Histoire des Romains, IV, p
3. « L’acte d’un prince à la fois bon, sage et politique », dit très bien Allmer, Musée de Lyon, II, p. 199. Cf. Hardy, The Speech of Claudius, p. 91 : (mesure) «dictated partly by his well known Gallic sympathies, partly by a liberal view of imperial questions, which deserves to be called statesmannship ».
nalité de Claude, ce portrait, parce qu’il est forcément incomplet, risque, malgré sa fidélité, de nous duper: l’idée qu’il nous en donne, quoiqu'’elle soit médiocre, est trop avantageuse ; sans y être beau, Claude s'y montre en beau, Si à cette idée partielle qui résulte de la seule Table Claudienne, nous opposons l’idée totale qui résulte de l’ensemble des témoignages, nous verrons que celle-ci ne contredit pas celle-là, mais la corrige en la complétant, et ne l’embellit pas, tout au contraire. Pas plus que la comparaison par laquelle nous avons fait voir que le Claude du discours de Tacite est une fiction, ce rapprochement n’excédera les limites de notre sujet. Ce qui les excéderait, ce serait un exposé intégral et une analyse critique détaillée ! des témoignages: il ne faut pas qu’une monographie de la Table Claudienne se dilate et se dilue en monographie de Claude. Il ne se peut agir ici que d’une synthèse sommaire. Celle que l’on va lire, et qui présume la connaissance des textes, présentera seulement le résultat d’une étude comparative et d’une mise au point. Claude avait de tels vices et ridicules que la malignité contemporaine ne l’aurait pas épargné, même simple particulier. Mais peut-être se fût-elle bornée alors à la médisance. Contre l’empereur elle s’exaspéra jusqu’à la calomnie. Nous négligeons, bien entendu, la haineuse caricature qui fait si peu d'honneur à Sénèque, la Facétie sur la mort de Claude, et nous ne tenons compte que des éléments fournis par les historiens, Tacite, Suétone, Dion Cassius?; encore tenons-nous compte beaucoup plus des faits qu'ils rapportent que de leurs opinions où persiste souvent l'influence de cette malignité contemporaine. Écartant le faux témoin, consultant les autres avec précaution, nous avons quelque chance de reconstituer approximativement la ressemblance totale d’une personnalité, non pas énigmatique, comme l’a dit un historien moderne de l’époque impériale romaine #, mais complexe et baroque. Claude avait eu deux marâtres, la nature et sa mère, celle-ci pire encore que celle-là: les torts de la mère furent irréparables, tandis que la nature, au moins en partie, répara les siens. De l’enfant chétif, que toute sorte de maladies graves retardèrent longtemps dans sa croissance physique et mentale, elle finit par faire un homme de santé prospère et même de belle prestance, pourvu qu’assis ou debout il fût au repos: car sitôt qu'il se mettait en mouvement ou en action, des tares apparaissaient, vestiges de sa misère congénitale, bégaiement, tremblement des mains, chef branlant, démarche titubante. Cet effort de la nature pour améliorer son ébauche, l’éducation aurait dû le seconder; elle le seconda mal et plutôt le contraria. Au lieu de la pitié affectueuse à laquelle il avait droit, de l’intelligente sollicitude dont il avait besoin, le pauvre enfant disgracié ne rencontra dans sa famille que froideur et dédain, surtout chez Antonia, sa mère, qui, n'ayant d’amour que pour son frère aîné Germanicus, auquel seul leur père Drusus, mort en pleine jeunesse, avait laissé un riche héritage de qualités solides et brillantes, le traitait, lui, d’avorton et prenait comme parangon sa sottise. Sottise réelle, sans nul doute: il était venu au monde chétif d'âme autant que de corps; l’oubli et l’irréflexion, qui furent toujours ses défauts d’esprit les plus voyants, étaient bien des tares congénitales, elles aussi, et indélébiles ; mais peut-être des soins précoces et persévérants les auraient-ils palliées. D'ailleurs l’enfant n’était pas totalement sot: il avait une intelligence curieuse et docile; il s’appliqua volontiers à l'étude des disciplines libérales et il y fit des progrès assez remarquables pour avoir surpris son grand oncle maternel Auguste, qui, plus équitable que sa mère,
1. Cette analyse critique a été faite plusieurs fois, spécialement par Lehmann, ouvr. cité, p. 1 et suiv., et par Ziegler, progr. de 1884 et 1885. Cf. au surplus, Ph. Fabis, Les sources de Tacile, p. 386, note 1. A vrai dire, elle est à refaire.