Seconde partie, ch. HT, § XV; t. III, p. i
2. Kgidius cum marsilio et Alberto de gênerai ioue . Commenlaria Jidelissimi cjopositoris. B. Egidii Romani m libros de generatione et corruptione Aristotelis cum textu intérêt uso singnlis locis. Questiones item subtil issime eiusdem doctoris super primo libro de generatione : nunc quidem primum in publicum prodeuntes. Questiones quoque clarissimi doctoris Marsiuj Inguem (sic) in prefatos
hœc opinio mihi probabilis apparet, nescio si passionatus ex opinione magistri mei Joannis Bridani, qui eam postât ». L'auteur que nous allons étudier est donc bien de la même école qu'Albert de Helmstsedt et que Nicole Oresme ; il a subi les mêmes influences.
C'est le 27 septembre 1362 que Marsile d'ïnghen de Niinègue (Marsilius de Inguen de Novimagio) fit sa première leçon à la Faculté des Arts de Paris. Il appartenait, par sa patrie, à la Nation Anglaise de la Faculté des Arts ; les documents officiels 1 nous montrent, par les charges dont il fut investi, la haute estime où il était tenu dans cette Nation. Par trois fois, en 1363, en 1373 et en 1375, il en fut nommé procureur ; deux fois, en 1364 et en 1376, on le choisit comme receveur; deux fois aussi, en 1366 et en 1377, on le députa à la cour d'Avignon pour y porter le rôle que F Université adressait fréquemment au pape.
En 1382, alors que le grand Schisme d'Occident commençait de troubler l'Université, Marsile quitta cette Académie parisienne où son enseignement florissait depuis vingt ans. En 1386, il devint le premier recteur de l'Université de Heidelberg; il mourut à Heidelberg le 20 août 1396.
Parmi ses écrits, il en est un seul où nous trouvions quelques réflexions sur les systèmes astronomiques ; c'est le recueil des Questions sur les quatre livres des Sentences 2 de Pierre Lombard qu'il avait accoutumé d'examiner en son enseignement théologique.
En nous présentant ces Questions composées « ordine optimo quasi mathematico certissimo », le titre de l'ouvrage 8 nous avertit qu'elles ont été publiées par leur auteur à l'Université de Heidelberg. En eussions-nous douté, que notre doute se fût dissipé en voyant Marsile prendre la ville de Heidelberg pour exemple toutes
libros de générât ione. Item questiones subtil issi me magistri Alberti de Saxonia in eosdem libros de gene. Nas([iiam alias impresse. Omnia accuratissime révisa : atque castigata : ac quantum ars eniti potuit Fideliter impressa. — Colophon : Impressuin venetiis mandato et expensis Nobilis viri Luceantonij de giunta floreotini. Anno do mini i5i8 die ii mensis Februarii. Questiones clarissimi philosophi Marsilij inguem super libris de generatione et corruptione, lib. I, quest. VI ; loi. 106, col. c.
1. Denifle et Châtelain, Auctarium Chartularii Universitatis Parisiensis ; Liber procuralorum Nationis Anglicanœ, t. I, coll. 272-559, passim.
2. Questiones Marsilii super quatuor libros sententiarum. Colophon du 2e vol. : Divi Marsilii Inghem doctoris clarissimi in quattuor sententiarum libros opus prœclarum, sumnii dei munere gratioso sic reductum in lucem, finit f{eliciter. Ex ot'fîcina Martini flach junioris civis Argentin. III. Kal. septembribus Anno domini i5ûi.
3. Questiones Marsilii super- quatuor libros sententiarum, vol. I, fol. I, recto.
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
les fois que ses discussions l'obligent à fixer la pensée de ses auditeurs sur un lieu particulier *.
Le préambule de l'index alphabétique par lequel s'ouvre le premier volume nous apporte, du reste, un curieux témoignage de l'extrême vénération en laquelle la mémoire de Marsile d'Inghen était encore tenue, au début du xvifi siècle, au sein de l'Université qu'il avait fondée. Nous l'y voyons nommer : « le très illustre docteur du célèbre gymnase de Heidelberg, le premier et le plus sage des instituteurs, le père très docte qui doit être grandement vénéré et exactement imité non seulement par tous ceux qui aiment la vérité, mais surtout par ses fils reconnaissants et vertueux, par les élèves de cette môme Université de Heidelberg qui veulent le salut. »
D'une manière incidente, mais significative, les Questions sur les quatre livres des Sentences nous font connaître les doctrines astronomiques que Marsile d'inghen propageait en Allemagne ; ce sont précisément celles qu'il avait entendu professer à Paris.
Ces allusions aux systèmes astronomiques se trouvent en la Xe question du second livre 2.
Nous voici d'abord renseignés sur les théories que le Recteur de Heidelberg professait touchant les mouvements des étoiles fixes 3 :
« Au-dessus du ciel de Saturne, se trouve le ciel des étoiles fixes ; celui-ci se meut de trois mouvements, à savoir le mouvement diurne, un mouvement propre d'Occident en Orient, d'un degré [par siècle], et le mouvement d'accès et de recès que Thébith a décrit dans son livre du mouvement de la huitième sphère ; étant admis qu'un corps simple ne doit pas posséder plus d'un mouvement simple, cela nous prouve que la sphère des étoiles fixes n'est pas le premier mobile.
» D'ailleurs, cette sphère ne reçoit aucun mouvement qui provienne d'une sphère inférieure, car les orbes inférieurs ne meuvent pas les orbes supérieurs ; il faut donc qu'il y ait, au-dessus de la huitième sphère, une autre sphère immobile, et que celle-ci soit mue de deux mouvements. »
Selon Marsile d'inghen, le mouvement propre de la sphère étoilée est la rotation uniforme, d'Occident en Orient, parallèle
i. Voir, en particulier : Lib. II, quaist. II, art. II.
:>.. Ouest iones Marsilh super quatuor libros sentent iarum ; Secundi libri q uses t. X : Utrum firmamentuni dividens aquas ah aquis sit suo mot n inlerioribus causa generationis ? Art. 1.
... Marsile; u'Inghun, /oc. cit., vol. I, fol. CCXLfl.
à Fécliptique ; le mouvement de trépidation appartient au neuvième orbe et le mouvement diurne au dixième ; ces deux orbes privés d'astre forment le Ciel cristallin que surmonte un Empyrée immobile. Le Ciel aqueux, dont les anciens docteurs ont cru, sur l'autorité de l'Ecriture, devoir admettre l'existence, n'est sans doute autre chose que le Ciel cristallin.
L'Université naissante de Heidelbcrg attribue donc à la fois au ciel étoile le mouvement uniforme de précession et le mouvement de trépidation. Elle adopte sur ce point l'opinion professée par les Tabalœ régis Alfonsii. Afin que la sphère étoilée puisse ainsi participer d'un triple mouvement, elle la surmonte de deux sphères mobiles dépourvues d'astres ; ainsi faisait Albert de Saxe.
« Quant à la constitution des sphères planétaires qui se trouvent au-dessous de la huitième sphère, poursuit Marsile d'Inghen *, deux opinions se partagent les modernes.
» Selon la première opinion, à chaque planète correspondent trois sphères ou trois orbes qui entourent la Terre ; l'un de ces orbes, qui est l'orbe intermédiaire, est d'uniforme épaisseur ; les deux autres sont d'épaisseur variable, et la partie la plus mince de l'un se trouve vis-à-vis de la partie la plus épaisse de l'autre. C'est l'hypothèse la plus communément répandue touchant les excentriques.
» Selon l'autre opinion, une même matière continue s'étend de la huitième sphère jusqu'à la convexité de l'élément igné ; au sein de cette matière continue, se trouvent sept cavités en lesquelles sont inclus sept anneaux, compris dans la largeur du Zodiaque ; ces sept anneaux servent aux mouvements des sept planètes. Cette opinion semble la plus vraie ; c'est celle que la raison naturelle doit approuver de préférence, car elle est celle qui entraîne le moins d'inconvénients. »
Ainsi non seulement Marsile d'Inghen présente à ses élèves de Heidelberg le système prôné par Bernard de Verdun comme l'hypothèse la plus répandue touchant les excentriques, mais encore il leur fait connaître l'hypothèse plus simple des orbes annulaires qu'avaient recommandée les Hypothèses des planètes, Gilles de Rome et les Conclusions sur la théorie des planètes.
Lorsqu'on 1382, Marsile d'Inghen avait quitté l'Université de Paris, il n'était point seul à l'abandonner; bon nombre de maîtres illustres, émus des désordres qu'engendrait la lutte entre le pape de Rome et le pape d'Avignon, quittaient les rives de la Seine
i, Marsile d'Inghen, loc. cit., vol, II, fol. CCXLIII,
L'ASTRONOMIE LATINE AU MOYEN AGE
pour aller s'établir en divers pays et, particulièrement, en Allemagne.
Cet exode de maîtres réputés portait à l'Université de Paris un coup funeste ; plus jamais, dans la suite des temps, elle ne retrouvera ni la splendeur ni l'autorité dont elle avait joui depuis sa fondation. Mais cette dispersion en va porter l'influence dans les Universités que ses disciples fonderont en Allemagne. Nous venons d'entendre Marsile d'Inghen enseigner à Heidelberg les hypothèses astronomiques qu'il avait apprises à Paris; nous verrons plus tard la tradition scientifique de Y Aima mater se poursuivre en d'autres Universités allemandes et, particulièrement, dans la brillante Ecole astronomique de Vienne.