‹ La Table Claudienne de LyonChapitre 104 sur 126 · É E OS · texte numérisé non relu

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aux vaincus et ne leur garda point rancune durable d’avoir été ses ennemis ? La seconde hypothèse est la plus probable ; nous y reviendrons dans notre parallèle total des déux discours.

Une autre excuse que n’invoque point Claude, qu'il a sans nul doute raison de ne point invoquer, est fournie à Tacite par la brièveté relative de la résistance gauloise aux armes romaines: Ac tamen, si cuncla bella recenseas, nullum breviore spatio quam adversus Gallos confectum. Entendons bien, quelque imprécise que soit la formule (bellum) adversus Gallos, qu'il ne s’agit point de toutes les guerres de Rome contre les Gaulois, pas même de toutes celles du passé récent, mais de celle-là seule qui valut à César la conquête de la Gaule Chevelue. Même ainsi comprise, l'affirmation que Tacite prête à Claude est inexacte!: si l'on passe en revue toutes les guerres de l’histoire romaine, on voit que beaucoup de pays, spécialement les pays orientaux, n’opposèrent point à Rome une aussi longue résistance. Cette résistance gauloise, mieux inspiré ici que Tacite, Claude ne tente pas d’en dissimuler la longueur; au contraire, il la précise: bello per decem annos exercuerunt divom Tulium. Et il ne perdra rien à l'avoir précisée.

La troisième excuse de Tacite, étroitement connexe chez lui avec la deuxième, c’est la continuité et la loyauté de la paix qui a suivi les hostilités relativement brèves: Continua inde ac fida paæ. Claude invoque aussi cette excuse, et l'invoque seule, mais avec beaucoup plus de force que Tacite, parce qu’à la durée de la guerre, à sa durée précise, il oppose celle de la paix: dix ans dé rébellion, il est vrai, mais cent ans de fidélité ultérieure. La rançon de la faute a été largement payée : 9% quis hoc intuctur…, idem opponat centum annorum immobilem fidem obsequiumque.. Avec plus de force que Tacite, dis-je, maïs avec le même artifice d'avocat, faut-il ajouter, la même déformation de la vérité historique, produite par les épithètes, immobilem chez l'un, continua chez l’autre. Le loyalisme de Ja Gaule ne fut pas tout à fait immuable durant ce siècle et la paix subit une interruption. Claude et Tacite affectent d'ignorer la révolte de Florus et de Sacrovir, sous Tibère, en 21. Et, sans doute, ce ne fut pas un soulèvement général: la plupart des soixante-quatre cités, malgré la propagande des agitateurs, malgré les tentations qui les travaillèrent, restèrent dans le devoir. Mais l'émotion fut vive à Rome, et Claude ne pouvait point ne pas se la rappeler, et Tacite ne pouvait pas avoir oublié le récit qu'il nous donne de cette alarme et de toute la révolte?. Ce récit montre que, si la répression fut aisée dans le bassin de la Loire, chez les Andécaves et les Turones, contre les Trévires et les Éduens, cités beaucoup plus considérables, il fallut faire marcher les légions de Germanie. Or, les Éduens sont justement l’une des cités fédérées qui sollicitent aujourd'hui, vingt-sept ans seulement après la révolte, le droit de fournir des sénateurs à Rome. Il convient à l'avocat des primores Galliae Comatae, à l'avocat des concitoyens de Sacrovir surtout, de ne pas réveiller ce mauvais souvenir. La convenance s’est imposée à Tacite comme à Claude.

Mais Tacite se contente d'affirmer que, depuis la fin de la conquête, rien n’a troublé la paix en Gaule ; Claude ajoute que certaines circonstances ont rendu plus méritoire l’immuable fidélité des Gaulois: …0bsequiumque multis trepidis rebus nostris plus quam eæpertum. Parmi ces situations critiques où leur obéissance s’est révélée à toute épreuve, il songe sans doute au désastre de Varus sous Auguste, aux muti-

1. Cf. Nipperdey-Andresen : « Hier meint er nur Gallia comata. Caesar unterwarf es in 10 Jahren... Aber auch so sind viele Länder, namentlich die ôstlichen, schneller von den Rômern unterworfen. Richtiger entschuldigt also Claudius in seiner echten Rede vielmehr die Dauer des Widerstandes.. ».

2. Ann., III, 40-46. Voyez surtout c. 40 : Galliarum civitates… rebellionem coeplavere, cuius exslimulalor acerrimus inter Treveros Iulius Florus, apud Aeduos Lulius Sacrovir… ; A1 : haud ferme ulla civitas intacta seminibus eius mous fuil... ; 13: Apud Aeduos maior moles exorla, quanto civitas opulentior el comprimendi procul praesidium.. Augebantur eae copiae vicinarum civilatum ut nondum aperla consensione, ita virilim promptis studiis… ; A4 : At Romae, non Treveros modo el Aeduos, sed quatluor el sexaginta Galliarum civilates descivisse.. Cf. Jullian, Histoire de la Gaule, IV, p. 154 et suiv.

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neries des légions de Germanie sous Tibère. Sous le même prince, les Gaules ont rivalisé de zèle avec l'Espagne et l'Italie pour réparer les dommages subis par les troupes de Germanicus au retour de ses périlleuses expéditions transrhénanes !, Mais Claude ne mentionne expressément que le loyalisme des Gaulois envers son père Drusus, lorsqu'il dut se détourner des opérations du cens pour s’occuper de la guerre contre les Germains ?. Malgré l'inquiétude et le malaise causés par cette inquisition fiscale, nouvelle pour eux, ils ne profitèrent pas de l’occasion ; la sécurité de la paix régna sur les derrières de l’armée romaine: Illi patri meoDruso Germaniam subigenti tutam quiete sua securamque a tergo pacem praestiterunt ?, et quidem cum ab census novo tum opere et inadsueto* Gallis ad bellum avocatus esset °. On conçoit que cette preuve du loyalisme des Gaules ait paru à Claude mériter plus que toute autre une mention expresse. Illi patri meo….: le fils paye en quelque sorte la dette du père. Mais ici encore, pour les besoins de la cause, l'avocat fait un peu trop bon marché de l’exacte vérité historique. S'il n’y eut pas de soulèvement général sur les derrières de Drusus, il y eut bien quelques troubles assez graves que Drusus réprima. Civitates Germaniae cis Rhenum et trans Rhenum positae oppugnantur a Druso et tumultus, qui ob censum exortus in Gallia erat, componitur, dit l’épitomateur de Tite Live f, Et, d’autre part, l'opération du recensement n’était pas chose tout à fait nouvelle et insolite pour les Gaulois, lorsque la situation sur la frontière du Rhin obligea Drusus à l’interrompre, en 12 avant notre ère. Quinze années plus tôt, en 27, sous son septième consulat, pendant son séjour à Narbonne, Auguste avait institué ce recensement des Gaules destiné à répartir entre les cités des trois nouvelles provinces ? le tribut global de quarante millions de sesterces par an que le dictateur César avait imposé à l’ensemble du pays conquis 8. Drusus achevait l'opération commencée par Auguste, ou il la recommençait ; car ce recensement provincial, comme le cens romain, devint sans nul doute une opération périodique, renouvelée peut-être elle aussi tous les cinq ans ?. Drusus la faisait en 12 avant Jésus-Christ ; son fils Germanicus, en la même qualité de gouverneur général des Gaules, la refaisait à la mort d’Auguste et à l'avènement de Tibère, en 14 après Jésus- Christ directement 1°, et en 16 par l'intermédiaire de ses légats !, En 61, sous Néron, trois sénateurs consulaires furent chargés de la recommencer !?. Pour les temps ultérieurs, les inscriptions nous font connaître plusieurs légats et un procurateur impériaux censiteurs de la Gaule Lyonnaise ©, avec bon nombre d’autres censiteurs provinciaux 1.

iMlacite, Ann:, 1 72:

2. Tite Live, Periochae des liv. 139-142 ; Dion Cassius, LIV, 32. 3. Pour l’expression, cf. Tite Live, XLII, 13, 3 : Vos ei securam pacem praeslarelis.

4. Je ne connais pas d’autre exemple de ce participe chez un prosateur : on le retrouve chez les poètes, Ovide, Silius Italicus.

, b. Cf. Tite Live, IV, 61, 3 : parte lribunorum exercilusque ad Volscum avocalo bellum.

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