Cf, plus haut, n
6. Opinion de Hardy, The Speech of Claudius, p. 84, note 1, qui pense, d’ailleurs,que Raurica et Equestris étaient plus probablement des colonies latines.
He
accentuons quelque peu sa propre métaphore, flamberge au vent ! pour plaider la cause des Gaulois: Sed destricte? iam Comatae Galliae causa agenda est. Ce plaidoyer direct sera bref; nous y retrouverons, au lieu de l'historien loquace, mais sincère, que nous avons longtemps écouté, l’artificieux avocat que nous venons d'entendre.
Trois remarques préliminaires s'imposent. Claude annonce qu'il va plaider, et il plaide en effet, la “ause de toute la Gaule Chevelue. Or il ne s’agit dans l'espèce que de gagner celle d’une infime minorité de Gaulois, les primores des cités fédérées. Mais celle-ci ne se distingue point moralement de celle-là, si elle s’en distingue juridiquement. Juridiquement, on pourrait faire valoir en faveur de ces primores qu'ils sont déjà jusqu’à un certain point citoyens romains, qu'ils possèdent une partie de l'avantage dont
ils sollicitent la totalité. A quoi bon ? Leurs adversaires trouvent qu'ils ont déjà trop, quoique ce soit
plutôt une apparence, et s’y résignent mal: Fruerentur sane vocabulo civitatis, grondent-ils chez Tacite. Moralement, tout ce que l’on peut dire pour ou contre les intéressés, on peut le dire pour ou contre l'ensemble de leurs compatriotes. Et, au surplus, s’il ne s’agit aujourd’hui que de gagner la cause de quelques-uns, il n’est pas superflu de plaider celle de tous. Car c'est avec l’arrière-pensée d'ouvrir bientôt plus largement, d'ouvrir toute grande, la porte aux Gaulois, que Claude veut l’entr’ouvrir dès à présent; et ce dessein inavoué, nous avons entrevu qu'il ne tarda peut-être guère à recevoir au moins un commencement de réalisation #, Notre seconde remarque sera que Claude ne définit pas en quoi consiste la cause qu'il plaide, quelle faveur il sollicite pour ses clients. Cette absence d’une proposition précise, nous l’avons déjà notée en tracant au début de notre commentaire 4 le plan sommaire du discours ; nous aurons à la noter encore 5, lorsque nous étudierons de plus près la structure de l'original en la comparant avec celle du discours refait par Tacite. La proposition précise que Claude n’énonce pas ici, bien qu'il vienne de s’exhorter soi-même à l’énoncer — T'empus est iam.. detegere te... quo tendat oratio tua —, qu'il n'avait pas énoncée plus haut, par conséquent, à la fin de son exorde perdu ‘, elle n’était pas nécessaire. Tout le contexte antérieur indique assez clairement ce que l'avocat va demander pour ses clients, l’éligibilité aux magistratures et au sénat, ce ius honorum que déjà possèdent leurs compatriotes de la Narbonnaïse et, plus près d’eux encore, chez eux pour ainsi dire, les Lyonnais. D'ailleurs, qui ne sait à Rome ce que la députation gauloise y est venue solliciter ? Quel sénateur ne sait, avant d’arriver à la curie, ce qui s’est passé au conseil du prince et ce qui va se passer en séance ? La proposition précise qui n’est pas sortie, qui ne sortira pas des lèvres de l’orateur, elle est d'emblée dans l'esprit de tous ses auditeurs. Pas plus
1. Cicéron, Tite Live, etc., disent, au propre, deslringere gladium; au figuré, Sénèque, par exemple, dit destringere severilalem.
2. On ne cite pas d'exemple antérieur de cet adverbe; les premiers exemples ultérieurs sont Quintilien, Declam., 3, 42 : nec amare nec destricle (agendum est) (encore les mss. donnent-ils districle),et Pline le jeune, IX,21, 4 : Ipsum acrius seve-= riusque corripui, destricle minalus. Viennent ensuite les scholiastes, les juristes et les écrivains chrétiens. Zell, qui cite l’exemple de Pline, interprète destricle par aperle. C’est le sens qui me paraît le plus indiqué par le contexte antérieur, spécialement par Tempus est iam... detegere le. quo tendat oratio. Dans le Thesaurus linguae latinae, V, p. 772, l'exemple de Claude est rangé avec ceux de Quintilien, Pline, ete., sous la rubrique severe, acriler, enixe. I faudrait alors traduire ici : énergiquement, et opposer destricte à limide.. egressus.. sum.
3. Je fais allusion au cas du père de Vindex ; cf. 1'e partie, $ I, n° 4.