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6. Quoi qu’en pensent Hirschfeld, C. 1. L., XIII, p. 234, et Cunningham dans Class. Quarterly, IX, p. 58 et suiv., selon lequel Tempus est iam ne devrait pas être pris au sérieux, n’étant qu’une figure de rhétorique « for hastening the formal motion »,
que Claude, Tacite ne l'énonce ; c’est la meilleure preuve qu'elle était inutile, la preuve aussi sans doute que l’omission, intentionnelle de sa part, ne fut pas involontaire de la part de Claude. Seulement, de ne l'avoir pas énoncée, Claude crut devoir s’excuser et se rappeler soi-même à l’ordre; Tacite se dispensa de cette précaution oratoire. Notre première remarque également s'applique à la version de Tacite. Il a senti, comme Claude, l'impossibilité de plaider la cause des seuls requérants. Notons qu’à l’un et à l’autre il eût été possible et facile, s'ils ne l'avaient jugée superflue, de concilier une proposition précise avec leur plaidoyer général: «Je viens vous demander le us honorum pour les requérants ; on objectera, on a objecté déjà — on n’a même objecté que cela, car on n’avait rien à leur reprocher à eux spécialement —, qu'ils sont indignes de cette faveur en tant que Gaulois, appartenant à une nation qui... ». — Enfin nous devons remarquer que Tacite lui aussi a plaidé la cause des Gaulois en artificieux avocat ; c’est qu’elle n’était pas assez bonne pour s’accommoder de la vérité pure.
2. Que peut-on reprocher aux Gaulois en général, donc à ces primores qui sollicitent l'admission aux honneurs ? Les nations gauloises ont porté les armes contre le peuple romain. De ce grief Claude néglige l'élément lointain, comme périmé et prescrit sans doute, l'invasion de Brennus et la prise de Rome, que n’oublient ni les adversaires auxquels Tacite prête la parole : « Recentia haec. Quid si memoria eorum oreretur qui, Capitolio et arce Romana. », ni Tacite dans le plaidoyer qu'il prête à Claude : « At cum S'enonibus pugnavimus… Capti a Gallis sumus ». Et il ne pouvait pas négliger cette partie du grief dans le plaidoyer après l'avoir mentionnée dans le réquisitoire. Quant à l’autre partie du grief, les manifestations plus récentes de l'hostilité gauloise — recentia haec — les adversaires en donnent une définition assez générale pour comprendre, outre les événements militaires du proconsulat de César, ceux qui l'avaient précédé : quorum avi proavique hostilium nationum duces exercitus nostros ferro vique ceciderint, divum Lulium apud Alesiam obsederint. Ces campagnes de César, non plus que les autres campagnes de l’époque récente, Tacite ne les mentionne expressément dans son plaidoyer ; de celles-ci il n’y est même pas du tout question ; celles-là, nous allons le voir, sont impliquées dans la réponse au grief. Dans le plaidoyer original elles sont le seul élément que Claude ait cru devoir retenir: In qua (causa) si quis hoc intuetur, quod bello per decem annos exercuerunt divom Iulium.…, comme étant l'essentiel du passé pour lequel il n’y a pas prescription.
Tacite fait valoir en faveur des Gaulois une triple excuse. Claude ne fait valoir qu’une excuse qui correspond à la troisième de Tacite. Premièrement, leur cas, dit Tacite en substance, n’est pas isolé; c’est celui de tant d’autres peuples qui commencèrent par être les ennemis des Romains et finirent par devenir leurs concitoyens. À l’objection : At cum S'enonibus pugnavimus, il répond ironiquement: Sceilicet Vulsci et Aequi numquam adversam nobis aciem instruxere. À qui objecterait: Capti a Gallis sumus, il répond sérieusement: Sed et T'uscis obsides dedimus et Samnitium iugum subiimus. Claude ne s'est-il pas avisé de cette excuse, ou bien n’a-t-il pas pu s’en servir, ici et pour l'espèce des Gaulois, parce qu'il avait développé plus haut, dans la partie manquante de la première ou de la deuxième colonne, cette idée générale, avec exemples précis et noms propres à l'appui, que Rome fut toujours largement accueillante
1. L'expression est énergique à dessein : les Gaulois donnèrent à César de l’occupation et de la peine. Cf. Cicéron, Tusc., V, 1 : Eos casus in quibus me forluna vehementer exercuit ; Luecrèce, V, 1422 : Aurum et purpura curis exercent hominum vilam. Le sens est beaucoup plus faible, c’est celui du français exercer, dans Cicéron, Pro lege Manilia, 28 : Quod genus belli esse potest, in quo illum non exercuerit fortuna ?