Ann., XII
3. Ibid. : Seque divo Augusto adaequabal, petitum ab eo regem referens, omissa Tiberii memoria, quamquam is quoque miseral. Auguste et Tibère s'étaient trouvés dans le même cas que Claude ; Néron s’y trouva aussi (Ann., XIV, 26).
discours que, dans le récit de Tacite, Pison écoute le jour de son adoption par Galbat, magistrale et maenifique leçon de psychologie et de politique, ce n’est point Galba tel qu’il était alors ?, vieillard décrépit physiquement et mentalement, ruine de soi-même, apparence d’un pouvoir dont ses favoris tiraïllaient entre eux la réalité; c’est Galba tel qu'il aurait dû être, c’est l'empereur idéal tel que le conçoit Tacite.
Si, en refaisant le discours authentique, en substituant à cette médiocre faconde son éloquence, Tacite à évité la disparate qu'aurait créée l'insertion d’une pièce terne dans le brillant tissu de son ouvrage, il en a créé une d'autre sorte, ici et ailleurs bien des fois, par la substitution d’une figure idéalisée à la figure vraie de l’orateur. Le Galba du discours à Pison n’est pas celui du contexte narratif. Le Claude du discours pour les Gaulois est encore celui du contexte narratif immédiat, mais il diffère trop de celui que révèle l'ensemble du récit de ses actes, et spécialement le récit de ses actes qui occupent le plus de place dans la narration de Tacite et retiennent le plus l'attention du lecteur, le procès de Valerius Asiaticus #, le châtiment de Messaline !, le mariage avec Agrippine”, Britannicus supplanté par Domitius®, Valerius est condamné à mort, parce que la crédulité pusillanime et sotte de Claude se laisse prendre aux calomnies de Sosibius et, quand l'accusé s’est défendu, reprendre à l'hypocrisie larmoyante de Vitellius. Instruit de toute la scandaleuse aventure de Messaline, une telle frayeur l'hébète qu’il demande à plusieurs reprises s’il est encore empereur et Silius simple particulier. Il est encore empereur, mais l’affranchi Narcisse gouverne et commande à sa place — cuncta liberto oboediebant —, le guide en ses démarches, lui souffle ses paroles, prononce et fait exécuter la condamnation de l’impératrice, tandis que l’empereur se gorge de mangeaille et de boisson, indifférent à la nouvelle de ce dénouement tragique qui ne semble pas plus émouvoir son apathie les jours suivants qu’elle n’a interrompu sur l'heure son orgie. Veuf, il s’en remet à ses affranchis de le remarier et, comme ils ne s’accordent pas, ne saït auquel entendre. Les raisons de Pallas prévalent aidées par les caresses d’Agrippine. Claude s’en remet à Vitellius d’aplanir l'obstacle légal qui empêche ce mariage incestueux. Désormais, c’est Agrippine qui règne: cuncta feminae oboediebant. Claude lui sacrifie d’abord le fiancé de sa fille Octavie, puis son propre fils Britannicus. Incapable de réagir et même de comprendre, toujours aussi faible et aussi obtus, il accueille les calomnies de Vitellius contre son futur gendre Silanus, les sophismes de Pallas en faveur de son beaufils Domitius, il laisse Agrippine faire et il fait lui-même le vide autour de Britannicus. Et non seulement Tacite nous donne toutes ces preuves concrètes, et beaucoup d’autres, de son imbécillité d’esprit et de caractère, mais il les accompagne parfois d’appréciations personnelles dont la plus sévère est celle-ci 7: Nihil arduum videbatur in animo principis, cui non iudicium *, non odium erat, nisi indita et iussa ; ce qui revient à dire que Claude n’avait de jugements et de sentiments que ceux qu’on lui suggérait ou qu'on lui prescrivait. Le fantoche ainsi raconté et défini, en quoi ressemble-t-il à l'avocat de la cause gauloise, tel que Tacite le fait parler ? Le contraste est saisissant, la disparate absolue.
1. Hist., 1, 15 et suiv. Ici Tacite ne travaille certainement pas sur un original. Il n’a pas connu le texte du discours’ de Galba, ou mieux Galba ne prononça pas de discours ; cf. Suétone, Galba, 17. 2. Cf. ibid,, 6 et 13 ; Suétone, Galba, 14 et suiv.