‹ La Table Claudienne de LyonChapitre 117 sur 126 · Hisloire de la Gaule, IV, p. 173 et suiv · texte numérisé non relu

Hisloire de la Gaule, IV, p. 173 et suiv

les seuls requérants, mais pour toute la Gaule, songe évidemment déjà à d’autres recrues gauloises —, l'élargissement prochain de cette catégorie. Ce qu'il faisait dans le présent et ce qu'il amorçait pour l'avenir, ce n’était pas une révolution; c'était le progrès logique d’une évolution plusieurs fois séculaire. Depuis l’origine, sans cesse, géographiquement la chose romaine allait s’agrandissant, et juridiquement la cité romaine allait se propagéant, la propagation de la cité restreinte presque toujours en avance sur celle de la cité complète, le cercle des citoyens au sens large du mot débordant presque toujours celui des citoyens optimo iure. Ç’avait été la tradition nationale et ce fut aussi la tradition impériale : César par l'octroi de la cité complète à la Transpadane et la diffusion de la cité restreinte en Gaule et ailleurs, Auguste par la concession du ius honorum à une élite de citoyens romains provinciaux, membres de colonies et de municipes, Caligula par l'extension du solidum benificium civitatis Romanae à tous les membres de ces communautés, montraient à Claude l'exemple, l’exhortaient en quelque sorte à faire parcourir une nouvelle étape et franchir une nouvelle frontière au us honorum. Après Claude l’évolution continuera et s’achèvera. Ce qu’il fait pour la Gaule Chevelue, Vespasien le fera pour l'Espagne, tel autre empereur pour telle autre province, et enfin Caracalla pour tous les habitants ingénus de l'empire !. Claude avait-il prévu ce terme encore lointain ? S'il avait eu assez de perspicacité pour le prévoir, il avait eu certainement assez de bon sens pour le prévoir lointain et comprendre qu'y atteindre ne serait pas son œuvre. Quant au passé, Claude n'avait pas deviné, quoiqu’en dise Duruy ?, n’avait pas eu à deviner le secret de la grandeur romaine, qu'elle ne pouvait se maintenir et se développer que par une assimilation continue

de substance nouvelle. Ce n’était pas un secret ou c'était le secret de tout le monde. Cicéron et Denys

d'Halicarnasse l’avaient vu et formulé; bien mieux, Romulus et ses successeurs, rois ou magistrats annuels, l'avaient vu et appliqué. Il ne fallait pas «une rare intelligence de l’histoire » pour le voir et le montrer, comme Claude l’a montré dans son discours. Une intelligence moyenne et des connaissances historiques même superficielles y suffisaient ; or Claude, s’il n’était pas intelligent supérieurement, connaissait l’histoire mieux que superficiellement. Bref, ne parlons pas de sagacité divinatoire, de hardiesse novatrice et de rêves césariens, à propos d’un acte qui dénote un prince instruit du passé, respectueux de la tradition et par conséquent ami du progrès, libéral avec mesure, juste avec bienveillance, doué de bon sens et de sens politique; mais qui ne dénote rien de plus. Élargir une fois encore le recrutement sénatorial, corroborer d’une élite déjà tant romanisée l'élite déjà pleinement romaine, ce fut un acte louable de sagesse et de justice #, mais non pas un admirable coup de génie.

3. Mieux que le discours de la Table Claudienne, le discours refondu par Tacite et le récit dans lequel il l’encadre nous font connaître, avons-nous vu, cet acte de Claude. Mais, pour la connaissance de sa personnalité, la Table Claudienne est un document, le discours refondu par Tacite n’en est pas un, hors de son cadre narratif. L'image qui résulte de cette refonte est manifestement infidèle: il n’y a presque plus rien de Claude. L'image qui résulte de l'original est ressemblante, nécessairement ressemblante, mais elle n’est que partielle: Claude se peint soi-même, mais il ne se peint pas tout entier. Sur la person-

1. Zumpt, Studia, p. 373 et suiv., donne un résumé magistral de cette évolution, si ce n’est qu’il n’y fait point à l’innovation d’Auguste la place qu’elle mérite.

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