous sa plume ; sur l'altitude du Mont Ventoux, il donne des détails qui supposent qu'il avait fait, en partant du village de Bédouin, l'ascension de cette montagne ; c'est seulement le 26 avril 1336 que Pétrarque la devait faire à son tour, pour la célébrer ensuite dans ses lettres.
Un manuscrit de la Bibliothèque Nationale 2 nous conserve les discussions échangées par Buridan, en 1335, sur la division a l'infini, la réalité du point et divers autres problèmes, avec un certain maître M. de Montescalerio. C'est, sans doute, le plus ancien monument qui nous reste de l'activité intellectuelle de notre maître ès arts.
axlibus Jodoci Badii Ascensii et Conradi Resch. -- Au verso du titre, se trouve une Epistola nuncapatoria et parenetica de Georges Lokert. Dans la première édition, cette épitre porte la date suivante : Ex praîclaro Montis acuti collegio, Idibus Januarii ad supputationem Curiaî Romanœ MDXVI. Dans la seconde édition, cette même date est suivie de cette autre : Et rursus e Sorbona ad Kalen. Octo MDXVIII.
Dans notre étude sur Jean Buridan et Léonard de Vinci, nous avions révoqué en doute l'authenticité de certains ouvrages attribués à Jean Buridan, savoir : Les Questions sur les Paroa naturalia, sur le De anima, sur Y Ethique, sur les Météores. Tous ces doutes sont, maintenant, dissipés; l'authenticité de ces écrits peut être établie avec certitude parles copies manuscrites dont nous allons parler.
1. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° 1^723, fol. i G4- col. -a, usque ad finem.
2. Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms n° 16621. Un autre texte, beau* coup plus lisible, se trouve au ms. n° 283 1 du fonds latin de la même Bibliothèque; la copie de ce dernier texte est datée de i3o6; mais la date du texte même n'est point indiquée, non plus que le nom de maître M. de Montescalerio. ,
En 1340, Jean Buridan est, pour la seconde fois, nommé recteur de l'Université; nous ne savons pas à quelle date il avait été, pour la première fois, investi de cette fonction. En 1342, « alors qu'il enseignait à Paris les livres de la Physique, de la Métaphysique et de la Morale », il est nommé chanoine d'Arras. Le o août 1348, la Faculté le propose,. comme futur chapelain de Saint-André des Arcs (in Arcubus), à Faucon, évêque de Paris, qui donne son agrément à ce choix. Durant les années 1357 et 1358, nous le voyons prendre une part active à l'élaboration d'un statut qui fixât la commune frontière des deux Nations anglaise et picarde.
Le document, daté du 12 juillet 1358, qui contient ce statut, est le dernier qui mentionne la présence de Jean Buridan à l'Université de Paris. Une tradition dont l'invraisemblance a été depuis longtemps établie, le montre à Vienne, fuyant une persécution exercée contre les Nominalistes, précisément à l'époque où les documents authentiques nous prouvent que le Nominalisme florissait à Paris. Tout porte à croire, au contraire, que Jean Buridan est mort paisible et honoré au sein de l'Université où son enseignement s'était longtemps fait entendre.
De son activité intellectuelle prolongée, on peut, croyons-nous, trouver le témoignage dans ses Questions sur les livres des Météores ; il y cite, en effet, des auteurs qui étaient certainement beaucoup plus jeunes que lui.
Ainsi, à propos des parhélies, nous l'entendons1 rapporter une observation qu'il tient de Nicole Oresme : « Reve rendus magister Nicolaus Oresme dixit mihi se semel vidisse ex utroque lalere Solis unum. » A deux reprises, il conte 2 un fait que lui a narré Maître Jean Custodis de Malines en Brabant. Or, en 1418, Jean Gustodi,s présidait encore des épreuves iïinceptiones à l'Université de Paris 3 ; il était alors le seul régent de la Nation anglaise que la crainte des Bourguignons n'eut pas chassé loin de la capitale 3.
A côté de ces maîtres plus jeunes que lui, il lui arrive de citer quelqu'un de ceux dont il a été l'élève, Firmin de Bellcvaly par
1. Ouest iones super très primos libros mellieororum et super majorent partent c/uarti a Magistro Jo. Buridam. Lib. III, quaest XX : Utrum virge et parelii debeant semper apparere ex latere solis et nunquam superius neque directe inferius (Bibliothèque Nationale, fonds latin, ms. n° i4723, fol. 257, r°).
2. Joannis Buridani Op. Ictud , lib. II, quaest. VI : Utrum fontes sunt saisi vel debeant esse ; ms.cit., fol. 210, col. d. — Lib. II. quaest. XV : Utrum causa prius nssig-nata terrae motus si t exhalatio sicca in visceribus terrae inclusa ; ms. cit., fol. 220, coL a.
3. H. Denifle et E. Châtelain, Auctarium Chàrtularii Universitatis Parisiensis. Liber Procuratorum Nationis Anglicanœ, t. II, coll. 247, 260, 264.
exemple ; que la Lune soit chaude, « hoc audivi a Magistro Firmirio de Bellavalle 1 ».
L'activité de Buridan n'a pas été seulement très prolongée ; elle a aussi été très intense ; il avait composé des Questions sur un grand nombre d'ouvrages d'Aristote. Ces Questions n'ont pas toutes été imprimées, tant s'en faut. On a publié à Paris, au commencement du xvie siècle, les Questions sur la Physique, sur la Métaphysique, sur le Traité de famé, sur les Paria naturalia, sur X Éthique et sur la Politique. D'autres sont demeurées manuscrites. Au premier rang de celles-ci, il convient de placer les Questions sur les Météores. Très lues au Moyen Age, comme en témoignent les nombreux exemplaires qu'on en possède, ces Questions, par l'abondance des observations originales et des souvenirs personnels qu'elles renferment, méritaient vraiment la vogue dont elles furent l'objet.
D'autres Questions, celles qui concernent le De Cœlo et Mnndo, celles qui ont trait au De gcneratione et corruptione, sont conservées, à la Bibliothèque Royale de Munich, dans une collection de textes dont il sera bon de dire ici quelques mots 2.
Ces textes, copiés ou rédigés par divers maîtres allemands qui étaient allés à Paris prendre leurs grades uuiversitaires, reproduisent les discussions que ces maîtres avaient entendues de la bouche même du philosophe de Béthune ou que les auditeurs immédiats de celui-ci leur avaient transmises.
Que ces textes représentent, au moins dans ses traits essentiels, l'exacte pensée de Jean Buridan, il ne parait pas qu'on en puisse douter. Reproduisent-ils également le détail et l'expression de cette pensée? Il est moins aisé de s'en assurer.
Voici, par exemple, des questions sur le livre De sensu et sensato qu'on tient aujourd'hui pour œuvre de ïhéophraste, mais que le Moyen Age croyait d'Aristote. Dans un manuscrit de la Bibliothèque Royale de Munich3, ces questions ne portent ni date ni nom d'auteur. Mais dans un autre manuscrit de cette même Bibliothèque, elles s'achèvent par cette formule 4 :
i . Joannis Buridani OpJaud., lib II, quœst. III : Utrum marc debeat fluere et refluere. Ms. cit., fol. 20G, col. c.
2. Tous les renseignements que nous possédons sur ces écrits, nous les devons à l'ingéniosité et à l'obligeance du regretté R. P. J.Bulliot; en particulier, le R. P. Bulliot a eu la complaisance extrême de nous communiquer une copie, faite sous ses yeux et révisée par lui, des Quœstiones super libris de Cœlo et Mundo Magistri Johann is Byridani.
3. Bibliothèque Royale de Munich, cod. lat. iq55i, fol. 126, col. a, à fol. 129, col. b.
4. Bibliothèque Royale de Munich, cod. lat. 4376, fol. 86, col. b.
Expliciunt questiones saper tolalem librum de sensu et sensato collecte Parysius per reverendum magistrum Albertum de Rychmersdorf pronunciate Prage in quadam bursa tune te?nporis, anno domini [M]GGGLXV, feria proxima post assumptionem Virginis gloriose per Johannem Krichpaumum de Ingolstat, finite in die sancti Bernhardi.
Albert de Richmersdorf ou de Ricmerstorp, que la plupart des biographes ont confondu avec Albert de Helmstaedt, dit de Saxe, est un personnage bien connu En 1362, nous le voyons à l'Université de Paris, trop pauvre pour acquitter ses droits d'examen ; en 1363, il est recteur de cette même Université de Paris ; sa fortune est alors rapide ; en 1365, il est dépêché en ambassade auprès du pape Urbain V par Rodolphe, duc d'Autriche ; en cette même année 1365, l'Université de Vienne est fondée et, sous l'influence de Rodolphe, Albert de Ricmerstorp est élu comme premier recteur; il était chanoine d'Hildeseim lorsqu'il fut nommé, le 21 octobre 1366, évêque d'Halberstadt.
Les deux pièces dont nous venons de parler ne nomment pas l'auteur des Questions qu'Albert de Ricmersdorf ou de Ricmerstorp avait recueillies durant son séjour à Paris. Que cet auteur fût Jean Buridan, cela ne parait pas douteux. On s'en convainc en comparant les deux textes conservés par les manuscrits de Munich, particulièrement le texte donné par le ms. 4376, qui est plus complet, avec le texte qui, à deux reprises, en 1516 et en 1518, a été imprimé à Paris. Le R. P. J. Bulliot, qui avait fait cette comparaison, en résumait ainsi les résultats dans une lettre dont il nous avait honoré : « C'est le même ouvrage que dans l'imprimé, mais avec des objections en plus et une rédaction un peu plus diffuse ; dans le ms. 4376, le De sensu et sensato compte vingt-deux questions, une de plus que dans l'imprimé, la seconde, qui se trouve également dans le ms. 19551. L'ordre des questions, dans le ms. 4376, n'est pas tout à fait le même que dans l'imprimé; tel ou tel sens, la vue, l'ouïe etc., passe avant l'autre, un peu au hasard; dans le ms. 19551, l'ordre des questions s'éloigne encore plus de celui que suit l'imprimé. Ces deux manuscrits doivent répondre à une année de cours autre que celle de l'imprimé ; un cours oral ne se répète que bien rarement d'une manière textuelle ; mais c'est exactement le même fonds d'idées. »
Ce sont donc des reportata des leçons de Jean Buridan sur le
i. Pierre Duhem, Etudes sur Léonard de Vinci, ceux qu 'il a lus et ceux qui Vont lu. Première série. VIII. Albert de Saxe, pp. 327-33 1.
L'ASTRONOMIE LAÎLNE AU MOYEN AGE
De sensu et sensato qu'Albert de Ricmersdorf avait rapportées de Paris, et que Jean Krichpaum d'ingolstadt avait transcrites, à Prague, en 1365.
A la suite des questions sur le traité De sensu et sensato, nous trouvons :
Des questions sur le livre De memoria et reminiscentia 1 ;
Des questions sur le De somno et vigilia, écrites en 1367 2 ;
Des questions sur le De longitudine et brevilate vitœ écrites à Prague, en 1367, par Jean Krichpaum d'ingolstadt 3 ;
Eufin des questions sur le De anima écrites à Prague en 1365 4.
Il était de fréquent usage, au Moyen Age, de placer le commentaire des Parva naturalia d'Aristote à la suite de l'exposition du De anima. On voit que cet usage avait été suivi dans la collection de questions copiées ou rédigées à Prague, de Tannée 1365 à l'année 1367, par Jean Krichpaum d'Ingolstadt. Il est probable que toutes ces questions avaient même origine, celle qui nous est connue pour une des séries ; il est vraisemblable qu'elles avaient été toutes collectionnées par Albert de Ricmerstorp durant le séjour qu'il avait fait à Paris. En tous cas, la comparaison de ces Questions avec les éditions données à Paris, en 1516 et en 1518, des Questions de Buridan sur le De anima et les Parva naturalia, montrent, en celles-là, des rédactions différentes de celles-ci.
A côté de ces questions anonymes, nous en trouvons qui sont formellement données comme étant de Jean Buridan ; telles les Questions sur les quatre livres des Météores.
Chacun de ces quatre livres s'achève par un explicit.
Le premier explicit 5 nous fait seulement connaître une date :
Le second explicit 6 joint à cette date une nouvelle indication ; la copie est faite à Prague.
1. Bibliothèque Royale de Munich, cod. Iat. 4376, loi. 91, col. a : Expliciunt quesliones super librurn de memoria et neminiscentia fuiite die crastina beati Banlholomei aposloli.
2. Explicitait quesliones de sompno et vigilia anno Domini i36jm° (Ms. cit., fol. 100, col. c).
3. Hic sit finis queslionum de longitudine et vite brevilate in Praga anno Domini millesimo CCC^LX VfP, in vigilia gloriosissime Annunciationis Virginis Marie per Johannem Krichpaumum delngol. (Ms cit., fol. 107, col c).
4 Et sic patent quesliones primi libri de anima Jinile sabbafo ante festum Palmarum in Praga, anno Domini î365to (Ms. cit., fol. 107, col d").
5. Eœpliciunt quesliones primi libri metheororum Jinile die beati Enhardi martyvi el pontijicis anno a. i300 (Bibliothèque Royale de Munich, cod. Iat. 4376, fol. i5, col. d);
6. Et sic est finis questiônum secundi libni metheororum Jinile in die sancli Y me fii/ ii in civilate Pnagensi lune temponis anno domini millesimo .'Mb1» liona cnepusculi (Ms. cit., fol. 24, col. c).
" l'astronomie parisienne. -—
il. LES PHYSICIENS
Le troisième explicit 1 ne fait que confirmer les renseignements donnés par le second ; mais le dernier explicit nous apprend non seulement que le copiste, Jean Krichpaum d'Ingolstadt a terminé son ouvrage à Prague, en 1306, la veille de la fête de Sainte Dorothée, mais encore que Buridan est Fauteur des.Questions ; il est, en effet, ainsi conçu 2 :
Expliciunt questiones quatuor librorum Metheororum Byridani, finit e Pr âge anno Domini 1S°66t0 in vigilia béate Dorothée virginis per pedes (sic) Iohannis Krichpaumi de Ingol.
En un tel cas, le texte que nous avons sous les yeux est-il l'œuvre immédiate et authentique de Jean Buridan ? Ou bien, des leçons professées par le Philosophe de Bé thune, avons-nous simplement des rédactions écrites par quelqu'un de ses élèves, des reportata, comme on disait au Moyen Age ? Dans certains cas, le doute peut se résoudre, et il se résout dans le second sens.
Ainsi en est-il, par exemple, pour les Questions sur le traité de la génération et de la corruption. De ces Questions, certains textes ne portent aucune indication propre à nous renseigner 3 ; mais il en est un que termine cette formule 4 :
Expliciunt questiones super de generatione et corruptione ipsius Byridani reportate per Conradum Verniger de Brixina pro tune Wienne degentem anno Ixxviij die etc.
Si Buridan nous est donné comme l'auteur des Questions, nous sommes avertis que la rédaction n'est pas de lui ; celui à qui nous devons ces reportata se fait connaître ; c'est un certain Conrad Verniger de Brixen, qui les a écrits à Vienne en 1378.
Sans posséder des indications aussi précises, nous pouvons, dans certains cas, acquérir l'assurance que nous ne lisons pas le texte même de Jean Buridan, mais des reportata ; ainsi en est-il pour les Questions sur la Physique d'Aristote.
Dans un manuscrit de la Bibliothèque Royale de Munich, ces Questions sont intitulées : Questiones magistri Parisiensis, videlicet Joannis Biridani, super octo libros Phisicorum. Elles se terminent ainsi 5 :
Expliciunt questiones auctoritate Plujsicorum et rêver endi magistri Johannis Byridani.
1. Et sic est finis questionuni tertii libri metheorovain finite Prage anno domini i366 sabbato die proxima ante festam Pari/icationis Virginis gloriose (Ms. cit., fol. 56. col. a).